‹ Histoire du duc de Wellington (volume 3)Chapitre 17 sur 23 · laairqaF^ - B halal/l'! ;g , Pi-iuunhv · texte numérisé non relu

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iB IfflnK-.tHnj- - tiiatmtff r' . Vamlplmi-

jour, il semble résulter que c'est plutôt ce dernier qui doit en être responsable, puisqu'il n'arrêta point le faux mouvement de la cavalerie, et qu'il négligea de remplacer au commandement général de la garde le duc de Trévise, éloigné momentanément pour cause de maladie (i).

Les fautes reprochées à Grouchy ont certes une haute gravité, mais des juges impartiaux ont émis l'opinion, que si ce maréchal avait reçu des instructions précises, et si l'on avait pris toutes les précautions nécessaires pour lui faire parvenir les ordres expédiés dans la nuit du 17 et la matinée du 18, il serait arrivé à temps sur le champ de bataille. Toute la question est de savoir dans quelles circonstances il se serait présenté, et quel résultat aurait produit son apparition.

Au milieu des conjectures auxquelles ce problème a donné lieu, voici, d'après nous, la plus vraisemblable : le 17 au soir, Blûcher était avec toute son armée autour de Wavre. Grouchy n'avait pu s'opposer à cette concentration, ayant reçu seulement vers midi l'ordre de quitter Sombreffe. Jusqu'ici, on n'a donc rien à lui reprocher. — Sa grande faute, dit-on, est de s'être arrêté à Gembloux. Eh bien, supposons que le maréchal, se conformant aux intentions de l'empereur, se fût présenté le 18 au matin devant Wavre; aurait-il empêché une armée deux fois et demie plus forte que la sienne (2) de l'écraser, ou d'envoyer un détachement au secours de Wellington (3)? Personne n'oserait le soutenir. La seule résolution qui

(1) Au moment «le reoirûe en campagne. Mortier avait ressenti une attaque de selatiqur. Cette maladie, selon quelques historiens, fut un prétexte pour ne pas suivre Napoléon, que la plupart de ses anciens lieutenants regardaient déj& à cette époque comme un homme Ont

(2) Quelques auteurs portent TelTectir de BlCicher A 88,000 hommes; mais nous sommes portés à croire que ce général n'avait plus que 75,000 combattants : 50,000 furent dirigés sur Waterloo et 25,000 restèrent avec Thlclnun, A Wavre.

(3) Napoléon pensait que si Grouchy avait campé dans la nuit du 17 devant Wavre, Bltt* cher n'aurait fait aucun détachement pour sauver Wellington .V'I^fP* l?^» ^^ *<^* Mémoires.)—CeiU opinion s'cipUque par la fausse idée qu'avait rooiperrur de la foroe numérique et de la illuation ràorale de l'armée prussienne.

dans cet état de choses aurait pu donner de grands résultats, c'était d'attaquer les colonnes prussiennes en flanc, par une marche exécutée le 18 au matin de Gembloux sur Mont- Saint-Guibert (i). On a lieu de croire, en effet, sans avoir toutefois la moindre certitude à cet égard (2), que Blùcher aurait arrêté ou suspendu son mouvement sur Ohain et Saint- Lambert, si, dans Taprès-dîner, il avait entendu le canon des Français dans cette direction. Mais, comme le dit fort bien le général Jomini, « bien peu de généraux eussent pris la « résolution de se jeter ainsi sur Saint-Lambert sans savoir « ce que le gros des forces de Blùcher entreprendrait. » En résumé donc , Grouchy ne fit du tort à l'armée française que parce qu'il ne fut pas dans cette circonstance grand capitaine. Il est vrai qu'à onze heures et demie (3), à Sart-lez-Walhain, Gérard lui conseilla de marcher sur le canon de Waterloo ; mais le maréchal invoqua de nouveau ses instructions, qui lui ordonnaient de suivre les Prussiens et de se diriger sur Wavre (4). Au reste, quand même Grouchy, se tenant à Tesprit de ses instructions plutôt que la lettre, eût suivi le conseil de Gérard, il ne serait point arrivé sur le champ de bataille avant

(1) M 11 fallait, dit le général Jomini, à la pointe do Jour, diriger Vandamme et Gérard tor « Houstler, la cavalerie de PiUol et la division de Teste sur Wavre, à la poursuite de rar- «t rlère-garde. »

(2) Une circonstance qui permet de croire que BlOclier ne se serait point arrêté, c*esi qu^ll pensa, Jusqu'au dernier moment, n*élre suivi que par le S« corps. Cétait aussi ropintoadu duc de Wellington ; car on Ut dans une ieltrê adressée par lui au eomtë Btukujrtt, ei datée du Cateau, le 22 Juin: «Le3« corps, qui, comme J'en al informé Votre SdgMwie, « dans mes dépéclies du 19, a été détaché pour observer l'armée prussienne..,,, Uii sa « retraite par Ifamur et Dînant. »

(3) D'après les Victoires et conçuites, Groucliy ayant mis le gros de son amée en ■KNive' mement A dli iienres, arriva seulement A Walbaln entre midi et une beure.

(4) Ce mouvement rentrait si bien dans les intentions de Tempereur, qu'il le prescrivit de nouveau dans Tordre expédié le 18, A dix heures du matin (ordre que le maréclial rec«t à quatre heures de Taprès-dlner). Voici l^xtralt le plus Important de cette pièce : « Vtm- « pereur me charge de vous prévenir, qu'en ce moment Sa Majesté va fkire attaquer Ffer- « mée anglaise... Ainsi, 8a Sajesté désire que vous dirigiez vos mouvemtmt* sur Wmire^ c afin de vous rapprocher de nous, de vous mettre en rapport d\»pératioiit et lier let ue» « munica tiens, i»ou##an/ /rvotrfuouf les corps de Parmée pnitflenne qui ont prie cette « direction...!!— SI cet ordre était arrivé A midi et demi, comme on l'avait etpéré, et cela éuit possible, Grouchy n^auralt pas agi autrement qnil n'a Tait

sept heures et demie du soir (i), puisque de Sart-lez-Walhain à Frichermont il y a six lieues et demie de poste, et que les chemins dans la journée du 18 étaient si mauvais, que Tarmée prussienne mit neuf heures pour faire les quatre lieues qui séparent Wavre de Mont-Saint-Jean.

Il résulte de ce qui précède, que les 52,000 hommes détachés sur la droite, s'ils s'étaient conformés aux instructions de Napoléon, n'auraient point empêché les Prussiens de secourir Wellington ; et que s'ils avaient suivi les conseils du commandant du 4'' corps, ils seraient arrivés trop tard (12).

Napoléon n'aurait pu vaincre à Waterloo que s'il avait commencé l'attaque à neuf heures du matin, ou si Grouchy avait eu à un haut degré le génie des grandes combinaisons militaires.

La question de savoir ce qui serait arrivé si le commandant de la droite avait reçu à temps les ordres expédiés le 17, à dix heures du soir, et le 18, à dix heures du matin et à une heure de relevée, est beaucoup plus difficile à résoudre et ne sortira probablement jamais du champ des conjectures (5].

(1) Le comle Gérard pense qu^on serait arrivé plus lôU D'après luljl ne rallail que trois heures et «lemic pour aller de Sart-lez-Waibain à Frichermont ; d'après les Viclolres et conquêtes, trois heures seulement. C'est une erreur : la distance eu lli;ne droite de ces deux points est de 11,000 toises; par les chemins existants, elle était de 13,000 environ : et ces chemins se trouvaient alors en si mauvais état, que le gCnéral d'artillerie Valtus déclara â Grouchy que Ws pièces u^ pourraient pas suivre l'in fan lerle. Gomme la discussion s*étalt prolongée dans le Jardin de Phèteller de Sart, Il eût étc environ une heure, quand on se serait mis eu route, et au moins sept heures, croyons-nous, quand les deux corps auraient atteint PlanchenolL Les retards éprouvés par l'armée prussienne, en route depuis le matin» donnent à cette opinion une certaine autorité.

