XIV PREFACE
la France se retrouva encore incapable de la liberté légale et ne sut pas accorder obéissance et respect à son gouvernement, dès qu'il cessait d'être despotique. C'est que , soumise à un pouvoir absolu , la nation avait moins que jamais appris à vivre sous la sauvegarde d'institutions chargées de lui garantir la justice, le respect des droits, la bonne gestion des intérêts publics. L'ordre public rétabli , le calme intérieur, la gloire et la puissance des armes françaises étaient dus uniquement à une autorité suprême. C'était à elle que s'adressait la reconnaissance. Tout émanait de sa volonté. Aussi lorsque la fortune changea , lorsque la ruine fut consommée, les malheurs du pays furent, avec justice, imputés au despotisme. L'esprit de méfiance se trouva moins disposé à influer sur le gouvernement qu'à le détruire. En outre, les erreurs et les passions des premiers temps de la Révolution reprirent leur cours; l'aversion de la monarchie se donna encore le nom d'amour de la liberté; les doctrines de l'égalité non pas de droit , mais de fait , reparurent. Les leçons de l'expérience furent oubliées , encore qu'elles eussent profité aux esprits modérés et à l'opinion moyenne du pays.
D'ailleurs le gouvernement, bien qu'il eût subsisté sans nulle agitation intérieure et sans rencontrer nulle résistance, n'avait pas réussi à donner à la nation la , pensée de stabilité et de durée. L'état de guerre per-
I pétuelle ne laissait pas les esprits en repos. Cet édifice
de gloire et de puissance n'avait point de fondements solides. Le sort de la France était, d'année en année, risqué dans quelqu'une de ces grandes batailles où la