‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 60 sur 88 · U COMÉDIE D'ERFURTH (SEPTEMBRE-OCTOBRE · texte numérisé non relu

U COMÉDIE D'ERFURTH (SEPTEMBRE-OCTOBRE

On ne voit pas que l'amiral russe ait été blâmé de son maître. Alexandre n'osa. Il aurait déplu à $a mère, à sa cour et à tout le monde. Même, dans les ministres, un seul osait être, comme l'empereur, pour l'alliance française.

Les émigrés français et prussiens dominaient à la cour, avec l'impératrice-mère. La mort de Paul, accomplie par Palhen et ceux qui avaient des confiscations de Pologne, pesait toujours à Pétersbourg, avertissait le czar. M. de Maistre et autres émigrés dont les mots insolents, spirituels, se répétaient partout, sous le débonnaire Alexandre, parlaient en plaisantant du grand remède asiatique qui, sous Pierre III et Paul, avait si bien servi.

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Alexandre alléguait aux Russes que ralliance française lui avait servi à prendre la Finlande, et bientôt les Pricîpautés, cette porte de l'Empire ottoman. D'autre part, aux hommes de Napoléon, à Savary, à Caulaincourt, il disait qu'oa devait se souvenir de Paul, et ne pas risquer de mécontenter la Russie. Mais si Ton osait dire un mot de la Pologne, à ce nom qui rappelait tant de confiscations, Alexandre ne continuait pas Tentretien, gardait un silence prudent.

Dans la réalité, Alexandre, incertain, était condamné à un rôle double, à vouloir ou à simuler Talliance française, et souvent à servir en dessous la coalition.

Un grand nuage d'hypocrisie flottait sur toute l'Europe. Les Anglais eux-mêmes, que madame de Staël appelle « les chevaliers des libertés du monde, » pourquoi ne favorisèrent-ils pas le projet de Palafox pour appeler le prince Charles en Espagne, pour liguer à temps l'Espagne et l'Autriche? C'est qu'ils avaient leurs visées sur l'Espagne, voulaient surtout Cadix, ce grand port, ou plutôt ce pont vers l'Amérique. Us manquèrent le moment, attendirent que l'Autriche eût été écrasée à Wagram.

Napoléon ne pouvait croire que ses maladroits ennemis lui accordassent ces délais. II savait que T Autriche avait déjà des agents militaires à Séville et croyait qu'il y aurait entente pour une grande et universelle explosion.

Entre tant d'ennemis, il en voyait encore de flottants, incertains, surtout en Allemagne, et jugea que, pour les faire retarder, hésiter, îl fallait leur faire apparaître (au cœur de TAllemagne même) une grande fantasmagorie, V alliance russe j la montrera Erfurth, à deux pas de la Prusse même.

Il n'y avait pas un moment à perdre. La saison avançait. Et la reine de Prusse, fort animée par nos malheurs d'Espagne, voulait se rendre à Pétersbourg avec le roi, voir si le czar avait de la mémoire, et (selon son serment) la protégerait encore, s'associerait au réveil prochain de l'Allemagne. Alexandre allait se trouver entre deux sirènes, elle et Napoléon, qui, au contraire, le tournait au Midi, vers les grands projets d'Orient. L'Occident, avec les souvenirs d'Austerlitz, de Friedland, étaient tristes pour le czar. La guerre de Turquie tentait plutôt sa paresse. Il n'avait qu'à y assister deloin. Il était naturellement conduit par les femmes, et sans doute c'est à ce moment que la princesse *** commença sur lui son règne de trois années, règne fort paresseux : « Étrangère à la politique, disait-elle, elle ne voulait qu'être une simple la Yallière. »

Cette belle Russe prévint l'Allemande. De bonne heure, en septembre, Alexandre alla à Erfurth . Et la reine de Prusse fît son voyage trop tard, lorsque tout était arrangé.

Napoléon, grand comédien, se surpassa lui-même

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