‹ Histoire du droit romainChapitre 25 sur 70 · SI · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

difficulté» s'opposaient alor* à l 'entreprise. Où retrouver ces manuscrits qu'avaient possédés Cujas et Le Conte? Une vague rumeur accusait Cujas d'avoir, après la mort de Le Conte, escaladé de nuit la bibliothèque de ce jurisconsulte, et d'en avoir dérobé les manuscrits, entre autres un manuscrit complet des Basiliques, en trois volumes, qui avait été prété à Le Conte par Catherine de Médicis ; lequel manuscrit, après avoir servi utilement à Cujas, aurait été lacéré par lui pour faire disparaître la source où il avait puisé ses trésors d'érudition.

Tels étaient les mauvais soupçons qui planaient sur la mémoire du grand Cujas ; cl Pciresc leur donna plus de poids encore par son Information relative aux manuscrits des Basiliques dont s’est prévalu Cujas, qu’il adressa le 29 avril 1617 à Aléandre et qui désespéra les érudits. Cependant le nuage ne tarda pas à se dissiper. Le dépôt des manuscrits de Cujas ches une famille toulousaine avait excité la sollicitude de Pciresc ; d'autres savans fixèrent aussi surcc point leur attention . En 1 G.I7 , Suarès ( 1 ) suppliait U rbain vm d'en faire l'acquisition ; mais en ce moment Fahrol arrivait A Paris , et son influence, ses sollicitations auprès du chancelier Séguier déterminèrent cet illustro protecteur des lettres à acheter ccs célèbres manuscrits pour la bibliotliè-

« xxv, xxvi, xxvii, xxviii, et la rubrique des xxix et x seulement, • avec V £ustathe , de temporïbus et Je trge Falcidia. • ( Voy. celte lettre dans les Annales encyclopédiques de Millin, 1817, tom. 1 , pag, *7» , et dans la Correspondance inéjile de Peirese avec Aléandre , 1819, in-8°, pag. 8 et suiv.) — Le a3 octobre suivant, Jacques Godefroi écrivait à Pciresc : « Votorum mcorum polissimum semptr erit Baet).«£iv editio , ad quant promovendam , quod favortm tuum a lisent i tàm benignè defers, impensd majore gaudeo. Faxit Onu ut animum hune tuum in rem summam meamque digno olim elogio prosequi n aleam ! ( Corresp. manuscrite de Peirese, tom. v, pag. us, bililiotli. d’Aix.) — Le a3 octobre 1618, Peirese entretient encore Aléandre d’un manuscrit des nat'diques qui était on Vatican. ( Même corresp. mss. , pag ;t> du vol. d’Aléandre , trad. franc ) fl) Ad calcem notifiai Basilic.

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quo rojalc , cl préservèrent ainsi la France savante «l'une perle inappréciable (1).

Fabrot ne tarda pas à se convaincre que Pciresc avait été induit en erreur, que Cujas n'avait jamais possédé un exemplaire complet des flasiliqnes, et que les imputations qui lui avaient été adressées étaient de toute fausseté. 11 signala hautement et énergiquement la malveillance odieuse «jui avait incriminé à cet égard la vie honorable du grand jurisconsulte (a), et il le justifia de tout reproche. Celle question a été remise plus tard en lumière , et il n’est peutêtre aucun point d'histoire littéraire qui ait été traité avec plus de soin et plus «le science. La vérité de ce qu’avait affirmé Fabrot a été proclamée de nouveau et constatée avec une évidence et une exactitude, j’ose dire, mathématiques (3).

(i) C’est en i638 que ces manuscrits ont été achetés. — Biener, dans la Thémis, ix , psg. 318-19.

(1) Qttod male feriati homines de tua commenté tant , ut ejus famam inscclarenlur quetn ferre non potentat principem locum inter irtetis tuas jurisconsultes rentre. Certè <j tardant in lit. xxv, xxvi et XXVII ex tecta iwil, ted testai Bxoùuüv integer iiiett, et nulla ibidem scholia fuit te conitat. Crediderim potiiu, antetjuàm ad Cujacium batilica pervertirent , vel etiàm port obilum cjut , Itotce titros in manut puerorum incidine , et ut pueri soient ejusce modi cliarlas et memtranas appetere , quœdam este cuisse , citrà damnum tnmen contextus. Ejus rei fidem faciunt qutr in primo torno mcmtranaceo manu pueri alicttjus ad ornm paginarum exarata mut , ptc~ ta que ibidem brutorum authominum effigies. (Prsfat. Basilic.)