(2) Voici un autre fait invoqué contre Grouchy. Le 18, A 2 heures, le général Berlhezène, arrivé à une lieue de ¥^avre, sur la hauteur de la Baraqne, vit les colonnes de Ziethen et de PIrch se diriger en toute hâte vers Hont-Salnt-Jean : elles étalent en ce moment engagées dans les défilés de Saint-Lambert. Le maréchal, prévenu de celte circonstance, répondit qu'il était sur la bonne route, et continua ft marcher sur Wavre. Que serai (•!! arrivé s'il s'était Jeté sur le flanc des colonnes en marche? Nous croyons qu'il aurait été attaqué par Tbielman, et que Blttcher n*en eût pas moins continué sa route. Le caractère aventureux du maréchal, la promesse faite à Wellington d'arriver i son secours avec au moins deux corps, et l'ordre demie ft six heureSi quand il entendit la canonnade de Wavre, tendent A JusUfler cette opinion.

(3) L'ordre expédié le 17 au soir n'arriva point. Celui, daté du Caillou le 18, ft dix heures

Au reste, supposons que le retard apporté dans ce cas à la marche de Bulow eût rendu le 6"" corps disponible pour l'attaque du centre, et que cette attaque eût obtenu le résultat qu'en attendait l'empereur ; quel avantage l'armée française aurait-elle retiré de sa victoire? Probablement elle eût eu le lendemain une nouvelle bataille à livrer, et si ce n'eût été le lendemain, quelques jours après un demi-million de Russes et d'Autrichiens l'auraient forcée à rétrograder sur Paris.

La France était divisée par les factions , épuisée, ruinée par vingt années de guerre. Toute l'énergie de 1792 et toute l'activité du vainqueur de Rivoli eussent été impuissantes à la sauver. Les alliés, d'un autre côté, avaient la ferme résolution de rétablir les Bourbons ; ils étaient plus unis que jamais, plus forts qu'à aucune époque de l'histoire ; leurs armées étaient excellentes et leurs généraux avaient merveilleusement profité des dures leçons du passé. Aussi, malgré toute la confiance que devait avoir dans son génie le vainqueur de tant de coalitions. Napoléon n'a jamais pu croire au triomphe définitif de ses armes dans l'état d'isolement où la France se trouvait réduite par la déclaration du 15 avril. En passant la Sambre, il n'avait plus, en réalité, que la chance de bien finir. Sans doute des victoires éclatantes pouvaient encore illustrer ses aigles ; mais de succès en succès, il devait aboutir fatalement à une catastrophe. Waterloo n'a trompé ses espérances qu'en avançant de quelques jours un dénoûment prévu, mais dans tous les cas fnévitable !

L'historien impartial reconnaîtra que la campagne de 1815,

du matlo, n*arrlvt qa*à quatre heures de l^prèt -dîner» et oelnl de une heure ae fui reçu cpi^aprèt fept heures du soir. Le fiiute de ces retsrdsdoit étreattrBMiee aux oAden de transmettre les ordres, et surtout su maréchal floulti qui les confia en un seul i eti un seul courrier.

quoique digne à son début des plus beaux exploits de Tempire, ne révèle pas à un haut degré les qualités et les talents extraordinaires qui ont immortalisé le vainqueur de Rivoli , de Marengo, d'Ulm, de Ratisbonne, de Champ-Âubert et de Montmirail.

Le 16 au matin, Napoléon perdit un temps précieux, qui permit à Bliicher de se reconnaître, et qui favorisa la concentration de Farmée anglo-néerlandaise par l'inaction où ce retard laissa les corps du maréchal Ney (i). Le même jour, l'empereur commit la faute de rappeler les troupes du comte d'Erlon dans un moment où le prince de la Moscowa en avait le plus grand besoin, et la faute plus grave encore de les laisser partir après qu'elles se furent montrées derrière Saint- Amand.

À cette double circonstance se rattache la perte de la bataille des Quatre-Bras et la réorganisation de l'armée prussienne après Ligny.

On a dit avec raison que l'échec de Blûcher eût été complet, irréparable si Napoléon, au lieu d'inspecter le champ de bataille et les troupes qui avaient combattu, se fût mis immédiatement à la poursuite des vaincus. On a reproché aussi à l'empereur d'avoir négligé l'occasion de séparer les Prussiens des Ânglo-Néerlandais, en attaquant leur droite dans un ordre oblique prononcé ; — d'avoir laissé en arrière le 6* corps, dont l'effectif était de 11,770 hommes, et d'avoir

(1) m napoléon turtlt dû, dès ils heures da malin, se mettre aux trousses des Prussiens, « ou bien tomber de toutes ses forces sur WelllniUon, dont la réserve de cavalerie, Tartllle- « rie et une partie de Tlnfanterle n*étalent arrivées que dans la nuit, harassées de fatigue. « La nécessité de ne pas laisser la ligne de retraite de Charleroi A la merci du général « anglais faisait une loi de se porter de préférence contre lui. » Jom ini, p. 185.

Cette opinion se rapproche de celle que le maréchal Ney exprima dans sa lettre au duc <f'O/ran/0. Le prince de la Moscowa aurait voulu qu'au lieu de livrer deux batailles le même Jour, rempereur eût fait surveiller les Prussiens par un corps d'observation, et marché ensnlte avec le gros de ses troupes au secours des l» et 2« corps engagés aux Quatre-Bras. Ainsi raroMe anglaise eût été détruite entre les Quatre-Bras et Genappes, et séparée de Blûcher. L'empereur se serait retoamé ensalte contre cette dernière, doni il aurait eu facilement nlsoD. .

massé sa cavalerie sur la droite, où elle ne pouvait pas agir avec autant d'avantage qu'à l'autre aile.

Le gros de l'armée française resta toute la journée du 17 aux environs de Fleurus, et ce fut seulement à midi que le maréchal Grouchy reçut l'ordre de quitter Sombreffe et de poursuivre les Prussiens dans la direction de Namur(\), Ainsi, après avoir laissé la matinée du 16 à Blucher , Napoléon eut le tort irréparable de laisser la journée du 17 à Wellington.

A Waterloo, d'autres fautes furent commises. D'abord on ne se donna pas la peine de reconnaître exactement la position de l'ennemi. Ensuite l'empereur, convaincu que les Prussiens étaient hors de combat, commença la bataille plus tard qu'il n'aurait fait s'il avait craint l'arrivée de Blucher. Il fit la première attaque contre la Haie-Sainte avec des masses trop profondes; il engagea ou permit qu'on engageât trop tôt sa réserve de cavalerie; enfin, il montra quelque hésitation quand, vers six heures, il eut acquis la preuve qu'un effort général sur le centre pouvait réussir. Cet effort, du reste, ne se fit pas avec » assez de troupes, ni avec assez d'ensemble. En général, toutes les attaques faites dans cette journée eurent le défaut d'être mal soutenues. Les auteurs français eux-mêmes sont obligés d'en convenir (2).

Le maréchal Grouchy a quelque raison . d'accuser l'empe-

(1) Il aurait fallu, de grand matin, assigner à Groucliy la direction Intermédiaire entre LiCgc cl Bruxellei , qui convenait dans toutes les hypotlièses de retraite de BFûcher; i^c* cupalion de la ligne de la Dyle aurait suffisamment couvert la droite de l^nnée rrançmlse.

Si Napoléon avait connu, le 17 au matin, la situation exacte de l'armée prussienne et les intentions de Biacher, il n'aurait pas dû envoyer 32,000 hommes à sa poursuite : c'était en effet un détaciiemcnt trop faible pour empêcher 90,000 hommes d^rrlver à Waterloo, et trop fort pour Jouer seulement le rôle de corps d*observatlon. L^excuse de l'ttmperear est dans la fausse idée qu'il s'était faite de l'armée battue à Ligny.

(3) Le compte rendu de la bataille de vraterloo, publié par le Moniteur untversei du 21 Juin 1815, prouve que Napoléon n'avait pas, même à l'époque où il fit cette relatlOB, «ne idée bien nette de ce qui s'était passé le 18. Bn effet, on a peine â S'expliquer les phrases suivantes, extraites textuellement du Journal officiel : « Le conte d'BrIon attaqua le vUlafa « de Hont-Saint-Jean, et fit appuyer son atuque par 80 pièces de canon... » « Une brigade «e

reur de n'avoir pris aucune mesure pour rester en communication avec l'aile droite. Cette aile ne fut ni défendue, ni couverte, et cependant la faiblesse de la gauche ennemie devait faire supposer que des secours arriveraient de ce côté.

