ARMISTICE AVEC L ARMÉE SARDE
ses frères cherchèrent vainement à inspirer au roi une volonté plus courageuse; il se résigna à envoyer deux plénipotentiaires pour traiter à Gênes avec Faypoult, ministre de France, car on craignait de se voir impo* ser des conditions plus dures par le général Bonaparte. C'était pourtant à lui qu'il fallait demander une suspension d'armes ; le général Colli lui envoya un parlementaire, et reçut pour réponse que les hostilités ne seraient pas interrompues si les trois places fortes, Coni , Alexandrie et Tortone n'étaient pas remises en garantie.
Ce refus précédait de quelques heures la reddition de Cherasco, dernier obstacle qui pouvait arrêter la marche du vainqueur sur Turin. A cette nouvelle, Teffroi s'empara de la cour de Sardaigne; le roi se hâta d'envoyer son ministre de la guerre avec des pleins pouvoirs.
Le général Bonaparte le reçut au milieu de son camp, et lorsque le ministre lui parla de conditions , il répondit : — « C'est à moi d'imposer des conditions. Mon premier aide de camp vous dira les volontés du gouvernement français. Acceptez sur-le-champ, sans quoi Turin est à moi demain matin ; je vais tout disposer pour le siège et envoyer mes batteries. »
Ce fut ainsi que le général Bonaparte commença à user d'un des plus puissants moyens propres à son génie. Il donnait à sa victoire tout l'éclat qu'elle pouvait produire : il la rendait menaçante et terrible ; il frappait l'imagination de son ennemi, qui, lors même qu'il n'était qu'à demi vaincu , se croyait perdu sans ressource ; il faisait de son triomphe un coup de foudre qui éblouissait et renversait son adversaire. Les conditions imposées par lui étaient hors de proportion
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avec l'avantage qu'il avait réellement obtenu. Quelques années après il écrivait : — w Tout est opinion à la guerre; après une bataille perdue, la différence du vainqueur est peu de chose, c'est Tinfluence morale qui est tout\ »
En même temps, il ne se faisait aucune illusion sur la valeur réelle de sa victoire , et connaissait nettement sa situation
w Turin, se disait-il, est une place forte; l'armée française n'a point d'artillerie de siège. Malgré les batailles qu'on vient de gagner, le moindre échec, le plus léger caprice de la fortune peut tout renverser. Les deux armées ennemies réunies sont encore, malgré leurs revers, supérieures à l'armée française. Elles ont une artillerie considérable, une cavalerie qui n'a point souffert. L'armée française, en dépit de ses victoires, a de l'étonnement ; elle est frappée de la grandeur de l'entreprise. Le succès semble problématique , si Ton considère la faiblesse des moyens. Les esprits s'exagéreront le moindre échec ; des officiers, même des généraux, ne conçoivent pas qu'on ose songer à la conquête de l'Italie avec aussi peu d'artillerie, une si mauvaise cavalerie et une armée aussi faible , que les maladies et 1 eloignemenlde la France diminueront tous les jours^n
Traiter au lieu de combattre n'était donc guère plus nécessaire au roi de Sardaigne qu'au général Bonaparte. Sa jactance impérieuse ^tait inspirée par un jugement calme et sans illusion.
La cour de Sardaigne reçut l'impression d'épouvante qu'avait voulu produire le vainqueur : le comte de La-