‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 20 sur 141 · BARRAS · texte numérisé non relu

BARRAS

bité qu'il ne méritait point; lorsqu'il sortit du Directoire, il passait pour s'être procuré une énorme fortune : cela n'était pas vrai ; il n'était pas plus riche qu'avant la Révolution.

Barras appartenait à une des plus nobles familles de Provence. Il avait honorablement servi aux Indes pendant la guerre d'Amérique. Revenu en France après la paix , il abandonna la carrière militaire, et vécut à Paris dans un assez grand désordre de mœurs, qui contribua, ainsi que la passion du jeu , à déranger sa fortune et à le brouiller avec sa famille. Telle était sa situation lorsque commença la Révolution. 11 se mêla à tous les mouvements populaires , et fut un des vainqueurs de la Bastille. Mais son ardeur séditieuse, que peut-être il a exagérée lorsque plus tard il lui convenait de s'en vanter, ne fit pas de lui un personnage important ; son nom était inconnu ; il était à Versailles au 5 octobre, et appelé en témoignage, lorsqu'une procédure fut commencée, il déposa de ce qu'il avaft vu, en exprimant son indignation contre les brigands qui avaient envahi le château et menacé les jours de la reine.

11 fut élu à la Convention , prit place parmi les amis de Danton, et vota, comme eux, dans le procès du roi Envoyé en mission avec Fréron dans les départements du midi , ils procédèrent aux massacres et aux exécutions qui ensanglantèrent Toulon et Marseille. Ils furent rappelés avant le 9 thermidor, lorsque Robespierre avait peut-être conçu la pensée de poursuivre quelquesuns des partisans de Danton, en leur imputant les horreurs commises dans leur proconsulat. Ce rappel déplut aux jacobins du midi , et tous les clubs du pays réclamèrent en faveur de Barras et de Fréron, « les I. 2

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seuls représentants qui avaient mérité la confiance des républicains. »

Le 9 thermidor. Barras fut mis à la tête de la force armée, qu'on essayait de rassembler pour défendre la Convention contre la Commune révoltée où siégeaient Robespierre, Couthon et Saint-Just. 11 contribua, par sa courageuse activité, à susciter dans les sections de nombreuses réunions prêtes à combattre l'insurrection. Encore qu'il n*eût pris aucune part à la conquête de l'hôtel de ville et à la main mise sur Robespierre, la journée du 9 thermidor donna à Barras beaucoup de renommée et d'importance.

Après avoir, ainsi que Tallien et Fréron , ses intimes amis, encouragé ou même excité la réaction et le mouvement de la jeunesse parisienne, il redevint jacobin et montagnard. Aucun n'avait été plus ardent que lui à donner pour conséquence à la victoire de vendémiaire une reprise du régime de la Terreur.

C'est dans cette disposition que Barras entrait au Directoire, et semblait appelé à y jouer le principal rôle. Il n'en fut pas tout à fait ainsi. Sans opinion sincère, devenu révolutionnaire par circonstance et par le goût ou l'habitude du désordre; conservant quelque chose du gentilhomme dans le jacobin ; plus débauché et d'une dépravation plus infâme encore qu'il n'en avait la réputation, Barras était insouciant, paresseux, sans système, sans but politique, sans expérience du maniement des affaires , et ne s'en mêlant que par occasion.

Toutefois, s'il était moins que Rewbell l'homme spécial du gouvernement, il était plus que lui le maître du Directoire. Son caractère absolu, ses emportements vrais ou calculés, s^ discussion injurieuse, sa voix menaçante, sa haute taille, ses airs d'officier tapageur.

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