On ne sait encore si c'est à l'empereur ou au major général que Ton doit attribuer le défaut de précision des ordres et la faute grave d'avoir confié à un seul courrier les dépêches destinées au maréchal Grouchy, d'où dépendait le salut de l'armée. Il aurait fallu, comme cela se faisait du temps de Berthier, envoyer plusieurs officiers porteurs du même ordre. Au reste, une des circonstances funeste* de la campagne de i 81 5 fut incontestablement la faiblesse et la mauvaise organisation de l'état-major français. Du côté des alliés, au contraire, le service de ce corps se fit avec une intelligence et une précision dignes d'éloges. Les Prussiens surtout prouvèrent qu'ils avaient fait sous ce rapport de grands progrès depuis les funestes événements de 1806.

Dans la courte mais décisive campagne de 1815, lord Welhngton et Blûcher montrèrent autant d'activité que de talent.

Le maréchal prussien concentra ses forces avec une habileté remarquable. Attaqué à Timproviste le 15, il se trouva le lendemain avec 80,000 hommes à Ligny; et quoique battu

« la Ire division du comte d*£rIon, s'empara du village de Monl-Saiiit-Jcan... » avant la charge de Ponsonby !

Le nom du maréchal Rcy ne se trouve pas une seule fuis cité dans cette relation, cl on n'y parle que de l^arrlvée du seul corps de Bulow. Ce n'est pas A Taltaque des corpsdc Pirch eldeZielhen que Napoléon attribue la déroule, mais • à la terreur panique que produisit réchec de quatre bataillons de la moyenne garde , culbutés par plusieurs escadrons anglais. »

Un peu avant cette catastrophe, « toute Tarméc, dit-Il, voyait avec satisfaction la bataille « gagnée et le champ de balaille en notre pouvoir. »

On ne dirait pas que ce rapport émane du commandant en chef de Tarmée française. Pour nous, c'est un document inexplicable.

ce jour-là avec des pertes considérables, il put réunir toute son armée, le 17, à Wavre. Son chef d'état-major alla s en* tendre le même jour avec Wellington pour les dispositions du lendemain (i) , et, le 18, avant quatre heures du matin, le corps de Bulow reçut Tordre de se diriger sur Saint-Lambert. Deux autres corps prirent la même route quelque temps après; de sorte qu'avant midi 50,000 Prussiens se trouvèrent enga* gés dans des chemins détestables, longeant une forêt et présentant leur flanc à un corps de 32,000 Français. Cette marche, déjà si dangereuse en elle-même (2), Blûcher eut la témérité de la poursuivre, bien que vers une heure (3) il entendit le bruit du canon dans la direction de Wavre, Le maréchal opéra sa jonction avec l'armée anglaise au moment décisif de la bataille ; enfin, après la déroute de l'ennemi, il ordonna une poursuite remarquablement vigoureuse pour des troupes sur pied depuis dix-neuf heures. Ce sont là des faite qui rappellent les beaux jours du vainqueur de Lodi, et doot

(I) Voir JOMiifi, Préettdela Campagne de 1815, p. 224.

(3) Y^ général ■offllng prélend que celte situation eût été ta piut dUavantageuM pots/bie, si Wellington avait été battu, *:t si Groucby était arrivé pendant la bataille. « Le 1er corps, dit-Il, était séparé du 2«; celui-ci du 4«, et ce dernier A son tour du le par 4es déniés; tous l'étaient du S« corps par l'ennemi même. Les chemins de traverse de la (brêt de Soignes étalent devenas presque impraticables poar PartlUerie , par odb plaie de deux Jours, et les chaussées auraient été occupées parTenneml. > {Campagne de Watev' loo, etc., p. 08.)

II faut remarquer cependant que Bittcber ne croyait avoir sur son flanc et set derrières que le corps de Tandamme, ce qui diminue un peu l'audace de sa résolution.

(3) D'après Groucby, c'est vers 10 heures et demie que le général Bxcelmans atteignit rarrlère-garde prussienne, A la Baraque, 4 une petite lieue «le Wavre; mais le récit du général fàérard et d'aulres témoignages prouvent que cette heure n^est pas exacte. Groachy Inlméme déclare que, pendant le combat livré ft l'arrlère-garde prussienne , il entendit le canon de Waterloo, lequel ne commença â tonner que vers midi. Au reste, le 3* corps n'arrin A la Baraque que vers 2 heures, et le 4« plus tard encore. Quant à l'attaque de Wavre, elle n'eut lieu que vers quatre heures.

D'après les auteurs allemands, Blucher ne reçut qu'à six heures l'avis oHlciel de cette dernière attaque ; Il donna aussitôt aux corps de Plrch et de Von Ziethen l'ordre de continuer leur marche, et A celui de Thielman l'ordre de soutenir seul le choc de 6rottcb7,sanrà se retirer, en cas de malheur, sur Uége.

81 cet avis de même que le bruit du canon, entendu vers une heure, ne changèrent peint la résolution de Biilcher de marcher sur ■onUSaInt-Jean, II faut rattribner d'abord A la premeise qu'il avait faite A Wellington, et ensuite A ce qu'il se croyait suivi seulement par le 3* corps français. (Voir C. V. W. GetehichU, etc., p. 88, 97, 98.)

l'honneur revient en partie au général Gneisenau, Thabile chef d'état-major de l'armée prussienne.

Le duc de Wellington et l'armée anglaise ne méritent pas moins d'éloges. On doit reprocher cependant au duc la dispersion de ses cantonnements à une époque où les troupes auraient dû être campées ; — une certaine hésitation dans les premiers ordres 9 donnés le 15 au soir; — enfin le détachement qu'il fit sur Hal, où 17,500 hommes restèrent l'arme au bras, pendant toute la journée du 18 (i). Son plan de campagne, du reste, était bien conçu et on peut dire qu'il prit toutes les mesures nécessaires pour en assurer le succès.

Le choix des Quatre-Bras et de Sombreffe pour points de réunion des troupes anglaises et prussiennes était conforme aux principes de l'art, et la position en avant de Mont-Saint- Jean offrait, quoi qu'on en ait dit, un champ de bataille avantageux. Cette position fut convenablement occupée et trèsbien défendue. Toutefois, il eût été préférable de mettre plus de troupes sur la gauche et moins sur la droite, parce que le but essentiel de l'empereur était d'amener la séparation définitive des Anglais et des Prussiens.

Pour le reste, le vainqueur de Waterloo ne mérite que des éloges. Les tacticiens reconnaîtront qu'il eut le bon esprit d'épargner ses troupes, le plus longtemps possible, en mas-

(1) Le général de Taudoocoart porte TefTectir du corps détaché sous les ordres du priAce Frédéric ik 19,000 bommcs. Ce chiffre esl trop élevé. II y avait à Bal, dans la Jouroét du 18 :

La 6e brigade anglaise de la division Colville, forte de 2,673 hommes. La 6« » banovrienne » » 3,515 »

La brigade indienne d^Anthlng » m 3,738 >

La lr« division néerlandaise » » 6,662 »

L» brigade de cavalerie hanovrienne, sous les ordres du colonel Istorff. » 1,877 »

Total 17,465 hommes.

