‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 137 sur 141 · NOUVELLES NÉGOCIATIONS AVEC ROME · texte numérisé non relu

NOUVELLES NÉGOCIATIONS AVEC ROME

sances qui l'avaient suscité contre la France et compromis avec Tarmée d'Italie. Ses conseillers, passionnés et ignorants des affaires politiques, Pavaient placé dans une situation qui aurait été funeste, si le général en chef n'avait pas eu intérêt à le ménager et à fermer les yeux sur tout ce qui s'était tramé à Rome contre la France. xMaintenant les négociations allaient sans doute devenir plus faciles. Le général Bonaparte avait été formellement autorisé à les diriger en y employant M. Cacault. 11 se rendit à Ferrare et descendit chez le cardinal Mattei. Il comptait sur sa bonne volonté et le moment était venu d'employer son influence. Il lui adressa, le 21 octobre, une lettre ostensible; elle était datée de Ferrare et avait sans doute été précédée de plusieurs conversations.

— « La cour de Rome a refusé les conditions que lui a offertes le Directoire; elle a rompu l'armistice; elle arme; elle veut la guerre; elle l'aura. Mais je ne puis de sang-froid prévoir la ruine et la mort des insensés qui voudraient faire obstacle aux phalanges républicaines. Je dois donc à ma nation, à l'humanité, à moi-même de tenter un dernier effort pour ramener le Pape à des sentiments plus modérés, conformes à ses vrais intérêts, à son caractère, à la raison. Pour détruire la puissance temporelle du Pape, il ne me faudrait que le vouloir. Allez à Rome ; voyez le saintpère; arrachez-le aux intrigants qui l'environnent et qui veulent sa perte. Le gouvernement français permet encore que j'écoute des négociations de paix. Tout pourrait s'arranger. La guerre, si cruelle pour les peuples, a des résultats terribles pour les vaincus : évitez de grands malheurs au Pape; vous savez combien je désire finir par la paix une lutte que la

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guerre terminerait pour moi sans gloire comme sans périls. »

En même temps , M. Cacault fut chargé de faire savoir que désormais la cour de Rome n'aurait plus affaire au Directoire ni à ses commissaires; que le général en chef était chargé de la négociation , et que d avance il désavouait toutes les exigences relatives à la religion qui avaient alarmé la conscience du saint- père.

Cette paix, offerte avec un semblant de générosité, n'était pas toutefois une proposition sincère. Le général disait, en rendant compte au Directoire : — « J'ai envoyé le cardinal-archevêque à Rome sous le prétexte de négocier, mais, dans la réalité, pour m'en débarrasser; mon projet, lorsque je le pourrai, est de me rendre à Ancône au moyen de l'armistice et de n'être ennemi que là. w

Et dans une autre lettre : — « Rome et toutes ses provinces, Trieste et le Frioul, même une partie du royaume de Naples deviendront notre proie. »

Ainsi, dans ses instructions à M. Cacault, il lui recommandait « de tromper le vieux renard, de gagner du temps et d'obtenir l'accomplissement des conditions de l'armistice, » — c'est-à-dire le payement de la contribution et l'enlèvement des tableaux. — « Vous sentez bien que j'attends le moment de m'élancer sur Rome et d'y venger l'honneur national. »

En réalité , il n'avait pas de résolution arrêtée , les circonstances décideraient ce qu*il ferait de Rome.

Un nouveau succès donnait en ce moment complète sécurité, pour Tllalie méridionale. Sans attendre l'expédition qui se préparait à Livourne pour se joindre aux insurgés de la Corse et leur amener de l'artillerie,

des munitions et un corps de troupes ^ les Anglais avaient évacué Tile où ils n étaient point disposés à soutenir une guerre; de sorte que le général Gentile n'avait plus à conquérir la Corse, il était chargé d'en reprendre possession. Le général Bonaparte lui donnait, non pas des instructions militaires, mais des indications détaillées sur ce qu'il devait faire pour rétablir l'administration , assurer le bon ordre et la tranquillité du pays. Là aussi il faisait acte de gouvernement et ne paraissait même pas supposer que le Directoire eût la pensée d'y faire intervenir son autorité. 11 désignait ceux de ses compatriotes qui pourraient être employés avec confiance :

— « Vous -accorderez, disait-il, un pardon général à tous ceux qui n'ont été qu'égarés ; vous ferez arrêter et juger par une commission militaire les quatre députés qui ont porté la couronne du roi d'Angleterre, les membres du gouvernement et les meneurs de cette infâme trahison, n

Il désignait en première ligne le citoyen Pozzo di Borgo. — ce Ainsi , la vengeance nationale n'aura peutêtre à porter que sur une trentaine d'individus qui se seront peut-être sauvés avec les Anglais, d C'est ce qui était en effet arrivé.

