REWBELL
Rewbell ne les avait point. Il ne savait et ne voulait employer lautorité qu'à la défense et au maintien des intérêts révolutionnaires. Pour lui, et pour ceux qui l'avaient porté au Directoire , la patrie , c'était le parti jacobin. Il ne comprenait le pouvoir que comme une dictature chargée de préserver de tout détriment la république du 10 août. Méfiant, soupçonneux, crédule, il regardait comme conspiration toute correspondance , tout propos, tout témoignage d'aversion ou de mépris du gouvernement où l'avait poussé le bouleversement de la société. Sans avoir le même orgueil et la même ambition que Robespierre, il aurait pu aller aussi loin en tyrannie et en cruauté. « Vous voudriez donc remettre la terreur et la mort à l'ordre du jour? lui disait un de ses collègues. — Je n'ai jamais eu qu'un reproche à faire à Robespierre, c'est d'avoir été trop doux *. «
Il était donc le représentant éniinent de tout ce qui appartenait aux opinions et aux actes des hommes de 1793. 11 les protégeait aveuglément. C'était, à ses yeux, un devoir et une nécessité politique. 11 fallait leur donner des places; les employer en tout et pour tout; prendre leur défense s'ils étaient attaqués. Ce n'est pas qu'il ignorât ce qu'ils avaient fait ou ce qu'ils étaient capables de faire. 11 avouait même qu'on ne pouvait guère supposer que ceux qu'on appelait les honnêtes gens fussent révolutionnaires.
Ainsi Rewbell fut bientôt entouré d'aventuriers et de fripons; il était leur protecteur; il s'obstinait à les maintenir contre la clameur publique, et ne les renia jamais , lors même qu'il était compromis par eux. De là résulta pour lui une réputation incontestée d'impro-