‹ Histoire du droit civil françaisChapitre 192 sur 648 · DOMAT · texte numérisé non relu

DOMAT

Victor Cousin a fort biea caractérisé ce jurisconsulte; voici [223] le portrait qu'il en a tracé :

tt Domat est, par excellence, notre jurisconsulte philosophe. Cujas habite en quelque sorte avec Tantiquilé romaine : ce qui roccupe, c'est Tédit du préteur, la restitution et l'interprétation légitime du texte authentique. Du Moulin s'enfonce dans les coutumes et le droit canon pour y disputer la raison et l'équité à la barbarie qui l'enveloppe lui-raêrae. Domat a travaillé pour la société nouvelle que Richelieu et Louis XIV tiraient peu à peu du chaos du moyen âge. C'est au profit du présent qu'il interroge le passé, les lois romaines et les coutumes, les soumettant les unes et les autres aux principes éternels de la justice et à l'esprit du christianisme. 11 est incomparablement le plus grand jorisconsulte du xvii' siècle; il a inspiré et presque formé Daguesseau; il a quelquefois prévenu Montesquieu et frayé la roule à cette réforme générale des lois, entreprise et commencée par la Révolution française et réalisée par l'empire. Les lois civiles dans leur ordre naturel sont comme la préface du Code Napoléon. La même législation pour la même société, sur la fondement immuable de la justice et à la lumière de cette grande philosophie qu'on appelle le christianisme, tel est l'objet de l'ouvrage de Domat. Sa méthode est celle de la géométrie. »

« Personne, écrit Daguesseau, n'a mieux approfondi que cet auteur le véritable principe des lois et ne Ta expliqué d'une manière plus digne d'un philosophe, d'un jurisconsulte et d'un chrétien. Après avoir remonté jusqu'au premier principe et descendu jusqu'aux dernières conséquences, il les développe dans un ordre presque géométrique. Toutes les différentes espèces de lois y sont déterminées avec les caractères qui les distinguent. C'est le plan général de la société civile le mieux ordonné qui ait jamais paru. »

Boileau, enthousiasmé, s'écrie que Domat est le restaurateur de la raison dans là jurisprudence.

On le voit, Domat est, dans le domaine du droit, le représentant éminent de cet esprit classique^ si bien décrit et critiqué par Taine. L'ordre naturel, le droit naturel, voilà l'idéal vers lequel se dirige sans cesse l'intelligence lumineuse de Domat. Ces

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