REWBELL
qu'il était devenu le premier candidat pour le Directoire.
C'était un homme chétif, difforme, d'une laideur et d'une physionomie déplaisantes. Il avait autrefois essayé d'être avocat ; puis il était devenu un peu homme de lettres, savant et philosophe; médiocre en tout, avec l'esprit faux; ennuyeux et plein d'amour-propre. Dans sa philosophie, qui dérivait de Rousseau, il avait la prétention d'être moral et même religieux. La religion qu'il adoptait avait été d'abord assez vague et consistait en un déisme sans dogmes et sans devoirs consacrés. Plus tard, il imagina un cuUe et une sorte d'utopie religieuse. Il avait toujours eu l'intolérance philosophique et un éloignement passionné des pratiques chrétiennes et des prêtres. Lorsqu'il se crut en situation d'installer sa religion, elle devint sa principale affaire. Il fut persécuteur, et le fond de sa politique était la propagande de sa théophilanthropie , l'anéantissement de la religion catholique et la répression tyrannique et méfiante de toute opinion contraire à la république révolutionnaire : telles étaient les dispositions qu'il apportait dans l'exercice du pouvoir directorial.
Rewbell était très-supérieur à La Réveillère. 11 avait plus de connaissance des affaires , et surtout plus de volonté, de décision et d'obstination. On pouvait dire de lui qu'il était un homme de gouvernement, mais de gouvernement révolutionnaire. L'intérêt général du pays ; la prévoyance de l'avenir; l'ordre procédant de la justice et de la modération ; la connaissance de la véritable opinion publique et des sentiments réels de la nation : tous ces éléments de la politique raisonnable.