RESUME ET CONCLUSION
elques réfleiions sar les différences du inonde chrétien et da monde rofane, surtout en ce qui concerne la deuxième période de lliistoire a droit criminel chez les peuples anciens et chez les peuples modères. Transition de cette dernière période à la troisième.
Les sociétés modernes ont sanjs doute, dans leurs évoions générales, certaines ressemblances avec les sotés antiques. Mais si Thumanité a toujours la même ture, et, à quelques égards, les mêmes lois, elle ne aie pourtant pas dans un cercle régulier et absolu- ^nt identique. La variété, en semblable ofiatière , se Ht constamment à l'unité.
Il s'est opéré d'ailleurs , depuis dix-huit cents ans , e révolution morale dont il faut bien apprécier l'imrtance : c'est celle qui a été produite dans le monde r l'établissement du christianisme. Elle seule eût suffi ur amener entre l'ère moderne et l'ère ancienne des Qférences capitales. La nouvelle révélation, appelée ssi la loi de grâce , n'a pas seulement modifié la
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nature humaine ; elle Ta complètement tran^nn c'a été comme une seconde création^
Aussi quand la philQS^piûe de lliistoire (4), i Yico a été le fondateur, a tpidu ^ appliquer an me chrétien les mêmes règles, les mêmes elassifieat qu'au monde profane, elle a été amenée à forcer torturer les. faits pour les faire entrer dans nn ei auquel ils ne pouTaient plus s^àd^ter.
H.™ «on. «»■».« -w^H»*™ ip. d. „ analogies morales se rencontoaîe^t chez les p|| barbares appartmant à la première pkiode àeVMt du droit criminel, quelleiiue pût être lear race oui origine et quel que fût le point du globe sur lefNl yécusifont {%). Ce sont en général les n^mes coiti détengewce du swg, de composition pécnniain^i sous réquateùr ou près du pôle. Seulement, il peî avoir quelques divergences dans la voie par laqueDe peuples commencent à sortir de Tenfance sociale ( élablir une pénalité régulière ; l'Orient , par ex^ n'a pas eu d'institution pareille aux paix de la fi manie septentrionale.
(ij Noas savons très-bien que la plus récente philosophie ^1* toire, celle de llégel, a la prétention de rendre compte de M faits par Thypothése d'un Dieu impenonnel qui êe développe itm^ manUé^ et qui finit par y avoir eonseienee de Itd -même, Maisccf t ges plus ou moins lumineux, qu'une grande partie de rAHesHi voulu prendre pour des réalités , se dissipent maintenant à 00 qu'on les connaît mieux en France , le pays le plus eoneoi f» nature de toute creuse métaphysique , et le moins disposé à f^ des mots pour des choses.
(2) Voir le chapitre x du i« livre.
DES PEUPLES xMODERNES. 6/57
Si Ton compare la seconde période historique dans Tanliquité profane avec la seconde période correspondante de l'âge moderne , on y rencontrera peut-être encore quelque similitude lointaine ; mais on y remarquera aussi des différences saillantes et fortement tranchées.
Presque tous les peuples de l'antiquité profane ont eu , à la suite de leur premier âge social , une théocratie plus ou moins caractérisée, c'est-à-dire, un corps de prêtres qui avaient une doctrine ésotérique, et qui constituaient une caste particulière. La doctrine ou la tradition religieuse, graduellement révélée aux initiés du sanctuaire, restait inconnue au reste du peuple. Les prêtres, choisis dans une race privilégiée, formaient le premier ordre de l'État , et exerçaient sur la société un empire presque absolu. Le culte sombre et mystérieux auquel ils présidaient avait pour effet d'exciter tour à tour la terreur et la superstition populaires et d'augmenter encore leur domination morale.
Aussi dans l'Inde, dans l'Egypte, dans la Phénicie, dans l*Étrurie et même dans la Gaule druidique où pourtant il û*y eut pas, à ce qu'il paraît , de caste proprement dite , la période théocratique, c'est-à-dire celle où le sacerdoce eut le plus d'autorité , fut précisément celle des grandes expiaficus religieuses par les sacrifices humains, des grandes expiations sociales par les supplices les plus raffinés et Qs plus barbares. Dans l'Europe chrétienne, au contraire, ^époque où l'épiscopat et le sacerdoce ont eu le plus de >ouvoir est précisément celle où la législation criminelle
•st le plus humaine et le plus clémente.
