AVERTISSEMENT
Les deux premiers volumes de l'histoire du doc de Wdtingten ont donné lieu à des obsenrations crîtiqnea sur lesquelles nous eroymi devoir appeler nn moment ratlention du lecteur.
On nous a reprodié, en France, trop d'idmïratioo pour le vxinqneur de Waterloo, et, en Angleterre, trop de-sévéri(é.
Celte appréciation contradictoire est le résultat de la stricte neutralité que QODS avons gardée entre le dénigrement des ans et l'enthousiasme des antres. Il faudra du temps pour que la nation Aw^aise, oablïant ses vieilles préventions et faisant violence à ses senflbieeta intimes, accepte Wellington pour un grand général ; et il fauân du temps aussi pour convaincre le peuple anglais que son héros tout admirable qu'il soit, est Itnn d'égaler Bonaparte.
Pour condamner un livre, il ne suffit pas de dire qu'il est partial; il faut prouver que les ftilts y sont mal exposés on mal interprétés. C'est lerftieet même le devoir de la critique. Or, jusqu'ici elle n'a pas signalé d'erreur grave ni de source importante négligée. On en coadura sans doute que nos prétentions à l'exactitude ne sont pas dénuées de fondement
Quant à nos appréciations, si on les trouve empreintes de trop d'en - Ihonsiasme, il finit en attribuer la cause, non i un excès de bienveillance pour le général anglais, mais à l'empire qu'exercent naturelle* T. m. *
^vGoo^^lc
ment sur cerlains esprits les grandes actions et les nobles caractères. Loin d'élre regrettable, cette influence, se communiquant au lecteur, devient un enseignement précieux, sans lequel Tbistoire serait uiie école stérile ou dangereuse. Celui qui ne sent pas son cœur battre au récit d'une belle action, qui demeure impassible ou lâchement résigné en face d'un grand crime ou d'une grande iniquité, — celui-là n'est pas digne d'écrire pour l'instruction de ses semblables- L'historien comme le magistrat doit avoir des passions, parce qu'il est homme. On juge mal quand on ne sent pas. L'impartialité absolue n'est pas dans la nature.
On prétend que nous avons mb trop de scrupole à citer nos sources et trop de soin à justi&er, par des documents ou des notes exjdicativea, nos jugements sur les hommes et les feits.
« H faut, dit-OD, entre l'écrivain et le public, une con&ance réd- « proque..... Si l'wi devait toujours apporter avec soi la preave de ses « assolons, la t&che de chacun deviendrait accablante... Nous ne « croyons pas qu'il soit rigoureusement nécessaire pour un historien
< de s'appuyer toujours d'un document ; sa parole d'honnête homme
< doit avoir asseï d'autorité pour provoquer la confiance. •
Voilà ce qui s'appelle faire bon marché de l'exactitude et de la vérité historique.
Le prétendu défaut que l'on signale est en réalité la seule qualité du livre, ou du moins la seule que nous ayons chercbé k obtenir.
A notre avis,c'est une singulière prétention de vouloir que le puUic accepte sans preuves les jugements de l'écrivain hmmite homme. L'histoire est essentiellement une œuvre de critique, de discussion, de contrôle pei^luel. Aussi, les premiers historiens de notre temps, les Augustin Thierry, les Guizot, les Micbelet, les de Barante, les Hacaulay, etc.. ont eu, nous ne dirons pas la modestie, mais le bon sens de supposer qu'on ne les croirait pas snr parole. De là ces notes, ces éclaircissements, ces doutes loyalement exprimés, ces précieuses indications de sources qui garantissent la bonne foi de l'auteur et permettent au publicdejugeren connaissance de cause-
Sans doute, quelques auteurs ont jugé convenable de s'afirancbir de cette obligation, pour donner du charme et de l'originalité à leur style; mais les travaux de ces auteurs sont-ils plus estin^, plus utiles
^vGoo^^lc
surtout ù la science ? Nul n'oserait le soutenir. Le but de l'historien D'est pas dechercber à plaire; — nne i^ashaule et plus noble mission est assignée à ses eSbrIs. II doit conduire le lecteur à travers le dédale des faits, éclairer sa route au Qambeau de la critique, lui faire toucher en quelque sorte la vérité du doigt. Excursion toujours pénible, souvent ennuyeuse, jamais sans utilité. Heureux les esprits d'élite qui savent instruire et charmer tout à la fois I
Voici en quels termes on nous a signalé une prétendue contradiction.
t L'auleur s'est contredit d'une part, en voulant attribuer à Wel-
• linglon les qualités d'audace, de pénétration et de promptitude qui
■ étaient certainement plus le propre des généraux français,— et d'au- < Ire pari, en disant quelquefois que Wellinglon n'agissait jamais que
■ par suite de combinaisons préméditées et avec une presquecerlitude
■ de succès. >
La contradiction serait éndente, en effet, si la prudence et le calcul excluaient toute idée d'audace. Mais cela n'est pas soutenable. L'opératicH] la plus audacieuse et la plus inattendue de Napoléon, le passage des Alpes, est en même temps r.elle qu'il prépara avec le plus de soin et de circonspection.