(3) Eojr. 1° les notes de Millin sur la lettre de Peiresc à Aléandre 1 lot- eif. — 1° Histoire de Cujas , par M. Bcrria t-Saint-Prix , § 1 3, Eclaircissement sur l'imputation faite à Cujas d'avoir dérobé Us Basil!» ques de Catherine de Blédicis, pag. 54 1 à 553. — 3" Les deux dissertations de M. Bieuer : la première , sur l'usage que Cujas a fait des Basiliques et sur Us manuscrits de ce recueil qui existent dans Us bibliothèques de Paris ( Thémis , vu, pag. i65 i 187 ); et la seconde, Comment Cujas s'était-il procuré Us manuscrits tfes Basiliques , et que sont devenus depuis lors cet mêmes manuscrits ? ( Thémis , ta , pag. 3l t à 35 1.) — 4" Non content de ces éclaircissemens, M. Berriat est revenu

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Quoi qu'il en soit, Fabrot reçut (lu chancelier la miggion de publier ce qu’on posgédail deg Basiliques ; il gc mit à l’œuvre avec enthousiasme , et les Basiliques parurent en grec et en latin , en 1 G^7 i eu sept volumes in-fol", imprimées avec le plus grand luxe typographique. Séguicr, qui avait mis en mouvement cette entreprise et qui avait fait les frais de l’édition , en eut les honneurs ; et la production monumentale de Fabrot fut signalée comme un des grands événemens littéraires de l’époque ; et tel était le zèle infatigable de l’éditeur, qu’il ne craignait point d’annoncer une seconde édition qui , disait-il, serait mieux soignée et peut-être plus complète. Fabrot mourut; en 1767, Rciz publia un supplément, qui forme le huitième volume du Trésor de Mécrmann et au moyen duquel il ne reste que dix-sept livres à retrouver, sans compter quelques autres lacunes moins importantes. Au moment où nous écrivons, le soin de combler toutes ces lacunes va être rempli par M.lleimbach, qui a déjà publié dans le format in-4°, à Leipsick, plusieurs livraisons d'une nouvelle édition qui sera plus complète et plus correcte que celle de Fabrot , parce que le savant éditeur a eu à sa disposition des manuscrits que n’avait pu consulter le jurisconsulte d’Aix(i).

Les Basiliques n’ont pas obtenu dans l'Occident la même autorité législative qu'elles avaient eue , jadis et naguère encore, en Orient. Chez nous , elles ont élé seulement consultées comme auxiliaires , pour interpréter cl suppléer la

sur la question, et a publié dans le tome x de la Thémis des observations sur la dissertation de M. Biener relative à l'usage que Cujas a fait des Basiliques ( Thémis, tom. x, pag. 16 1 à 171), et les a fait suivre de Y examen du manuscrit grec des Basiliques , eête 1 3.) 5, à la bibliothèque royale (le méiue qui avait appartenu 4 Cujas), par un helléniste distingué, M. Longueville, lequel a dressé, page par page, l’inventaire matériel et critique du manuscrit. ( Thémis , x, pag. 17a 4 a 10.)

(1) Voy. notre Va lice sur Fabrot et la deuxième dissertation de M. Biener, déjà citée.

