‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 152 sur 174 · L* ARMÉS FRARÇAISB EN EGYPTE · texte numérisé non relu

L* ARMÉS FRARÇAISB EN EGYPTE

à croire que la République et la Constitution étaient viables.

Tel n'était point le sentiment national : loin de partager la sécurité que faisaient paraître les hommes qui vivaient dans la région politique, l'opinion universelle comprenait la nécessité d'une crise, qui mettrait fin à Tagonie du gouvernement directorial et au cruel malaise de la France.

Dans cette situation , l'absence du général Bonaparte inspirait un regret général : on se disait que si le Directoire ne l'eût pas contraint ou autorisé à s'exiler dans rOrient» il aurait conclu et assuré la paix à des conditions glorieuses, et que, pour forcer la France révolutionnaire à les accepter, il se serait emparé du pouvoir; d'autres pensaient que, s'il eût fait la guerre, il aurait établi en dictature le commandement des armées.

Mais comment espérer son retour? On savait de loin en loin des nouvelles de ses victoires' ou de son administration de l'Egypte. Les communications étaient difficiles. La marine des Anglais occupait la Méditerranée et interceptait la navigation française. Les journaux de Londres publiaient des informations qui pouvaient faire supposer la détresse ou les revers de l'armée d'Orient. Devait-on y ajouter foi? D'ailleurs les journaux français n'étaient point libres de les répéter. Quelquefois arrivaient des bulletins officiels, mais on se méfiait de leur véracité. Ainsi le sort de l'armée d'Orient semblait étranger à ce qui inquiétait ou agitait la France. Cette expédition, qui évidemment ne pouvait avoir de résultat politique y excitait la curiosité et l'intérêt, mais un intérêt loin-

l'àRIIÉB française en É6TPTE. 509

tain, comme une colonie essayée hors de la portée de la mère patrie.

Il y avait plusieurs mois qu*aucune nourelle n'était parvenue d'Egypte autrement que par les journaux anglais, lorsque, le 5 octobre 1799, au moment où de jour en jour on apprenait les victoires de l'armée d'Helvétie, un message du Directoire fut apporté au conseil des Cinq-Cents.

— ce Le message contient, dit le président, une dépèche de l'armée d'Orient. » A ces mots, par un mou- Tement soudain, toute l'assemblée se leva en criant à plusieurs reprises : — w Vive la République! »

La dépèche du général Bonaparte reprenait de loin le récit de ce qui s'était passé en Egypte et des opérations militaires qu'il avait dirigées.

Après la bataille des Pyramides 'et l'occupation du Caire , le général Desaix fut chargé de remonter la vallée du Nil, de poursuivre Mourad-bey, un des chefs des mamlouks et de soumettre celte partie de l'Egypte. C'était une longue et difficile mission qui conduisit Desaix et son armée jusqu'aux limites de la Nubie, à deux cents lieues du Caire, et qui employa près d'une année; elle honora le nom de Desaix.

L'autre chef des mamlouks, Ibrahim-bey, s'était retiré par la route qui conduit du Caire à la Mecque. Le général Bonaparte l'y suivit, remporta la victoire de Salahiehet le rejeta dans le désert de Syrie, après avoir dispersé son armée.

Ce fut à ce moment que le général Bonaparte apprit que l'escadre française avait été détruite à Aboukir. Dès lors il se trouvait bloqué en Egypte , sans communica-

Page 1