‹ Histoire du droit civil françaisChapitre 74 sur 648 · LIVRE I. SOURCES DU DROIT CANONIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE I. SOURCES DU DROIT CANONIQUE

chevêque d'Aix, a écrit, en 1893, ud petit livre de droit canon mililanl qui mérite une mention. Génébrard entreprit de défendre contre le concordat de François I*' le régime des élections canoniques. Telle est la pensée inspiratrice de l'ouvrage intitulé : De sacrarum electionum jure. Le Parlement d'Aix condamna le livre au feu et l'archevêque à Texil (1596); cependant Génébrard obtint la permission de finir ses jours dans son prieuré de Semur en Bourgogne.

Génébrard était un érudit, non pas un sage : il parle en termes favorables de la Saint- Barthélémy; il se jeta avec emportement dans le parti de la Ligue ^

Nous sommes parvenus à la période que je puis appeler moderne, à ce courant nouveau d'activité qui relie les canonistes au grand mouvement scientifique, qui, né à la fin du xv* siècle, s'est épanoui au xvi*; ce courant a pu depuis lors s'affaiblir, se ralentir par moments ; mais il ne s'est plus arrêté. La plupart des grands canonistes du xvii* et du xviii* siècle ont cultivé à la fois (comme déjà au xvi* siècle, l'illustre Antoine Augustin, archevêque de Tarragone) et l'histoire et le droit civil et les lettres. Leurs noms sont connus de tous et justement illustres : faut-il rappeler ici Pierre Pithou, les jésuites Sirmond et Denis Petau, A. et F. d*Auteserre, Toratorien Thomassin, Claude Fleury, ce génie sage et modeste, Baluze, Benoît XIV? Leurs labeurs féconds ont préparé cet état d'esprit qui permet aujourd'hui de réunir dans une même pensée historique le droit civil et le droit [87] canonique, le droit germanique et féodal avec le droit des conciles et des décrétales. Ils comptent parmi les pères de l'esprit scientifique moderne.

Travaux relatifs aux limites entre PEfflise et l'Etat. Les controverses. — En parcourant la série des documents législatifs j'ai cité, à propos des relations de l'Eglise et de l'Etat, les Pragmatiques et les concordats.

A cet ordre d'idées se rattache, dans notre série Commentaires

Cf. Ch. Waddingloo, Lei panégyrities de la Saini-Barihéiemy, dans Bulletin de la Sociélé de l'hitUfire du protestantisme français^ t. I«r, pp. 374, 375 ; Lefrtnc, Hii* loire du Collège de France^ Paris, 1893, pp. 228, 382 et passim,

CONTROVERSBS SUR L*ÉGLISE ET l'ÉTAT.

ei travaux divers, une quantité d'œuvres individuelles. Parnoi les plus remarquables il faut citer, dans la seconde moitié du XIV* siècle, le célèbre Songe du vergier^ ouvrage anonyme' ; au XVII* siècle (1641), le traité de Pierre de Marca, De concordia sacerdotit et imperii seu de Libertatibus Ecclesix Gallicanes libriocto^.

Des discussions sur les limites de l'Eglise et de TEtat on peut rapprocher les grandes controverses sur le pouvoir du Souverain Pontife. Je ne finirais pas si j'entamais ici une énumération. Nous avons déjà rencontré sur notre route Gerson et Pierre d'Ailly. Bossuet continue cette tradition au xvii* siècle. Quelques noms du xviu* siècle ne peuvent rester ignorés : Febronius (c'est le pseudonyme de Hontheim, l'illuslre coadjuteur de Trêves) remua tout le xvm' siècle avec son livre De statu Ecclesiœ et légitima potestate Romani Pontificis, ouvrage dirigé contre la conception romaine du Souverain Pontificat*. Van Espen a composé ses grands travaux canoniques dans un esprit également assez hostile. Il a été très répandu, et il a exercé beaucoup d'influence.

Dans le sens romain, il faut citer le père jésuite Zaccaria, adversaire de Febronius, et surtout Pierre Ballerini, dont le traité De vi ac ratione primatus Romanorum Ponti/icum est très remarquable; enfin le dominicain Mamachi, dont les ouvrages accusent une profonde érudition, et qui, comme Zaccaria, r gg ; s'est attaqué à Febronius*.

L'expression spécialement française de ces préoccupations antiromaines a été donnée par Pierre Pithou, en 1594, dans les

< Sur les sources du Songe du vergier^ voyez un travail de Cari MiiUer, analysé dans la Revu» criL d'histoire et de liltéralurey du 22 novembre 1879, pp. 388-390.

s Si j*eii crois Grosley, Richelieu, syanl été contraint, eu 1639, d'accorder aux instances du nonce et du clergé la suppression d'une édition nouvelle des Libertés 4e VEgliss gailicane avec preuves, qui venait de paraître (sur ces Libertés, voyez ci-aprés, p. 88), voulut du moins mettre & couvert le fond de Touvrage et, dans ce but, engagea Marca à entreprendre la rédaction du célèbre traité De concordia (Grosiey. Vie de Pierre Pithou, 1. 1«, Paris, 1758, p. 345).

> L'un des derniers travaux sur ce sujel est dû à Kunlziger, Febronius et le Febronianisnef Bruxelles, 1889. Voir aussi Neller dans Der Kalholik^ juin et juillet 1891.

4" Mamachi, Epislolse ad J. Febronium de ratione regendx car, Beipublicas^ de leg. Ponti/icis potestate, de Ecclesix per orbem dispersx jurUdictione, Romœ, 1776, 3 vol.

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