LES ANGLAIS QUITTENT LA CORSE
guerre terminerait pour moi sans gloire comme sans périls. »
En même temps, M. Cacault fut chargé de faire savoir que désormais la cour de Home n'aurait plus affaire au Directoire ni à ses commissaires; que le général en chef était chargé de la négociation , et que d'avance il désavouait toutes les exigences relatives à la religion qui avaient alarmé la conscience du saint- père.
Cette paix, ofTerte avec un semblant de générosité, n'était pas toutefois une proposition sincère. Le général disait, en rendant compte au Directoire : — « J'ai envoyé le cardinal-archevêque à Home sous le prétexte de négocier, mais, dans la réalité, pour m'en débarrasser; mon projet, lorsque je le pourrai, est de me rendre à Ancône au moyen de l'armistice et de n'être ennemi que Va. »
Et dans une autre lettre : — « Rome et toutes ses provinces, Trieste et le Frioul, même une partie du royaume de Naples deviendront notre proie. »
Ainsi, dans ses instructions à M. Cacault, il lui recommandait ce de tromper le vieux renard, de gagner du temps et d'obtenir l'accomplissement des conditions de l'armistice, » — c'est-à-dire le payement de la contribution et l'enlèvement des tableaux. — a Vous sentez bien que j'attends le moment de m' élancer sur Rome et d'y venger l'honneur national. »
En réalité, il n'avait pas de résolution arrêtée, les circonstances décideraient ce qu'il ferait de Rome.
Un nouveau succès donnait en ce moment complète sécurité pour l'Italie méridionale. Sans attendre l'ex- ])édition qui se préparait à Livourne pour se joindre aux insurgés de la Corse et leur amener de l'artillerie,
des munitions et un corps de troupes, les Anglais avaient évacué l'île où ils n'étaient point disposés à soutenir une guerre; de sorte que le général Gentile n'avait plus à conquérir la Corse , il était chargé d'en reprendre possession. Le général Bonaparte lui donnait, non pas des instructions militaires, mais des indications détaillées sur ce qu'il devait faire pour rétablir l'administration, assurer le bon ordre et la tranquillité du pays. Là aussi il faisait acte de gouvernement et ne paraissait même pas supposer que le Directoire eût la pensée d'y faire intervenir son autorité. Il désignait ceux de ses compatriotes qui pourraient être employés avec confiance :
— «Vous accorderez, disait-il, un pardon général à tous ceux qui n'ont été qu'égarés; vous ferez arrêter et juger par une commission militaire les quatre députés qui ont porté la couronne du roi d'Angleterre, les membres du gouvernement et les meneurs de cette infâme trahison. «
Il désignait en première ligne le citoyen Pozzo di Borgo. — « Ainsi , la vengeance nationale n'aura peutêtre à porter que sur une trentaine d'individus qui se seront peut-être sauvés avec les Anglais. » C'est ce qui était en effet arrivé.
— « Mais je vous recommande surtout de faire une prompte justice de quiconque se serait , par ressentiment, porté à assassiner son ennemi. Enfin, faites ce qui dépend de vous pour rétablir la tranquillité dans l'île , pour étouffer toutes les haines et réunir à la République ce pays si longtemps agité. »
Le général Bonaparte était maintenant sans crainte sur ce qui se passerait en arrière de son armée pendant
qu'il aurait à combattre les armées autrichiennes. Mais il prévoyait, il savait même avec certitude combien serait formidable la nouvelle lutte qu'il allait avoir à soutenir. Son armée était inférieure en nombre à l'armée ennemie et il était encore exposé à être attaqué sur deux points en même temps. Le Directoire lui avait envoyé des renforts moindres qu'il ne les avait demandés, moindres même qu'on les lui annonçait. Toutefois, l'armée d'Italie n'avait jamais été en aussi bon état. Les soldats étaient payés, habillés, nourris ; la cavalerie était bien montée; l'artillerie belle et nombreuse. Généraux, officiers, soldats étaient pleins de confiance et de dévouement pour leur chef ; ils avaient le sentiment de leur supériorité sur l'ennemi .
