XII PRÉFACE DE LA PREMIERE ÉDITION
libre et franche. Car la personne humaine y est sans cesse ravalée dans son mouvement naturel comme dans son expression plastique; le drame y est généralement rabaissé au rôle d'un texte à broderies musicales, et quant à la musique, qui se dit la reine de céans, lors même qu'elle s'élève parfois à une certaine hauteur, ce n'est que pour retomber dans les conventions banales et dans les trivialités du ballet. N'hésitons pas à le dire, si le droit sens du beau s'est oblitéré, si le goût s'est affadi et corrompu, si l'aspiration idéale, si puissante encore au début du siècle, a presque disparu dans notre génération, nous le devons en partie au règne incontesté de ce grand amuseur, de ce roi du jour qui se nomme l'Opéra.
A ce roi du jour adopté par la mode, acclamé par les masses, plutôt subi qu'accepté par l'élite du public, on a voulu opposer dans ce livre le Drame musical, comme on oppose le vrai au faux, un corps sain à un corps malade, un idéal auquel nous aspirons à la réalité qui nous étouffe. Pour le faire, pouvait-on se contenter de remonter à l'origine de l'opéra, de donner un coup d'œil à son passé, de relever dans son histoire les nobles essais qui ont tenté de l'élever au rang de l'art vrai? Non, car son origine serait plutôt faite pour nous prouver qu'il est entaché d'un vice radical, et son histoire nous le montre retombant sans cesse dans ses errements primi-