LIVRE I. SOURCES DU DROIT CANONIQUE
[58] en 867, une ou deux allusions aux Fausses Décrétales *. Elles furent mises à contribution dans ud concile tenu à Rome, en 869. Elles sont, en effet, largement utilisées dans un discours qui fut prononcé au sein de ce concile, soit par le futur pape Formose qui était alors évoque de Porto, soit par le pape Hadrien IL II y a un doute sur lauteur de ce discours.
Depuis lors, les papes n'usent pendant un certain temps de ce recueil qu'avec une extrême réserve, on pourrait presque dire avec un vague sentiment de son vice d'origine. Mais, avec l'avènement d'un pape de nation franque, Bruno de Toul, saint Léon IX, les Fausses Décrétales s'installent définitivement à Rome. Bruno de Toul apportait avec lui les traditions des Eglises dans lesquelles l'autorité de la collection pseudo-isidorienne ne faisait lobjet d'aucun doute; dès lors cette collection s'accrédite à Rome^
On a beaucoup discuté sur le but que s'est proposé le rédacteur des Fausses Décrétales. Qu'a-t-il voulu faire ? Exalter le pouvoir du Souverain Pontife? Sans doute ce résultat a été atteint' ; mais il est peu probable que ce soit là directement la
1 Walter, Lehrhuch^^. 207 note et suite de celte oote, p. 208.
^ Le document de 869 auquel je fais allusion, a été découvert par Maassen en 1872; Cf. P. Lapôlre, dans la Revuê det quettiont hûior,^ 54* livr., l«r avril 1880, p. 377 et suiv.; et notamment p. 380, note 2 ; Rocquain, La papauté au moyen tf^e, p. 47, note 2 (opinion divergente : à lire). On a fait observer qu'il existe une certaine relation entre les Fausses Décrétales et le fameux Liber pontificalit, chronique de la papauté, en partie légendaire et rédigée à Rome. L'auteur da Liber ponti/icalii attribue aux premiers papes des décisions souvent assez singulières et même impossi* blés, des décrétales dont il résume Tobjet en deux lignes et dont il ne donne pas le textn. Ce texte personne ne Pavait jamais vu. Eh bien! dans une foule de cas, c'est précisémfint le texte d'uue décrétale mentionnée par le Liber pontificalis, que l'auteur des Fausses Décrétales s'est appliqué, je ne dirai pas à reconstituer, mais à forger. Ce fait a donné lieu à une méprise contre laquelle il est important de se prémunir. Une relation si frappante entre les deux ouvrages a fait croire que les Fausses Décrétales avaient été, comme le Liber Ponti/icaiis, rédigées à Rome. Mais tout concourt à établir le contraire. Nous savons, du reste, & n'en point douter, que le Liber pontifiealit, bien antérieur aux Fausses Décrétales, s'est répandu de bonne heure dans le monde chrétien. Nous pouvons affirmer notamment qu'on l'avait entre les mains, à Metz, au viii» siècle. Il n'est donc pas surprenant que le rédacteur des Fausses Décrétales l'ait connu au ix^ siècle. Cf. Walter, ibid,, p. 210, note 5; Duchesne, Etude sur le Liber pontificalit^ p. 215.
3 Se garder toutefois de toute exagération quand on étudie ce mouvement de la discipline.