Le général Alvinzi avait été choisi par le conseil aulique pour commander cette nouvelle entreprise contre le général qui avait déjà vaincu trois armées autrichiennes. A la fin du mois d'octobre, son quartier général était à Conegliano, derrière la Piave. Le général Davidowitch était dans le Tyrol avec dix mille hommes. Le projet d' Alvinzi était d'opérer à Vérone la réunion de ces deux corps d'armée pour marcher de là sur Mantoue.
La division du général Vaubois était à Trente, gardant la route du Tyrol. Le général Masséna était à Bassano, placé sur la route qui conduit d'Allemagne à Vérone. Le quartier général était dans cette ville le 25 octobre.
Alvinzy avait quarante mille hommes; dès qu'il eut commencé son mouvement, Masséna repassa la Brenta et se relira sur Vicence. Le général en chef vint l'y joindre avec la division du général Augereau. Une bataille fut livrée le 6 novembre, et l'armée autri-
chienne repoussée sur la Brenta et à Bassano; mais le pont ne fut pas emporté et elle resta maîtresse de la ville.
Pendant ce temps, le général Vaubois, qui n'avait pas de forces suffisantes, attaqua sans succès le général Davidowitch ; il fut lui-même obligé d'abandonner sa position et de se retirer en laissant Trente au pouvoir de l'ennemi. Une autre colonne autrichienne s'avança par la rive droite de FAdige, entre cette rivière et le lac de Garda.
Cette nouvelle parvint au quartier général dans la ^ nuit du 6 au 7 novembre. Le général Bonaparte n'hésita point. Il fallait courir au plus vite à Vérone et se tenir sur la défensive. Les postes de Rivoli et de la Corona, qui tiennent la route par où arrivaient les Autrichiens venant du Tyrol , furent mis à l'abri d'une attaque. Le général Joubert était arrivé avec une division tirée du blocus de Mantoue et se joignit au général Vaubois.
Le général en chef était mécontent de la retraite de cette division. En ne défendant pas le Tyrol, ainsi qu'il l'avait espéré, elle rendait ses projets impossibles. Il la fit réunir sur le plateau de Rivoli : — « Soldats , dit-il, je ne suis pas content de vous; vous n'avez montré ni discipline, ni constance, ni bravoure; aucune position n'a pu vous rallier ; vous vous êtes abandonnés à une terreur panique ; vous vous êtes laissé chasser de positions où une poignée de braves devait arrêter une armée. Soldats de la SO" et de la 85", vous n'êtes plus des soldats français. Général chef de l'étatmajor, faites écrire sur les drapeaux : Ils ne sont plus de l'armée d'Italie. »
Cette allocution arracha des larmes à ces vieux sol-
dats. Plusieurs grenadiers avaient reçu des armes d'honneur en témoignage d'actions d'éclat; ils s'écrièrent : — « Général, on nous a calomniés; metteznous à l'avant-garde , vous verrez si nous sommes de l'armée d'Italie, n
Il avait produit l'effet qu'il voulait* et leur adressa des paroles de consolation. Ces deux régiments, peu de jours après , se comportèrent héroïquement.
En ce moment le succès était aux Autrichiens ; Alvinzy avait vu l'armée française se retirer devant lui depuis la Brenta jusqu'à l'Adige; Davidowitch l'avait forcée à abandonner le Tyrol. Mais Vérone était puissamment gardée; l'Adige n'était point passée. Les deux corps autrichiens ne pouvaient encore opérer leur jonction.
La route de Vérone à Vicence suit la rive gauche de l'Adige pendant trois lieues, puis tourne à gauche en angle droit. A quelque distance se trouve sur la gauche de la route une position célèbre dans les guerres d'Italie, à Caldiero; en occupant ces hauteurs, on couvre Vérone , et l'on est en mesure de tomber sur l'ennemi s'il essayait de manoeuvrer sur l'Adige. Alvinzi s'était emparé de cette position et s'y était solidement établi.
