LES PARTIS SE RANIMENT
que cette publication y parut , le mandat de cent livres ne valait déjà plus que deux livres dix sols. Le dernier cours publié fut d'une livre. Cinq jours après une loi abolit le cours forcé des mandats , c'est-à-dire les démonétisa.
La circulation des mandats n'eut donc d'autre effet que de vendre à vil prix une grande masse de biens nationaux.
Telle fut la première époque de l'administration financière et du crédit public sous le gouvernement directorial.
Pendant les premiers jours qui suivirent son installation, les conseils législatifs et le public semblèrent se préoccuper exclusivement de ces questions économiques , d'où pouvaient dépendre le sort de l'État et la fortune des particuliers. La difficulté de les résoudre, la lente et incertaine efficacité des mesures bonnes ou mauvaises qui étaient essayées , lardèrent peu à lasser les esprits inquiets. La banqueroute et l'incertitude de toutes les transactions devinrent un mal chronique; on s'y habitua , on s'y résigna; la France avait enduré de plus grands malheurs.
Alors se ravivèrent les opinions et les partis. Le Directoire n'était ni respecté , ni estimé ; il inspirait peu de crainte ; on comprenait qu'il n'était pas absolument maître de se livrer à ses penchants tyranniques. Si , au lendemain du 1 3 vendémiaire , lorsque la dictature de la Convention subsistait encore, il avait été impossible de rétablir une demi-terreur et de livrer la France aux Jacobins , à plus forte raison ne devaiton pas concevoir de telles inquiétudes au début d'un régime constitutionnel. Les luttes recommencèrent.
Les Jacobins exerçaient tous les emplois et y portaient leurs préjugés et leurs passions ; ceux qui n'étaient point placés dans les fonctions publiques, la tourbe du parti, avaient rétabli des clubs S oiî le langage était d'autant plus menaçant que maintenant les attaques étaient dirigées, non plus contre le gouvernement , mais contre la société , contre la famille , contre la propriété.
Le Directoire usa d'abord de tolérance envers les excès du nouveau jacobinisme; il n'en méconnaissait pas les dangers; mais il était beaucoup plus porté à surveiller et réprimer les royalistes , les chouans , les émigrés rentrés qui n'avaient assurément aucun moyen de mettre la République en péril. Par haine ou par méfiance, le gouvernement comprenait parmi les contrerévolutionnaires les hommes qui avaient combattu la Convention en vendémiaire; qui détestaient les lois de proscription; qui s'apprêtaient, sous les garanties de la constitution, à conquérir une vraie liberté et la justice pour tous.
Lors même que le Directoire n'aurait pas été hostile aux opinions modérées et libérales, les conventionnels, restés en majorité dans le conseil des Cinq-Cents, ne pouvaient manquer à suivre la voie où ils étaient entrés et à continuer une guerre passionnée contre la réaction; néanmoins, les formes de la constitution nouvelle ne leur laissaient plus la facilité de traduire soudainement en actes de gouvernement la haine et la crainte qui les animaient. Leur langage était souvent conforme à leurs souvenirs et à leurs habitudes. Du