‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 7 sur 88 · LUTTE DE LA FRANGE ET DE LA RUSSIE · texte numérisé non relu

LUTTE DE LA FRANGE ET DE LA RUSSIE

Les portraits, et surtout une admirable représentation en cire, le montrent fort petit, l'air rogue et dur, qui est rare chez les vrais héros.

Il était fils d'un ministre, et il resta toujours un parfait anglican. A Aboukir, ayant reçu une blessure qu'il croyait grave, il appela les secours spirituels, mais très-expressément ceux d'un chapelain de son église.

Puis, tout à coup, à Naples, il subit une étrange métamorphose.

On a cent fois conté cette scène, si l'on veut, pittoresque, mais en réalité honteuse et déplorable.

Au milieu de Tétourdissement de son bruyant triomphe, il tomba au piège le plus indigne, pris par une fille, Emma, qui était connue dans la prostitution par une exhibition publique. Elle avait quarante ans; c'était une grosse femme, belle encore. Ses formes, rapprochées de l'antique, avaient plu à l'antiquaire Hamilton, un Écossais bouffon, qui trouva plaisant de l'épouser (quoique ambassadeur d'Angleterre). Elle avait du talent pour la mimique, et le prouva, en jouant à l'arrivée de Nelson une scène d'admiration, d'amour pour le héros, exagérant ce rôle jusqu'à se trouver mal et tomber dans ses bras. Il fut pris, la suivit, comme un dogue suit son maître. Fort sage jusque-là, il fut d'autant plus fou. Dans celte chaîne honteuse, comme un aliéné, il écrivait son bonheur à tout le monde, même aux lords de l'amirauté, ce

corps de vieux marins, qui durent ne rien comprendre à cette dégradante folie.

Ce qui frappe dans ses lettres, c'est qu'il est indigné des mœurs de Naples, la méprise profondément.

Il ne sait pas que la corruption de ces grandes villes du Midi, mêlée d'art, même de haute culture, est moins dégradante pour l'âme que l'obscure et boueuse corruption du Nord, les vices des barbares.

Naples, et ce qu'on appela jad^s la grande Grèce, outre l'art, a aussi ses côtés sérieux, legénie juridique, métaphysique; c'est le pays d'Archytas, Archimède, Pythagore, Yico, etc. Au dix-huitième siècle, les Italiens, disciples de nos philosophes, n'en eurent pas rironie, mais une extrême douceur qui attendrit quand on pense à leur sort. Et avec cela un trèsrare équilibre , une harmonie de caractère merveilleuse*.

L'expédition du roi de Naples et de son général Mack à Rome est une chose burlesque sur laquelle tous se sont égayés ! Nelson, alors à Naples, put voir en ce moment qu'il y avait deux villes en une, absolument contraires, et qu'indépendamment deh plèbe du port, dévote et corrompue, une grande ville civilisée existait, fort opposée à la ville barbare.

*■ Elle apparaissait bien frappante dans un jeune homme qu'ils élevèrent, qui ne put remplir son destin ; je parle de Paoli, qui, aux yeux des Anglais tout comme des Français, sembla un idéal de la perfection humaine. Dans son pays de contrastes sauvages, quelle patience résignée, quelle force de douceur il montra ! '

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