‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 17 sur 88 · PAIX D'AMIENS. — CONCORDAT · texte numérisé non relu

PAIX D'AMIENS. — CONCORDAT

La grande révolution industrielle qui se faisait en Angleterre voulait de l'argent à tout prix, donc, exigeait la paix, le renvoi du belliqueux Pitt, le ministère du pacifique Àddington. Mais, d'autre part, l'audace de Paul, le libérateur de la mer, qui, pour arriver à ce but, forçait ses alliés d'envahir le Hanovre, patrimoine chéri de la maison royale, le bien propre du roi, ramenait Georges III à la guerre.

Pitt donna sa démission en février, mais en mars, l'invasion du Hanovre put le faire regretter. De sorte que Georges III, balancé, dans sa cervelle flottante, trouva bon que Pitt en se retirant déclarât qu'il soutiendrait son successeur au Parlement, et en réalité gardât une part dans l'administration. Ce qui au reste

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se faisait de soi-même, car tous les hauts fonctionnaires et commandants avaient été nommés par Pitt, ne tenaient qu'à lui seul et étaient pleins de son esprit.

Citons par exemple le vaillant bouledogue Nelson, qui ne tenait qu'à lui et faisait bon marché du reste.

Avant la mort de Paul, au premier bruit de l'invasion du Hanovre, qu'il avait commandée à la Prusse, on décida que par un coup violent on effrayerait la ligue des neutres, et que les flottes anglaises agiraient, non sur la Prusse, qui n'a pas de port, non pas sur Pétersbourg, si bien armé, défendu par Cronstadt, mais sur le faible et innocent Danemark, qui n'avait rien fait aux Anglais que de fermer les fleuves à leur commerce.

La flotte anglaise partit, dès le l*" mars, sous l'amiral Parker et sous son lieutenant, le bouillant Nelson, qui sans doute n'écouterait rien et se porterait aux dernières violences s'il pouvait entrer dans la Baltique, attaquer Copenhague. Cette belle capitale, était toute exposée en mer, et presque sans défense, à moins que Paul, averti, ne lançât la flotte russe et ne prît Nelson dans le dos*

La conspiration dont on parlait déjà et dont tant de gens, à Londres, à Pétersbourg, demandaient le succès à Dieu, cette conspiration et la mort de Paul avaient pour elles bien des vœux. Or ce qu'on désire tant ne manque pas d'arriver. La Baltique, une mer

si étroite, permit à Nelson (quoi qu'on ait dit) de sa* voir à temps l'heureuse nouvelle, de pouvoir à loisir bombarder Copenhague. Parker voulait qu'on s'arrêtât dans cette barbare opération sur une capitale, et qui, faite de près, n'était qu'un massacre à coup sûr. Mais Nelson s acharna, disant ironiquement qu'étant borgne, il ne voyait pas les signaux de Parker, n ne perdit que huit ceuts hommes, de ces hommes que la press ramassa dans la populace de Londres, et il tua six mille Danois, tous bien autrement précieux, étudiants de l'Université, professeurs, médecins et autres hommes des hautes professions, enfin la fleur du Nord. Cependant les Danois ne se rendaient pas. Il y fallut la menace barbare de Nelson, qui avait pris quelques vaisseaux danois et qui dit qu'il les brûlerait avec les hommes qui étaient dedans. Les Danois, pour ne pas voir leurs parents, leurs amis, leurs enfants, brûlés vifs,* se soumirent, et il ne fut plus question de la ligue des neutres et de la liberté des mers.

La Russie se désistant ou se contentant de vagues paroles, la France restait seule contre l'Angleterre. On avisa si l'on pourrait renouveler sur un de ses ports l'affaire de Copenhague. Tout était en défense. Par deux fois, en juillet et août, Nelson se présenta devant le petit port de Boulogne, et la dernière fois avec une grande armée navale, conduite sous lui par cinq amiraux. On lança force bombes sans résultat.

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et comme nos vaisseaux, avancés à cinq cents toises, étaient sur une ligne enchaînés les uns aux autres, les tentatives d'abordage furent sans résultat, et couvrirent la merde cadavres anglais,

La vraie défaite pour la France, la vraie victoire pour r Angleterre avait été la mort de Paul, l'avénementdu jeune Alexandre, de douceur singulière, qui ménagea tout le monde, épargna et même employa les assassins de son père, lesquels n'avaient agi, disaient-ils, que pour garantir la vie de sa mère et la sienne peut-être, contre les caprices du czar. Tous les ports se rouvrirent. Les grands seigneurs charmés purent faire avec l'Angleterre leur commerce lucratif, et sans inquiétiide garder leurs confiscations de Pologne. Alexandre se crut quitte envers celle-ci en l'amusant de vagues espérances et gardant près de lui les Gzartoriski, qui flattaient ce pays du songe d'une future royauté (à l'anglaise).

D'autre part, les vertus domestiques d'Alexandre contribuaient à rendre sa politique très-molle. Il avait un respect excessif pour sa mère, qui aurait pu succéder au trône (d'après l'exemple de Catherine), et qui magnanimement l'avait laissé à son fils. C'était une princesse allemande de Wurtemberg. Et naturellement Alexandre souhaitait que, dans les nouveaux arrangi^ments de l'AUemaigne, la famille de sa mère trouvât son compte, aussi bien que la famille de sa

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femme, autre Allemande de Bude. Pour lui, il conservait ce religieux souvenir que la maison d'Oldenbourg était la souche antique de sa propre maison, et il était disposé à la favoriser en tout.

Il pouvait trouver l'occasion de satisfaire son cœur sur tout cela dans l'arbitrage que la paix de Lunéville reconnaissait à la Russie pour les affaires de l'Allemagne. Mais Bonaparte, profitant de la terreur de son nom et de la mollesse d'Alexandre, se fit réellement arbitre de cet ordre nouveau, qui, aux dépens des princes ecclésiastiques, allait enrichir les princes séculiers. Les hommes de Bonaparte, Xalleyrand et Dalbei^, furent à Paris les dispensateurs de ces riches dépouilles, et n'oublièrent pas les familles qui intéressaient si fort l'empereur Alexandre ; ses parents allemands furent mieux traités qu'il ne l'eût fait lui-même. Cela rendait la cour de Russie trèsfaible pour Bonaparte, qui fit ce qu'il voulait en Allemagne et en Italie.

En 1802, l'Angleterre, satisfaite par l'abandon du droit des neutres (c'est-à-dire l'abandon de la souveraineté des mers), l'Angleterre, dis-je, devint tout à coup si pacifique, qu'elle vit, sans trop s'en irriter, les préparatifs que l'on faisait dans nos ports en face d'elle pour aller reconquérir Saint-Domingue.

Depuis que Bonaparte s'était senti malade, 1 800* 1 80 1 (du cancer paternel) , il avait pris une détermination sévère, celle d'éloigner sa sœur préférée Pauline,

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