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collection de Justinien là où elle était obscure ou mutilée; et telle est encore aujourd’hui leur destination ches les peuples de l’Europe qui ont adopté lo droit romain comme loi de leur pays (i). Leur importance n’en est pas moins toujours capitale. Une intime connaissance des Basiliques est indispensable à ceux qui veulent approfondir le droit romain et son histoire. En effet , quoique les Basiliques ne renferment pas tout ce qui est contenu dans le Corpus juris, on y trouve pourtant une foule de fragmens d’anciens jurisconsultes romains et de constitutions impériales qu'on chercherait en vain dans les compilations de Justinien. Ccst à l'aide de ce secours que Cujas et Le Conte ont souvent complété des lacunes dans lo droit romain. Quant aux textes qui de la collection latine ont passé dans la collection grecque, celle-ci est nécessaire souvent pour rétablir la pureté du texte original quelquefois altéré , ou bien pour lever une antinomie apparente (a). Si Cujas a rendu à la science du droit d'immenses services do critique et de philologie, c’est en grande partie aux Basiliques qu’on eu est redevable; ainsi, autant sous le rapport de l’histoire du droit que sous le rapport de la critique et de l’explanalion des lois romaines , les Basiliques sont un des plus précieux monumens de la jurisprudence scientifique.

Une conférence des Basiliques avec tous les fragmens de la compilation de Justinien était indispensable pour faciliter l’usage des premières : c'était un travail pénible, fastidieux et difficile ; il a été consommé avec une exactitude et une patience dignes d’admiration par lo vénérable doyen de la faculté de droit de Leipsick , par Haubold , qui a consacré à ce soin quelques-unes do ses quarante années de professorat (3). Considérées du côté de la ré-

(l) Voy. Bach , foc. cil. , $ 7 ; et Macieiowaki, HUlor. jurit rom. ,

psg- *09» § *•

(1) F'oy. Berriat , pag. ao4 ,note >4; et Hugo, tom. n, pig. 3oo , note t.

(3) AS annale JBiuilicontm.... — . digeuit Chr.-Gott. Haubold. lipùm 1819, in-4”.

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daction , de l’ordre général et de la méthode, les Basiliques sont bien supérieures aux collections de Justinien ; et M. Bcrrial-Saint-Prix a pu regretter arec raison que ce beau modèle n'ait pas été consulté par les rédacteurs de notre code ciril (t).

§ II. — En Occident.

Il parait constant que Justinien importa lui-méme sou corps de droit dans l’Italie orientale et méridionale, et qu’il le mit en possession d'une autorité que ne put lui enlever même la conquête des peuples du nord. Mais cette autorité ne dépassa point de long-temps les limites de cette portion de l’Italie; et nous avons vu que dans les Gaules , dans l’Espagne , le Code Théodosien fut encore pendant plusieurs siècles la base du droit romain. Néanmoins l’autorité du droit romain fut assez incertaine pendant cet âge de ténèbres qui s’étend jusqu’au ta* siècle. Sa culture ne fut cependant jamais abandonnée ; et nous en avons des témoignages incontestables dans ces deux abrégés du droit de Justinien que l’on nomme , l’un Pétri exceptiones ou excerpliones , l’autre Brachylogus (a), et dans les diverses formules juridiques de Marculphe et de Sirmond (3).

Le « i* siècle vit s’opérer une grande et heureuse révolution dans le droit; la jurisprudence romaine y brilla d'un éclat tout à coup si nouveau , que bien des auteurs ont cru que les siècles précédons l’avaient entièrement mise en oubli et que le 1 1° avait été le témoin de sa renais-

(i) Sur l’utilité, l’importance et la rédaction des Basiliques, voy. tous les historiens du droit romaiu , mais surtout M. Berriat-Saint- Prix , Histoire du droit romain , pag. 196 à ao4. Nul autre n’a traité cette matière avec autant de science et d'autorité. — Voy. aussi Hugo, H'ut. du droit, rom., tom. n , pag. 3o5-6 de la traduction française.

(s) Voy. V Histoire du droit romain au moyen âge , de M. de Saviguy, tom. 11, png. 109, 3o4 et 307 (trad. franç. ); et l'édition du Bracltrlvgus de M. Boecking, Berlin 1819, in-8°.

(3) Voy. les collections de Baluze et de Walter, citées supra, pag 3o3 et 4°*-

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sancc. C’est Irnérius qui ouvre la série des interprètes modernes du droit romain ; it fonda la célèbre école de Bologne (t), à laquelle une foule de jeunes gens de toutes les contrées de l’Europe vinrent puiser la science du droit romain , pour rapporter ensuite dans leur patrie les doctrines de cette législation : science féconde qui partout reprit germe et grandit aussitôt sous la protection constante des rois et des empereurs qui en firent un instrument de réaction contre le droit canonique !

