Mémoires dictés à Sainte-Hélène
tirailleurs furent repoussés, et le généra] qui commandait cette attaque fut fait prisonnier. Le feu con • tinua pendant la journée entière sur toute la ligne ; la pluie tombait par torrents. L'artillerie ne pouvait être remuée , tandis que les canons autrichiens , étant en position, produisaient tout leur eflet. Les Autrichiens tentèrent une attaque, elle fut repoussée. Les deux armées passèrent la nuit, chacune dans sa position. La pluie n*avait pas cessé. Il n*y avait nul espoir d enlever aux Autrichiens leur position de Caldiero; l'armée française rentra à Vérone.
La situation devenait fâcheuse et alarmante; les divisions revenues du Tyrol avaient fait des pertes considérables ; elles ne comptaient plus que pour huit milles hommes. Les autres venaient d'éprouver un échec et n'avaient que treize mille hommes sous les armes.
Les Autrichiens étaient fiers et enivrés de levirs succès. Ils ne doutaient pas de la délivrance de Mantoue , et voyaient, dans leur espérance, les Français chassés de l'Italie. Alvinzi faisait fabriquer des échelles pour donner l'assaut à Vérone ; on apprenait que la garnison de Mantoue , ranimée par de si heureuses nouvelles , faisait de fréquentes sorties.
L'armée française paraissait dans l'impossibilité de reprendre l'offensive; elle était dans une infériorité numérique qui n'en laissait pas concevoir la pensée. Caldiero et les défilés du Tyrol étaient des positions à l'abri de toute attaque : la saison était mauvaise ; les chemins détrempés ne permettaient aucun mouvement. Les canons, les chevaux, les fantassins s'enfonçaient dans la boue.
Le découragement gagnait; l'opinion de l'armée
s'aigrissait; à renthousiasme et à radmiration, qui avaient donné tant d'autorité au général , succédaient le mécontentement et le murmure des soldats , les paroles et la critique malveillantes des généraux. Tant de braves gens, deux ou trois fois blessés dans les différentes batailles depuis Tentrée en Italie, semblaient refuser de se sacrifier inutilement. L'infériorité du nombre était si grande qu'elle ne permettait aucune espérance de salut.
On disait : — « Nous ne pouvons pas être les seuls à nous battre. Les armées du Rhin se sont retirées ; elles ont laissé aux Autrichiens la facilité de venir ici contre nous. Pourquoi se reposent-elles? Que fontelles à présent? — 'Si nous sommes battus , nous nous enfuirons honteusement jusqu'aux Alpes. Si nous sommes vainqueurs , une autre armée autrichienne viendra après Alvinzi, comme Alvinzi après Wtirmser, comme Wûrmser après Beaulieu ; et enfin nous serons écrasés. »
Le général en chef répondait et faisait répéter : — « Encore un effort et Tltalie est à nous. L'ennemi est plus nombreux que nous, mais la moitié de ses troupes est composée de recrues. Il sera battu , alors Mantoue est pris; nous demeurons maîtres de l'Italie; toutes nos peines sont finies^ La paix générale est dans Mantoue. — Vous voulez retourner sur les Alpes ? C'est impossible : vous avez conquis les belles plaines de la Lombardie ; vous avez bivouaqué dans les jardins de l'Italie, vous n'irez pas coucher sur la neige et mourir de faim parmi les i^ochers. — Il nous est arrivé des renforts. D'autres sont en route. Que ceux qui ne veulent plus se battre ne cherchent pas de prétextes. — Battez Alvinzi , je vous réponds de l'avenir. >>
362 NOUVELLE CAMPAGNE CONTRE LES AUTHrCHIENS.
Écoutant ces discours , Tarmée , dans sa mobilité française , passait de rabattement à l'espérance , des murmures aux applaudissements; tantôt elle voulait la retraite ; tantôt elle demandait à être conduite à Tennemi. Les malades et les blessés des hôpitaux de Brescia, de Bergame , de Milan , de Bologne , apprenant qu'on avait éprouvé un échec, se relevaient à demi guéris et arrivaient, leurs plaies encore saignantes.