• Le général Bonaparte résolut de reprendre les hauteurs de Caldiero. Le 11 novembre , l'armée sortit de Vérone, poussa devant elle l'avant-garde autrichienne, et arriva le soir au bas de Caldiero. Alvinzi s'était fortifié et défendait la position par des redoutes et de formidables batteries. Sa gauche parut inexpugnable. La division Masséna essaya de tourner sa droite Les
<. Mémoires dictés à Sainte-Hélène.
tirailleurs furent repoussés , et le général qui commandait cette attaque fut fait prisonnier. Le feu con • tinua pendant la journée entière sur toute la ligne; la pluie tombait par torrents. L'artillerie ne pouvait être remuée , tandis que les canons autrichiens , étant en position, produisaient tout leur effet. Les Autrichiens tentèrent une attaque , elle fut repoussée. Les deux armées passèrent la nuit, chacune dans sa position. La pluie n'avait pas cessé. 11 n'y avait nul espoir d'enlever aux Autrichiens leur position de Caldiero; l'armée française rentra à Vérone.
La situation devenait fâcheuse et alarmante; les divisions revenues du Tyrol avaient fait des pertes considérables ; elles ne comptaient plus que pour huit milles hommes. Les autres venaient d'éprouver un échec et n'avaient que treize mille hommes sous les armes.
Les Autrichiens étaient fiers et enivrés de leurs succès. Ils ne doutaient pas de la délivrance de Mantoue , et voyaient , dans leur espérance , les Français chassés de l'itahe. Alvinzi faisait fabriquer des échelles pour donner l'assaut à Vérone ; on apprenait que la garnison de Mantoue , ranimée par de si heureuses nouvelles, faisait de fréquentes sorties.
L'armée française paraissait dans l'impossibilité de reprendre l'offensive; elle était dans une infériorité numérique qui n'en laissait pas concevoir la pensée. Caldiero et les défilés du Tyrol étaient des positions à l'abri de toute attaque : la saison était mauvaise ; les chemins détrempés ne permettaient aucun mouvement. Les canons, les chevaux, les fantassins s'enfonçaient dans la boue.
Le découragement gagnait; l'opinion de l'armée
s'aigrissait; à l'enthousiasme et à l'admiration, qui avaient donné tant d'autorité au général , succédaient le mécontentement et le murmure des soldats , les paroles et la critique malveillantes des généraux. Tant de braves gens, deux ou trois fois blessés dans les différentes batailles depuis l'entrée en Italie, semblaient refuser de se sacrifier inutilement. L'infériorité du nombre était si grande qu'elle ne permettait aucune espérance de salut.
On disait : — « Nous ne pouvons pas être les seuls à nous battre. Les armées du Rhin se sont retirées ; elles ont laissé aux Autrichiens la facilité de venir ici contre nous. Pourquoi se reposent-elles.'* Que fontelles à présent? — Si nous sommes battus , nous nous enfuirons honteusement jusqu'aux Alpes. Si nous sommes vainqueurs , une autre armée autrichienne viendra après Alvinzi, comme Alvinzi après Wiirmser, comme Wûrmser après Beaulieu ; et enfin nous serons écrasés. »
Le général en chef répondait et faisait répéter : — « Encore un effort et l'Italie est à nous. L'ennemi est plus nombreux que nous, mais la moitié de ses troupes est composée de recrues. 11 sera battu , alors Mantoue est pris; nous demeurons maîtres de l'Italie; toutes nos peines sont finies. La paix générale est dans Mantoue. — Vous voulez retourner sur les Alpes ? C'est impossible : vous avez conquis les belles plaines de la Lombardie ; vous avez bivouaqué dans les jardins de l'Italie, vous n'irez pas coucher sur la neige et mourir de faim parmi les rochers. — Il nous est arrivé des renforts. D'autres sont en route. Que ceux qui ne veulent plus se battre ne cherchent pas de prétextes. — Battez Alvinzi , je vous réponds de l'avenir. »
Ecoutant ces discours , l'armée , dans sa mobilité française , passait de l'abattement à l'espérance , des murmures aux applaudissements; tantôt elle voulait la retraite; tantôt elle demandait à être conduite à l'ennemi. Les malades et les blessés des hôpitaux de Brescia, de Bergame , de Milan , de Bologne , apprenant qu'on avait éprouvé un échec , se relevaient à demi guéris et arrivaient, leurs plaies encore saignantes.
