‹ Histoire du duc de Wellington (volume 2)Chapitre 10 sur 14 · OPINION DE WELLINGTON SUR LES CHATIMENTS CORPORELS · texte numérisé non relu

OPINION DE WELLINGTON SUR LES CHATIMENTS CORPORELS

(Eitraita du Mémorandum sur le projet tendant à modifier Ik diBcipliii d6 l'armée.)

J'ai lu tous les écrits sur la disciptioe de rarmée. Oo serait bien tenté d'adopter quelque chose d'après les bases proposées par le ministre de la guerre; mais je pense qu'il m'est permis de dire que i je con- • nais l'armée anglaise, et que je ne l'ose pas. > J'examinerai d'abord ce qu'est l'armée prussienne, et j'indiquerai comment le système établi ebez elle fonclionne, en le comparant avec celui que nous suivons dans nob« année.

L'année prussienne est regardée comme la gloire du pays. La conserver dans son état honorable et efficace parait être le premier objet de tout le pays et l'unique préoccupation du plus grand nombre des habitants, depuis le roi jusqu'au paysan. C'est la principale route, sinon la seule, par laquelle arrive aux honneurs et aux distinctions cette classe nombreuse et puissante de la société qui regarde les honneurs et les distinctions c»mme devant être l'objet de ses poursuites, et l'obtention de ces avantages comme la récompense des travaux de toute sa vie.

Tous les habitants du pays sont obligés de servir dans l'armée pendant un temps limité. Les hommes de toutes les classes servent comme soldats. Une fois dans les rangs, les bons , non-seulement par leur exemple et leurs préceptes, mais encore par des moyens physiques, contiennent les mauvais dans l'ordre et conservent la discipline. Le service militaire, quoique de courte durée, honore les citoyens et leur procure, après son expiration, différents privilèges et avantages civils.

Ce que je viens de décrire est la puissance du pays agissant. dans nue direction particulière pour maintenir la discipline et la force de l'année. En lisant avec attention l'exposé fait par le baron Bulow de la discipline de cette armée, des principes sur lesquels elle est établie, et de la manière dont en l'applique, on reconnaît qu'il doit y avoir quelque chose de particulier dans la composition de cette armée, dans la nature du peuple d'où l'on tire les soldats, et dans la conslilution T, m. aï

^vGoo^^lc

du pays lui-même ;aulreiiKnt un pareil système ne pourrailfoDctioaner.

EsamiDODS maînteDant ce qu*esl rarmée anglaise. Elle est élraugère en Angleterre, inconnue dans l'aocieDoe constitution du pays. Elle ne sert ou n'est supposée servir qu'à la défense de ses possessions étrangères. Elle est dédaignée par les habitanis, surtout par les hautes classes, dont quelques-unes ne permettent jamais qu'on membre de leur famille y prenne du service. L'homme du peuple même &it tous ses efforts pour trouver le moyen d'acheter le congé d'un parent qui a été enr61é, bien que sous le rapport de la paye, etc., la condition du soldat soit supérieure à celle de l'ouvrier.

Dans les moments les plus difficiles pour le pays, on ne peut Irouver à recruter Varmée. Le service n'est regardé comme un avantage par personne. Les officiers et les soldats sont mal vus, jalousés et presque toujours mallrailés par les habitants.

Le but du projet de M. Windbam était de rendre le service de l'armée populaire en Angleterre, en y attachant des profils et des honneurs; mais ce projet a complètement échoué.

L'homme qui s'enrôle dans l'année anglaise est généndemenl le plus ivrogne et probablement le plus mauvais sujet, dans le commerce ou la profession qu'il exerce, la ville ou le village qu'il habite. D n'y en a pas un sur cent qui n'ait été pris dans la dernière classe, ou dans la classe avilie de toute société ou corporation ; et l'on œ peut parvenir à les rendre aptes à rentrer dans ce qu'on appelle la première classe que par la discipline, les préceptes et les exemples des rieux soldats.

i Voyons maintenant comment cette armée est em^doyée. Elle est constamment en service dans toutes les parties et dans tous les cUnuls du monde. Elle ne sort pas de ses baraques et de ses cantonnements pour aller dans les riches plaines de l'Allemagne méridionale, des Flandres ou de la France, jouir des meilleurs fruits de la terre. Haïs qudqne part qu'elle aille, elle commence son service sur un bfttiment de transport où toute cette discipline d'honneur, de remontrances et de réprimandes secrètes, ainsi que la distinction et la séparation des classes,est impraticable. . v

Examinons ce que deviendrait la discipline dans cette situation, si nous étions assez imprudents pour adi^iter le système prussien.

Bornons-nous à parcourir nos registres d'ordre dans la Péninsole. Rappelons-nous les horreurs qui furent commises par de pMîtB déU-

n/Goo^^lc

cbentents en marche pour rejoindre l'armée, malgré (ous les soios qu'os eût pris pour empêcher ces exoè*. Iferéflédiissons qu'ans conséquences du régine pnisskm, ou de quelqu'une de ses parties , ou à cdies d'un reUcèem^t du» la sévérité de notre propre système ; ne regardons que la conduite de dos hommes et les conséquences de cette eooduile, noB-sealanent pour l'honDeur de l'armée et les intérêts publics, mais encore pour la sûreté de ces hommes eux-mêmes.