Mais aussi , il n'y a pas plus de rapport entre les pontifes et les prêtres formés par TÉglise de Jésus- Christ et ceux qui prêtaient leur ministère aux fausses religions de l'antiquité, qu'il n'y en a entre ces religions elles-mêmes et celle de l'Ëvangile. Le clergé catholique n'a jamais été une corporation fermée, où pussent pénétrer seulement quelques familles choisies ou des disciples privilégiés, éprouvés par de pénibles initiations pendant la moitié de leur vie : il fut au contraire OQ?ert à tous dès le début , même aux classes naguère les pins déshéritées dans les sociétés païennes. L'esclave loimême (1 ) y était admis aussi bien que le patricien de race antique. Dans le sacerdoce nouveau, la sainteté donnait la première place et l'on n'y faisait pas aoeeption de la noblesse du sang et de l'illustration des origines.
Grâce à la loi du célibat, l'Église ne pouvait pas constituer à la place des aristocraties anciennes une aristocratie sacerdotale héréditaire. Il y a plus : le clergé catholique, par suite de certaines circonstances, compta d'abord dans ses rangs, pendant les quatre premiers siècles, plus d'hommes du peuple que de patriciens on de sénateurs, et ensuite plus de descendants des races vaincues que d'enfants des races victorieuses, telles qne celles des Francs, des Goths ou des Anglo-Saxons.
(1) Le pape Galixte avait commencé par être esclave, s'il faotei . croire le nouveau manuscrit des Philosophoumena, attribué à Origéof. à Gaïusouà saint Hippolyte. Un autre pape, qui vint beaucoup pli^ tard, Adrien iv, était le filsd*un serf anglais.
Pendant le reste dn moyen-âge, il se recruta à la fois dans tous les rangs. Tout en donnant accès dans son sein aux classes les plus éleyées de la société, il n'excluait pas les plus humbles. Le fils du plus pauvre serf, une fois admis au sacerdoce, pouvait se trouver ensuite, dans la hiérarchie ecclésiastique , l'inférieur , régal ou le supérieur du fils de Faltier baron dont il était né le sujet. Le clergé était donc un corps toujours renouv6lé,toujours mobile dans sa composition générale; ^il ouvrait sans cesse la porte du sanctuaire à quicon* que s'y présentait avec les signes d'une vocation véritable. Sortant continuellement des entrailles de la nation, il vivait de sa vie extérieure ainsi que de sa vie intime ; il s'associait à toutes ses joies comme à toutes ses douleurs, et , s'attachant à elle par la plus étroite communauté d'idies et de sentiments, il partageait les vicissitudes les plus diverses de ses destinées terrestrès. Il n'y avait de fixe dans ce sacerdoce , chrétien pourtantavant d'être populaire, que les traditions dogmatiques et morales confiées à son enseignement. Son interprétation de la loi de Dieu ne pouvait qu'être immuable comme Dieu même.
Hais cette interprétation n'avait rien de mystérieux , cet enseignement n'avait rien d'exclusif ; il était donné à tous sur tous les points de la religion , sans réticence et sans réserve. Car les membres de ce clergé étaient les disciples du divin rédempteur qui avait défendu de tenir la lumière sous le boisseau, et qui était venu pour éclairer tout homme venant en ce monde. Ainsi
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que TapAtre des Gentils , ils savaient que diaeim d*eitt devmt H dùnnet tout à tbuê. La rdigîottealholifie m lèTàit eomme un soleil stirle monde mtler pour Mitf fer les cœnrs et illaminer les intelttgei^es. MaDuœ ï cenx de ses ministres qni auraient che^é A fnfim^ SM rayons an lien dé travailler It les répandrai TilÉiir ressusciter l'ésotérisme etresprit de eaaté dans 1» Mflèlieime onla religion tmit^^i^/{e,cén^aaraitpai été 9êàh mmt se rendre coupable d'infidélité sacrilég#'àn6#ision djlTine : c'eût été essayer Timpossible, tenter îiÊr troduire les ténèbres à la source même de h fauniiiif et d'élerer des barrières fixes sur le nireair UmiMM ê mobUe de rOcéan.
