DU DIVORCE ET DE LA SÉPARATION DE CORPS
Définition du divorce. Historique. — J'appelle divorce la dis- [443] solution du mariage survenue du vivant des conjoints.
Le divorce brise tous les liens qui existaient entre les époux ' et, par conséquent, ouvre là voie à un nouveau mariage.
Le divorce existait chez les Romains. Il existait aussi chez les Juifs et chez les Germains : nous l'apercevons à Torigine chez tous ces peuples avec son caractère primitif^ celui d'un divorce unilatéral, tout au profit du mari, à qui il est loisible de renvoyer sa femme, sans que celle-ci puisse user du même droit*. Le divorce devient ensuite une arme aux mains de chacun des conjoints. Tel est son développement historique.
Développement très irrégulier, et soumis aux plus étranges réactions. Le passé est toujours vivant dans le présent. Croiraiton qu'en 1904, le divorce juif unilatéral, ce divorce primitif, j'allais dire préhistorique, a pu se frayer encore une place légale*
1 Cf. Warokœnig,^ Framôtnche Staah- und Re€htsg$$ckichle, t. Il, pp. 238, 239. « La Mischoa et le Talmod, écrit M. Dareste, permetteot à la femme de provoquer le divorce et lui donnent ainsi, quoique dans une mesure restreinte, un droit qui jnsque-ià n^appartenait qu*aa mari » (Dareste, Code rabbiniqve, dans Journal des SaviUktt, juillet 1884, p. 319). Pour le droit romain, voyes Esmein, La manus^ la paternité et le divorce dans l'ancien droit romain, Paris, 1883, p. 20 (Extrait de la Betue générale du droit). Le code aotrichien est peut-être moins libéral pour la femme juive au point de vue du divorce que la Miscbna et le Talmud. Voyez, du moins, la note suivante.
s Une dame Mosticker, juive autrichienne, « introduisit, en 1903, devant le tribunal civil de la Seine, une demande en divorce contre son mari, juif autrichien. Celui-ci opposa à cette demande Tarticle du Gode autrichien qui défend à la femme juive, ~ conformément aux lois hébraïques, — de demander le divorce contre son mari. Mais le tribunal repoussa cette fin de non-recevoir. Il estimait que les époux Mosticker, en se mariant civilement à Paris, en dehors de toute cérémonie religieuse, avaient manifesté l'intention d'abandonner le judaïsme pour se ranger parmi les « non