SSAI DE FUSION NOUVELLE ENTRE LA MUSIQUE ET LA POÉSIE
Nous avons suivi successivement Fliistoire de la musique depuis la Grèce jusqu'à nos jours. Chacun des deux courants nous a menés jusqu'à un point où le puissant fleuve, grossi de maint affluent, s'efforce de rejoindre l'autre et de s'y précipiter en dépit des monts et des rocs qui coupent sa marche. Cette jonction doit-elle s'accomplir quelque jour? Est-elle déjà commencée, est-elle seulement possible ? Où la chercher, où l'espérer? Qui l'empêche et qui la favorise? Ces questions nous mènent droit à l'opéra. Nous l'avions évité jusqu'ici; nous devons y entrer maintenant, ne fût-ce que pour en mieux sortir. Eclairés et raffermis par l'esprit de la haute poésie et de la libre musique, nous pouvons aborder, sans crainte de nous y perdre, cette région douteuse où le beau et le laid, le vrai et le faux se mélangent d'une si étrange manière.
aSo LA MUSIQUE ET LA POÉSIE
Pour un moment tout va se rétrécir, l'horizon, atmosphère, personnages. Avec la grande poésie, nous voyagions dans le rêve lumineux du Beau inaltérable ; avec la grande musique, nous plongions dans Tivresse de la vie éternelle. Avec Dante ou Shakspeare, Palestrina ou Beethoven, nous n'avons pas quitté un instant la sphère du grand art, dont les formes variées nous donnent toujours une image de la perfection. Même quand nous touchions le sol sanglant et raviné de l'histoire, le rayon d'en haut nous laissait autour du front sa consolante auréole. Celui qui en cette noble compagnie se laisse ravir aux régions supérieures, ressemble par instants aux âmes qui, au dire de Platon, voyagent à la suite des chars des dieux rayonnants, alors qu'ils montent vers le sommet du ciel, et qui dans cette ascension contemplent au passage les pures essences du beau, du bien et du vrai. Avec l'opéra, au contraire, nous descendons dans la sphère de la réalité et de l'imperfection, Platon dirait des ombres et des fantômes. Nous touchons à une série de tâtonnements, d'essais plus ou moins manques, de confusions ou de méprises. Mais dans ce labyrinthe nous saluons aussi, de distance en distance, les efforts du génie qui tentent d'animer cette argile. Car, malgré tout, l'homme porte en soi l'immortel instinct du vrai qui, d'âge en âge et d'erreur en erreur, le fait aspirer à la Beauté vivante.