Un général qui se fie au hasard, aux ressources imprévues de sou génie, est plutôt un téméraire qu'un audacieux, un coureur d'aventores [AatAt qu'un grand capitaine.
On nous reproche d'avoir glissé trop légèrement sur certains faits ; d'avoir mis en notes des détails et des réOexions qui auraient dA trouver place dans le texte.
En faisant cette critique, on a perdu de vue que noire but était d'écrire une hitbnre ibi tbic de WeUitiglon, et non une Aùloîre des guerres de tinde.de la Pénvwde et des Pays-Bas. Il existe, en effet, une grande différence , sous le rapport du cadre et de la composition, entre une biographie et une œuvre historique L'exemple suivant en foomira la preuve :
Dans le chapitre XV nous avons donné une description très-somoiaire de la bataille de Ligny, en même temps que nous avons insisté
^vGoo^^lc
sur toutes les particDiariléB des batailles de Quatre-Bras et de WaterkXK Cela lieat à ce que Wellingt<m a'assista point à la première et qu'il dirigea en personne les deux autres. Si nous avioBS écrit l'hiattHre da marédial Blucher, nous eussions &iit tout l'o^^Kné.
La première règle et la plus essentielle de la oomposilion historique «8t de proportionner le cadre au sujet. Voilà pourquoi nous avons dû rejeter en notes une foule de détails et de &its généraux qui, dans une Atiioire da guerre* de WeOington auraient trouvé place dans le texte.
Quelques militaires sont d'avis que le récit des campagnes de Wellington aurait dû être précédé d'une description détaillée des tbéAlres de guerre; — d'autres trouvent nos relations de batailles trop sommaires, trop décharnées.
Pour ce qui regarde les descriptioDslopograpbiques,nous ferons observer que les hommes spéciaux y suppléent avanlageusemeul par de bonnes caries, el qne les autres les dédaignent ou ne les comprennent point
Quant aux mouvements exécutés sur le champ de bataille, il est impossible de les donner d'une manière précise et complète. Ou ne trouve, en effet, dans les bulletins ofiSciels et dans les relations des témoins oailaires, qne les mouvements généraux ayant exercé une influence décisive. Ceux-là nous les avons indiqués avec une scrupuleuse exactitude, sans chercher à remplir les lacunes par des détails puisés dans notre propre fonds.
Il y a deux manières de décrire une bataille. L'une consiste à narrer les fâils d'après les documents les plus dignes de foi, avec l'intention d'être vrai plutM que neuf, intéressant, pUtoresqne.
L'antre manière consiste à lire toutes les relations et à se former, d'après cette lecture, une idée générale de la bataille, interprétant ce qnî est obscur, complétant ce qui est défectueux et reconstituant par l'imagination la scène entière dont les bulletins et les rapports donnent seulement nn résumé substantiel- La première méthode d*écrire est aride;mais die expose moins l'historien à comniettre des erreurs.
La seconde, au contraire, permet de tracer des tableanx anivés, pleins de charme et d'istérét ; mais qui. malbenreneement, «ont presque toejonrs des tableaux de fantaisie.
^vGoo^^lc
Cherchant à ioslruire plutôt qu'à flatter l'imaginalioa, nous avons tonl aalunUemeDl donné la préférence à b première de^es deux
La critique la plus importante de VHUtoire du dm de WelUngUm a été fonnnlée dans les termes suivants, par un homme de lettres dîsf tingné :
■ Le plan adopté par H. le capitaine Brialmont nous parait sujet à
< discDSSîon. Aa lieu de mêler au récit des événements les réflexions
■ ou les jugements qui en découlent, il a scindé son œuvre en deux
< parties : l'une historique, l'autre purement critique. Dans la pre-
■ altère, il s'est attaché à établir les Taits; dans la seconde, à juger
■ l'homme qui s'y est trouvé mêlé comme acteur principal.