Il existait depuis l'âge de Justinien une école illustre à Ravennc, mais elle fut bientôt éclipsée par celle de Bologne. Dans celle-ci professèrent , après Irnérius , les deux rivaux Martin Gosiaet Bulgare , et Jacques. Ces quatre jurisconsultes furent consultés par l'empereur Frédéric, et en obtinrent des privilèges pour leur école. Après eux fleurirent Burgundio ou Berguntio , à qui on attribue la traduction des fragmens grecs des Pandectes; Roger de Bénévent , Albéric de la porte de Ravcnne ; Placcntin , qui vint professer à Montpellier; plus tard, Pilius, Jean Bassien , Lothairc de Crémone, Aion , auxquels succédèrent Jacques Baudouin et Rofroi de Bénévent. Mais le plus illustre depuis Irnérius fut Accursc, disciple d’Ason: c’est avec lui que finit la période des glossateurs , qui comprend ainsi les u*, «a* et i3* siècles.

Accurse fit un choix des meilleures gloses de tous scs prédécesseurs et en composa la glose ordinaire , recueil de notes qni forma un commentaire complet et non interrompu de tout le corps de droit. Cétait l’usage de tous les jurisconsultes de celte période, de rédiger en notes ou gloses leurs travaux sur les textes du droit , et de cette habitude leur est venu le nom de glossateurs. Ces notes étaient de de deux sortes et se nommaient inlerlinéaires ou marginales, selon la place qu'elles occupaient relativement au texte. A

(l) Voy., «tir cette école et sur Irnérius, Guarnérint ou Warnérius, Sariguy, toc. cil., tom. ni.

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ces noies il» ajoutaient l'indication des autres textes relatifs au même sujet et auxquels on devait recourir (/oca paral- Itfa ) j enfin, ils accompagnaient certaines lois de* I/tslitulcs et du Code, d’extraits des novelles qui les avaient modifiées : ce sont ces extraits que l’on nomme authentiques du Code (i). Accurse présenta le choix et le résumé de tous ces travaux , et y ajouta encore beaucoup de notes appartenant à lui-raême afin de compléter l'œuvre. La glose ordinaire rendit inutiles , pour l’avenir, les travaux de ce genre; elle acquit une autorité presque exclusive dans les écoles et les tribunaux, comme présentant le résultat des travaux de tous les docteurs les plus célèbres. Noua avons déjà parlé de celte compilation d' Accurse , et l’on a pu d’avance en apprécier le caractère et le mérite littéraire.

Pendant la période des glossateurs parut un homme qui n’appartient point à leur école , mais qui néanmoins occupe unoassez belle placcdans l’histoire du droit à cette époque: c’cstVacaire ( inagister Vacarius') qui porta la science du droit de l'Ilalie en Angleterre vers le milieu du ta* siècle. 11 est auteur d'un abrégé du droit à l'usage des pauvre» , qui est parvenu jusqu’à nous , et qui est d’une grande utilité jtour l'histoire littéraire du droit cl pour la connaissance de la méthode de l’école irnérienne (a).

(l) r»r. M. Bicner, Historié authenticarum codsci et iiutit. Justin, insertnrum , Laps. 1807 in-4*. Ou peut consulter soss» avec fruit , sur toute cette époque, l'ouvrage de Panr.irol, de clans jurisconsultes; la Storia delta Icttcrntura italituta , de Ttraliosclii ; et le livre de H. Meyer, sur l'esprit , l'origine et le progrès des institutions judiciaires des principaux pays de l'Europe.

(a) y°J* Ie Mogtster Vacarius, primas juris romani in A nglid prof essor, de M. Wcnck, Ups. i8ao, in-8#. — Il existe aussi une conférence prccietise du droit romain avec le droit français, composée au milieu du 1 3* siècle, par Pierre de Fontaines, l’un des conseillers de saint Louis. Elle est imprimée, à la suite de Joinville, dans l’édition de Ducange ( Paris 1668 , in-fol"). Son titre est : Le conseil que Pierre de Fontaines donna à son amy , ou Traite de l'ancienne jurisprudence des François.