Tel était le spectacle qu'offrait l'armée et les émotions qui l'agitaient; tout en ranimant le courage des soldats , en leur rendant l'espérance , en leur promettant la victoire, le général en chef conservait son imperturbable discernement , et ne se faisait pas la moindre illusion. Il écrivait au Directoire : — « La saison continue à être mauvaise. Toute Tarmée est excédée de fatigue et n'a point de souliers. Je l'ai ramenée à Vérone. Deux corps autrichiens descendent du Tyrol , l'un se dirige sur Brescia, l'autre marche pour se joindre à Tarmée d'Alvinzi. Pour résister à tout cela, je n'ai que dix-huit mille hommes ; l'ennemi en a cinquante mille. Je désespère d'empêcher la levée du blocus de Mantoue. Si ce malheur arrive , nous serons bientôt derrière TAdda , et plus loin s'il ne m'arrive pas de troupes. Les blessés sont l'élite de l'armée, tous nos officiers supérieurs , tous nos généraux d'élite sont hors de combat. Tous ceux qui m'arrivent sont ineptes et n'ont pas la confiance du soldat. L'armée d'Italie , réduite à une poignée de monde, est épuisée. Les héros de Lodi, de Castiglione, de Bassano sont morts pour la patrie ou sont à l'hôpital. Les corps n'ont plus que leur réputation et leur orgueil. Nous sommes abandonnés au fond de l'Italie.
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J'ai perdu dans cette guerre peu de inonde , mais des hommes d'élite qu'il est impossible de remplacer. Ce qui me reste de braves voient la mort infaillible , au milieu de chances si continuelles et avec des forces si inférieures. Peut-être l'heure du brave Au gereau, de l'intrépide Masséna, de Berthier, est prête à sonner. Alors ! alors ! que deviendront ces braves gens ? Cette idée me rend réservé ; je n'ose plus affronter la mort; elle serait un sujet de découragement et de malheur pour l'armée , objet de mes sollicitudes. — Sous peu de jours, nous essayerons un dernier efTort. Si la fortune nous sourit 9 Mantoue sera pris, et avec lui l'Italie. Renforcé par mon armée de siège, il n'est rien que je ne puisse tenter. Si j'avais reçu la quatre-vingttroisième, forte de trois mille cinq cents hommes connus à l'armée, j'aurais répondu de tout; peut-être dans trois jours ne sera-ce pas assez de quarante mille hommes. »
Le jour où il écrivait cette lettre , le 12 octobre , à la nuit tombante, l'armée prit les armes, trois colonnes se mirent en marche, traversèrent la ville dans le plus grand silence , passèrent l'Adige sur les trois ponts , et se formèrent sur la rive droile.
L'heure du départ, l'ordre du jour qui, contre l'habitude, n'avait annoncé aucun mouvement; la précaution prise depuis deux jours de fermer les portes de la ville sans laisser sortir personne ; la situation de l'armée , tout se réunissait pour persuader à chacun que c'était le commencement d'une retraite. On se disait que le siège de Mantoue était levé et qu'on allait perdre l'Italie : ceux des habitants qui s'étaient compromis par un bon accueil fait aux Français , s'inquiétaient et se
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désolaient de la confiance qu'ils avaient mise en la fortune de la France.
Ce ne fut pas sans surprise qu'on vit l'armée, au lieu de suivre la route qui mène à Peschiera, tourner à gauche et suivre la rive droite de l'Adige. Au peint du jour on arriva à Ronco , et l'on vit avec un nouvel étonnement qu'un pont venait d'être jeté sur l'Adige ; le général Andreossy y faisait travailler depuis la veille.
L'armée traversa ainsi la rivière, et alors les officiers, les soldats même qui connaissaient le pays pour y avoir déjà fait la guerre contre Wûrmser , devinèrent que leur général voulait tourner la position de Caldiero, qui n'avait pu être emportée de front : mais comment réussir dans une pareille entreprise , avec treize mille hommes contre quarante?
Le pont avait été placé de telle façon que l'armée se trouvait sur la rive gauche de l'Adige , séparée de la position de Caldiero par un vaste marais qu'elle avait à traverser pour arriver sur la gauche de l'armée autrichienne; une petite rivière nommée l' Alpon se jette non loin de là dans l'Adige, après avoir passé au village d'Arcole; si le pont avait été jeté à quelques centaines de toises , non pas au-dessus, mais au-dessous de l'embouchure de l'Alpon , l'armée française aurait débouché dans une vaste plaine et aurait pu de même tourner la gauche de l'ennemi. Quelques généraux regrettèrent qu'il n'en eut pas été ordonné ainsi.
