LIVRE 1. SOURCES DU DROIT FRANÇAIS
lèle à celle que je viens de signaler et née à peu près 4e la même pensée. Nous lui devons aussi en droit français des travaux considérables qui ont été directement utilisés par les rédacteurs du Code civil.
Un mot d'abord sur sa vie. Pothièr, né en 1699 à Orléans, y mourut en 1772. Il fit son droit à l'Université d'Orléans et s'occupa, en même temps, de géométrie. On pressent les qualités qui domineront chez Pothier, la précision, la netteté, la clarté.
Pothier fut nommé, en 1720, conseiller au siège présidial d'Orléans (les présidiaux correspondaient à peu près à nos tribunaux de première instance; ils avaient, outre une juridiction civile, une juridiction criminelle).
Dès cette époque, Pothier se préoccupa de ranimer à Orléans^ les études juridiques et il fonda dans cette ville, de concert avec Prévôt de la Jannès, magistrat et professeur distingué^ une conférence de jeunes gens où on discutait des matières juridiques.
Lorsque Pothier siégeait au présidial d'Orléans dans des affaires criminelles, on évitait de lui distribuer des procédures dans lesquelles la question dût être posée : car, s'il ne s'éleva pas courageusement et très publiquement contre la torture, à l'exemple d'Augustin Nicolas* et du jésuite Frédéric Spée au XVII* siècle, ou comme Beccaria devait le faire du temps même de Pothier, il témoigna néanmoins une aversion profonde pour cette procédure qu'il considérait comme inhumaine et ordinairement inutile. Pothièr n'a fait part au public de son opinion sur la torture que dans une petite noie perdue au bas d'une page de son édition du Digeste, dont nous parlerons bientôt; mais ses collègues d'Orléans savaient à quoi s'en tenir.
Pothier eût désiré à l'Université d'Orléans une chaire de droit romain : il venait de publier un ouvrage capital sur la matière;
t Augustin Nicolas a publié un polit livre intitulé : Si la torture ett vn moyen sûr à vérifier les crimes secrets, Amsterdam, 1682. Il était président au Parlement de DîjoD (Esmein, Ilisl. de la procéd. crim.,p. 350). Frédéric Spée a publié un ouvrage d*uoe importance capitale, intitulé Cautio criminalis contra sagas, Hhuilel, 1631 ; Cologne, 1632 ; Poscn, 1647 (cf. A. du Boys, Hist, du droit erim. de la France depuis le xvi^ siècle jusquau xix», l. Il, 1871, p. 147 et auiv,