PREMIÈRE CAMPAGNE D* ITALIE
pant le centre , établissait la communication entre les Autrichiens et les Piémontais ; il se trouvait ainsi audessus de Savone, précisément sur la route par où l'armée française devait entrer en Piémont.
L'attaque fut commencée par les Autrichiens ; Beaulieu voulait prévenir le mouvement de l'armée, française; il se porta sur Voltri où la division du général Laharpe se défendit pendant toute la journée du 4 avril avant de se replier sur Savone.
Le même jour le comte d'Argenteau attaqua les redoutes que les Français avaient élevées sur la route, qui traverse la montagne au-dessus de Savone, route que devait suivre l'armée. 11 fut repoussé après trois attaques successives et se replia sur le village de Montenotte. Cette défense des redoutes par un seul régiment contre dix mille ennemis, fit honneur au chef de brigade Rampon et avait la plus grande importance : ce fut le premier terme de la glorieuse série des victoires de l'armée d'Italie.
Pendant la nuit le général en chef, avec les divisions de Masséna et d'Augereau , tourna la position de Montenotte, et surprit le comte d'Argenteau ; la déroute fut complète : quatre drapeaux , cinq pièces de canon , deux mille prisonniers, furent le prix de cette journée. Maintenant la route était libre pour descendre dans la plaine du Montferrat.
Beaulieu avait reconnu son erreur ; quittant le voisinage de Gênes , il était arrivé à Acqui où il se trouvait en contact avec l'armée piémontaise ; mais le surlendemain la bataille de Millésimo rompit toute communication entre les deux armées; avant que les troupes amenées par BeauUeu fussent en ligne, l'armée piémontaise et le reste du corps d'Argenteau per-
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dirent toutes leurs positions et furent complètement défaits. Les Français avaient fait six mille prisonniers , pris quatre drapeaux et trente pièces de canon.
Cependant une division de grenadiers hongrofe que Beaulieu avait laissée à Yoltri , arriva par une route des montagnes, et trouvant Dego, dont les Français s'étaient emparés la veille, faiblement occupé, s'en empara ; le combat fut sanglant pour reprendre ce poste. Trois attaques furent repoussées, deux généraux furent tués. L'adjudant général Lanusse, mettant son chapeau au bout de son épée , s'avança audacieusement et décida de la victoire. Ce fut à Dego que pour la première fois le général Bonaparte distingua un chef de bataillon qu'il fit colonel. C'était Lannes, dont le nom devait être répété dans toutes les victoires des armées françaises, jusqu'au moment où il tomba glorieusement sur un champ de bataille. Jamais on n'avait vu soldats et officiers montrer une telle ardeur, qu'animait la présence de leur général. Il se trouva partout dans les moments importants, pendant ces quatre jours qui furent un continuel combat.
Beaulieu ne s'occupa plus qu'à rallier les débris de son armée , et le 1 7 avril CoUi repassa le Tanaro , laissant au pouvoir des Français la libre possession de la plaine du Montferrat, après avoir franchi le rempart de montagnes qui la sépare de la Méditerranée.
Le général avait tenu ses promesses : en cinq jours il avait conduit son armée dans la contrée la plus riche et la plus fertile de l'Italie. — « Annibal a forcé les Alpes, disait-il, nous les avons tournées. » — Se contentant d'observer Beaulieu, il suivit l'armée piémontaise et marcha vers Turin. Une nouvelle bataille livrée à Mondovi fut heureuse comme les autres ,
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malgré la vaillante défense des Piémontais. On général distingué, Stengel, commandant de la cavalerie française, y fut tué : le colonel Murât le remplaça et, à la tête de trois régiments, acheva la charge qu'il avait commencée.
L armée française arriva ainsi jusqu'à Cherasco , place forte située au confluent de la Stura et du Tanaro, à dix lieues de Turin.
La cour de Sardaigne ne savait plus à quoi se résoudre ; son armée était en partie détruite et sans espoir de résistance. L'armée autrichienne avait à garantir le Milanais et ne s'emploierait pas à sauver Turin.
Le Directoire, avant de recommencer la guerre, et lorsqu'il eut adopté le plan de campagne dont le succès dépendait d'une invasion en Italie, avait pensé qu'il importait d'obtenir l'alliance ou du moins la neutralité des divers États italiens; la Toscane avait été la première puissance de l'Europe à reconnaître la République française et à traiter avec son gouvernement. Venise et Gênes n'avaient jamais accédé à la coalition contre la France; on savait que la cour de Naples hésitait à s'en retirer; mais c'était surtout le roi de Sardaigne, ce gardien des Alpes, qu'il importait de désarmer. Par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne à Turin , on ofTrit à Victor-Amédée une garantie de l'intégrité de ses États , s'il consentait à livrer passage à l'armée française ; on alla jusqu'à lui proposer, s'il concluait un traité d'alliance avec la France, la possession du Milanais , objet du désir constant et de l'espérance des souverains du Piémont. Le roi de Sardaigne persista dans son alliance avec l'Autriche et
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demeura fidèle à un traité signé à Valenciennes , le 23 mai 1794. Les conditions de cet acte avaient paru onéreuses pour le Piémont et réglées pour le plus grand avantage et le moindre risque de l'Autriche. Ces conditions furent mal observées, comme il arrive apr^ les contrats que le plus fort impose au plus faible. Aussi cette alliance avait excité un mécontentemeot assez vif parmi les Piémontais , toujours portés à la méfiance et à TaTersion de rAutriche. Un parti de la paix s'était formé à Turin, non-seulement dans le clergé, la noblesse et la magistrature, mais aussi dans les conseils du roi. Dès qu'il parut certain que l'effort de la guerre se porterait vers le Piémont, ce parti essaya de ramener le roi à des pensées pacifiques ; il résista, et la bataille de Loano, présage de ce qui pouvait bientôt arriver, ne changea point sa résolution.
Le Directoire, partageant les espérances du général Bonaparte, avait prévu dans les instructions qu'il lui avait données avant son départ, le moment où la défaite du roi de Sardaigne placerait ce prince dans la nécessité de voir le Piémont occupé et ruiné par l'armée française ou de subir une paix qui le mettrait à la merci de la France. Ainsi il avait autorisé le général en chef à poursuivre ses avantages sur l'armée piémontaise, à pousser jusqu'à Turin et même à bombarder la ville.
Le péril et la détresse qu'avait redoutés et annoncés le parti de la paix étaient réalisés; le cardinal Costa, archevêque de Turin , avait toujours incliné vers cette opinion ; il se fit l'organe d'une grande partie de la noblesse , et même de la bourgeoisie qui commençait à élever la voix. Quelques-uns des conseillers de la couronne, le duc d'Aoste, fils aîné du roi et les princes