Mais en se plaçant de l'autre côté de l'Alpon , cette rivière se serait trouvée entre Vérone et l'armée française; ainsi, les Autrichiens auraient pu facilementlui fermer toute communication avec cette ville.
Un autre calcul avait surtout déterminé la combinai-
BATAILLE u'aRCOLE. 365
son imprévue du général Bonaparte. Dans une plaine ouverte , Alvinzi aurait pu déployer toutes ses forces et profiter de la supériorité du nombre : dans le marais de TAlpon traversé par des chaussées élevées au-dessus d un col impraticable , le combat ne pouvait se passer que sur des routes étroites où l'élan et la vigueur des têtes de colonnes décideraient de tout , où le nombre ne servirait à rien.
Trois chaussées partaient du pont de Ronco, Tune, remontant à Vérone le long de la rive gauche de F Adige; la seconde , celle du centre , se dirigeant vers le village d'Arcole, y arrivait par un petit pont de pierre construit sur l'Alpon et aboutissait à Villa-Nuova ; la troisième, desendait l'Adige en suivant sa rive gauche et conduisait à Albaredo.
Trois colonnes s'engagèrent sur les trois routes : celle de gauche remonta dans la direction de Vérone au village de Pencil , et rendait impossible la marche de l'ennemi vers cette ville ; la colonne du centre parvint sans rencontrer aucun ennemi jusqu'au pont d'Arcole, qui était gardé par deux bataillons de Croates et deux pièces de canons.
Alvinzi ignorait complètement la marche de l'armée française. Les chaussées du marais n'étaient ni occupées, ni défendues. Les Croates étaient sur la rive gauche de TAlpon, le long du ruisseau; lorsque la division du général Augereau fut arrivée à la hauteur du pont par la chaussée qui, avant de tourner à droite, suivait le bord de T Alpon , les Croates attaquèrent en flanc cette colonne qui n'était séparée d'eux que par le lit trèsétroit du ruisseau , de sorte que la fusillade était pour ainsi dire à bout portant. La division se replia en toute hâte jusqu'au point où la chaussée plus éloignée de
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i'Alpon n était plus à portée des balles. Augereau indigné du mouvement rétrograde de son avant^rde s'élança sur le pont avec deux compagnies de grenadiers; il fut ramené vers sa division par une vive fusillade.
Alvinziy du haut d'un clocher voisin, observait de loin le mouvement de Tarmée française sans le comprendre : comment eut-il imaginé qu'un général fût assez insensé pour la jeter dans des marais impraticables? Il pensa que les housards qu'il avait envoyés sur les chaussées avaient été repoussés par des troupes légères et que l'attaque réelle déboucherait par la route de gauche, du côté de Vérone, il y envoya une division qui fut vigoureusement repoussée par Masséna et perdit des canons et des prisonniers. L'attaque sur la chaussée du centre n'eut pas un meilleur succès et coûta beaucoup de monde aux Autrichiens.
L'armée d'Alvinzi se trouvait donc engagée dans le marais ; si les Français pouvaient passer le pont d' Aréole, arriver à temps à Villa-Nuova qui a aussi un pont sur le ruisseau , les Autrichiens n'auraient pas eu de route pour leur retraite , leur armée eût été complètement défaite.
Mais Arcole résista encore ù plusieurs attaques. Des renforts considérables étaient venus de Villa-Nuova pour défendre le pont. Dans la situation difficile et dangereuse où se trouvait l'armée française, il importait d'obtenir non pas seulement l'avantage, mais de gagner une grande bataille.
Jamais le général Bonaparte n'avait été autant amené à la nécessité de ne point vaincre à demi. II ordonna que l'attaque fût renouvelée ; les soldats hésitaient ; il essaya sur eux le pouvoir de sa parole , il leur criait : « Souvenez- vous de Lodi. »
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Augereau saisit un drapeau et le planta à lentrée du pont * ; il y resta quelques instants sans être suivi des soldats. Tous les généraux tentèrent d'enlever les colonnes. Une troisième attaque fut essayée sans pouvoir triompher de Vénergie de la résistance. L'adjudant général Belliard alla rechercher le drapeau pour qu'il ne restât point à l'ennemi.
