LA RÉVEILLÈRE
assez unie, assez puissante pour les contraindre à marcher dans ses voies, pour leur imprimer une direction. Le Directoire n'était pas , comme le Comité de salut public , entraîné par une faction déchaînée et ardente , obéissant à l'impulsion de quelques hommes despotiques et redoutables ; son pouvoir ne s'exerçait pas au milieu d'une opinion muette et terrifiée. Aux conditions constitutionnelles , la tyrannie lui était impossible, hormis contre les classes proscrites par les lois révolutionnaires.
De là résultait encore que les directeurs ne pouvaient pas être tenus en bon accord ; les difficultés et les dangers oii était exposé leur gouvernement n'étaient pas appréciés par les uns comme par les autres ; les nuances d'opinion, les différences de caractère devaient y amener la discorde.
La Réveillère-Lépeaux avait obtenu le plus grand nombre -de suffrages et paraissait être porté à la suprême magistrature avec plus de faveur que ses collègues. Girondin , plutôt par conformité d'opinion que par liaison de coterie, il avait voté la mort du roi sans appel au peuple et sans sursis. Opposé courageusement à la Montagne, il avait été proscrit et mis hors la loi; rentré à la Convention avec cette honorable note, il avait eu d'abord la confiance du parti modéré. Dans la commission , qui avait préparé la constitution, il s'était montré d'abord assez contraire aux préjugés démocratiques et aux principes d'égalité anarchique; puis la crainte de la réaction, la pensée qu'une contrerévolution était possible et menaçante l'avait, comme Louvet , Chénier et quelques autres républicains fanatiques, rejeté vers les anciens Jacobins, de sorte