Abolition du servage
Vœux pour f abolition du servage, — Au xv!!** siècle, la liberté civile était si bien établie et si générale dans certaines provinces que, dans ces provinces, de tranquilles bourgeois ignoraient absolument qu'il y eût encore des serfs dans le royaume. En 1606, un bourgeois de Paris qui ne s'en doutait pas l'apprend par aventure : il est stupéfait et consigne le renseignement sur ses tablettes^.
Cette ignorance du fait n'en détruit pas l'existence. Tout le monde, d'ailleurs, ne l'ignore pas, comme cet honnête Parisien. Aux états de Blois de 1576, le tiers état a déjà demandé l'abolition de la servitude personnelle* ; il l'a demandée une seconde
1 Vilry. art. 146 (rédaction de i509). Mootargis, tit. vu, art. !•' (rédactioD de I53i). cf. Fleury, Inst. au droit fr., édit. Laboalaye, t. ler, p. 221.
> Abbadie, Le Livre noir et les Etablissements de Dax^ p. clxxiii; dans toute cette région les serfs sont appelés questaux.
> Cr. Coût, de Bourgogne, art. 46, apud Giraud, Essai sur rkisloire du droit frwi^ çais, t. II, p. 277; art. 9 de lacootome commentée par Chasseoeuz, édit. de 1574, p. 1217; Dunod, Traités de la mainmorte^ p. 221; Seignobos, Le régime féodal en Bourgogne, p. 48; Simonnet, Documents inédits pour sertir à l'histoire des ittsUiutions et de laviepritée en Bourgogne, 1867, p. 186et8uiv. Voyez, ci-dessus, pp. 320,
« Bulletin de la Soc, de l'hist. de France, année 1853-1854, pp. 106-107. '" Picot, Uist, des états génér., t. II, p. 539.
LES SERFS
fois aux états de Paris de 16i4^ Lamoigoon au xvii* siècle, Pocquet de Livonnière au xviii% ont réclamé l'afifranchissement [325] des serfs*.
Ce servage dont on demandait l'abolition existait en Franche- Comté, où la plupart des personnes et des biens de campagne étaient de condition mainmortable', en Bourgogne, en Alsace, en Lorraine, dans les Trois-Evêchés, en Champagne, en Bourbonnois, dans la Marche, en Nivernois, en Berry*.
Depuis le xiv° siècle* jusqu'au xviii*, la royauté ne prit, en, France, aucune mesure générale pour l'abolition du servage.
Abolition tentée en Lorraine. Abolition en Savoie. — A nos portes et dans des pays qui depuis sont devenus français, la Lorraine et la Savoie, le pouvoir s'était préoccupé, avant nous, de cette question du servage. Dès l'année 1711, le duc Léopold avait proclamé en Lorraine l'abolition du servage, qu'il appelle
i /6W., t. IV, p. 68.
2 Arrêtés dé Lamoignont art. i", Pocquei de Liyonnière, li7. l^^, tit. ii, règle 39.
s DoDod, Traitét de la mainmorte et det retraits, Àvertissemeot.
( Voyez riodicatioD des pays de la temporalité de Toureine et de la spiritualité de Berry qui ont eu des serfs jusqu'en 1789, dans Coût, du pays, duché et bailliage de Touraine^ Tours, tG99, pp. 326-349. Qu'on ne se représente pas ces serfs comme des qcasi'esclaves courbés sous un joug épouvantable. Quelques faiis et quelques exemples nous en apprendront beaucoup plus qae de longs commentaires. Nous voyons, au zv« siècle, un prêtre-serf qui se fait affranchir. Ce serf est devenu prêtre par suite de certaines irrégularités, car, en principe, l'Eglise ne confère les ordres qu*& des hommes libres. Au xvi** siècle, nous rencontrons aussi un évêqneserfqui se fait affranchir. L*acte d'affrancbisdement de ce prêtre- serf, au xv* siècle, est fort explicite et nous prouve que l'unique préoccupation de cet ecclésiastique est d'assarer à sa famille la libre succession de ses biens, qui, s'il restait serf, seraient, à sa mort, dévolus à son seigneur (le roi dans l'espèce). Autrement, le servage ne paraît le gêner en aucune façon ; il ne tient qu*à deux choses, soit à pouvoir tester, soit, s'il ne teste pas, à laisser ses biens à ses héritiers naturels et non au roi. L'affranchissement lui assure l'un et l'autre avantage. Au xviii» siècle, nous apprenons par Voltaire qu'un serf est mattre de poste et receveur du comte de Choisèul : ce doit être un gaillard assez riche et influent. La plupart étaient de pauvres gens de campagne dont la condition matérielle n'était probablement pas inférieure à celle des hommes libres, et dont le servage était surtout utile à constater au moment de certains décès. Cf. Isambert, Recueily t. X, pp. 685, 686; Coût, de la Marche^ art. 125 à 178; Coût, de Nivernois^ ch. viii, ix; Guy Coquille sur Nivernois, dans Dupin, Coût, de Nivernais^ p. 222;Chassin, L'Eglise et les derniers serfs, pp. 4, 162 et suiv.
5 Vojez, ci-dessus, p. 322.