BATAILLE D ARCOLE
perdu dans mon aide de camp Muiron un officier d'une grande distinction. Notre perte, quoique peu considérable, a été très-sensible, c'est presque tous officiers distingués.
« Les généraux et officiers d'état-major ont montré une bravoure et une activité sans exemple; douze ou quinze ont été tués ; c'était vraiment un combat à mort; pas un d'eux qui n'ait ses habits criblés de balles. »
Il fallait maintenant courir sur un autre point où le danger n'était pas moindre. Il devenait indispensable d'apporter secours à une autre armée accablée aussi par les forces supérieures de l'ennemi. Le général Davidowitch avait attaqué le général Vaubois à la Corona et s'en était emparé; il occupait Rivoli ; il était à treize lieues de Mantoue, et s'il forçait la position de Bassolungo, où s'était replié Vaubois, il pouvait y arriver facilement et faire lever le siège.
Il n'y avait pas une heure à perdre. Le général fit évacuer Arcole, qui avait coûté tant de sang ; l'armée retourna sur la rive droite de l'Adige. Les bivouacs étaient restés allumés devant Arcole pour dérober à l'ennemi cette marche de nuit. Alvinzi en fut néanmoins informé et arriva devant Ronco au moment où l'armée allait passer le pont. Le mouvement de retraite fut arrêté ; les Autrichiens , vivement repoussés furent poursuivis jusqu'au débouché des marais.
On venait d'apprendre que Vaubois n'avait pas encore été attaqué dans sa position de Bassolungo et que Davidowitch ne semblait point disposé à marcher en avant. Dès lors il y avait un grand avantage à repousser Alvinzi loin de Vérone et de Konco. L'armée fran çaise revint tout entière sur la rive gauche de l'Adige, I. 24
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et ce fut encore sur les chaussées du marais que se ' rencontrèrent les têtes de colonnes; le combat fut opiniâtre et d'abord indécis. La 32^ demi-brigade, placée en embuscade par le général en chef, culbuta un corps de Croates et les jeta dans les marais en en faisant un grand carnage. iMasséna, dont les troupes hésitèrent un moment, se mit à leur tête , prit un tambour où il battait la charge avec le pommeau de son épée ; la division qui lui était opposée fut presque exterminée. Ces digues étaient un étroit champ de bataille où les colonnes serrées , sans espace pour s'étendre , présen- . taient une masse compacte, que le vainqueur écrasait ou précipitait dans le marais.
Vers le milieu de la journée, le général Bonaparte, calculant les pertes que l'armée d'Alvinzi avait dû éprouver depuis trois jours, et s'apercevant que les Autrichiens fatigués n'avaient plus la même énergie, se résolut à les repousser plus loin ; il fit passer TAlpon à ses divisions et la bataille recommença dans la plaine; elle ne fut ni vive ni obstinée. La ligne de l'ennemi fut rompue et Alvinzi commença un mouvement de retraite, en suivant la route qui le ramenait à Vicence et en abandonnant Caldiero.
Le lendemain , cette marche rétrograde des Autrichiens continua ; dès lors , le général Bonaparte , tranquille sur l'armée d'Atvinzi , pouvait se porter au secours de Vaubois, que pressait l'armée de Davidowitch; il s'arrêta à Villanuova sans poursuivre les Autrichiens dans leur retraite. Avant de se mettre en route pour se porter à de nouveaux combats, il donna les ordres nécessaires afin qu'on prît soin des blessés. — w J'entrai, écrivait- il beaucoup d'années après, dans le couvent de Saint-Bon i face , l'église avait servi
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d'ambulance. Quatre ou ciiiq cents blessés y avaient été entassés. La plus grande partie étaient morts ; il en sortait une odeur cadavéreuse. Je reculais d'horreur, lorsque je m'entendis appeler par mon nom. Deux malheureux soldats étaient depuis trois jours au milieu des morts, sans avoir mangé, sans avoir été pansés ; ils furent rappelés à la vie par la vue de leur général. Tous les secours leur furent prodigués. » — On s'était battu pendant trois jours sur ce terrible champ de bataille, le plus funeste où l'armée eût encore été amenée. Le général en chef venait d'y perdre encore EUiot, un de ses aides de camp.
L'armée rentra décimée, mais triomphante, à Vérone, d'où elle était sortie furtivement trois jours auparavant, mais elle ne s'y arrêta pas. Il était temps de venir en aide àVaubois, dont les positions venaient d'être encore emportées par Davidowitch. Elles furent reprises après des combats où la victoire ne fut pas douteuse, mais aussi chèrement achetée. L'armée autrichienne retourna dans le Tyrol où elle ne fut pas poursuivie.
Le blocus de Mantoue avait été maintenu pendant la campagne de quelques jours qui venait de forcer Alvinzi à la retraite. On pouvait espérer que le maréchal Wurmser, dont l'armée, réduite à la demi-ration et diminuée par le grand nombre de malades entassés dans les hôpitaux, tarderait peu à capituler. Alors le général Bonaparte se trouverait maître de l'Italie et n'aurait plus rien à craindre des armées autrichiennes. Le Directoire lui promettait de puissants renforts ; trente raille hommes que Carnot avait eu beaucoup de peine à obtenir de ses collègues, et surtout de Barras , devaient être tirés des armées de Beurnonville et de
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Moreau. L'armée d'Italie avait besoin de repos ; il ne pouvait rien entreprendre en l'état où elle se trouvait. Un armistice semblait désirable au Directoire. Il avait été amené à des pensées plus pacifiques; elles n'étaient point inspirées par le général Bonaparte et ne convenaient point à ses projets sur l'Italie. Le gouvernement de la République aurait voulu, en ce moment, que la politique cessât d'être subordonnée à ses combinaisons militaires. -