‹ Histoire du droit civil françaisChapitre 45 sur 648 · LIVRB I. SOURCES DU DROIT CANONIQUE · texte numérisé non relu

LIVRB I. SOURCES DU DROIT CANONIQUE

[56] Les évoques et les conciles français acceptèrent les premiers cette œuvre comme authenlique; les papes la reçurent plus tard.

Les Fausses Décrétâtes ont beaucoup circulé au moyen âge et ont été utilisées dans un bon nombre de collections canoniques postérieures dont nous aurons à nous occuper.

La fraude se découvrit lentement par une série d'investigations qui datent du xv' siècle. En ce siècle, le cardinal Nicolas de Cusa considérait déjà les Fausses Décrétales comme apocryphes. Cette opinion s'affirme au xvi* siècle et donne lieu à d'importants et décisifs travaux de Blondel, contre lesquels le jésuite Torrès essaye vainement de lutter ^

Oa admettait autrefois que les Fausses Décrétales avaient été forgées à Rome. Cette opinion est aujourd'hui complètement abandonnée. La collection qui nous occupe a été indubitablement rédigée dans l'empire franc. On a cru longtemps qu'elle avait fait son apparition dans la région orientale de cet empire. De récents travaux (dus à MM. Simson et Paul Fournier) nous dirigent, au contraire, vers la région occidentale et nous autorisent à penser que ce faux nous vient de Tévêque du Mansj^ Aldric, ou plutôt de l'entourage de cet évoque.

L'auteur s'est bien gardé de nous livrer son nom. Il se donne, dans Ylncipit que j'ai déjà cité en partie, le pseudonyme d'Isidorus Mercator : « Incipit prœralio sancti Isidori, episcopi, libri hnjus. Isidorus Mercator servus Christi lectori conserve suo et parens in Domino fidei salutem *. »

D'où vient ce nom d'Isidorus Mercatort Très certainement d'une réminiscence du compilateur qui avait utilisé la traduction des discours de Nestorius, faite par Marins Mercator. Marins Mercator a mis en tête de sa traduction ce salut au lecteur : Marins Mercator servus Christi lectori conservo suo et parens in

(Pertz, Legety t. II, pars ii, p. 39], et Richler, édit. Dove, p. 85, note 4. Ainsi, Benedictus Levita parle lai-mème de Mayence; et Hinomar parle, de son côté, à propos de [Pseudol-Isidore, de Ricalfet de Mayence.

1 11 faut lire, & ce sujet, le livre de Blondel, intitulé : Pseud<hl$idorus et Turriarnut vapulantes, Genève, 1628, in-4o. Joignez Dom Pitra, Analecla nooûttma, t. !•', p. 103; mais complétez par la circulaire d'Otton d^Oslieque publie Giesebrecbt, Geschichte der deuUcluH Kaùerzrit, t. III, 2« part., p. 1249.

s Binschius, pp. ccsi-ccxiii. Waller, ifrùf., p. 210, note 4, p. 205, note 8.

LES FAUSSES DBGRÉTALES.

Domino fidei salutem. Il est clair que cet Incipit a été copié par celui qui s'est appelé Isidorus Mercator *. Il n'y a donc, suivant toute probabilité, rien de réel dans le nom d'Isidorus Mercator, [57]

Les Fausses Décrétâtes font partie d'une famille de textes énigmatiques qui sentent la même origine. Je dois faire connaître cette famille tout entière, en mentionnant maintenant les deux compilations qui tiennent de si près aux Fausses Décrétales. Ce sont : 1* Le Capitulare de Benoît le Lévite; 2* les Capitula d'Angilran.

Voici comment Hinschius résume cette parenté des trois ouvrages :

Le rédacteur des Capitula Angilramni s'est servi du Capitulare de Benoît.

Pseudo-Isidore s'est servi du Capitulare de Benoît et des Capitula d'Ângilran.

Ces trois œuvres se classent donc nécessairement dans Tordre chronologique suivant :

1* Capitulare de Benoît le Lévite ;

2* Capitula Angilramni;

3* Fausses Décrétâtes de Pseudo-Isidore.

Hinschius pense que les Fausses Décrétales et les Capu tula Angilramni sont l'œuvre d'un même auteur, d'un même personnage qui a écrit les Capitula un peu avant de rédiger les Fausses Décrétales et s'est servi de sa première œuvre pour rédiger la seconde *.

Pseudo-Isidore acheva son œuvre vers 851 ou 852. La première trace des Fausses Décrétales apparaît dans le mémoire apologétique présenté, en 853, au concile de Soissons par les clercs de l'Eglise de Reims. Mais ce n'est qu'en 857, au concile de Quierzy-sur-Oise, qu'elles furent, pour la première fois, citées explicitement '.

La collection n'était pas encore connue à Rome, en 858.

On trouve peut-être dans les lettres du pape Nicolas P^ mort

t Cf. Waltor, p. 205, oote 8, tu fine.

> Hiaschias, DecretaUt Pieudo-Isûi,, pars prior, pp. clxvhiclxxii. * Je reproduis ici an passage d'ao article du P. Lapôtre, daus Reïïue det Questions hist., 1» ami 1880, p. 381, note 3.

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