No seraiMl donc pas insensé de âmchet m seia d'un clergé t placé dans de telles conditions « tes été' ments d'une théocratie véritable , qui rappelât en quelque manière les théocraties antiques des fausses religions ?
Et cependant , ainsi que nous l'avons démontré avec évidence, il y a une période de l'humanité où de certains progrès ne peuvent s'accomplir qu'à l'aide d'une sorte de gouvernement sacerdotal et ecclésiastique. La renonciation à la vengeance du sang , * la substitatioo d'une pénalité sociale à la composition pécuniaire, enfin une forte constitution de Tordre public, ne s'obtiennent qu'à l'aido d'une discipline morale qui domine l'homme tout entier et s'empare du for intérieur comme du for extérieur.
Pour arriver à cette domination qui caractérise une
théocratie complète, les sacerdoces des fausses religions ne négligeaient , comme nous l'avons dit, ni les prestiges qui fascinent les âmes, ni même les moyens de contrainte matérielle.
Le sacerdoce chrétien, qui ne pouvait employer de semblables moyens, dut être, partant, sommé en quelque sorte par la Providence de répondre aux besoins sociaux qui se manifestent toujours dans le passage du premier au second âge des sociétés humaines. Mais, d'une part, il ne pouvait ni ne voulait aspirer à un règne héréditaire et absolu dû au mensonge et à la force ; d'autre part, pouvait-il constituer ce qu'on a appelé improprement une théocratie modérée, ou exercer, même avec mesure, une certaine prépondérance politique, sans renier en quelque sorte ses antécédents, sans se mettre en contradiction avec l'attitude qu'il avait prise pendant les trois premiers siècles de son existence ?
C'est une question qu'il est nécessaire de résoudre : car il faut en finir avec les préjugés étroits de nos vieux jurisconsultes sur ce point délicat.
Il était dans les desseins de Dieu que l'Église chrétienne s'établit en luttant par les seules armes de la persuasion et du martyre contre toutes les forces du monde païen , commandées et disciplinées par un pouvoir unique, celui de l'empereur, type dans lequel ce vieux monde semblait s'adorer lui-même.
L'Église annonçait hautement alors qu'elle ne venait pas faire la guerre au César de Rome ; qu'elle voulait le laisser indépendant et même tout-puissant dans sa
sphère terrestre : à lui le trône, les faisceaux, la pou^ pre, toutes les marques et toute la réalité de la domination extérieure et temporelle: pour elle, un seul empire, celui des âmes; toute son ambition, elleravonait hautement, était de consoler les cœurs souffrants et de guérir les intelligences malades.
Il est vrai que cette ambition n'était pas petite : 0 s'agissait d'arracher à l'autorité sociale de cette époque la plus noble partie de l'homme. Derrière des prétentions si modestes en apparence, il y avait la menace de toute une révolution morale. Le monde antique, et en particulier le monde romain , était fondé sur le principe d'identité du culte et de la nationalité^ et même de subordination de la religion à l'État. La religion chrétienne devait amener le triomphe de principes tout différents : elle était destinée à faire proclamer, au sein d'une civilisation nouvelle, la supériorité de l'esprit snr la matière, du droit sur la force, de l'intérieur sur Textérieur de l'homme.
César comprit instinctivement les conséquences et la portée de la doctrine chrétienne-; et comme l'Église lui paraissait humainement faible et sans défense, il teoU de la renverser et de l'anéantir. Étonné de la résistance inattendue qu'il rencontra dans une sphère qui échâ|>pait à son pouvoir, il fit des efforts désespérés pour la vaincre ; il appela à son aide la fureur populaire et la cruauté des bourreaux. Tout fut inutile : après trois cents ans de vaines luttes contre rhéroique inertie des victimes. César se sentit vaincu lui-même; César lit
}\jïs : il avoua sa défaite. Et pour sauver , en même temps que pour raffermir * son empire temporel , il reconnut et accepta cette société spirituelle qui avait ^ndi près de lui et malgré lui , l'Église de Dieu.
Ce qu'on appela la conversion de Constantin fut donc ane espèce de partage tacite du monde entre ces deux grandes puissances. César promit de laisser à l'Église le gonvemement des âmes ; celle-ci s'engagea , au moins implicitement, non-seulement à se soumettre, mais à prèdier à tous la soumission à l'autorité temporelle de César.