Quatre brigades lianovrlennes, comptant 10,441 hommes, se trouvaient sous les ordres du général Van der Decken, à Anvers.

quant certains régiments derrière les plis du terrain; — que l'apparition inattendue de ces régiments dérangea les combinaisons de l'ennemi ; — que tous les mouvements ordonnés depuis le matin jusqu'à l'arrivée de Blûcher furent bien coordonnés, bien soutenus; — que le duc profita avec beaucoup de sang-froid et d'à-propos des circonstances favorables qui se présentèrent; — qu'il prolongea enfin trèshabilement la défense, en faisant entrer ses réserves lentement et successivement en ligne. Les troupes anglaises, d'ailleurs, animées par son exemple et rassurées par son maintien stoîque, le secondèrent admirablement. Jamais, au témoignage des Français eux-mêmes, on n'avait vu des carrés soutenir plus longtemps les charges réitérées d'une cavalerie aussi nombreuse et aussi redoutable que celle de la garde impériale. « Vers sept heures, dit le général de Vaudoncourf, on vint annoncer au duc que la division Picton, forte de 7,158 hommes dans la journée du 15, ne présentait plus que 1,500 à 1,600 combattants. // faut qu'ils restent en place jusquau dernier fut sa seule réponse, et ils restèrent... » Au général Hill, lui demandant ses intentions pour le cas où Sa Seigneurie serait mise hors de combat, il dit : Je n'ai pas (Vautre pensée que de tenir ici tant que je pourrai (i). Obligé de s*enfe^ mer à tout moment dans un carré pour se soustraire aux charges de la cavalerie française, il ne cessait d'exhorter ses braves soldats, en leur disant avec sa simplicité habituelle : & nous sommes batttis, que dira-t-on de nous en Angleterre ? (Stand fast 95 th! we must not be beaten, my friends : what tvill they say ofus in England?) On rapporte que le spectacle du carnage accompli sous ses yeux l'impressionna si vivement, qu'il s'écria, ému jusqu'aux larmes : // faut encore quelques

(1) Vq officier général demande A faire relever sa brigade, réduite au Uers : Cesi impôtiiblê^ dit ^clIlDgtoDt lut et moi y et nous tout, nous devons mourir sur la place que nous occupons en ce moment... [Campaigns of the duke, etc.)

heures pour tailler eu pièces ces braves gens : plaise au ciel que la nuit ou les Prussiens artivent avant (i)/

Toutes les relations impartiales constatent que le duc ne montra jamais plus d'activité et de courage personnel que dans la mémorable journée du 18. Si nous avions besoin de réfuter les allégations de certains auteurs, qui représentent Wellington se tenant immobile et comme pétrifié sous un arbre, ne donnant aucun ordre et laissant faire ses soldats, jusqu'au moment où Blûcher vint le tirer de sa léthargie ; s'il était de la dignité de l'histoire de réfuter de pareilles calomnies, nous invoquerions le témoignage unanime des officiers présents à la bataille. Parmi ces derniers, il en est un qui, en sa qualité d'étranger et de général espagnol, est peu suspect d'avoir montré un excès de bienveillance pour le duc de Wellington, c'est le général Âlava. Après la bataille, cet officier écrivait à l'un de ses compatriotes, don Pedro Cevallos : <c Vers sept heures du soir, Bonaparte, à la tête de sa garde, attaqua la position anglaise avec une telle vigueur que, pour un moment, la victoire fut indécise et même plus que douteuse. Le duc, sentant que le dénoûment approchait, parla aux troupes avec cet ascendant que possèdent tous les hommes supérieurs; puis, se mettant à leur tête, il rétablit le combat, s'exposant aux plus grands dangers. Heureusement, à l'instant même, nous aperçûmes le feu du général Blûcher qui attaquait la droite de l'ennemi avec son impétuosité ordinaire. Le moment d'une attaque décisive étant venu, le duc se mit à la tête des gardes anglaises à pied, leur dit quelques mots auxquels ils répondirent par un hourra général, puis Sa Seigneurie, les guidant avec son chapeau, les fit marcher à la

baïonnette, pour attaquer corps à corps la garde impériale (2). »

(1) Paroles citées par de Taudoncourt et Stocqueler.

(2) Lettre citée par Le Mayeur.

Un auteur français, M. de Beauchamp, rend à Wellington la même justice en disant que « dans les moments les plus eria tiques, il se porta au milieu du feu pour se montrer aux sol- « dat8 et les rassurer par sa présence. »

Le duc, avec cette parfaite équité et ce noble désintéressement dont il a donné tant de preuves, attribue» dans son rapport j le succès de la bataille de Waterloo à rassistafux cordiale et opportune quHl avait reçtie de formée prttssienne (f).

Quelques historiens se sont emparés de cet aveu pour revendiquer en faveur du maréchal Blûcher tout Thonneur de la victoire. Nous devons, dans Tintérèt de la vérité, protesta contre cette injustice. Sans doute à Tarrivée du corps de Bukm, la position de Wellington était grave ; cependant, rien n^aiitorise à dire qu'elle fût désespérée. Jusque-là ses troupes n'avaient obtenu que des succès. I^ fortune, il est vrai, pouvait changer, et, suivant toute apparence même, elle se serait déclarée contre les alliés, si Blucher n'avait pas déboudbé sur la gauche de la position (2); mais enfin, si les Pnissi^is arrivèrent à propos et décidèrent la victoire, on le doit à Wellington plutôt qu'à l'initiative de leur général. Il est certain, en effet, que les opérations du 18 avaient été concertées entre les deux maréchaux. Cela résulte clairement du rapp(Hl de Wellington, où il est dit ce qu'après l'affaire de Ligny» le lieutenant-colonel Gordon fut envoyé au quartier^énéral prussien pour s'entendre avec Blûcher relativement à la coapéraiiou de l'armée anglaise, qui avait ordre de se retirer dans la postdo» en avant de Waterloo, d Le général Gneisenau, iTua autre

(1) BUicher fut molni généreax; car dam ton Rapport mr la baURle, il se pMt à qu*au moment de ParrlYée dea Pniaslent, la position de Wellington était très-i trouve à la vérité dans ce Rapport un éloge pompeux des troupes anglaises, mais pes bb mot en faveur du général qui les avait si admirablement conduites.

(2) Cbâteaubriant, qui était alors à Gand avec Louis XVIII, affirme dans ses Méwtôtm d'Outre-Tombe, « que le 18, au matin, avant les premiers ceups de canon, le duc de WeUlag- • ton déclara qu'il pourrait tenir Jusqu'à trois iieores, mais que si les rrvssiems m» iisnis- « salent pas, Il serait nécessairement <^cra.sé. »

côté, affirme (i) que Wellington avait annoncé, le 17 à Blûcher, sa résolution d'accepter la bataille, si Ton pouvait Tappuyer avec deux corps, et que le maréchal, en réponse à cette communication, avait promis de venir avec toute sonarmée(2). Il parait même que le duc avait obtenu lassurance que ce secours arriverait entre une et deux heures (5).

On ne peut donc refusiBr.à Wellington le titre de vainqueur de Waterloo, puisque c'est lui qui arrêta les mesures collectives pour la journée du 18, qui choisit et occupa le champ de bataille, qui dirigea pendant sept heures les opérations tactiques, et qui ordonna l'attaque décisive au moment où les Prussiens, conformément à leurs promesses, débouchèrent sur la droite de l'ennemi. Du reste, pour se convaincre que le génie du duc a présidé à toute cette campagne, il suffit de la comparer à celle de 1814, où Blûcher joua un rôle important. Que de fautes ont été commises dans cette dernière, et combien peu dans l'autre! A Montmirail, les cx>rps de Sacken, d'York et de Kleist, forts de 40,000 hommes, furent attaqués, battus et jetés au delà de la Marne par 16,000 Français. Dans le même temps, Blûcher, avec 20,000 hommes, était contenu par Marmont, qui n'en avait que 4,000, et l'armée de Schwartzenberg, forte de 100,000 combattants, tenue en échec par les corps de Macdonald , Oudinot et Gérard , comptant à peine 18,000 hommes. Napoléon avoue que le souvenir de ces victoires le décida en 1816 à attaquer les alliés avec une armée beaucoup plus faible que la leur.

On a dit que Wellington ne s'attendait pas à vaincre, et qu'il fut étonné du résultat de la bataille (4). Ceux qui savent

(1) Dans M Rêiation de la batatUê de Wûierloo.

(2) Voir encore Alison. t. X, p. 464 ; Odbwood, t. XII, p. 477 et 478.

(3) Maxwell dit qu^en acceptant la bataille , Wellington comptait £tre livré à lui-même au ph» pendant quatre heures. (T. 111, p. 4970

(4) L'opinion que WcUInston avait gagné par hasard la bataille de Waterloo, et qu'il en fat lui-même tout surpris, a été générale en France, et s> tronve encore acceptée par beau-

avec quel soin le duc a toujours cherché à mettre de son côté les chances de la victoire, n^accepteront pas ce jugement. Us verront dans les dispositions même quil avait prises le gage d un succès qui n'étonna que ses ennemis. Wellington eut si peu l'intention de faire un coup de tête et de finir sa carrière par un désastre éclatant, qu'avant la campagne, et le jour même du dénoûment, il avait écrit^à plusieurs personnes pour témoigner de sa confiance inébranlable dans le résultat de la lutte.