Tel était le spectacle qu'offrait, l'armée et les émotions qui l'agitaient; tout en ranimant le courage des soldats , en leur rendant l'espérance , en leur promettant la victoire, le général en chef conservait son imperturbable discernement , et ne se faisait pas la moindre illusion. Il écrivait au Directoire : — « La saison continue à être mauvaise. Toute l'armée est excédée de fatigue et n'a point de souliers. Je l'ai ramenée à Vérone. Deux corps autrichiens descendent du Tyrol , l'un se dirige sur Brescia , l'autre marche pour se joindre h, l'armée d'Alvinzi. Pour résister à tout cela, je n'ai que dix-huit mille hommes ; l'ennemi en a cinquante mille. Je désespère d'empêcher la levée du blocus de Mantoue. Si ce malheur arrive , nous serons bientôt derrière l'Adda , et plus loin s'il ne m'arrive pas de troupes. Les blessés sont l'élite de l'armée, tous nos officiers supérieurs , tous nos généraux d'élite sont hors de combat. Tous ceux qui m'arrivent sont ineptes et n'ont pas la coniSance du soldat. L'armée d'Italie , réduite à une poignée de monde, est épuisée. Les héros de Lodi, de Castiglione, de Bassano sont morts pour la patrie ou sont à l'hôpital. Les corps n'ont plus que leur réputation et leur orgueil. Nous sommes abandonnés au fond de l'Italie.
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J'ai perdu dans cette guerre peu de monde, mais des hommes d'élite qu'il est impossible de remplacer. Ce qui me reste de braves voient la mort infaillible , au milieu de chances si continuelles et avec des forces si inférieures. Peut-être l'heure du brave Augereau, de l'intrépide Masséna, de Berthier, est prête à sonner. Alors ! alors ! que deviendront ces braves gens ? Cette idée me rend réservé ; je n'ose plus affronter la mort; elle serait un sujet de découragement et de malheur pour l'armée , objet de mes sollicitudes. — Sous peu de jours, nous essayerons un dernier effort. Si la fortune nous sourit, Mantoue sera pris, et avec lui l'Italie. Renforcé par mon armée de siège, il n'est rien que je ne puisse tenter. Si j'avais reçu la quatre-vingttroisième, forte de trois mille cinq cents hommes connus à l'armée , j'aurais répondu de tout ; peut-être dans trois jours ne sera-ce pas assez de quarante mille hommes. »
Le jour où il écrivait cette lettre , le 12 octobre , à la nuit tombante , l'armée prit les armes, trois colonnes se mirent en marche, traversèrent la ville dans le plus grand silence , passèrent l'Adige sur les trois ponts , et se formèrent sur la rive droile.
L'heure du départ, l'ordre du jour qui, contre l'habitude, n'avait annoncé aucun mouvement; la précaution prise depuis deux jours de fermer les portes de la ville sans laisser sortir personne ; la situation de l'armée , tout se réunissait pour persuader à chacun que c'était le commencement d'une retraite. On se disait que le siège de Mantoue était levé et qu'on allait perdre l'Italie : ceux des habitants qui s'étaient compromis par un bon accueil fait aux Français , s'inquiétaient et se
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désolaient de la confiance qu'ils avaient mise en la fortune de la France.
Ce ne fut pas sans surprise qu'on vit l'armée, au lieu de suivre la route qui mène à Peschiera, tourner à gauche et suivre la rive droite de l'Âdige. Au point du jour on arriva à Ronco , et l'on vit avec un nouvel étonnement qu'un pont venait d'être jeté sur l'Adige ; le général Andreossy y faisait travailler depuis la veille.
L'armée traversa ainsi la rivière, et alors les officiers, les soldats même qui connaissaient le pays pour y avoir déjà fait la guerre contre Wiirmser , devinèrent que leur général voulait tourner la position de Caldiero , qui n'avait pu être emportée de front : mais comment réussir dans une pareille entreprise , avec treize mille hommes contre quarante?
