CONSTITUTION DE LÂH VIII
L'accomplissement de cette formalité, qui n'avait pas procuré un jour d'existence à la Constitution de 1 793 ; qui n'avait mis aucun obstacle aux violations annuelles de la constitution de l'an m, ne devait pas retarder l'installation du nouveau gouvernement. Ce vote ne fut et ne pouvait être que la reconnaissance d'un fait accompli , la soumission à un pouvoir déjà existant. A cette époque la souveraineté du peuple était exercée par la signature de chaque votant apposée sur un registre, et non pas en déposant un bulletin imprimé. Aussi les nombres étaient beaucoup moindres qu'on ne les a vus depuis, mais ils étaient supérieurs aux relevés des suffrages qui avaient accepté les constitutions précédentes. — 11 y eut 3 OU 007 acceptants et 1 562 non acceptants. Ce résultat fut proclamé six semaines après la mise en activité de cette constitution.
Dès que le gouvernement nouveau avait été formé et installé, le Premier consul avait proclamé son avétiement et s'était adressé à la nation, en ces termes :
a Français, rendre la République chère aux citoyens, respectable aux étrangers^ formidable aux ennemis : telles sont les obligations que nous avons contractées en acceptant la première magistrature.
« Elle sera chère aux citoyens si les lois, si les acteâ de Tautorité sont toujours empreints de l'esprit d'ordre, de justice et de modération.
a Sans l'ordre, Tadministration n'est qu'un chaos ; point de finances , point de crédit public ; et avec la£ fortune de l'État s'écroulent les fortunes particulières ; sans justice, il n'y a que des partis , des oppresseurs et des victimes.
a La modération imprime un caractère auguste aux
CONSTITUTION DE l'aN VÏIÏ. 579
gouvernements comme aux nations ; elle est toujours la compagne de la force et le garant de la durée des institutions sociales.
« La République sera imposante aux étrangers, si elle sait respecter dans leur indépendance le titre de sa propre indépendance ; si ses engagements préparés par la sagesse, formés par la franchise, sont gardés par la fidélité!
a Elle sera enfin formidable à ses ennemis, si ses armées de terre et de mer sont fortement constituées ; si chacun de ses défenseurs trouve une famille dans le corps auquel il appartient, et dans cette famille un héritage de vertu et de gloire ; si Vofficier formé par de longues études obtient , par un avancement régulier, la récompense due à ses talents et à ses travaux.
« A ces principes tiennent la stabilité du gouvernement, les succès du commerce et de Tagriculture , la grandeur et la prospérité des nations.
ce Nous avons tracé la règle qui doit nous juger : Français, nous vous avons dit nos devoirs. Ce sera vous qui nous direz si nous les avons remplis. «
Telles furent les espérances que donna le général Bonaparte en s'emparant du pouvoir suprême. Lorsqu'il tomba du sommet de la gloire et de la puissance, quelle réponse aurait-il pu attendre de la France , s'il lui avait adressé la même question ?