Qu'on se r^wrte à ma correspondance sur ce sujet avec lord Bathurst, et l'on verra quelles réformes je pn^xsai, et quelles mesures furent soumises ta Parlement et adoptée par lui pour s'opposer à la grandeur du mat J'avoue que j'ai toujours regardé ce désir de dianger .le système de disci(4iae de l'armée comme uae maladie de notre époque.

Nous oublitMis ce qu'est l'armée, oe qu'elle deviendrai! si elle u'élait pas retenue dans l'ordre, et combien les gens du pays seraient disposés à jeter les hauts cris si, par hasard, ils avaient à souffrir de qodque acte d'insubordination, oa si, faute de discipline, l'amée n'ornait plus de succès, comane cela est arrivé, toutes les fois qu'elle a douié prise au désOTdre.

11 so-ait assez curieux que les personnes qui proposent d'adoucir la sév^ité du système fussent celles-là précisément qui porteront la res* poBsabilité des actes d'iudicifjine ou de violence auxquels cette réforme dooneralieu.

Je sais bien qu'une armée, même une armée anglaise, peut être reteone dans l'ordre sans qu'on ait recours aux punitions corporelles; mais oe n'est que par un système de ptriice rigoureux, aussi contraire il l'esprit des iBslilutnns dn pays qu'aux seatimenls des ofiicien et des soldats.

J'ai tenn moi-même des divisions entières sous les armes pendant nombre de jours; oa ne commettait plus de crime alors. Je puis, de la même maHière, foire faire des a[^s ou des parades tcwtes les «faB M - he ure» ou toutes les heures ; je puis confiner les hommes dans les cours des baraqaes; je puis les envoyer promener en ville par escouades, sous l'escorte d'un officier non commisionné ; bref, je puis ■es tourmenter pour les maintenir dans l'ordre; maïs quoi qu'on fasse, b poaHioa corpMelle illimitée, ou du moins restreinte dans ses limite» actuelles, doit être la base de tout système pénal ap[dicable à l'armée

Je voMdrais que ceux qui examinent ce sujet voulauent bien tire

^vGoo^^lc

toutes les pièces de l'affaire du major N'". Il élait jaloux de. mainlenir son bataillon en bon ordre sans inOiger de punition corporelle; à la fin, ses soldats, en Taisant l'exercice, tirèrent sur lui avec des boutons.

Nous pouvons être assurés que nous ne saurions nous rel&dier, en aucune manière, de la sévérité de notre système ni même diminuer le nombre de nos punitions corporelles sans augmenter notre système de police préventive. A cet égard, nous devons considérer un peo ce que sont nos officiers, et les mettre en parallèle avec les offiders prussiens. Nos officiers sont des gens comme il faut ; nous voulons qu'ils |e soient*, et qu'ils se conduisent comme tels, surtout vis-à>vis des soldats et dans leurs rapports avec les officiers non commissionnés. Mous poussons vraiment si loin ce principe pour nos officiers d'être genttemen, et d'avoir peu de communication avec leurs subordonnés, que, dans mon opinion, le devoir d'un officier subalterne, tel qu'il est rempli dans es années étrangères, ne l'est nullement dans la cavalerie ou dans 'infanterie de ligne anglaise : ce sont les sergents qui le remplissent dans les gardes. 11 en résulte que nos officiers, gens comme il but, tout admirable que soit leur conduite sur un champ de bataille, tout honorables qu'ils soient par eux-mêmes, quelque gloire et quelque avantage qu'ils procurent au pays, ne sont que de pitoyables créatures lorsqu'il s'agit de maintenir la ^scipline parmi leurs soldais en campagne.

Le nom, le caractère, la conduite, la famille et la parenté, la fortune, la situation, les qualités de chacun des hommes de leurs compagnies n'occupent pas uniquement leurs pensées; tandis que l'officier prussien, dans la même position, a tous ces objets préseats à l'esprit, et fait observer une rigoureuse discipline aux hommes avec lesquels il vit comme un compagnon, un ami, un conseiller.

Il nous faut remarquer ensuite que l'armée prussienne, outre l'aran. tage qu'elle a d'être ordinairement en repos , ce qui lui permet de suivre son système de discipline, est en tout temps régulièrement organisée, chaque bataillon dans son r^îment, chaque r^tment dans sa brigade, chaque brigade dans sa division, et chaque division dans son corps d'armée; le tout sous l'inspeclion personnelle du roi; en sorte qu'il n'y a pas de corps, de division, de brigade, de régiment, de bataillon, de compagnie et d'individu dont la conduite ne soit surveillée et contr61ée par l'autorité supérieure, ainsi que par tous les gens du métier.

Comparons cet état de choses avec celui de l'armée anglaise, avec nos détachements en Irlande, aux Indes occidentales, à Honduras, etc.,

^vGoo^^lc

avec nos détacbemenis dans les traospoi'ls, pour la garde des déportés â la Nouvelle-Galles du Sud, avec notre manque total d'inspection et de contrôle des olliciers et des soldats, dans presque toutes les parties du monde, — et nous serons étonnés qu'il y ait quelque discipline dans l'armée, malgré la sévérité du système dont on se plaint.

Page 1