PRÉFACE
L'histoire du Directoire exécutif est donc une suite nécessaire, une continuation de Thistoire de la Convention. L'une se termine en racontant comment les révolutionnaires du 10 août^ offensés dans leur orgueil et leur ambition , inquiets de la réaction et du mouvement de l'opinion publique , conservèrent le pouvoir dont ils s'étaient emparés, afin de le faire servir à leur défense ; l'autre histoire a pour tâche d'exposer comment, pour s'y maintenir y ils ne trouvèrent pas d'autres moyens, que les mêmes violations de la loi, de la justice et de l'humanité qu'ils avaient employées pour le conquérir. Leur politique fut donc la même, conforme à leurs habitudes, dictée par leurs souvenirs; la fausseté de leur esprit, leurs idées étroites et exclusives, leurs passions ne cessèrent point de les aveugler.
Les circonstances étaient entièrement différentes. La violence et la tyrannie n'avaient plus la même portée; employées non plus comme système, mais comme expédient pour échapper à un embarras ou à un péril, elles ne constituaient pas essentiellement la situation ; elles ne donnaient pas Tidée que le gouvernement avait une force réelle; il ne pouvait pas tenter un second régime de la Terreur; l'essayer pour un jour était déjà une témérité; dès le lendemain la division reparaissait entre les gouvernants. Le comité de salut public , devenu directoire exécutif, ne trouvait plus des Jacobins et des Gordeliers pour le contraindre ; une commune de Paris pour le seconder ; une majorité de représentants pour lui accorder leurs votes serviles. Cette différence de situation rend nécessairement les
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deux histoires très-dissemblables. Une sombre monotonie pèse sur l'histoire de la Convention jusqu'au 9 thermidor. L'opinion publique non-seulement muette, mais étouffée sans avoir conscience d'elle-même ; les échafauds ruisselant de sang en face d'une nation qui n'a pas même le courage de la pitié; des massacres s'accomplissant ainsi qu'une consigne; et tout cela passant sur la France, comme un fléau envoyé par la sévérité de la Providence, sans qu'on puisse l'attribuer à la volonté personnelle d'un tyran ou à la passion d'un vainqueur impitoyable : tel est le récit de cette époque. A peine soupçonne-t-on ce que voulaient, ce que pensaient trois ou quatre hommes enivrés d'orgueil ou de peur, qui au milieu du désordre avaient une volonté et une action sans savoir où ils allaient , sans prévoir un lendemain. A vrai dire, la Terreur fut l'œuvre d'un gouvernement anonyme.
11 n'en fut pas ainsi dans les quatre dernières années de la République , pendant le gouvernement du Directoire. 11 avait été précédé d'une vive réaction que la Convention avait d'abord été obligée de permettre et même de favoriser, avant de la combattre. Cette réaction avait été vaincue au 13 vendémiaire, mais il avait fallu user sobrement de la victoire; le pouvoir exécutif, quoique par le vice de la constitution il fût presque absolu dans ses attributions, s'y trouvait pourtant gêné. Le Corps législatif divisé en deux conseils pouvait exercer un contrôle sur l'administration; la tribune était libre; la presse affranchie jusqu'à la licence; en un mot, la vie circulait dans ce gouvernement constitutionnel. Beaucoup de libertés pouvaient encore être réclamées; beau-