On lit en effet dans une lettre du 8 mai, adressée au général Stewart : « Je n'ai rien à dire sur nos opérations défensives, « parce que je suis porté à croire que Blûcher et moi nous « sommes si bien unis et si forts, que l'ennemi ne peut pas « nous faire beaucoup de mal. Je me trouve au premier poste. « La plus grande partie des forces ennemies est devant moi, « et quand je suis rassuré nul ne doit avoir de crainte. »

Deux jours après, il écrivait au prince de Metternich : « Il « me semble impossible qu'avec la prudence et les disposi- « tions les plus ordinaires, nous échouions dans nos opérace tions militaires. »

Dans la matinée du 18 juin, quand déjà l'armée impériale se déployait pour le combat, le duc adressa à Charles Stuart le billet suivant : « Tranquillisez, je vous prie, les Anglais, « si vous le pouvez: qu'ils se préparent à partir; qu'ils n'y « mettent ni précipitation ni frayeur , car les affaires taurin neront bien pour nous. » Enfin, au moment de montera cheval, il envoya au duc de Berry une lettre finissant par ces

coup de personnes, flous nous rappelons «voir vu un portrait du général anglais avec ce quatrain qui, sous une forme piquante, rendait une pensée alors très-commune :

D^où vient cet air d'étonnement Sur ce visage où dut briller la gloire? C'est que le peintre a, maladroitement.

Peint le héros le Jour de sa victoire.

mots : tt J*espère, et de plus fai toute raison de croire que c< tout ira bien (i). »

Ces témoignages sont précieux; ils font non -seulement ressortir l'exagération des Prussiens, qui attribuent à Blûeher le succès de Waterloo y mais ils mettent encore en lumière le jugement solide et la froide impassibilité du général anglais.

En face du plus grand capitaine qui ait jamais existé, et d'une armée supérieure sous tous les rapports à celle des alliés, il n*eut qu'une seule crainte, peu sérieuse en elle-même (exprimée dans sa lettre au duc de Berry) : cest la crainte d'être tourné par Hal.

De nombreux témoins oculaires ont attesté que pendant la bataille, Wellington ne montra ni embarras ni hésitation (2). Presque toutes les personnes de sa suite furent mises hors de combat (3), et il y eut un moment où son état-major se trouva réduit à un seul officier. Après la charge décisive qui termina la journée, le duc se tint constamment à la tête des corps avancés, et comme on lui fit observer qu'il ne tarderait pas à être victime de cet empressement, qu importe, dit-il, ta bataille est gagnée, ma vie n'a plus de valeur (4) / Une nature plus vive et plus irritable ne permit pas à Napoléon de con-

(1) Ifaitolétin parait nvor en la même conflance,|iuisqii\)n a trouTé dans Mi papiers une priicl.imatlon aux habitanls de la Belgique et de la rive gauche du Rhin qui devait être publiée après la d<^route des ailles. Celte pièce renferme entre autres le paragraphe suivant : » If apoléon est au milieu de vous ; vous êtes dignes d'être rran<;ats ; levez- vous «o masie, )^ joliinez vous A mes phalanges invincibles pour exterminer le restant de ces barbares qui n sont vos ennemis et les miens. »

« Fatals impérial de Laeken. 17 juin 1815. » — Voir Maxwbll, t. ni, p. 539.

ITun autre côté, le général tineiscnau,dans sa Relation officteile de ta 6€i/a///«, affirme qu'à trots heures. Napoléon avait expédié à Paris un courrier pour annoncer que la victoire n'était pas douteuse.

(2) Le général anglais assigna lui-même à chaque régiment sa place de combat et surveilla l'exécution des moindres détails. Il s'est trouvé cependant des auteurs qui ont osé affirmer que, pendant toute la lutte, il s'était mis à l'abri dans un carré d'inranterle.

(3) ALUON, t.X,p.46S.

(4) II dit au colonel Harvey : • Let tbem Are away; tbe batlle is over and my lire la of no value now. » Voir ALisoN, t. X,p. 473.

server ce calme précieux. Il se montra à Waterloo moÎDs actif et moins opiniâtre que son adversaire (i). Des Français lui ont même reproché d'avoir abandonné trop tôt la partie (2) ; mais Thistoire impartiale protestera contre cette injustice. Elle dira, en l'honneur de ce gi*and homme, qu'il a quitté le champ de bataille un des derniers, et qu'il a voulu mourir d'une manière digne de lui, dans le seul bataillon resté debout (s)...

Avant de suivre les alliés dans leur marche sur Paris, nous devons nous arrêter un moment aux opérations de l'aile droite de l'armée française.

Grouchy avait eu le 19 un nouvel engagement avec le corps de Thielman. Il allait poursuivre son succès, quand il reçut avec l'annonce de la défaite de Waterloo (4) l'ordre de se diriger par les Ârdennes sur Laon .

Le prince Jérôme, qui avait réuni 25,000 hommes derrière Âvesnes, fut également dirigé sur ce point, où devaient se réunir successivement toutes les forces disponibles de la France.

L'empereur espérait que Wellington, par crainte de s'engager au milieu des places fortes, avancerait avec beaucoup de précaution vers la Somme. Il s'arrêta en conséquence pour attendre Grouchy, qui avait besoin de huit jours pour re-

(1) Gêné ptr une affection hémorrboldale.ll resU astis, de onxe heures à trois heures, iw une élévation près de Rossomme, d*où il pouyalt découTrIr tout le champ de belaiie- (OR Vaulabslli.)

(2) H. de Beauchamp, entre autres, prétend que Napoléon eéda à U frtyevr cl te glissa à travers ses soldats : « Préférant la vie avant tout, dit-Il, Tempereur abendoBBn on troMtccui « qui moururent pour lui. » T. IV, p. S4t. 11 niut pousser la paseion bleu loin pear accaser de lâcheté un homme tel que Bonaparte 1

(3) Pour ne pas entraver le récit des événements, nous renvoyons à la fin 4n ehapllrc une note^ dans laquelle nous apprécions le Jugement que napoléon a porté sur In œsidalle de ses généraui,ainsi que sur celle de Wellington et de Bitteher.

(4) Grouchy affirme qu'il apprit seulement le désastre le 19, à oim hewtt dm

joindre. Mais, dans la nuit du 21 , Napoléon jugea nécessaire de partir pour Paris, où de graves intérêts réclamaient sa présence.

Cette résolution a été blâmée par quelques historiens, louée par d'autres. Quoi qu'on en puisse penser, il est certain que Tempereur ne produisit pas Teffet qu'il attendait, et que, loin de contenir les passions, sa présence dans un pareil moment ne servit qu à les encourager (i). En voyant ce rare génie» tant de fois vainqueur de l'Europe, rentrer seul dans sa capitale, laissant derrière lui son armée dans une déroute complète, les haines de parti, les ambitions longtemps contenues, toutes les passions dont le despotisme avait triomphé, se réveillé* rent pleines d'espoir et d'énergie. Jamais l'empereur, même après les désastres de Moscou et de Leipzig, n'avait paru aussi amoindri, aussi près de sa fin. A la tète de l'armée, au contraire, il eût imposé à l'ennemi et rassuré ses partisans, car on pouvait attendre encore quelque prodige de celui qui tant de fois avait étonné le monde par les ressources imprévues de son génie militaire.

Le roi Joseph, qui avait blâmé le départ de Laon, prétend que Napoléon fut décidé à venir au sein de la capitale p|ar le billet suivant du président de la Chambre des Députés: «Les « plus grands revers ne seraient pas capables d'ébranler le ce dévouement de tous les membres du Corps législatif; c'est a dans ce moment surtout que l'empereur reconnaîtrait qu'il (c n'a dans le Corps législatif que des admirateurs passionnés « et des amis intrépides (3). »

(1) LeteMn Pain, tecrMairede 1lapoié<H|, •fUraie daes les Mémairêi p«bllés i Léadrês en 1819, que Tenipereur dit A ceux qui lui conseillaient d^aller A Paris : « Puisque Tput le « jugei nécessaire, j'Irai A Paris, mais Je suis persuadé que tous me faites faire une sottise, t Ma vraie place est Ici. » Il est difllciie d'admettre cependant que Napoléon ait pu agir et parler de la sorte.

