‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 81 sur 141 · I. 28 avril · texte numérisé non relu

I. 28 avril

194 ARMISTICE AVEC l'aRMÉE SARDE.

Turin. En attendant, je marche demain sur Beaulieu; je Toblige à repasser le Pô ; je le passe imuiédiatement après. Je m'empare de toute la Lombardie, et avant un mois, j'espère être sur les montagnes du Tyrol , trouver Tarmée du Rhin et porter de concert la guerre en Bavière. Ce projet est digne de l'armée et des destinées de la France.

w Si vous n'accordez pas la paix au roi de Sardaigne, vous m'en préviendrez d avance afin que si je suis dans la Lombardie , je puisse me replier et prendre des mesures. Quant aux conditions de la paix avec la Sardaigne, vous pouvez dicter ce qui vous convient, puisque j'ai en mon pouvoir les principales places.

a Ordonnez que quinze mille hommes de larmée des Alpes soient à mes ordres et viennent me joindre. Cela fera une armée de quarante*cinq mille hommes , dont il sera possible que j'envoie une partie à Rome. Si vous me continuez votre confiance, si vous approuvez mes projets j je suis sûr de la réussite : Tltalie est à vous. Envoyez-moi : 1* douze compagnies d'artillerie légère; je n'en ai pas une; T de la cavalerie et un commissaire ordonnateur en chef habile, distingué et qui ait du génie. Je n'ai ici que des pygmées qui me font mourir de faim dans l'abondance ; car je suis dans le pays le plus riche de l'univers. »

L'armistice semblait laisser au Directoire la décision souveraine qui accorderait la paix au roi de Sardaigne ou qui le dépouillerait de son royaume. Le général Bonaparte savait, par les instructions qui lui avaient été remises à son départ, que le gouvernement admettait comme possible un traité qui conserverait la couronne à ce prince en tirant avantage de son alliance; mais il connaissait aussi l'esprit révolution-

ARMISTICE AVEC l'àRMÉB SARDE. 195

naire , et avait assez pratiqué les hommes qui gouvernaient la République pour craindre de voir ses plans et ses espérances dérangés par la satisfaction que le Directoire voudrait se donner, en renversant une monarchie, en conquérant et bouleversant les pays occupés par les armées françaises. La question politique était liée à la question militaire; il les discuta conjointement en balançant le contre et le pour.

On pouvait objecter contre le projet d'entrer sans délai dans le Milanais, pour y combattre Tannée autrichienne , w l'imprudence de passer le Tessin , en laissant derrière soi le roi de Sardaigne régnant sur le Piémont, et pouvant encore disposer des ressources qu'on lui laisserait; au moindre revers des armées françaises, il serait inûdèle à l'alliance, comme ses prédécesseurs avaient constamment fait lorsqu'ils s'étaient d'abord mis du parti de la France; les nobles et les prêtres ne dominaient-ils pas à cette cour et ne sontils pas les ennemis irréconciliables de la République? » Le même doute pouvait s'élever quant à la ville de Gênes. N'est -elle pas gouvernée par une oligarchie aristocratique? La bourgeoisie est peut-être favorable à la France, mais elle n'exerce ni pouvoir ni influence,

a Outre la méfiance qu'on doit garder contre les gouvernements qu'on laisserait subsister, est-il sage de passer le Tessin, puis l'Adda, le Mincio, l'Âdige, leTagliamento, sans avoir pris ses précautions contre de nombreuses populations ^ ennemis naturels d'une armée conquérante ?

« Ne serait-il pas plus habile et plus prudent de s'assurer des pays qu'on occupe en changeant le gouvernement et confiant l'administration à des hommes

Page 1