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C’est aux glossateurs qu’appartient l’honneur, si honneur il y a, d’avoir divisé le Digeste en trois parties : Digestum vêtus, infortiatum , novuni. La première linit au titre n du livre xxiv, de divortiis ; la seconde s’étend depuis le titre îu de ce livre, Soluto matrimomio , jusqu’au dernier litre du livre xxxviii ; la troisième comprend tout le reste des Pandectes. On a donné différentes étymologies de ce mot Digestum infortiatum ; il parait qu’il dérive du verbe fortiarc (renforcer) , assez usité par les écrivains de cette époque. Mais est- ce parce que cette partie était la plus importante, ou parce qu’on l’avait augmentée de quelques lois prises au Digestum relus, ou pour toute autre raison? C'est ce qu’on ne peut préciser. Les glossateurs n’admettaient ou ne connaissaient que les neuf premiers livres du Code; les trois autres étaient considérés peut-être comme ne pouvant avoir force de loi , attendu qu’ils ne se rapportaient point an droit civil. Enfin , les Institutes, les Novelles qu’ils avaient divisées en ncufcoiiations, les livres des fiefs et les constitutions de quelques empereurs d’Allemagne composaient ce qu’ils nommaient volitmen pan’um legum.

On peut croire que c’est par les glossateurs, et à l’école mémo de Bologne , que fut faite la révision générale des textes du droit * et que fut arrêtée une leçon adoptée par tous et suivie depuis lors par les copistes et les éludians. C’est la leçon de Bologne, littera itnnonicnsis ; et son règne exclusif explique comment il se fait qu’il ne nous soit parvenu presque aucun manuscrit plus antique , si ce n’est quelques-uns du Code , quelques-uns des Institutes et le fameux exemplaire des Pandectes transporté de Pise à Florence, où il existe encore, et qui porte le nom de cette dernière ville.

Les pandectes florentines jouirent d’une grande considération auprès des glossateurs, qui en suivirent presque toujours l’ordre et la leçon ; mais ce n’est qu’après eux que s'accrédita l’opinion erronée, qu’elles étaient l’exemplaire officiel composé par les compilateurs de Justinien . Le texte des Florentines est nommé quelquefois littera Pisana ou

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Florenlina, par opposition au texte de Bologne que l’on appelle aussi Viügaic. Cette dernière dénomination est même la [dus générale et a donné son nom à une catégorie des éditions du Digeste. ( Voy. supra. )

Les glossateurs rallumèrent le zèle des études do jurisprudence ; ils créèrent une école brillante , célèbre dans toute l’Europe , cl obtinrent une autorité peu différente de celle des anciens jurisconsultes à Home. La Glose fut la règle de tous les tribunaux. Les reproches que l’on a faits à ces laborieux restaurateurs du droit ont été exagérés, et on ne leur a point assez tenu compte des difficultés que leur opposait l'état intellectuel do leur époque et dont ils surmontèrent la plus grande partie. Les accusations d’ignorance qu’on a portées contre eux ne se peuvent rapporter avec quelque justice qu’à ce qui concerne l’histoire et les antiquités romaines et la philologie ; mais jamais ou n'a pu leur refuser le mérite d'une étonnante sagacité dans l'interprétation des textes.

Les glossateurs s’étaient divisés en deux écoles , probablement sans aucune grande dissension de doctrines , et uniquement par imitation des jurisconsultes romains. Les deux sectes reconnurent pour chefs, l’une Bulgaro et l'autre Martin Gosia.

Accurse et scs successeurs avaient dédaigné l’élégance et la simplicité du langage, dont Irnérius se plaisait à orner la jurisprudence , et ils n'avaient pas craint de revêtir la science d’un style presque barbare. Cette manière d’écrire et d’enseigner fut suivie par Odefroy, homme d’ailleurs remarquable par sa sagacité et son érudition et le rival d’ Accurse lui-inêmc. Après eux vinrent Vivianus Tuscus, Dinus Mugellanus , Cinus, Albcrius Hosata ; mais le plus illustre des jurisconsultes du >4* siècle fut , sans contredit, Bariole ( llarlolus de Sa.ro/ érrato'). C’est lui qui renversa l'autorité et la méthode des glossateurs ; il écrivit des traités suivis, et, le premier, introduisit dans la jurisprudence la dialectique, mise en honneur par les Arabes d’après la philosophie d'Aristote. On lui attribue la rédaction de la