(2) Mémoires de Joseph» t. X , p. 235.

Ce billet, écrit A la réception de la nouvelle vicloire de Llgnjr, parvint A l'empereur Immé-. dlatement après Péchec de Waterloo.

L empereur vit bientôt qu'il avait eu tort de prendre ces protestations au sérieux. Un premier coup d'oeil lui donna la conviction que tout était changé à Paris, et que Tespoir d'opposer une résistance nationale aux derniers efforts de la coalition devait être complètement abandonné.

Les Français, qui lui avaient tout pardonné, tout, jusqu'à la confiscation de leurs libertés, jusqu'à ses folies guerrières, si ruineuses et si sanglantes, ne lui pardonnèrent point d'avoir été vaincu. Aux yeux de ce peuple inconstant, le succès tient lieu de toute chose. Il a des hommages sincères pour la liberté triomphante et des complaisances inouïes pour le despotisme, qui lui donne, ou lui promet seulement la gloire. Avec plus d'intelligence et de générosité qu'aucun autre peuple , il manque à un haut degré de constance dans les idées et de fixité dans les principes. La légitimité pour lui est dans le succès. Il passe tout aux forts jusqu'au jour où ils cessent de l'être. Napoléon avait exploité cette faiblesse ; il en fut la victime : c'était inévitable !

En 1808, lempereur avait écrit à Ferdinand: a Votre Alc< tesse n'aura plus d'amis si jamais elle est malheureuse. Les ce peuples se vengent volontiers des hommages qu'ils nous ce rendent (i). » Sept ans après, il put se convaincre de Tamère vérité de ces paroles. L'homme du destin tomba comme il devait tomber. La victoire l'avait élevé au trône; un désastre l'en fit descendi*e. Aucun pouvoir nouveau ne résiste à la mauvaise fortune. La débâcle de l'empire en offre une preuve éclatante. La fière nation, que Bonaparte croyait avoir accoutumée au frein, et qui longtemps en effet entretint par ses acclamations enthousiastes les illusions du grand capitaine, maintenant désabusée et libre, se vengea, mais de la plus mauvaise manière !

(1) Utirê du 14 tTrif.

Au lieu de soutenir le héros quand il pouvait encore défendre la patrie avec 70,000 bras dévoués, elle repoussa le secours de son génie, et sans pudeur comme sans honte ouvrit les portes de la capitale à ses ennemis triomphants. Les fonctionnaires que Napoléon avait comblés de faveurs, les agents que sa libéralité avait enrichis, son sénat si complaisant et si servile aux jours de sa puissance, ses maréchaux mêmes, qui les derniers auraient dû lui rester fidèles, furent les plus empressés à le trahir. « On peut encore tenter la fortune avec les ressources qui restent à la France ! » s'écriaient

Labédoyère, Carnot, Davoust « C'est faux, répondit Ney,

« encore tout couvert du sang de Waterloo ; on vous trompe, « Wellington est à Nivelles avec 80,000 hommes ; les Prusc< siens sont loin d'être battus. En sept jours, l'ennemi sera ce aux portes de la capitale; vous n'avez plus d'autre moyen « de salut que de lui faire des propositions (i).... » Indigne langage dans la bouche de celui que l'armée avait surnommé le brave des braves, et qui venait encore de justifier ce titre d'une manière si éclatante (2)! Lui et ses pareils prouvèrent en cette circonstance que le génie militaire ne s'allie pas toujours aux vertus du citoyen.

Ce n'est pas à Waterloo, c'est à Paris, au milieu des gens comblés de faveurs, que le cri sauve qui peut fut poussé. Le bouillant Labédoyère eut raison de dire, en jetant un regard de feu sur ses collègues du sénat : « Malheur à ces généraux vils ce qui méditent peut-être en ce moment de nouvelles trahicc sons! Depuis dix ans, il ne s'est fait entendre ici que des ce voix adulatrices ! »

(1) :vey se permit cette incroyable sortie après ia lecture faite par Caroot d^un bulletia quelque peu rassurant sur la bataille de Waterloo. (Stence de ia Chambre des Pa/n^du 23 Juin.)

(2) Cette conduite semble confirmer Toplnlon de ceux qui prétendent qu*après sa défection, ney ne fut plus le mémo homme. Il était atteint d*un sombre désespoir : « yout wfyez cet bouietif dit-il aux Quatre-Bras, eh bten^ Je voudrait qu'Us m'entrassent tous dam le ventre/

Désabasé, dégoûté peut-être par ces cruelles déceptions, par les honteuses intrigues qui s*ourdissaiént autour dé hii. Napoléon abdiqua pour la seconde fois, malgré leâ protestations de quelques-uns de ses anciens ennemis, devenus ses partisans au jour du malheui^.

Il avait espéré qu*on proclamerait son fils, mais ta majorité des pairs ne voulant rien préjuger, nomma, de concert avec l'autre chambre, un gouvernement de cinq membres, composé du duc de Vicence, du baron Quinette, du duc d*Otrante, du général Carnot et de M. Grenier.

L'un des premiers actes de ce gotivernement fut d'envoyer des commissaires, sous la présidence de La Fayette, aux souverains alliés pour obtenir une suspension d'armes et traiter de la paix (i). Mais ces délégués n'ayant pas même réussi à obtenir une audience des souverains, on nomma une autre commission, chargée de négocier un armistice avec les généraux vainqueurs.

Nous avons laissé l'armée alliée poursuivant les colonnes ennemies avec toute la vigueur dont elle était capable.

Le 21, contrairement aux prévisions de Napoléon, elle passa la frontière française sur plusieurs points (2). Cette précipitation avait un double but, l'un militaire, l'autre politique. Le but militaire était de profiter du morcellement de l'armée française et du désarroi produit dans la capitale par le désastre imprévu de Waterloo. Le but politique, qu'on n'avouait pas, mais que les diplomates russes et autriohiens ne tardèrent

(1) Cette commission écrivit de LaoD, le 26 juin, à M. BlgnoD, ministre proTisoire des affaires étrangères : > Il est de notre devoir d'observer que Tévaslon de napoléon, avant rissue des « négociations, serait regardée comme une mauvaise foi de notre part et pourrait compr»m mettre essentiellement le salut de la France. » Ceci explique pourquoi Fonché flt garder l^mpereur à vue dans la Halmaison.

(2) C'est le ao» à Bruxelles, que Biaclier et Wellington avalent arrêté, de Goaimiiii aocord. le projet de marcher sur Paris.

point à signaler, était cl*assurer, par une marche rapide, à la Prusse et à l'Angleterre une influence dominante dans la solution définitive des aflaires à Paris. À cette époque, en effet, les Russes étaient encore sur le Mein près de Francfort, et les Autrichiens en deçà du pont de Bâle. Tout pouy^iit donc être fini avant leur arrivée. C'est ce que Wellington, avec sa pénétration ordinaire, avait parfaitement compris.

Le ^5 Blûcher et le duc eurent une conférence à Ghâtillon. Ils convinrent de marcher sur la capitale par la rive droite de rOise, en passant par Compiègne, et d'envoyer seulement dans la direction de Laon quelques détachements de cavalerie (i).

Blûcher, après avoir pris Avesnes et Guise, cerna la Fère dans la journée du 25, et laissa en arrière une partie de ses troupes, sous les ordres du prince Auguste, pour assiéger Maubeuge, Landrecies,Mariembourg, Philippeville et Rocroy.

Depuis le 25, le 2*^ corps néerlandais, sous les ordres du prince Frédéric des Pays-Bas, avait fait quelques démonstrations sur le Quesnoy. Ces démonstrations n'ayant pas donné une haute opinion de l'énergie de la défense, on ouvrit contre la place une vive canonnade dans la journée du 27. Deux jours après, le Quesnoy se rendit.

