Loi du <9 frimaire, iO décembre
Les redevables, s'ils ne s'acquittaient point en numéraire, pouvaient payer leur emprunt en grains ou en assignats comptés au taux d'un centième de leur valeur nominale.
Une autre loi * fixa à quarante milliards le total des émissions d'assignats. Personne ne pouvait dire combien il y en avait en circulation ; on ne savait pas combien cette masse était augmentée par la prodigieuse quantité de faux assignats. C'était une fabrication à laquelle s'étaient livrés non-seulement les émigrés et les spéculateurs anglais , mais des révolutionnaires de bas et de haut étage.
11 fut ordonné en même temps que tous les assignats qui rentreraient en payement de l'emprunt forcé ou en acquittement des domaines nationaux seraient brûlés.
Aucune de ces lois ne changeait la situation; il n'y avait pas une espérance quelconque de rembourser les assignats. Les faire rentrer au trésor par l'emprunt forcé était un moyen impraticable. Dès qu'on essaya de le mettre en répartition et en recouvrement , les difiicultés et les résistances se manifestèrent de toutes parts.
Les retirer, au moyen de la vente des biens nationaux, était une opération insensée : c'était dilapider aveuglément la dernière ressource de l'État; on n'avait pas même la certitude , malgré l'avilissement des assignats, de les absorber entièrement par cette vente.
La banqueroute était depuis longtemps reconnue comme inévitable ; le gouvernement essaya de la faire en deux fois. 11 fut créé deux milliards quatre cent millions de mandats territoriaux ; ils avaient cours de monnaie dans les transactions privées, et ils étaient
r \" nivôse, 23 décembre 1796.
reçus dans les caisses publiques comme espèces métalliques. — Les mandats emportaient hypothèque sur tous les domaines nationaux. Tout porteur de mandats pouvait requérir de l'administration départementale la vente d'un domaine national au prix d'estimation, et à la condition d'en payer le prix en mandats dans le cours de trois mois ; l'estimation devait être faite à vingtdeux fois le revenu de 1790.
Cette émission d'un nouveau papier-monnaie était spécialement destinée à remplacer celui qui n'avait plus de valeur et à le retirer de la circulation. La loi autorisait tous les porteurs d'assignats à les échanger contre des mandats à raison de trente livres pour une Hvre.
Il était impossible de compter que la confiance s'attacherait à un effet public quelconque. Aucune précaution ne fut pourtant omise pour constater la bonne foi du gouvernement. Il pressa la vente ruineuse des biens nationaux , dans l'espérance qu'en présentant sur-le-champ un placement avantageux pour les mandats, il soutiendrait leur valeur, puisqu'elle serait immédiatement réalisable.
Rien ne pouvait guérir la méfiance. Les circonstances, encore plus que les opinions, maintenaient l'inquiétude. Le pubhc ne se persuadait point que le gouvernement fût établi sur des bases solides et qu'il eût des chances de durée. On le regardait seulement comme une halte sur la route des révolutions; on ne voyait pas qu'il fût empressé à consacrer par la paix les victoires des armées républicaines. Il ne donnait point la pensée qu'il observerait fidèlement la constitution; qu'il eût un vrai respect pour la justice; qu'il eût la volonté de faire cesser les lois de confiscation et de persécution; en un mot, il était manifeste que la
puissance publique était exercée, non pour le bien général, mais pour l'intérêt d'une faction.
Ainsi les symboles gravés sur les mandats ne pouvaient être qu'un sujet de raillerie : le premier timbre représentant un citoyen recevant la monnaie républicaine des mains de Minerve, qui éteignait sous ses pieds le flambeau de la discorde ; le second timbre , Cérès associant à ses travaux un citoyen qui venait échanger la monnaie républicaine contre une propriété rurale.
Pendant qu'on gravait ces emblèmes mythologiques, l'agiotage avait tout le temps de faire ses calculs et de préparer ses opérations. Pour prévenir les inconvénients de ce délai , on émit des promesses de mandats. Deux mois s'écoulèrent avant qu'on vît paraître cette monnaie républicaine ; de sorte qu'au moment de leur émission, les mandats dont la valeur nominale était de cent livres, tombèrent à quinze francs en numéraire.
Le Directoire essaya de fermer la Bourse. Comme on ne vivait plus sous la terreur , comme le cours des affaires et des transactions n'était pas interrompu, cette clôture n'avait pas un autre effet que d'empêcher les journaux d'imprimer exactement ce que le public savait par approximation ; c'était donner aux agioteurs plus de facilité à trouver des dupes.
Les mandats devaient avoir un cours forcé ; il fallut revenir sur cette mesure , et l'on décréta que ce cours forcé n'aurait lieu qu'au taux du cours de la Bourse. Les acquéreurs de biens nationaux furent ainsi obligés de faire leurs payements, non plus au taux nominal des mandats, mais selon le cours constaté ofticiellement et inséré au Bulletin des lois. La première fois *