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célèbre bulle d'or (t); mai* «on habitude de décider toujours les question* proposées par des divisions et des distinctions, lui a mérité le reproche que Bach lui a fait d’étre l’inventeur delà chicane du barreau. Bartolc eut pour élève et pour rival Balde ( lla/dus de Ubaldis ) ; après lui vinrent Paul de Castro, puis Jason Maynus, le dernier qui, par sa méthode et son style, appartienne incontestablement à l’école de Bariole.

Le célèbre Ange Politien eut la gloire do faire sortir la jurisprudence de la barbarie dans laquelle l'avaient enfoncée les élèves de Bariole , et de rendre plus attrayante l’étude de cette science par son union avec l’étude des helles-lcltres et de l’histoire. 11 rencontra des adversaires violcns. Les sectateurs de la scolastique désignèrent les partisans des belles-lettres sous le nom d 'humanistes ou de nominaux , se donnant à eux-mêmes celui de réalistes , pour indiquer qu’ils s'occupaient des choses tandis que leurs adversaires s'arrêtaient aux mots. Enfin, la scolastique fut vaincue par Alciat; on adopta une méthode plus rationnelle ; on s’aida de l’étude des antiquités romaines ; on rechercha avec avidité , on restitua avec patience les sources du droit antique et les restes du droit byzantin. Nommons quelques-uns de ces nombreux savans qui s'adonnèrent à ces immenses et si utiles travaux.

En Italie, les plus illustres soutiens de la jurisprudence aux 1 G” et 17* siècles, furent : Alciat , chef et fondateur de l’école nouvelle et qui est aussi revendiqué par la France où il professa; Paul Manuce, critique et archéologue; Sigonius , historien et philologue; Torclli; les deux Gentili ; Scipion , professeur à Altorf, et Albéric , qui enseigna h Oxford ; le président Favre , l'honneur de la Savoie ; Mérenda ; Galvanus ; enfin, Gravina , qui a vécu jusqu’en <718.

La France produisit pendant le iG* siècle de plus illustres jurisconsultes et eu bien plus grand nombre que toutes

(■) P le président Ilcnuult, Abrégé, chronologique de l'hiitoire de France , pag. afiî et îfi.f de l'édition in-4“ de 17(18.

iNTnoDumoN.

les autres nations. Il serait trop long de les énumérer tous, et il faut nous borner à indiquer les plus célèbres.

Ceux qui donnèrent à l'étude de la jurisprudence une nouvelle impulsion, furent : G. Budée , Ant. Muret, Ferretti, Amaury Bouchard , Coras, Duarein, Dutillet, éditeur de plusieurs textes anlè-justinianécns ; Baron , deConnan, Baudouin , de Vintimillc , Aymar do Ranconet , Le Mire, Holoman , Le Caron ( Charondas ) , du Ferrier ( Ferrerius ), le maître de Cujas; le grand Cujas, enfin , restaurateur du droit romain et nommé si justement un nouveau Papinien. Le rival de Cujas, Hugues Doncau , lui fut supérieur pour la philosophie et surtout par la logique ; mais il négligea peut-être un peu trop les secours de l'histoire et do la philologie. Parmi les contemporains de Cujas on trouve encore au premier rang : Le Conte, le savant Brisson, Labitte, Duprat , Roussard ; parmi ses élèves , les deux Pithou , Ranchin , Dufaurde Saint-Jory ( Faber Sanjorianus) ; plus tard, vers le 17* siècle, Pacius, les deux Godefroi ( Deuis et Jacques son fils), Batidoche, Jean de Lacoste , Didier Hérault; Mérille, critique de Cujas; Fabrot, son éditeur; Hautescrrc , Ménage , Domat.

