‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 42 sur 141 · CONFISCATION DE L*HÉRITÂGB DES ÉMIGRÉS · texte numérisé non relu

CONFISCATION DE L*HÉRITÂGB DES ÉMIGRÉS

cèdent les tyrans dans leurs proscriptions. Comment une loi répressive du crime aurait-elle quelque rapport avec la fiscalité? Malheur au peuple où l'on confondrait la police criminelle avec la police financière ! C'est cela qui s'appelle battre monnaie sur l'échafaud. Tout gouvernement qui veut s'enrichir par la confiscation arbitraire marche à sa ruine.

« Que le décret du 9 floréal subisse le sort des lois tyranniques qui l'ont précédé! que notre République nous donne les douceurs de la liberté, sans proscriptions et sans pillages! que nos neveux puissent dire un jour : Cette loi qui offensait la raison , qui outrageait la nature , qui ébranlait les bases de la société, qui déshonorait la majesté du peuple et calomnie sa volonté y qui renversait la législation , qui substituait à la justice une fiscalité partiale^ rétroactive, tracas* sière , cette loi fut abolie parce que la France s'était donné des institutions sages , parce qu'elle n'avait pas attribué le pouvoir législatif à une seule assemblée, parce qu'elle obtint ainsi que désormais les lois protégeraient également la vie , la liberté y la propriété de tous les citoyens. »

Les hommes distingués par leurs lumières , ou par l'estime publique s'empressaient de défendre une cause si évidemment juste : c'était une discussion telle qu'on n'en avait point entendu depuis l'Assemblée constituante. Encore pouvait-on dire que, grâce à Texpérience, l'esprit révolutionnaire n'y avait plus le verbe aussi haut. Les défenseurs du projet ne pouvaient en effet que répéter le mot d'ordre de leur parti.

— a 11 ne faut pas, disait l'un d'eux , s'arrêter à une exposition scientifique et pompeuse des principes ; il faut tout faire pour empêcher le royalisme de renaître;

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le meilleur moyen d'y par venir , c^est de prendre les biens des parents des émigrés. »

Après avoir entendu sur ce même texte deux ou trois argumentations qui, dénuées même de chaleur déclamatoire y ne produisaient nul effet; après les discours de Portalisy de Dupont de Nemours, de Durand- Maillane, de Tronçon-Ducoudray, de Baudin des ÂrdenneSy le conseil des Anciens rejeta la résolution du conseil des Cinq-Cents , mais avec une majorité de quatorze suffrages seulement.

La haine des émigrés était devenue le sentiment dominant dans le parti réyolutionnaire. Sur ce point il se trouvait en accord avec les républicains les plus modérés. Les malheurs de la Révolution, la guerre étrangère, la guerre civile étaient généralement imputés à l'émigration. On avait oublié que c'étaient les Girondins et les Jacobins qui avaient décidé la guerre afin d^amener une révolution nouvelle, révolution qui était devenue le régime de la terreur. On se souvenait seulement que les émigrés avaient souhaité et sollicité Tintervention armée des puissances étrangères. Une vive et profonde rancune était attachée à ces souvenirs, même parmi les hommes qui, étrangers au 1 août, au 21 janvier et au gouvernement révolutionnaire, navaient pas à redouter les vengeances dont les correspondances, les pamphlets et les proclamations des royalistes du dehors annonçaient le désir et l'espérance.

L'esprit révolutionnaire n*était plus animé par le désir de faire peur; devenu maintenant moins orgueilleux, ne plaçant plus le même espoir dans un désordre universel , il était sur la défensive^ L'ardeur de la Révolution avait fait place à la crainte de la contre-révolution ^

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