‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 17 sur 141 · PRRIIIÈREB SÉANCES DES CONSEILS · texte numérisé non relu

PRRIIIÈREB SÉANCES DES CONSEILS

Ces considérations générales prévalurent dans le conseil des Cinq-Cents. Les députés du nouveau tiers, qui pourtant prévoyaient avec certitude que Tadministration et les tribunaux allaient être entièrement occupés par la faction révolutionnaire , se montrèrent presque tous complaisants à la proposition du gouvernement. M. Dumolardy député de l'Isère, qui bientôt devint rinfatigable adversaire du Directoire, défendit le projet contre les scrupules constitutionnels de M. Thibandeau. M. Pastoret, nouveau député de Paris, en exprimant aussi son opposition, gardait des ménagements ; il disait : — « Je ne suis pas de ceux qui voient un rival dans le Directoire et veulent le circonscrire dans des limites trop étroites; je pense qu'il doit jouir d'une action libre, qu'on doit avoir en lui une conGance entière. Je sais qu'elle lui est d'autant plus nécessaire, que son pouvoir n'a pas acquis encore l'activité et la vie qui lui sont indispensables. Le Directoire doit être environné d'estime et de confiance. »

Une nouvelle preuve lui en fut donnée , il demanda par un message un crédit de trois milliards pour les besoins du service. Au taux où les assignats étaient tombés c'était vingt-quatre millions en numéraire.

Le conseil des Cinq-Cents n'y fit aucune difficulté et vota d'urgence presque sans discussion.

Le conseil des Anciens commença dès lors à montrer le caractère qu'il devait conserver pendant toute la durée de la constitution. Dès les premiers moments de la session, il n'appartint nullement aux traditions de la Convention : il fut indépendant, conservateur, magistral. Les hommes d'expérience, de pratique, de sagesse , ceux que recommandait l'estime publique ,

MM. Portalis» Barbé-Marbois, Lebrun ^^ Mathieu Dumas, Tronçon-Ducoudray , Dupont de Nemours, exercèrent de rinfluence y furent honorés et écoutés. Le défenseur de Louis XVI, Tronchet, fut le second président du conseil des Anciens.

Le crédit de trois milliards, si facilement accordé par le conseil des Cinq-Cents, aurait été ratifié avec la même confiance par les Anciens, si la demande eût été présentée avec plus de respect pour le texte et les principes de la constitution. Elle exigeait que les fonds publics fussent mis à la disposition, non pas du Directoire , mais de chaque ministre , selon les besoins constatés de son département.

Le conseil des Anciens, déterminé par ce vice du projet, qui était plus qu'un défaut de forme, rejeta la résolution des Cinq-Cents, puis donna son adhésion lorsque le Directoire eut présenté sa demande avec la régularité constitutionnelle.

Ainsi le pouvoir législatif témoignait la volonté sincère de n'entraver en rien le Directoire, de ne pas empiéter sur ses attributions , de ne point diminuer son autorité. II semblait même vouloir qu'il fût puissant; mais on pouvait, en même temps, entrevoir que les Conseils ne se laisseraient point dominer; qu'un moment viendrait où ils sauraient, à l'occasion, résister, refuser et faire sentir par le blâme ou la critique , leur souveraineté et la responsabilité du pouvoir exécutif.

C'est ce que comprirent les directeurs. Élus tous les cinq par une même cabale et pour servir de garantie à une même opinion, elle n'était pas assez victorieuse,

4 . Depuis troisième consul , architrésorier, duc de Plaisance.

14 LA RÉVEILLÈEE.

assez unie, assez puissante pour les contraindre à marcher dans ses voies, pour leur imprimer une direction. Le Directoire n'était pas , comme le Comité de salut public , entraîné par une faction déchaînée et ardente, obéissant à l'impulsion de quelques hommes despotiques et redoutables ; son pouvoir ne s'exerçait pas au milieu d'une opinion muette et terrifiée. Aux conditions constitutionnelles, la tyrannie lui était impossible, hormis contre les classes proscrites par les lois révolutionnaires.

De là résultait encore que les directeurs ne pouvaient pas être tenus en bon accord ; les difficultés et les dangers où était exposé leur gouvernement n'étaient pas appréciés par les uns comme par les autres ; les nuances d'opinion, les différences de caractère devaient y amener la discorde.

La Réveillère-Lépeaux avait obtenu le plus grand nombre de suffrages et paraissait être porté à la suprême magistrature avec plus de faveur que ses collègues. Girondin, plutôt par conformité d'opinion que par liaison de coterie , il avait voté la mort du roi sans appel au peuple et sans sursis. Opposé courageusement à la Montagne, il avait été proscrit et mis hors la loi; rentré à la Convention avec cette honorable note, il avait eu d'abord la confiance du parti modéré. Dans la commission , qui avait préparé la constitution , il s'était montré d'abord assez contraire aux préjugés démocratiques et aux principes d'égalité anarchique; puis la crainte de la réaction , la pensée qu'une contrerévolution était possible et menaçante l'avait, comme Louvet , Chénier et quelques autres républicains fanatiques, rejeté vers les anciens Jacobins, de sorte

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