— « Mais je vous recommande surtout de faire une prompte justice de quiconque se serait, par ressentiment, porté à assassiner son ennemi. Enfin, faites ce qui dépend de vous pour rétablir la tranquillité dans rîle, pour étouffer toutes les haines et réunira la République ce pays si longtemps agité, w

Le général Bonaparte était maintenant sans crainte sur ce qui se passerait en arrière de son armée pendant

qu'il aurait à combattre les armées autrichiennes. Mais il prévoyait, il savait même avec certitude combien serait formidable la nouvelle lutte qu'il allait avoir à soutenir. Son armée était inférieure eu nombre à Tarmée ennemie et il était encore exposé à être attaqué sur deux points en même temps. Le Directoire lui avait envoyé des renforts moindres qu'il ne les avait demandés, moindres même qu'on les lui annonçait. Toutefois, l'armée d'Italie n'avait jamais été en aussi bon état. Les soldats étaient payés, habillés, nourris; la cavalerie était bien montée ; l'artillerie belle et nombreuse. Généraux, officiers, soldats étaient pleins de confiance et de dévouement pour leur chef ; ils avaient le sentiment de leur supériorité sur l'ennemi.

Le général Alvinzi avait été choisi par le conseil aulique pour commander cette nouvelle entreprise contre le général qui avait déjà vaincu trois armées autrichiennes. A la fin du mois d'octobre, son quartier général était à Conegliano, derrière la Piave. Le général Davidowitch était dans le Tyrol avec dix mille hommes. Le projet d' Alvinzi était d'opérer à Vérone la réunion de ces deux corps d'armée pour marcher de là surMantoue.

La division du général Vaubois était à Trente, gardant la route du Tyrol. Le général Masséna était à Bassano, placé sur la route qui conduit d'Allemagne à Vérone. Le quartier général était dans cette ville le 25 octobre.

Alvinzy avait quarante mille hommes; dès qu'il eut commencé son mouvement , Masséna repassa la Brenta et se retira sur Vicence. Le général en chef vint l'y joindre avec la division du général Augereau. Une bataille fut livrée le 6 novembre, et l'armée autri-

chienne repoussée sur la Brenta et à Bassano; mais le pont ne fut pas emporté et elle resta maîtresse de la ville.

Pendant ce temps , le général Vaubois, qui n*avait pas de forces suffisantes, attaqua sans succès le général Davidowitch ; il fut lui-même obligé d'abandonner sa position et de se retirer en laissant Trente au pouvoir de lennemi. Une autre colonne autrichienne s'avança par la rive droite de l'Adige, entre cette rivière et le lac de Garda.

Cette nouvelle parvint au quartier général dans la nuit du 6 au 7 novembre. Le général Bonaparte n'hésita point. Il fallait courir au plus vite à Vérone et se tenir sur la défensive. Les postes de Rivoli et de la Corona, qui tiennent la route par où arrivaient les Autrichiens venant du Tyrol , furent mis à l'abri d'une attaque. Le général Joubert était arrivé avec une division tirée du blocus de Mantoue et se joignit au général Vaubois.

Le général en chef était mécontent de la retraite de cette division. En ne défendant pas le Tyrol, ainsi qu'il l'avait espéré, elle rendait ses projets impossibles. Il la fit réunir sur le plateau de Rivoli : — « Soldats, dit-il, je ne suis pas content de vous; vous n'avez montré ni discipline, ni constance, ni bravoure; aucune position n'a pu vous rallier; vous vous êtes abandonnés à une terreur panique ; vous vous êtes laissé chasser de positions où une poignée de braves devait arrêter une armée. Soldats de la 39' et de la 85% vous n'êtes plus des soldats français. Général chef de Tétatmajor, faites écrire sur les drapeaux : Ils ne sont plus de l'armée dltalie. n

Cette allocution arracha des larmes à ces vieux sol-

dats. Plusieurs grenadiers avaient reçu des armes d'honneur en témoignage d'actions d*éclat; ils s'écrièrent : — « Général, on nous a calomniés; metteznous à Tavant-garde , vous verrez si nous sommes de l'armée d'Italie. »

Il avait produit l'effet qu'il voulait^ et leur adressa des paroles de consolation. Ces deux régiments, peu de jours après , se comportèrent héroïquement.

En ce moment le succès était aux Autrichiens ; Alvinzy avait vu l'armée française se retirer devant lui depuis la Brenta jusqu'à l'Adige; Davidowitch l'avait forcée à abandonner le Tyrol. Mais Vérone était puissamment gardée; l'Adige n'était point passée. Les deux corps autrichiens ne pouvaient encore opérer leur jonction.

La route de Vérone à Vicence suit la rive gauche de l'Adige pendant trois lieues , puis tourne à gauche en angle droit. A quelque distance se trouve sur la gauche de la route une position célèbre dans les guerres d'Italie, à Caldiero ; en occupant ces hauteurs , on couvre Vérone, et l'on est en mesure de tomber sur Tennemi s'il essayait de manœuvrer sur l'Adige. Alvinzi s'était emparé de cette position et s'y était solidement établi.

Le général Bonaparte résolut de reprendre les hauteurs de Caldiero. Le 1 1 novembre , l'armée sortit de Vérone, poussa devant elle l'avant-garde autrichienne, et arriva le soir au bas de Caldiero. Alvinzi s'était fortifié et défendait la position par des redoutes et de formidables batteries. Sa gauche parut inexpugnable. La division Masséna essaya de tourner sa droite Les

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