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^du gouvernement; s'ils ont droit de changer mes mouvements, de m'ôter ou de m'envoyer des troupes, n'attendez plus rien de bon; si vous affaiblissez vos moyens en partageant mes forces, si vous rompez en Italie l'unité de la pensée militaire, je vous le dis avec douleur, vous avez perdu la plus belle occasion d'imposer des lois à l'Italie.
« Dans la situation des affaires , il est indispensable que vous ayez un général qui ait entièrement votre confiance. Si ce n'est pas moi , je ne m'en plaindrai pas et je redoublerai de zèle pour mériter votre estime dans le poste que vous me confierez. Chacun a sa manière de faire la guerre. Le général Kellermann a plus d'expérience et la fera mieux que moi ; mais tous les deux ensemble nous la ferions fort mal.
« Je sens qu'il faut beaucoup de courage pour vous écrire cette lettre; il serait facile de m'accuser d'ambition et d'orgueil! Mais je vous dois l'expression de tous mes sentiments, à vous qui m'avez donné dans tous les temps des témoignages d'estime que je ne dois pas oubher.
« Les différentes divisions de l'armée prennent possession de la Lombardie. Lorsque vous recevrez cette lettre, nous serons déjà en route et votre réponse nous trouvera probablement près de Livourne.
« Le parti que vous prendrez dans cette circonstance est plus décisif pour les opérations de cette campagne que les quinze mille hommes de renfort envoyés par l'empereur à Beaulieu. »
C'était Carnot qui, comme président trimestriel du Directoire, avait signé les instructions envoyées au général de l'armée d'Italie et la détermination de la disloquer. Le général Bonaparte lui adressa une lettre par-
ticulière. 11 le savait plus raisonnable que ses collègues et plus capable d'apprécier les choses de la guerre.
(< J'écris au Directoire relativement à l'idée de diviser l'armée. Je vous jure que je n'ai vu en cela que la patrie. Vous me trouverez toujours dans la ligne droite. Je dois à la République le sacrifice de mes idées. Si l'on cherche à me mettre mal dans votre esprit, ma réponse est dans mon cœur et dans ma conscience.
« Comme il serait possible que ma lettre fût mal interprétée et que vous m'avez témoigné de l'amitié, c'est à vous que je l'adresse en vous priant d'en faire l'usage que vous suggéreront votre prudence et votre attachement pour moi.
« Kellermann commandera l'armée aussi bien que moi. Les victoires sont dues au courage et à l'audace de l'armée : personne n'en est plus convaincu que moi; mais réunir Kellermann et moi , c'est vouloir tout perdre. Je ne puis servir avec un homme qui se croit le premier général du monde. D'ailleurs je crois qu'un mauvais général vaut mieux que deux bons. La guerre est comme le gouvernement, c'est une affaire de tact.
« Je ne puis vous être utile qu'investi de la même confiance que vous me témoigniez à Paris. Que je fasse la guerre ici ou ailleurs, cela m'est indifférent. Servir la patrie, mériter une page dans notre histoire, donner au gouvernement des preuves de mon dévouement, voilà toute mon ambition; mais j'ai fort à cœur de ne pas perdre en huit jours deux mois de fatigue, de peines et de dangers. Je ne veux pas être entravé. J'ai commencé avec quelque gloire; je désire continuer à être digne de vous. Croyez d'ailleurs que rien n'altérera l'estime que vous inspirez à tous ceux qui vous connaissent. »