( Ce plan, s'il faut parler avec franciiise, ne nous semble pas hen- ( renx. Détruire le lien naturel des faits et des jugements qu'ils pro-
■ voquent, mettre d'un cAtc la pièce et de l'autre l'acteur, ou l'appré-
• dation que l'on hit de lui ; établir arbitrairement cette division, que
■ l'auteur a raison d'appeler une scission ; c'est d'abnrd renoucer de
■ gaieté de cœur aux avantages de la variété, car les considérations
■ générales reposent l'esprit du détail des faits, et tour ù tour le détail
■ des faits le repose des considcrations générales; mais surtout c'est ( remplacer l'ordre vrai et vivant pnr une symétrie artificielle et ina-
• nimée. Nous croyons comprendre que l'auteur a voulu ainsi alléger
■ pour Ini le fordeau toujours considérable de la composition, et qu'il ( a trouvé commode de faire en quelque sorte deux compartiments,
■ l'an pourla narration des laits, l'autre pour l'appréciation du prin-
• cipal personnage; mais quel qu'ait été son motif pour adopter ce
■ pbn, l'effet n'en est pas bon, puisqu'en plaçant dans l'un de ces com-
< partiments les événements historiques, dans l'autre les considérations « critiques et philosophiqnesqui en résultent et les réflexions qui en - sont la vie, il a mis le cor[)S d'un côté, i'àme de l'autre. »
Nous avons trop de confiance dans les lumières et dans l'impartialité de l'auteur de cette critique, pour ne pas supposer que la lecture des tomes U et III modifiera son appréciation. Il remarquera (ce que du reste il aurait pu voir déjà en partie dans le tome 1*') que notre relation ne se borne pas •> à un simple narré des faits, * et que ce n'est pas, en un mol, pour nous servir de ses expressions ■ un corps sans âme. ■ Nous avons porté sur les faits marquants de la vie de Wel-
^vGoo^^lc
lington et sur les hommes avec lesquels le duc s'est trouvé en relation des jugements motivés au point de vue militaire comme an point de vue politique et moral. Aucune observation critique n'a été omise, aucun détail essentiel n'a été négligé; c'est dans l'intérêt de l'ouvrage et nullement pour simplifier notre tAche que nous avons réuni dans nu ■ deuxième compartiment * les détails et les faits accessoires.
Cette division [moins tranchée du reste qu'on pourrait le croire d'après la préface du livre] a pour objet de conserver au récit l'unité et la gravité qu'exige une oeuvre historique. Il y a des particularités, fort intéressantes pour le biographe et le philosophe, qui doivent être nécessairement élaguées d'une narration dont le principal intérêt réside dans la nature des causes et des hommes en présence.
Ce que nous avons appelé , à tort peut-être, la seconde partie de l'histoire du duc de Wellington est bien moins un jugement des faits exposés dans la première partie que le résumé de ces faits mis en regard des circonstances accessoires et personnelles qui s'y rattachent ; ces circonstances, inutiles au point de vue de l'histoire générale, tont au contraire précieuses quand il s'agît de peindre le caractère ou de définir la valeur morale d'un homme.
L'exemple suivant rendra cette vérité sensible.
Le 47Juin 4815, Wellington s'était arrêté en arrière des Quatre- Bras pour attendre des nouvelles de Blucher, qu'il savait dans une position difficile. Le général Alava trouva le duc assis sur le bord d'un fossé, lisant un paquet de journaux. 11 l'aborda avec un certain embarras, justifié par les bruits fâcheux qui circulaient dans l'armée. Or, la première question que lui adressa le général anglais, dans ce moment critique, fut relative au bal de la duchesse de Richemoud.
Voilà sans doute un trait caractéristique. Cependant, il nous paraîtrait peu convenable de suspendre le récit des graves événemeols accomplis dans cette campagne de trois jours pour attirer l'attention du lecteur sur un pareil détail biographique.
De même, il serait puéril, racontant le drame émouvant de Waterloo, d'ouvrir une parenthèse pour noter la contenance impassible du général anglais, dans une situation où toutes les chances semblaient contre lui.
Quand la parole est aux faits, les hommes et les caractères doivent s'effacer.
Cependant des traits semblables à ceux que nous venons de rappeler ont une valeur réelle pour le moraliste et le biographe.
11 faut donc les recueillir et les mettre en œuvra dans un cadre séparé. C'est ce que nous avons fait.
^vGoo^^lc
Le lecteur impartial recoDnailra que celte partie ne pouvait être fondae dans la première. Sans doute on y trouvera des faits et des circonstances déjà cités, mais ces répétitions ont leur utilité et quelquefois même leur charme. Beaucoup de personnes, arrivées à la fin du t<Hne ni, ne se rappelleront plus toutes les appréciations des tomes I" et II : celles-là nous sauront gré d'avoir, dans un résumé concis, jngé rhomme après avoir jugé ses travaux; les autres conviendnmtpeut^lre que notre œuvre, dans l'état où elle se trouve, donne une idée plus nette du talent, du caractère, de l'individualité de Wellington, qu'elle ne le ferait si nous avions, au prix même de beaucoup d'art, fondu dans un même moule les matériaux divers classés dans ce qa'tni a < a{^>elé les deux compartiments de l'ouvrage- >
„Gooi^lc