LIVRE III. Là famille
[384] étendue. Les autres entrevoient, même en ces temps primitifs, des unions régulières assez analogues aux mariages modernes.
Un fait, indiscutable en lui-même, a suggéré l'hypothèse, très répandue et très goûtée jusqu'à ces derniers temps, de la promiscuité primitive des sexes. Le fait bien établi auquel je fais allusion, c'est le système de la parenté par les femmes. Chez les indigènes de l'Australie, chez les Indiens de l'Amérique* et ailleurs* encore, on rencontre des groupes qui établissent leur parenté par l'auteur féminin et non par le progéniteur mâle'. Les parents du père ne sont pas les parents de l'enfant ou, du moins, il n'y îi point entre eux de droits successoraux*. De ce fait non contesté on a cru pouvoir remonter à une phase primitive de l'humanité dont nous entretiennent aussi quelques récits anciens. Originairement, a-t-on dit, l'humanité ne connut que des unions libres et temporaires. Hommes et femmes vivant ainsi dans la promiscuité, il ne saurait y avoir de parenté certaine que la parenté par les femmes.
Un usage signalé par Strabon chez les Ibères', usage qui subsiste peut-être en Biscaye et sur quelques points de la SouIe et de la Basse-Navarre, semble à première vue s'expliquer à merveille par ces lointaines origines. Je dois dire un mot de ce singulier usage, qui se retrouve en Afrique et dans l'Amérique du sud. Quand une femme accouche, le mari se met au lit et se fait soigner lui-même". C'est ce qu'on nomme la covada. N'est-il pas
i Vail, Notice sur les Indiens de ^Amérique du nord, p. 209.
3 Sokolsky, Spuren primitiver Familienordnungen bei den kaukasischen Bergvôlkemy dans Hussischs lievue, t. XI), 1883, p. 18?.Po8t, Bausteine, t. Il, p. 30.
s J'empruDte ces expressions à sir Henry Sumoer Maine {Etudes sur randen droit et la coutume primitive) ; cet auteur accorde au Mutterreckt la place la plus restreinte possible, et répugne beaucoup à ces théories. Voyez p. 285 et suiy.
4 On songe à ces peuples quand on lit dans la Bible : « Manassé ne déposséda pas Beth-Chéan nt ses filles, T&ansk ni ses filles, etc. » (Juges, I, 27, 28, dans Lagrange, Le livre des juges, Paris, 1903, p. 17).
> Slraboo, Uv. III, cb. iv, § 17, édit. Muller et Dubner, t. !•', 1853, p. 137. On a beaucoup bataillé et discuté sur la covada. Voyez contre l'existence de la covada deux articles de Murray dans The Academy, 1892, novembre et décembre. Joignez Monseur, Essai nouveau d'interprétation de la couvade dans Revue de l'hist. des religions, t. XXXI, no 3, pp. 301, 302.
B Cordier, Le droit de famille aux Pyrénées, pp. 55, 56.