OPINIONS HOSTILES AUX ÉMIGRÉS
le meilleur moyen d'y parvenir, c'est de prendre les biens des parents des émigrés. »
Après avoir entendu sur ce même texte deux ou trois argumentations qui, dénuées même de chaleur déclamatoire, ne produisaient nul effet; après les discours de Portalis, de Dupont de Nemours, de Durand- Maillane, de Tronçon-Ducoudray, de Baudin des Ardennes, le conseil des Anciens rejeta la résolution du conseil des Cinq-Cents, mais avec une majorité de quatorze suffrages seulement.
La haine des émigrés était devenue le sentiment dominant dans le parti révolutionnaire. Sur ce point il se trouvait en accord avec les républicains les plus modérés. Les malheurs de la Révolution, la guerre étrangère, la guerre civile étaient généralement imputés à l'émigration. On avait oublié que c'étaient les Girondins et les Jacobins qui avaient décidé la guerre afin d'amener une révolution nouvelle, révolution qui était devenue le régime de la terreur. On se souvenait seulement que les émigrés avaient souhaité et sollicité l'intervention armée des puissances étrangères. Une vive et profonde rancune était attachée à ces souvenirs, même parmi ^es hommes qui, étrangers au 10 août, au 21 janvier et au gouvernement révolutionnaire, n'avaient pas à redouter les vengeances dont les correspondances, les pamphlets et les proclamations des royalistes du dehors annonçaient le désir et l'espérance.
L'esprit révolutionnaire n'était plus animé par le désir de faire peur; devenu maintenant moins orgueilleux, ne plaçant plus le même espoir dans un désordre universel , il était sur la défensive. L'ardeur de la Révolution avait fait place à la crainte de la contre-révolution;