L'É^e devait faire plus encore : il fallait qu'elle respectât les formes et les traditions politiques qu'elle trouvait établies ; il fallait qu'elle se prêtât même , autant que possible, à travailler à la conservation de l'empire qui lui avait donné droit de cité à côté des vieux temples du Capitole , et qui l'avait fait asseoir près du foyer de Romulus et de Yesta.
Or , toutes les conditions de ce grand pacte , l'Église les accomplit avec une admirable fidélité.
Mais ce qu'elle ne pouvait pas Caire elle-même , la Providence le fit , en déchaînant les peuples barbares du nord contre l'empire d'Occident. Par ce moyen, elle déblaya le sol de l'Europe des institutions surannées qui le couvraient ; elle fit table rase.
Alors l'Église catholique devint libre de tout mgagement , de toute transaction avec la vieille forme à jamais brisée. Elle se trouva seule en face du chaos social, comme autrefois l'esprit de Dieu planant sur le chaos
664 HisTOiAB ra DBOiT. cmawwL
ée Vxjoàiets. C'eût M^ méccmnaitiv la wàatàosi; qà de $e lefoser à doiuier aux gennet À^ritaA&MXàk qi l'entouraient le bienfait de la yie et^ du a^affl^^^ioiliili qui ranimaient eUe^môme. Restée vdeloQl âB{«4n des rniùes, on aurait pn la taxer d'uo égoisraftinM- J%ent et impie, si elle avait gardé- peilridteieriili seoret de. sa forte, organisation, ^q^i pc^mil mfénèi modèle à la constitution des iiou? eai»i gMTCtBMfili ten^r^. ^ / . ?. ^ . ♦ i'.i -::gi^L.
? D'aUl^irsv les jwnes sociétés qui avaimt adqpîNi foi, M demandaient eUes-mèmes de ^e itf(Hnmr«w ses aUes, ^t la suppliaient de derenir Jew telfii^ leiir mère. Cette tâche., pleine d'écounte et ide.fÉâlv elle l'accepta a?ec courage; elle la craapntiMSiM intelligence smmaturelljB, elle la r^plit a^ee. im défOM» ment sublime.
Voilà pourquoi , sans se démentir en rien , sans se .contredire en quoi que ce soit, l'Église put prendre, depuis les invasions des barbares dans le midi de TEorope , une altitude toute nouvelle à l'égard de la puissance temporelle et des sociétés humaines. À l'ère do césarisme à jamais enseveli dans le passé , avait succédé Tère moderne qui avait transformé toutes les situations et changé tous les devoirs.
Après que l'Église s'est ainsi posée d'une manière toute nouvelle à l'égard des sociétés politiques de l'Europe, elle ne tarde pas à acquérir une influence qui dépasse toutes les prévisions humaines. Une pareille influence s'explique pourtant par l'efficacité même de la
foi, dont elle n'était que Tintelligente et fidèle interprète.
Cette foi , adaptée merveilleusement à la nature de rhomme , était appelée à avoir, du moment qu'il l'embrassait, une action toute-puissante non-seulement dans le cercle de la famille , mais dans celui de là société tout entière. La perfection de l'instrument moral , donné par Dieu même, suppléait au manque complet ou à la faiblesse extrême de tous les moyens matériels qui auraient pu lui venir en aide. Aussi , cette période de prépondérance ecclésiastique, que nous n'avons pas pu appeler période théocratique (1 ) , offre un spectacle unique jusqu'alors dans le monde ; elle atteint son apogée au moment même où le monde chrétien se trouve dépouillé et sans défense devant le monde barbare qui l'a vaincu. Des conquérants païens et grossiers, ivres de leur triomphe, s'arrêtent . devant un sacerdoce qui n'oppose que la croix à des épées teintes de sang. Bientôt ils feront plus : ils briseront leurs idoles , et se prosterneront devant le signe de la rédemption à la voix d'un prélat faible et désarmé, qui, fort de son caractère sacré , aura dit à leur chef : <i Baisse la tête , a fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé , et brûle ce a que tu as adoré I »
On sait quelles furent les suites de cette grande et étonnante conversion , qui mit les oppresseurs aux pieds des opprimés, et fit des vaincus de la veille les vainqueurs du lendemain. Jamais l'autorité de l'Église sur
(1) Voir le titre donné au deuxième livre de cet ouvrage.
