SITUATION DU CABIZOST AUTRICHIEN
complots et les attentats séditieux, furent vÎTemeni combattus comme contraires au bill des droits , mais obtinrent aussi une majorité plus nombreuse que dans les questions où l'opposition élevait parfois un débat : tant est sincère , dans Topinion anglaise, le respect pour la personne royale , pour Tordre établi et pour la vraie liberté.
A ce moment Tempereur d'Allemagne se trouvait avec la diète de l'empire dans des rapports assez semblables à ceux du gouvernement anglais avec le parlement. Les États de TEmpire avaient manifesté un vif désir de la paix et semblaient même disposés à traiter séparément avec la France par la médiation de la Prusse, comme avait fait le landgrave de Hesse. Les victoires de Clairfayt avaient ensuite rassuré les esprits. L'Empereur ratifia un avis de la diète qui déclarait qu'elle ne pouvait entendre qu'à une paix juste, équitable, fondée sur l'intégrité et l'indivisibilité de l'empire, et sur le maintien de sa forme constitutionnelle* L'Empereur ajoutait que des ouvertures pacifiques avaient été faites au gouvernement français et qu'elles n'avaient pas été accueillies.— * <c Ainsi était prouvé, disait l'Empereur, que la France n'avait pas eu d*autre vue que de retarder la pacification jusqu'au moment où elle pourrait imposer à l'empire germanique des conditions dures et honteuses. Les armées impériales^ sous les ordres du comte de Clairfayt, ont par leurs victoires fait échouer ces projets et les espérances de l'ennemi ; ainsi ce serait les armes à la main qu'on pourrait arriver à conclure une paix juste et honorable. «
L'armistice proposé par le général autrichien et accepté par les généraux français ne paraissait point d'ac-
cord avec un langage si ferme ; mais il fut conclu au moment où M. Pitt, pour satisfaire à la promesse du discours de la couronne , avait envoyé, en mission se* crête, M. Jackson à Vienne pour concerter les moyens de mettre à l'épreuve la volonté du gouvernement français , et de constater que si une pacification générale ne pouvait être conclue , c'était à cause de ses exigences démesurées. Par des communications inofficielles , le Directoire apprit que rAutriche poserait comme conditions préliminaires que TEmpire, l'Angleterre et le royaume de Sardaigne seraient compris dans la paix ; que les provinces belgiques seraient restituées à rAutriche, et que le gouvernement français n'interviendrait plus dans les aiTaires intérieures des Provinces-Unies.
En même temps ^ M. Wickham, ministre d'Angleterre en Suisse , posait' à M. Barthélémy les trois questions suivantes :
« y a-t-il en France des dispositions à ouvrir une négociation avec Sa Majesté et ses alliés pour le rétablissement d'une paix générale à des conditions justes et convenables , en envoyant pour cet effet des ministres à un congrès dont le lieu sera ultérieurement fixé?
i< Serait-on disposé à communiquer au soussigné les bases d'une pacification telles que la France voudrait les proposer, et telles qu'elles puissent servir de base à une négociation sérieuse ?
« Ou bien aurait-on le désir de proposer quelque autre moyen de parvenir à une pacification générale ? »
Le comité de salut public avait, huit mois auparavant, 4. 8 mars 1796.
repoussé la proposition d'une paix générale, au moment où les armées françaises étaient victorieuses , lorsqu'elles occupaient toute la rive gauche du Rhin ; il n'avait pas cru TAutriche assez vaincue pour subir les conditions qu'il voulait lui imposer.
Depuis y la Convention avait décrété que les Pays-Bas autrichiens étaient réunis au territoire de la France, Le Directoire, qui n'était autre que le comité de salut public sous une nouvelle forme , ne pouvait pas avoir une politique différente. Il était encore l'organe et le représentant de Torgueil et de la présomption aveugle de l'esprit démocratique. Traiter lorsque le sort des armes lui avait été contraire , sans faire la loi à un vaincu humilié, n'était pas une pensée admissible.
D'ailleurs il était de toute évidence que l'intérêt de la faction révolutionnaire , qui continuait à dominer la France et à régner sur elle, serait compromis par la paix. Les motifs déduits de la défense du territoire, de Thonneur de la patrie, du salut de la République, ne pourraient plus être allégués pour perpétuer ou aggraver les mesures de rigueur, les lois d'exception, les actes arbitraires. Les opinions modérées et libérales acquerraient une force irrésistible; elles détrôneraient les hommes du 21 janvier et s'empareraient du gouvernement ; on en viendrait peut-être à la rentrée des émigrés, et même à une restauration. Si le Directoire n'avait pas conçu de telles craintes, il eût été averti des dangers de la paix par les vœux qu'exprimait pour l'obtenir le parti qui travaillait à briser le joug révolutionnaire. — Aussi devait-on voir, pendant tout le cours du gouvernement directorial, une volonté constante de continuer la guerre et même de la renouveler lorsque des traités l'interrompaient*
Peu de semaines après rarmistice, lorsque le Directoire ne connaissait pas encore positivement les conditions préliminaires qu'allaient proposer l'Autriche et l'Angleterre, on lisait dans son journal officiel' :
— « Cette paix établie, la seule que le peuple français puisse vouloir, nous l'obtiendrons par le dernier effort de nos armes. Elle suivra la victoire. En vain l'obtiendrionsnous aux conditions indiquées par la diplomatie des journaux. Les renonciations auxquelles ils proposent de se soumettre n'auraient d'autre résultat que notre honte, et ne donneraient pas une garantie pour la sûreté de notre territoire.... Qu'on ne se plaigne donc pas du gouvernement en l'accusant de ne pas avoir donné plus d'activité aux négociations. Depuis quatre ans, la nation française n a eu guère de relations avec les gouvernements étrangers que par ses victoires ; elle n'entretenait presque plus d'ambassadeurs. La science diplomatique était passée des cabinets dans les camps; ses soldats étaient ses négociateurs. Aujourd'hui encore, ce sont nos préparatifs de guerre qui nous serviront de négociateurs. »
Ainsi l'Europe savait d'avance quelle réponse serait faite aux propositions de l'Autriche et de l'Angleterre. Le 26 mars , M. Barthélémy remit à M. Wickham une note ainsi conçue :
« Le Directoire désire ardemment procurer à la République française une paix juste , honorable et solide. La démarche de M. Wickham aurait causé au Directoire une satisfaction réelle, si la déclaration que fait ce ministre de n'avoir ni ordre ni pouvoir de négocier ne donnait pas lieu de douter des intentions pacifiques