‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 35 sur 141 · Merlin de Thionville, séance du 24 octobre · texte numérisé non relu

Merlin de Thionville, séance du 24 octobre

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contre lui par le tribunal d'Amiens; car la Conven* tion , dans son usurpation de tous les pouvoirs, n'avait aucun égard à la chose jugée ni aux attributions de Tautorité judiciaire.

La procédure fut renvoyée devant le tribunal de Laon, qui acquitta Babeuf, le 18 juillet 1794. Telle était sa situation lorsque arriva le 9 thermidor. Ce fut alors que son nom commença à être connu. Il fit paraître les premiers numéros du journal de la Liberté de la presse ^ qui fut intitulé plus tard le Tribun du peuple; il prit le prénom de Gracchus en rhonneur de la loi agraire , qui fut toujours sa pensée dominante.

A son début dans la polémique des journaux, il s'était mis en relation avec les Thermidoriens , avec Tallien, avec Fouché surtout : il servait leur cause en maudissant la mémoire de Robespierre ou de Saint- Just j en attaquant les anciens membres du comité de salut public. Mais en même temps il marchait dans sa propre voie; il poursuivait Taccomplissement de ses chimériques conceptions. Pour lui , le journal était un agent de révolution , un moyen d'ameuter Topinion contre le pouvoir quelconque qui maintenait Tordre public. A ce moyen d*action il en joignait un autre ; il suscita des clubs et se plaça à la tête de la réunion de l'Archevêché, qui, avant le 9 thermidor, avait déjà été redoutable et embarrassante pour le gouvernement conventionnel. Un mois après la chute de Robespierre, ce club envoya à l'Assemblée une députation pour demander la liberté illimitée de la presse et l'élection populaire pour tous les emplois publics. Billaud-Yarennes dénonça le club de TArchevêché comme un repaire de contre-révolutionnaires et de royalistes déguisés.

La pétition fut renvoyée au comité de sûreté générale.

Ce mauvais accueil n'intimida point Babeuf; il parla à son club avec une telle violence contre la Convention que l'Archevêché fut fermé et son orateur mis en prison ; il y passa peu de jours.

Son journal et des brochures qui se succédaient presque sans intervalle furent encore dirigés contre le régime de la Terreur; ce fut lui qui, le premier, se servit du mot Terroriste. Il avait un langage bizarre , néologique, à la fois abstrait et grossier, comme s'il eût voulu renouveler la langue en même temps que la société. En ce moment, c'était encore les anciens Jacobins qu'il accablait de ses barbarismes hyperboliques.

— « Gouvernement révolutionnaire, c'est toi, disaitil, toi et tes infômes inventeurs, qui avez empêché qu'une révolution, commencée par la sagesse et la vertu du peuple , se consolidât par les mêmes éléments. » — « Les couleurs noires que je dispose pour peindre le système d'où sont sorties lant de laideurs cadavéreuses ne sont pas inutiles à la patrie. »

11 écrivit un volume intitulé : Système de dépopula-lion ou la vie et les crimes de Carrier. Là, il avait recueilli tous les affreux détails de sa mission à Nantes et des horreurs commises dans la Vendée; il accusait Robespierre d'avoir inventé un plan odieux de dépopulation, comme moyen d'arriver à la régénération de la société et à une nouvelle distribution du territoire.

— « Robespierre a éprouvé que l'essai de ce moyen n'était pas sans danger. Sur le chapitre de l'extermination , je conserve des préjugés ; il n'est pas donné a tous d'être à la hauteur de Maximilien Robespierre. »

Ainsi Babeuf pouvait varier dans ses opinions sur les hommes et sur leur conduite, mais il était invinciblement obstiné dans son système.

La marche que suivait la Convention lui déplaisait donc de plus en plus ; il s'irrita du rappel des soixantetreize et des Girondins. Bientôt éclata sa haine contre les Thermidoriens, h la jeunesse dorée et les honnêtes gens. » Sa colère devint plus vive lorsqu'il commença à être question d'une nouvelle constitution. 11 n'en voulait point d'autre que la constitution de 1793, où il trouvait les principes du renouvellement social. c( Sainte et sublime constitution ! »

Dans un autre numéro il imprimait : « Que le premier chicaneau liberticide qui opposerait des moyens de nullité aux droits de l'homme , soit écartelé vif par le peuple. «

Lorsqu'un tel langage était tenu dans les journaux , la paix publique était évidemment menacée. Babeuf, que Tallien avait quelque temps auparavant dénoncé à la Convention, fut de nouveau arrêté*. Celte fois, il passa longtemps en prison, d'abord à Paris, puis il fut transféré à Arras. Il y eut pour compagnons de captivité les agents d'insurrection , les meneurs des faubourgs, les orateurs de clubs, les rédacteurs de journaux jacobins, qui après le l'*" prairial furent enfermés en assez grand nombre. Plusieurs le connaissaient déjà; il exerça sur eux une grande influence; il leur prêchait ses doctrines ; il les enthousiasmait pour un avenir impossible; mais surtout il exaspérait leur haine contre les maîtres quelconques du pouvoir et les familiarisait avec l'idée d'une complète révolution dans

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