66& HisTOitiB DU DBorr CBinffiL
Ift sàdété tefiiq^KMr^e iî« fiit j^ graHée qw Ai Yf n 1* siècle i Jamais Tépiseopftt et le saèeModfr a'iD&t lètflMr plus d'inftaesee et sur b tie intime âer fteniMe iHMr la policé intérieare de l'État 1 St ce A^esl pw mflenMl dans le vaste emphre des Francs <ptô tos^Aaewwpaf^ sent ainsi , dan^ cet enifRre que Cliafte»a|iie wwlêêtaÊÊ de rEbre à la Balti(pie, et de TAdriati^M à POote, La prépondérance do sacerdoce dtts to^ fopvmMMil général de la société est an moins 'itôsi compiMFii Espagne jusqn'àn t^ips de l^im^en mnslinaiiiry ht Bretaiine an^o^aKorae jusqu'à l^iptHfM die |i qnôte des Normands. '
Cette prépondérance ecclésiastique se msuïifeste pt des effets absolument opposés à .ceux q^*eurrat fiil les vieilles théocraties sur les mœur^ et eu pàrtfàiir
sur la législation criminelle des peuples. Le sacerdoce de la religion, qui a aboli les sacrifices sanglants, ne pouvait fayoriser ces pénalités dures et cruelles, cesi sacrifices sociaux que la peur d'un retour à la bari)arie impose aux civilisations naissantes.
Aussi, on a vu ce sacerdoce disputer pied à pied, pour ainsi dire, aux juges de l'état, la vie des criminds qui se placent sous son égide (1). Ce o'est pas tout: dans ces assemblées à la fois législatives et judiciaires où le xlergé s'est acquis une si grande prépondérance par la supériorité de ses lumières , il ne manque jamais
(1) Voir les chapitres m, iv et v du second livre.
DBS PBUPCBS MODBRNES. 667
de faire pencher la balance du côté de la douceur pour tous» de régalité devant la loi, et, s'il est quelquefois partial , ce sera pour le pauvre, le faible et Vindé fendu. Quand il frappé et punit lui-même , il impose des pénitences rigoureuses, il est vrai, mais temporaires, aux plus grands criminels. Dans rétablissement et la dispensatton de ces pénalités , il se préoccupe , avant tout , de Tamendement du pécheur : la défense sociale et le maintien de Tordre public ne sont évidemment pour lui que des intérêts secondaires.
Aussi , dans la période suivante , une réaction se m^rnifeste contre insuffisance des garanties que donne un tel régime à la société , agitée par tant de troubles et de désordres. La féodalité qui , vers les xi"" et xii"" siècles , domine toutes les nations européennes, jusque dans leurs colonies orientales de la Palestine , se fondera , au contraire, sur le principe de la force et de l'intimidation matérielle. Elle amènera donc un système pénal tout opposé à celui qui était né dans la période précédente, d'une sorte de transaction implicite entre l'Eglise et le germanisme. Les supplices sanglants , à peu près inusités pour le -meurtre et autres crimes privés , s'y multiplieront à l'infini, et, afin de limiter de plus en plus la juridiction du clergé catholique, on se fera une armé contre lui de l'extrême douceur, ou, si Ton veut, de la faiblesse de sa pénalité.
D'un autre côté , jusqu'aux ix* et x* siècles , la société était à Vétat fluide , pour me servir d'une exprès-
sion bizarre qu'un historien moderne (1) emprunte à la science géologique : elle ne passa à l'état solide qu'i^rès rétablissement de l'hérédité dans les offices et les béDéfices. Tant que cette société ne fit que loucher le sol, sans s'y asseoir , elle fut facilement dominée par l'Eglise, dont la hiérarchie était si puissante et la constitution si forte. Ces Francs, ces Bourguignons, ces Goths, ces Gallo-Romains, qui se mêlaient sans cesse sans se confondre et invoquaient, partout où ils se trouvaient leurs lois spéciales en rappelant leurs nationalités diverses, n'avaient entre eux qu'un seul lien commun , celui d'enfants de l'Eglise dont ils reconnaissaient au même titre la loi et l'autorité divines. Il y a toujours chez les hommes une tendance à l'unité, et cette tendance ne pouvait être satisfaite qu'au sein de la société religieuse. Les habitants d^un même lieu, qui n'avaient ni la même législation, ni la même origine nationale, étaient heureux de se retrouver frères par le christianisme, de posséder le même culte et de se prosterner devant les mêmes autels.