A la même date, les troupes hollandaises commencèrent leurs opérations contre Yalenciennes. La place fut canonnée pendant trois jours sans aucun résultat ; puis le siège tourna en longueur faute de matériel. Il se prolongea sous forme de bloeus jusqu'au 20 juillet. Ce jour-là, Condé reconnut également Louis XVIII pour roi des Français.

L*armée anglaise pritpartà ces opérations, que l'insuffisance des garnisons, le mauvais état du matériel et le manque de patriotisme chez les habitants rendaient en général peu difficiles.

(1) Par ce mouvement • on tonmtli l^ermde française qnl était à uon et A SoUaoni.

Le 25 juin, la division Colville s'empara par escalade de la citadelle de Cambray. Le lendemain, les troupes de Wellington entrèrent dans Péronne, après avoir enlevé de vive force Touvrage à cornes établi sur la rive gauche de la Somme.

Enfin, dans la journée du 28, Blûcher s'empara par surprise de Villers-Cotterets.

Pendant ce temps, Tarmée française se dirigeait de Laon (i) sur Soissons; Grouchy marchait de Reims vers Nanteuilsur-Marne , et Yandamme remontait la Meuse , cherchant à gagner Lagny par la Ferté-Milon et Meaux.

Le 29, les premières troupes françaises prirent position devant Paris, sur la rive droite de la Seine. Le maréchal Davoust vint se mettre à leur tète par ordre de la commission de gouvernement.

Du 29 au 30, Tarmée de Wellington passa TOise. Arrivé à Gonesse, le duc fut obligé de calmer Tardeur guerrière du maréchal prussien, qui voulait immédiatement attaquer Paris: ce II ne faut pas, lui écrivit-il, nous exposer à des pertes séa rieuses sans nécessité. En attendant quelques jours, nous (c aurons Tarmée du prince de Schwartzenberg, et avec elle

(c les souverains alliés, qui décideront du parti à prendre

c< Il est vrai que nous n'aurons pas la vaine gloire d*entrer à c( Paris à la tète de nos armées victorieuses ; mais, ainsi que (C je Tai déjà expliqué à Votre Altesse, je doute que nous ayons (C actuellement les moyens de réussir dans une attaque contre ce cette ville (2) . »

Pendant que Wellington adressait à son bouillant collaborateur (3) ces sages conseils, ta commission de gouvernement, en vertu de ses pleins pouvoirs, lui envoya des commissaires

(n Bile «Tait quitte Laon le 27.

(2) UitrêdnljnWlti.

(1) Qualification que lui donna le duc dam uMtre du 26 juin 1815, Au prinem d€ SekmmH-

pour obtenir un armistice et sonder les dispositions des souverains alliés à regard du gouvernement de la France. Émanation de deux chambres où les Bourbons avaient peu d'amis, les commissaires devaient insister sur ce point, « que la dynastie de Napoléon pouvait être conservée sans danger de guerre, et que les Bourbons, au contraire, étaient incompatibles avec le repos général de la France et de l'Europe (i). » Wellington reçut les commissaires avec bienveillance, et leur déclara de prime abord qu'il était disposé à conclure un armistice pour sauver Paris du danger qui le menaçait [t). Sur les autres points, il ne fut pas moins explicite. Les commissaires lui ayant exposé l'état de l'opinion en France et la possibilité de fixer les bases d'une convention raisonnable en proclamant Napoléon II (s), Wellington répondit que, comme individu, il croyait que l'Europe, sous la régence de ce prince, ne pourrait jouir d'aucune sécurité et la France d'aucun repos (4). En conséquence il insista auprès des plénipotentiaires, en son nom particulier, pour la restauration immédiate et sans conditions du roi légitime. MM. de Valence et de Flaugergues objectèrent que, puisque la famille des Bourbons paraissait une condition essentielle aux alliés pour le rétablissement de l'ordre et de la paix, il était un autre prince de la famille, le duc d'Orléans, qui offrait plus de gages de sécurité pour la France. Wellington rejeta cette ouverture, en faisant observer que le duc d'Orléans ne serait qu'un usurpateur de bonne maison ; que du reste, son Altesse Royale n'accepterait pas la couronne, et que si elle l'acceptait momentanément, ce ne

(1) Extrait des Itutruetiom données aux plénipotentiaires le 23 Juin 1815.

(2) Tolr sa lettre^ datée de Gonesse le 12 Jaillet, aux committatret francati.

(3) Les commissaires étaient Inspirés par Fouché, qui, dans le principe, se montra dls|)Osé 4 accepter n'Importe quel roi, sauf Louis XVIII. H. de Beaucbamp dit « qu'il fut question du duc dH>rléans, du roi de Saxe et d*un prince de la maison d*Orange. » (T. IV, p. 390 et 391.)

(4) Déjà, avant la bataille de Waterloo , Fouché avait pressenti Wellington sur ce point : Il savait donc que le général anglais ne voulait ni de !fapoléon, ni d'une régence présidée par ■arie-Lonise. (Voir Capeficub : les Cent Jours, t. Il, p. 245.)

serait que pour la rendre à Louis XYIII (i) : « Rappelez donc ce votre roi légitime, leur dit le général, et cela sans perdre « de temps, parce qu'alors on ne croira pas que vous avez été (c contraints par les alliés à prendre ce parti (i). »

Ce conseil excellent aurait épargné à la France bien des maux, si ses mandataires avaient eu assez d'intelligence et de patriotisme pour Faccepter. Les chambres, malheureuselhent, n'étaient pas à la hauteur des circonstances. Avant lé départ de Napoléon pour lUrmée, et pendant même qu'il se trouvait aux prises avec l'ennemi, elles avaient gaspillé leur temps en discussions sans but comme sans utilité. Ainsi , quand il s'agissait d'armer le pays pour résister à une agression formidable, les députés ne se préoccupèrent que de la nécessité de faire une constitution et de réprimer, certains empiétemeati d'autorité. Après la catastrophe, leur contenance fut plus misérable encore. Au lieu de soutenir franchement le chef de l'armée, de l'investir même de la dictature, seul moyen de sauver une nation envahie par l'étranger, elles abandonnerait le grand capitaine malheureux et se livrèrent à la discrétion d'un gouvernement provisoire, dont Fouché était Tàme et la tête. Dans un moment où il aurait fallu organiser fortement la résistance nationale, « la Chambre s'amusait, dit un historien, à examiner philosophiquement si les Antonin, les Trajan, les Marc-Aurèle avaient aboli la confiscation; et elle considérait comme une grande mesure de salut publia, d'avoir remplacé la médaille des députés par l'écharpe trico* lore... »

La proclamation immédiate, spontanée de Louis XVIU eût sauvée la situation, car les alliés avaient déclaré officiel-

ci) Capkpigok :tes Cent Jours, t. il, p. 307.

(2) Uitre de Wellington à lord Bathurst,! \\ï\\\ti IBjK.

(4) L^semblée déclara , à la vérité, que napoléon II était empereur par le Mt de tlon de ifapoléon i«r, malt elle ne le proclama pohit et ne nomma point de régence. CéUE faire trop ou trop peu.

lemetit qiié leur seul but était de renverser Tusurpateur et de réintégrer les Bourbons. Ce but atteint, la marché dé leurs années sur Paris serait devenue sans objet, et peutêtre même Toccupation de la France ne leur eût-elle point semblé nécessaire. Mais la Chambre, pusillanime jusqu'au bout, n'osa crier ni vive l'empereur, ni vive le roi (t) ; d^àutre part, les plénipotentiaires de la commission de gouvernement ne cessaient de répéter à Wellington, « que toute forme de gouvernement, toute dynastie convenait mieux à la France que les Bourbons de la branche aînée... » Ainsi, après avoir renié ITiomme de guerre , on n'osait pas proclamer franchement l'homme de paix. Le peuple seul parut un moment logique en proposant à Napoléon de le mettre à la tête des sections armées , et de lui conférer la dictature à des conditions révolutionnaires. Mais le restaurateur de l'autorité en France eut peur de la démocratie, et il préféra se résoudre à deïneurcr seul contre tous.

Le 25 juin. Napoléon se retira à la Malmaison avec quelques serviteurs fidèles. Son âme, moins ferme dans ce moment suprême qu'elle n'aurait dû l'être, semblait résignée aux derniers sacrifices.