Le pont avait été placé de telle façon que l'armée se trouvait sur la rive gauche de l'Adige , séparée de la position de Caldiero par un vaste marais qu'elle avait à traverser pour arriver sur la gauche de l'armée autrichienne; une petite rivière nommée l'Alpon se jette non loin de là dans l'Adige, après avoir passé au village d'Arcole; si le pont avait été jeté à quelques centaines de toises , non pas au-dessus, mais au-dessous de l'embouchure de l'Alpon , l'armée française aurait débouché dans une vaste plaine et aurait pu de même tourner la gauche de l'ennemi. Quelques généraux regrettèrent qu'il n'en eût pas été ordonné ainsi.
Mais en se plaçant de l'autre côté de l'Alpon, cette rivière se serait trouvée entre Vérone et l'armée française; ainsi, les Autrichiens auraient pu facilemenllui fermer toute communication avec cette ville.
Un autre calcul avait surtout déterminé la combinai-
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son imprévue du général Bonaparte. Dans une plaine ouverte, Alvinzi aurait pu déployer toutes ses forces et profiter de la supériorité du nombre : dans le marais de l'Alpon traversé par des chaussées élevées au-dessus d'un col impraticable , le combat ne pouvait se passer que sur des routes étroites où l'élan et la vigueur des têtes de colonnes décideraient de tout , où le nombre ne servirait à rien.
Trois chaussées partaient du pont de Ronco, l'une, remontant à Vérone le long de la rive gauche de l' Adige; la seconde , celle du centre , se dirigeant vers le village d'Arcole, y arrivait par un petit pont de pierre construit sur l'Alpon et aboutissait à Villa-Nuova ; la troisième , desendait l'Adige en suivant sa rive gauche et conduisait à Albaredo.
Trois colonnes s'engagèrent sur les trois routes : celle de gauche remonta dans la direction de Vérone au village de Pencil , et rendait impossible la marche de l'ennemi vers cette ville ; la colonne du centre parvint sans rencontrer aucun ennemi jusqu'au pont d'Arcole, qui était gardé par deux bataillons de Croates et deux pièces de canons.
Alvinzi ignorait complètement la marche de l'armée française. Les chaussées du marais n'étaient ni occupées, ni défendues. Les Croates étaient sur la rive gauche de l'Alpon, le long du ruisseau; lorsque la division du général Augereau fut arrivée à la hauteur du pont par la chaussée qui, avant de tourner à droite, suivait le bord de l'Alpon, les Croates attaquèrent en flanc cette colonne qui n'était séparée d'eux que par le lit trèsétroit du ruisseau , de sorte que la fusillade était pour ainsi dire à bout portant. La division se replia en toute hâte jusqu'au point où la chaussée plus éloignée de
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FAlpon n'était plus à portée des balles. Augereau indigné du mouvement rétrograde de son avant-garde s'élança sur le pont avec deux compagnies de grenadiers; il fut ramené vers sa division par une vive fusillade.
Alvinzi , du haut d'un clocher voisin, observait de loin le mouvement de l'armée française sans le comprendre : comment eut-il imaginé qu'un général fût assez insensé pour la jeter dans des marais impraticables? Il pensa que les housards qu'il avait envoyés sur les chaussées avaient été repoussés par des troupes légères et que l'attaque réelle déboucherait par la route de gauche, du côté de Vérone, il y envoya une division qui fut vigoureusement repoussée par Masséna et perdit des canons et des prisonniers. L'attaque sur la chaussée du centre n'eut pas un meilleur succès et coûta beaucoup de monde aux Autrichiens.
L'armée d'Alvinzi se trouvait donc engagée dans le marais ; si les Français pouvaient passer le pont d'Arcole, arriver à temps à Villa-Nuova qui a aussi un pont sur le ruisseau , les Autrichiens n'auraient pas eu de route pour leur retraite , leur armée eût été complètement défaite.