Cette situation changea complètement quand l'élite de la nation eut, en quelque sorte , épousé la terre , qu'elle s'y fut incorporée et qu'elle eut fait la base de la société nouvelle. Il n'y eut plus seulement juxtaposition entre les habitants du même comté ou de la même baronnie: il y eut de leur part une égale adhérence au sol, quoique à des titres différents et avec des positions diverses.
(1) M. Michclct.
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La loi da suzerain , fondée sur les coutumes , leilr étant derenue applicable à tous, comme nous Tavons dit ailleurs, rétablit Tunité dans chaque groupe féodal, dans chacun de ces petits état$ formés sur les débris du vaste empire de Charlemagne. Alors la tour baroniale s'élève souvent plus haut que le clocher de la paroisse, et régUse semble s'incliner devant le château , emblème d'une puissance nouvelle. Dans les villes même, le beflfroi de la commune fait plus d'une fois retentir ses s^pels aux armes de manière à faire taire les appels pieux de la cathédrale ; et , en face du palais épiscopal, s'élève avec menace l'Hôtel de Ville, fortifié et crénelé.
C'est donc en dehors de ces cercles étroits où se cantonne un patriotisme local intolérant et jaloux , qu'il faudra que se place l'Eglise ; si elle se fait féodale ellemême, pour prendre sa part*de la puissance du jour, elle perdra son caractère propre ; et , au lieu d'absorber ' la société civile , elle risquera bientôt d'être absorbée par elle. Elle devra donc, au contraire, planer au-dessus des puissances locales, et si ses membres sont mal engagés ou chargés d'entraves , sa tète , qui est restée libre, la papauté, pourra, en se montrant dans sa sérénité et dans sa force, dominer l'organisation féodale et maintenir le principe de l'unité catholique au milieu des divisions territoriales, multipUées à l'infini dans l'Europe nouvelle.
L'empire de Charlemagne croula , parce que les faibles successeurs de ce grand prince ne surent pas se mettre a la tête des résistances nationales contre les
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inTasions des biurbarés ; le granB empire du eaâiofidne resta dclKmti parce que ses ékefe s^rHAete» txh^eiBt diTinement iûspirte» ne c^ftrmt dé kMeir eenn^geiii^ ment contre les imasions moides (pu Vûiki ai ioimst menacé : la corraption et l'hérésie.
Cepradtfkt, les éTèqiies et les lu^i^ dignitaires de TEgHse I dans les grains assemblées où ils aniest dominé jusqn^vix x* et xt* siècles, avaient fait introduire dans les institutions, dans les oontbmes, diasles jngements , des principes tout chrétiens dont qudqneiuns survécurent à leur prépondérance politique. Deee nombre furent ceux de Fexpiation et de la gradatioB des peines.
Ainst^d-une part^ l'idée de VapMition passa de li société religieuse dans la sodété civile et se substiioi définitivement à celle de la vengeance. D'autre part, de même que l'Eglise mesurait la rigueur et la durée de ses pénitences sur la grandeur des fautes à racheter , le gouvernement séculier gradua ses pénalités d'après la gra?ité des crimes à punir. Il y eut cependant un des Tieox principes de pénalité ecclésiastique qui parut longtemps être mis en oubli : ce fut celui de l'amendement des coupables. Dans la société civile , on n'y est reveon qu'au XIX® siècle par l'institution du régime péniteoliaire ; mais ce régime lui-même ne pourra rendre féconde une terre naturellement ingrate , qu'avec le secoors d'ouvriers apostoliques empruntés à l'Eglise. La religion chrétienne, qui éleva si haut le mérite du repentir, peut seule le faire naître, le développer elle nourrir dans
les âmes déchues et flétries par le vice. Elle seule peut opérer ce que l'antiquité profane ne savait pas même nommer, des conversions.