Enfin , le général en chef voulut tenter un effort désespéré ; il descendit de cheval , s'élança vers le pont un drapeau à la main ; la colonne qui le suivait était déjà à trente pas du pont , lorsqu'un feu de flanc et l'arrivée d'une division ennemie la firent reculer. Les grenadiers de la tête se voyant abandonnés par la queue de la colonne , prirent le général par le bras , -et, se joignant au petit nombre d'oQiciers qui restaient encore debout près de lui , l'entraînèrent sur le talus de la digue pour qu'il fût moins exposé à la fusillade.
Lannes , qui était revenu à Tarmée sans être guéri d une blessure reçue dans un autre combat , avait encore été blessé deux fois au commencement de la journée. 11 était sur un brancard lorsqu'il apprit que le général se mettait à la tête de la colonne , il se fit placer à cheval et accourut pour le couvrir de son corps. Une balle l'atteignit et il tomba sans connaissance. Muiron, l'aide de camp préféré du général Bonaparte , fut tué en se plaçant devant lui; Verdier, VignoUes, Bon furent blessés.
11 était remonté à cheval ^ mais le feu terrible de l'ennemi culbuta le général et son état-major. Il tomba
4. Mémoires du général Belliard; lettre du général Berlhier du 29 novembre; lettre du général Bonaparte, idetn; Mémoires dictés a Sainte-Hélène; Documents historiques de Louis Bonaparte.
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de la chaussée dans le marais et s'y enfonça jusqu'à mi-corps ; les ennemis allaient l'entourer.
— a En avant, pour sauver le général, » s'écrièrent les grenadiers; et, commandés par Relliard, qui fut blessé, ils se précipitèrent sur la colonne ennemie qui débouchait du pont sur la chaussée et la repoussèrent. — Le général fut sauvé , mais il fallut renoncer à Aréole et à la victoire.
Le général autrichien borna son succès à replier son armée sans nul empêchement de l'autre côté de l'Alpon en reprenant sa position à Caldiero.
Quand le soir fut venu , il évacua Arcole , et une brigade française qui avait passé l'Adige en bateau à AU barédOy y entra sans combat, six heures après les tristes attaques qui avaient ensanglanté le fatal point où avait échoué la fortune du général Bonaparte.
Le combat s'engagea de nouveau le lendemain matin; la division Masséna, après l'avantage obtenu la veille, avait marché en avant et poursuivi l'ennemi jusqu'aux portes de Caldiero ; la division Augereau avait passé l'Alpon; d'autres colonnes arrivèrent et manœuvrèrent sur la gauche de l'ennemi ; on se battit jusqu'à la nuit avec vigueur d'un côté comme de l'autre, mais en résultat, les Autrichiens avaient conservé leurs positions.
Le général en chef ne rendit compte de cette journée que le 19 novembre. — Il terminait son rapport avec moins de triomphe que de coutume. — « Le fruit de la bataille d'Arcole est : quatre ou cinq mille prisonniers, quatre drapeaux , dix huit pièces de canons ; l'ennemi a perdu au moins quatre mille morts. Outre les généraux que j'ai nommés, Gardanne a été blessé, le général Robert et l'adjudant-général Vaudelin ont été tués. J'ai
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perdu dans mon aide de camp Muiron un officier d'une grande distinction. Notre perte, quoique peu considérable, a été très-sensible, c'est presque tous officiers distingués.
a Les généraux et officiers d'état-major ont montré une bravoure et une activité sans exemple; douze ou quinze ont été tués ; c'était vraiment un combat à mort; pas un d'eux qui n'ait ses habits criblés de balles. »
Il fallait maintenant courir sur un autre point où le danger n'était pas moindre. Il devenait indispensable d'apporter secours à une autre armée accablée aussi par les forces supérieures de l'ennemi. Le général Davidowitch avait attaqué le général Vaubois à la Corona et s'en était emparé; il occupait Rivoli; il était à treize lieues de Mantoue, et s'il forçait la position de Bas'solungo, où s'était replié Vaubois, il pouvait y arriver facilement et faire lever le siège.
Il n'y avait pas une heure à perdre. Le général fit évacuer Arcole, qui avait coûté tant de sang ; l'armée retourna sur la rive droite de l'Adige. Les bivouacs étaient restés allumés devant Arcole pour dérober à l'ennemi cette marche de nuit. Alvinzi en fut néanmoins informé et arriva devant Ronco au moment où l'armée allait passer le pont. Le mouvement de retraite fut arrêté ; les Autrichiens , vivement repoussés furent poursuivis jusqu'au débouché des marais.
