ARMISTICE ACCORDÉ A PARME
Le Directoire, avant que cette réponse lui parvînt, avait chaque jour reçu la nouvelle d'une victoire, mais la satisfaction qu'il en r-essentait, l'idée plus grande qu'il concevait du génie de Bonaparte ne le faisaient point varier dans sa volonté de lui ôter le commandement de l'armée d'Italie et de le destiner à parcourir la Péninsule en rançonnant des États impuissants à se défendre Lorsque fut arrivée la lettre du 14 mai écrite après la victoire de Lodi et l'entrée à Milan, lorsque les directeurs virent quel effet avait produit l'étrange détermination d'ôter au général victorieux le commandement de son armée , il se hâta d'obéir à la raison et à la nécessité.
« Vous paraissez désirer, citoyen général , de continuer à conduire toute la suite des opérations militaires de la campagne actuelle en Italie. Le Directoire a mûrement réfléchi sur cette proposition, et la confiance qu'il a dans vos talents et votre zèle républicain ont décidé cette question en faveur de l'aflirmative. Le général Kellerman restera à Chambéry. »
Désormais le Directoire n'avait plus à s'occuper de l'armée d'Italie que pour approuver tout ce que ferait ou proposerait le général Bonaparte ; ce n'était pas la victoire la moins importante qu'il eût remportée.
Avant même d'avoir reçu les instructions du gouvernement, il avait commencé à traiter en vaincus les princes souverains d'Italie.
En entrant sur le territoire de Parme, il avait, au passage de la Trebia, reçu des envoyés du duc pour lui demander la paix et sa protection. Ce prince était infant d'Espagne, fils de l'infant don Philippe, petit-fils de Philippe V. L'abbé de Condillac avait été son pré-
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çepteur; il régnait depuis 1762. Ses Étals avaient été constamment gouvernés par des ministres éclairés et sages. Quant au prince, il n'avait nulle importance politique et vivait absorbé dans de minutieuses pratiques de religion. Il n'y avait aucun avantage à saisir ses États ; lui en laisser l'administrasion et ne pas se donner l'embarras d'établir un nouveau gouvernement était le parti le plus simple et le plus profitable.
Un armistice fut signé le 9 mai à Plaisance. Le duc paya deux millions en argent, fournit beaucoup de blé et seize cents cbevaux; les hôpitaux du duché furent ouverts aux blessés et aux malades de l'armée française.
Une condition que le Directoire prescrivit ensuite d'insérer dans tous les traités, fut imposée par le général Bonaparte.
« Vingt tableaux au choix du général en chef parmi ceux qui existent dans le duché seront remis au gouvernement français. »
La galerie du duc de Parme et les églises possédaient de superbes et célèbres tableaux ; le plus connu était le Saint Jérôme du Corrége. Le duc fit proposer deux millions pour conserver ce tableau. Les commissaires ordonnateurs étaient fort d'avis d'accepter cette rançon du Corrége, le général répondit : « 11 ne restera bientôt rien des deux millions , tandis que ce trophée ornera Paris pendant des siècles et enfantera d'autres chefsd'œuvre. » Il était loin de prévoir que rien ne resterait à la France ni de ses trophées , ni de ses conquêtes ; qui aurait cru alors que l'enivrement du succès et de la victoire troublerait son génie et que l'empereur perdrait plus que n'avait gagné le général?
Un traité entre la France et le duché de Parme fut
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signé à Paris par le Directoire le 5 novembre 1 797 et n'aggrave point les conditions de l'armistice.
Le duc de Modène fut traité avec plus de rigueur que le duc de Parme ; il était le dernier descendant de la maison d'Esté. Sa fille, la princesse Céatrix, qui devait hériter de son duché , avait épousé l'archiduc Ferdinand. Il était vieux et n'avait jamais fait servir son pouvoir qu'à amasser des trésors, de sorte qu'il n'était ni aimé ni estimé de ses sujets. A l'approche des Français , il se réfugia à Venise pour mettre son or à l'abri. Son frère naturel , le commandeur d'Esté , vint solliciter un armistice et la protection du général en chef. Une contribution de dix millions lui fut imposée et des tableaux furent aussi demandés .
« Comme il n'a ni forteresses, ni fusils, je n'ai pu lui en demander, » écrivait le général Bonaparte au Directoire.
Par suite de l'armistice, le duc de Modène envoya des plénipotentiaires à Paris pour traiter de la paix. Le Directoire différa de jour en jour la négociation ; aucun traité ne fut conclu, et les États du duc de Modène restèrent à la disposition du gouvernement français ou plutôt du conquérant de l'Italie.
Avant de commencer une nouvelle campagne et de suivre le mouvement de l'armée autrichienne, qui se retirait sur l'Oglio et sur l'Adige , il était nécessaire d'attendre les renforts qui allaient arriver de l'armée des Alpes ou du midi de la France. Il fallait aussi occuper toute la Lombardie. Pizzightone , Crémone ouvrirent leurs portes; mais le château de Milan tenait encore.
Ce qui importait le plus, c'était de rétablir l'ordre dans l'armée , non pas qu'elle manquât de discipline
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lorsqu'elle avait à marcher ou à combattre; mais les soldats étaient dans un tel dénûment, tous les services administratifs étaient tellement irréguliers , qu'il n'y avait nul moyen d'empêcher le pillage et de préserver les habitants des vexations et des mauvais traitements. F.es plaintes retentissaient jusqu'à Paris, et le Directoire recommandait au général en chef de les faire cesser. Ses lieutenants se désespéraient. — « Les administrations font des réquisitions à tort et à travers. Les paysans sont absolument ruinés. Le soldat est dans la misère , et les chefs dans la désolation. Les fripons seuls s'enrichissent. Il n'y a pas un instant à perdre si l'on veut sauver l'armée. Nous passerons pour des hommes pires que les Golhs et les Vandales. 11 n'est pas possible de contenir le soldat. L'armée va se fondre par les maladies; les habitants poussés au désespoir s'armeront et tueront tout Français qui s'écartera. H vaudrait mieux fusiller les habitants avant de dévaster le pays ; car ils mourront de faim après'. » Ainsi écrivait le commandant d'une ('-i vision.
Un colonel adressait sa démission au général en chef : « Je ne peux plus servir avec des soldats qui ne connaissent ni subordination, ni obéissance, ni loi. Il n'y a point d'excès auxquels ils ne se portent. Nos efforts sont vains pour maintenir la discipline, ils menacent à chaque instant leurs officiers et leurs chefs. ))
De tels désordres, effet et cause de tant de souffrances, affligeaient sans doute le général Bonaparte, mais ne l'arrêtaient point dans le cours d'une grande opération commencée. 11 pensait que le meilleur moyen pour