‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 29 sur 141 · nivôse, 23 décembre · texte numérisé non relu

nivôse, 23 décembre

ÉTAT DBft FINÂNCEft. 39

reçus dans les caisses publiques comme espèces métalliques. — Les mandats emportaient hypothèque sur tous les domaines nationaux. Tout porteur de mandats pouvait requérir de ladministration départementale la vente d*un domaine national au prix d'estimation , et à la condition d'en payer le prix en mandats dans le cours de trois mois ; l'estimation devait être faite à vingt-' deux fois le revenu de 1790.

Cette émission d'un nouveau papier-monnaie était spécialement destinée à remplacer celui qui n'avait plus de valeur et à le retirer de la circulation. La loi autorisait tous les porteurs d'assignats à les échanger contre des mandats à raison de trente livres pour une livre.

Il était impossible de compter que la confiance s'attacherait à un effet public quelconque. Aucune précaution ne fut pourtant omise pour constater la bonne foi du gouvernement. 11 pressa la vente ruineuse des biens nationaux, dans l'espérance qu'en présentant sur-le-champ un placement avantageux pour les mandats, il soutiendrait leur valeur, puisqu'elle serait immédiatement réalisable.

Rien ne pouvait guérir la méfiance. Les circonstances, encore plus que les opinions, maintenaient Tinquiétude. Le public ne se persuadait point que le gouvernement fût établi sur des bases solides et qu'il eût des chances de durée. Ou le regardait seulement comme une halte sur la route des révolutions; on ne voyait pas qu'il fût empressé à consacrer par la paix les victoires des armées républicaines. Il ne donnait point la pensée qu'il observerait fidèlement la constitution; qu'il eût un vrai respect pour la justice; qu'il eût la volonté de faire cesser les lois de confiscation et de persécution; en un mot, il était manifeste que la

puissance publique était exercée, non pour le bien général , mais pour l'intérêt d'une faction.

Ainsi les symboles gravés sur les mandats ne pouvaient être qu'un sujet de raillerie : le premier timbre représentant un citoyen recevant la monnaie républicaine des mains de Minerve,, qui éteignait sous ses pieds le flambeau de la discorde ; le second timbre , Cérès associant à ses travaux un citoyen qui venait échanger la monnaie républicaine contre une propriété rurale.

Pendant qu'on gravait ces emblèmes mythologiques, Tagiotage avait tout le temps de faire ses calculs et de préparer ses opérations. Pour prévenir les inconvénients de ce délai , on émit des promesses de mandats. Deux mois s'écoulèrent avant qu'on vît paraître cette monnaie républicaine; de sorte qu'au moment de leur émission, les mandats dont la valeur nominale était de cent livres, tombèrent à quinze francs en numéraire.

Le Directoire essaya de fermer la Bourse. Comme on ne vivait plus sous la terreur , comme le cours des affaires et des transactions n'était pas interrompu, cette clôture n'avait pas un autre efTet que d'empêcher les journaux d'imprimer exactement ce que le public savait par approximation ; c'était donner aux agioteurs plus de facilité à trouver des dupes.

Les mandats devaient avoir un cours forcé ; il fallut revenir sur cette mesure , et l'on décréta que ce cours forcé n'aurait lieu qu'au taux du cours de la Bourse. Les acquéreurs de biens nationaux furent ainsi obligés de faire leurs payements, non plus au taux nominal des mandats , mais selon le cours constaté officiellement et inséré au Bulletin des lois. La première fois *

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