Mais Arcole résista encore à plusieurs attaques. Des renforts considérables étaient venus de Villa-Nuova pour défendre le pont. Dans la situation difficile et dangereuse où se trouvait l'armée française, il importait d'obtenir non pas seulement l'avantage, mais de gagner une grande bataille.
Jamais le général Bonaparîe n'avait été autant amené à la nécessité de ne point vaincre à demi. 11 ordonna que l'attaque fût renouvelée ; les soldats hésitaient; il essaya sur eux le pouvoir de sa parole , il leur criait : « Sou venez- vous de Lodi. »
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Augereau saisit un drapeau et le planta à l'entrée du pont'; il y resta quelques instants sans être suivi des soldats. Tous les généraux tentèrent d'enlever les colonnes. Une troisième attaque fut essayée sans pouvoir triompher de l'énergie de la résistance. L'adjudant général Belliard alla rechercher le drapeau pour qu'il ne restât point à l'ennemi.
Enfin , le général en chef voulut tenter un effort désespéré ; il descendit de cheval , s'élança vers le pont un drapeau à la main ; la colonne qui le suivait était déjà à trente pas du pont , lorsqu'un feu de flanc et l'arrivée d'une division ennemie la firent reculer. Les grenadiers de la tête se voyant abandonnés par la queue de la colonne , prirent le général par le bras , et, se joignant au petit nombre d'oiïiciers qui restaient encore debout près de lui , l'entraînèrent sur le talus de la digue pour qu'il fût moins exposé à la fusillade.
Lannes , qui était revenu à l'armée sans être guéri d'une blessure reçue dans un autre combat , avait encore été blessé deux fois au commencement de la journée. Il était sur un brancard lorsqu'il apprit que le général se mettait à la tête de la colonne , il se fit placer à cheval et accourut pour le couvrir de son corps. Une balle l'atteignit et il tomba sans connaissance. IMuiron, l'aide de camp préféré du général Bonaparte , fut tué en se plaçant devant lui; Verdier, Vignolles, Bon furent blessés.
Il était remonté à cheval , mais le feu terrible de l'ennemi culbuta le général et son état major. Il tomba
1. Mémoires du général Belliard; lettre du général Berlhier du 29 novembre; lettre du général Bonaparte, idem; Mémoires dictés a Sainle-iléléne; Documents historiques de Louis Bonaparte.
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de la chaussée dans le marais et s'y enfonça jusqu'à mi-corps ; les ennemis allaient l'entourer.
— « En avant, pour sauver le général, » s'écrièrent les grenadiers; et, commandés par Belliard, qui fut blessé, ils se précipitèrent sur la colonne ennemie qui débouchait du pont sur la chaussée et la repoussèrent. — Le général fut sauvé , mais il fallut renoncer à Aréole et à la victoire.
Le général autrichien borna son succès à replier son armée sans nul empêchement de l'autre côîé de l'Alpon en reprenant sa position à Caldiero.
Quand le soir fut venu , il évacua Arcole , et une brigade française qui avait passé l'Adige en bateau à Albarédo, y entra sans combat, six heures après les tristes attaques qui avaient ensanglanté le fatal point oii avait échoué la fortune du général Bonaparte.
Le combat s'engagea de nouveau le lendemain malin; la division Masséna, après l'avantage obtenu la veille, avait marché en avant et poursuivi l'ennemi jusqu'aux portes de Caldiero ; la division Augereau avait passé l'Alpon; d'autres colonnes arrivèrent et manœuvrèrent sur la gauche de l'ennemi ; on se battit jusqu'à la nuit avec vigueur d'un côté comme de l'autre, mais en résultat, les Autrichiens avaient conservé leurs positions.
Le général en chef ne rendit compte de cette journée que le 19 novembre. — Il terminait son rapport avec moins de triomphe que de coutume. — « Le fruit de la bataille d'Arcole est : quatre ou cinq mille prisonniers, quatre drapeaux , dix huit pièces de canons; l'ennemi a perdu au moins quatre mille morts. Outre les généraux que j'ai nommés, Gardanne a été blessé, le général Robert et Tadjudant-général Vaudelin ont été tués. J'ai