Après la France , la Belgique, à cette époque , fut le pays le plus fertile en jurisconsultes ; elle produisit Viglius de Zuichcm, Rœvardus , Paul Merula (V an- Merle) , Giphanius (Van- G iffe «), quel’ on nomma le Cujas de l’ Allemagne; Sibrand Siccama , Arnold Vinnius , Grotius , Wisseinbacli, Huber, Voct, Gérard Noodt.

L’Espagne peut citer quelques noms célèbres : Antoine Augustin , Sarmicnto de Mendoza , Ramos del Manzano, Suarez de Rcles; le Portugal : Govea Caldera, Atlamiranus et Velâzquez.

L’Allemagne reçut de la France et de l'Italie scs plus célèbres professeurs pendant le 16e siècle ; mais elle put se vanter d'avoir donné le jour àSichard , à Haloandre ( Hoffmann ) , le célèbre éditeur des Pandectes ; à Locwenklau , à Vultc ( Vultejus ), à Rittcrsliusius ( ftittershausen).

Les autres nations offrent à peine , dans cette période ,

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quelque* homme* célèbres dan* ces grande* éludes. Nous ne derons pas cependant passer sous silence Scriroger, écossais élevé en France et devenu professeur à Genève; ni Spanlieim , de Genève , philologue et archéologue.

Mais il arriva à la jurisprudence ce qui arrive à toutes le* sciences et aux arts : à un siècle de gloire succéda un âge de décadence. A peine trente ans après la mort de Cujas, les études de jurisprudence , élevées par lui et Doncau à un état de vigueur et de prospérité qui rappelait les beaux siècles des jurisconsultes romains, étaient déjà tombées en discrédit, et au 1 8° siècle la science fut entièrement sacrifiée à la pratique. L’Italie eut pourtant encore quelques savans illustres , tels que Vico , hlazochi , Amaduzzi ; mais ils sont les derniers de leur nation qui se soient adonnés ’ à la grande science du droit. La France , qui au 17" siècle ne pouvait citer que Mérillc , Domat, Fabrot et quelques autres, ne put citer au 18* siècle que Pothier. La Iiclgiquc parut avoir recueilli les grandes traditions de l'école de Cujas. Elle produisit au t8e siècle Pcrizonius , les Gronovius; Schulting, surnommé le Cujas des Bataves; Bynkershoek , l’un de ces hommes rares qui ont su acquérir une gloire égale à l’école et au barreau ; Brenckmann , Dukcrus , Brancbu, Jacq. Voorda , Wieling , Scliclling , Noordkerk , d’Arnaud, Ollon de Ilciz, Roevcr, Mécrmann, les deux Cannegieter, B. Voorda, Rhunken, Arnzen. L’Espagne ne nous offre que Mayans et Finestres de Monsalvo. Parmi les Allemands nous pouvons citer : Henri de Cocceji , Wachllcr , Thomasius , Schubart , les deux Bœhmer, Gundling, Rcinold, Aug. de Leyser, llombergk xuVach, Everard Ollon, Schwartz, Heincccius, Hoffmann, Gebaucr, Brunqucll , F.-C. Conradi , Mascow , Hitler, Trekell, Emesli, Hellfcld, Mcister, Ilommel, J. -Aug. Bach, OElrichs, J.-L. Conradi, Puttmann , Hœpfncr, Walch , Spangenberg, J. -Ch. Kock. Les autres nations de l'Europe ne produisirent aucun jurisconsulte qui pût atteindre à cette renommée.

Tel était l’état littéraire de l’Europe , par rapport au droit

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romain , loraque s'est ouTort le 1 9* siècle , siècle qui sera grand aussi peut-être et qui déjà s'est montré le digne successeur du i6apar les infatigables travaux de la docte Allemagne. Puisse la France suivre la route marquée par les Thibaut, les Hugo, les Zimmern, les Ilaubold, les Savignj, les Niebtihr, les Sebrader, et que lui ont déjà montrée avec tant de zèle les Blondeau , les Jourdan , les Ducaurroy !...

Fl» DE L'iVrnODUCTIO».

LEGÜM XII TABULARUM

FRAGMENTA QUÆ SUPERSUNT,

PLFRAQUE RESTITI ERF. COSiTI St NT RENR.-Fn. MRKSF.NKJS KT CAR. ZELLITS,

rccentuit

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