On venait d'apprendre que Vaubois n'avait pas encore été attaqué dans sa position de Bassolungo et que Davidowitch ne semblait point disposé à marcher en avant. Dès lors il y avait un grand avantage à repousser Alvinzi loin de Vérone et de Ronco. L'armée fran çaise revint tout entière sur la rive gauche de l'Adige, I.' 24
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et ce fut encore sur les chaussées du marais que se rencontrèrent les têtes de colonnes; le combat fut opiniâtre et d'abord indécis» La 32'' demibrigade, placée en embuscade par le général en chef, culbuta un corps de Croates et les jeta dans les marais en en faisant un grand carnage. Masséna, dont les troupes hésitèrent un moment, se mit à leur tète, prit un tambour où il battait la charge avec le pommeau de son épée ; la division qui lui était opposée fut presque exterminée. Ces digues étaient un étroit champ de bataille où les colonnes serrées , sans espace pour s'étendre , présentaient une masse compacte , que le vainqueur écrasait ou précipitait dans le marais.
Vers le miheu de la journée, le général Bonaparte, calculant les pertes que l'armée d'Alvinzi avait dû éprouver depuis trois jours, et s'apercevant que les Autrichiens fatigués n'avaient plus la même énergie» se résolut à les repousser plus loin ; il fit passer TAlpon à ses divisions et la bataille recommença dans la plaine; elle ne fut ni vive ni obstinée. La ligne de l'ennemi fut rompue et Alvinzi commença un mouvement de retraite, en suivant la route qui le ramenait à Vicence et en abandonnant Caldiero.
Le lendemain , cette marche rétrograde des Autrichiens continua; dès lors, le général Bonaparte, tran- • quille sur l'armée d'Alvinzi, pouvait se porter au secours de Vaubois , que pressait l'armée de Davidowitch; il s'arrêta à Villanuova sans poursuivre les Autrichiens dans leur retraite. Avant de se mettre en route pour se porter à de nouveaux combats, il donna les ordres nécessaires afin qu'on prît soin des blessés. — « J'entrai, écrivait- il beaucoup d'années après, dans le couvent de Saint-Boniface , l'église avait servi
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d'ambulance. Quatre ou cinq cents blessés y avaient été entassés. La plus grande partie étaient morts ; il en sortait une odeur cadavéreuse. Je reculais d'horreur, lorsque je m'entendis appeler par mon nom. Deux malheureux soldats étaient depuis trois jours au milieu des morts, sans avoir mangé, sans avoir été pansés ; ils furent rappelés à la vie par la vue de leur général. Tous les secours leur furent prodigués. » — On s'était battu pendant trois jours sur ce terrible champ de bataille, le plus funeste où l'armée eût encore été amenée. Le général en chef venait d'y perdre encore EUiot, un de ses aides de camp.
L'armée rentra décimée, mais triomphante, à Vérone, d'où elle était sortie furtivement trois jours auparavant, mais elle ne s'y arrêta pas. Il était temps de venir en aide àVaubois, dont les positions venaient d'être encore emportées par Davidowitch. Elles furent reprises après des combats où la victoire ne fut pas douteuse, mais aussi chèrement achetée. L'armée autrichienne retourna dans le Tyrol où elle ne fut pas poursuivie.
Le blocus de Mantoue avait été maintenu pendant la campagne de quelques jours qui venait de forcer Alvinzi à la retraite. On pouvait espérer que le maréchal Wurmser, dont l'armée, réduite à la demi-ration et diminuée par le grand nombre de malades entassés dans les hôpitaux, tarderait peu à capituler. Alors le général Bonaparte se trouverait maître de l'Italie et n'aurait plus rien à craindre des armées autrichiennes. Le Directoire lui promettait de puissants renforts ; trente mille hommes que Carnot avait eu beaucoup de peine à obtenir de ses collègues, et surtout de Barras, devaient être tirés des armées de Beurnonville et de
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Moreau, L'armée d'Italie avait besoin de repos; il ne pouvait rien entreprendre en l'état où elle se trouvait. Un armistice semblait désirable au Directoire. Il avait été amené à des pensées plus pacifiques; elles n'étaient point inspirées par le général Bonaparte et ne convenaient point à ses projets sur l'Italie. Le gouvernement de la République aurait voulu ^ en ce moment, que la politique cessât d'être subordonnée à ses combinaisons militaires.