Mais il ne suffisait point aux souverains alliés de voir celui qui naguère était le maître de l'Europe surveillé maintenant par Fouché dans sa résidence impériale.... Wellington, après avoir consulté Blûcher, informa les commissaires, sous la date du 29 juin, « qu'aucun armistice ne pouvait se faire tant que « Napoléon Bonaparte serait à Paris et en liberté. »

En conséquence les opérations furent poursuivies, malgré le désir du général anglais de préserver Paris d'une attaque de vive force. Blûcher, du reste, fit tout ce qu'il put pour arrivera une solution violente. Au moment même où son collègue

(1) Voir les ridicules procè«-verbaux de la cliiiiiiHre des Députés, du 28 Juin au 8 Juillet.

négociait avec les commissaires français, il passa la Seine au Pecq (i). Ce mouvement hasardé, entrepris pour tourner les ouvrages au nord de la capitale, isolait complètement Tannée prussienne. Le général Excelmans attaqua brusquement Favant-garde de cette armée et lui fit éprouver des pertes considérables.

La faute de Blûcher eût coûté cher aux alliés, si dans ce moment un bon général se fût mis à la tète des troupes françaises concentrées autour de Paris.

Napoléon jugeant l'occasion favorable pour prendre une revanche, offrit au gouvernement provisoire de ressaisir le commandement à titre de général et non d'empereur (2). Il comptait sur un succès, qui eût facilité les négociations et permis à la grande armée de prendre congé de la France par une victoire. Mais cette noble proposition fut écartée par les basses intrigues de Fouché. Carnot seul, un ancien proscrit de Bonaparte, devenu son appui dans le malheur, soutint qu*il fallait combattre encore, et toujours combattre !

Après cette dernière tentative, il ne restait à Tempereur qu'à se rendre une seconde fois en exil . Il quitta la Malmaison, le 29 juin, à cinq heures du soir. A peine eut-il pris le chemin de Rochefort, qu'un parti de Prussiens envahit sa résidence. On assure que les soldats de ce détachement se montrèrent furieux d'avoir manqué l'illustre victime que Blûcher avait juré de prendre à la tête de ses colonnes (3).

(1) TRiBADDEAU , t. X , p. 436, «fllrme qae ce mouTcment fut concerté avec WelUsglM l Gooesse. Le gCnéral de vaudoncourt prétend que ce fut une opération toute politique, ajail pour but d'Intercepter les communications de Paris avec la moitié des départements et es forcer ainsi cette Tille à capituler. 11 pense toutefois que Wellington ne Taurali pat lée sMl n'avait eu la certitude que le commandant en chef de Tannée françalae ne s*y serait pas. C'est aussi Poplnlon du général Hnffllng (V. t. IV, p. SI) et ceUe des FicItUm •t conquêtes, t. XXIV, p. 276 et 277.

(2) Ce fut le général Becker quMI chargea de faire cette offre au gouYernemeni provlialit* ( Victoires et conquêtes, t. XXIV, p. 269.)

(3) THiBAUDKAU, t. X, p. 446; Gapkfigur, Uist. de ta Bestauration, t. II, p. SSt ; »i Vavmicouar, t. iv,p. 205.

Le départ de 1 empereur , si habilement préparé par les intrigues de Fouché, aplanit une grande difficulté et simplifia la tâche des commissaires du gouvernement provisoire (i) .

Wellington exigea, comme première condition, Téloignement de toutes les troupes françaises derrière la Loire. On tomba d^accord sur ce point, ainsi que sur tous les autres ; de sorte que, dans la nuit du 5 au 4 juillet, une convention put être signée entre Blûcher, Wellington et le prince d'EckmûhU Cette convention porte qu'en trois jours Tarmée devait évacuer la capitale, et, en huit jours, se porter derrière la Loire avec son matériel, son artillerie, sa caisse et les propriétés des régiments.

Cétait, sauf le mot^ une capitulation véritable. Pour l'obtenir, Davoust s'était adressé par écrit au général Ziethen, commandant l'avant-garde prussienne et n'avait recueilli que lliumiliation de cette réponse laconique : « Je n'ose même <c pas annoncer la demande d'une capitulation au prince BIûw cher, mais si la ville et l'armée veulent se rendre, j'accepcc terai une suspension d'armes (2). »

Fouché fut plus heureux auprès de Wellington (3), parce que le duc voulait en finir avant l'arrivée des Russes et des Autrichiens, pour donner une impulsion anglaise au nouveau gouvernement et mettre son pays en possession de l'influence morale qu'Alexandre avait exercée en 1814,

Quelque humiliante que fût cette négociation pour l'armée française, on ne doit en rendre responsables ni Davoust, ni Fouché seul. Un conseil de défense, où siégeaient entre autres

(1) c^dtalent de nouveaux commissaires; les autres avaient complètement échoué A Couesse.

(2) Leiirê du 2 Juillet 1815. (dk Vaudoncodrt, t. IV, p. 262.)

IMJi, le 30 Juin, Davoust avait fait une démarche analogue auprès des généraux alliés pour obtenir une suspension d'armes, \irelilngton rejeta cette demande en termes polis» mais BIOcber at une réponse grossière. (Voir DR Vaudohgoukt» t. V, p. 257)

(3) Le secret de ces Intrigues rst révélé dans un livre Intitulé : Inttrresting factt, etc., bf Macirooe. London, 1817, p. 47 «t lulvantei.

Soult et Masséna» avait iiigné» le 2 juillet, à trois heures du matin, un avis qui marque rabaissement général des canietères à cette époque (i).

Pénible rapprochement : ce En 1812, 45,000 Français avaient disputé le terrain à 150,000 étrangers sans craindre leur irruption dans Paris ; ils n'avaient capitulé que les armes à la main, couverts du sang de Tennemi ; et avec 80,000 Français, Davoust n'avait pas osé combattre! 00 ,000 Anglo-Prussieofi: il s était rendu Tépée dans le fourreau (3) ! » La postérité reconnaîtra que cette honte n'eût pas été infligée à la France, si les maréchaux Ney, Mortier, Grouchy, Masséna et Soult avaient eu le patriotisme des simples soldats et des ouvrUrs des faubourgs (3).

Les alliés s'établirent, dès le 4, dans les postes de Neuilly et de Saint-Denis. Les barrières furent occupées le 6. Le lendemain Wellington et Bliîcher entrèrent dans la capitale, où ils furent reçus avec des démonstrations peu honorables pour le caractère français.

Sa Majesté Louis XYIII arriva le 6 (4). Ce fut sur les instances de Wellington et contre l'avis de Talleyrand que le roi avait suivi de si près les armées conquérantes (s). Cette imprudence^ comme on l'appela d'abord, eut tout le résultat qu'en attendait le duc. Elle dérouta les soutiens de Bonaparte, raffermit les partisans des Bourbons, décida enfin les timides

(1) DE Vaudoncourt, t. lY, p. 239, donne de curieux détails sur ce conseil de rut une espèce de comédie arrangée pour les besoins de la cause par rovcM eC

Carnot seul, dans le souvemement provisoire, vota contre la capltatatton.

(2) THIBAUDBAlf.

(3) Il est juste de falre^bserver cependant qn*«n nouvel acte d*Mroisas« «to rwtmét alaratt point sauvé la France, car 60,000 Bavarois et Allemands étalent arrivés sur la derrière eux venaient, i quinie marches de distance , 200JOOO Eusoes et MS^OM Sais 11 y a des cas où une armée doit eomliattre seulement pour aaufer l^hMMieur < et c^est oe que m comprit point le fouvememeut provisoire en 1SIS<

(4) Louis XVIII fut suivi , à quelques heures dMntcrvalle, par le ml «in perenrs d*Autrlcbe et de Russie.

(5) Voir la lettre de ff'elUngton au f rince de TatHo^r&nd, U Juin ItlS.

et les intrigants à servir la cause de la légitimité. Nous avons constaté, dans d'autres circonstances, que les vues du général anglais étaient souvent plus justes que celles des hommes d'État à grande réputation. Cette fois encore, il prouva qu'il connaissait mieux l'état des esprits en France que le subtil et trop célèbre prince de Bénévent.

On n'a pas fait assez ressortir le rôle important que joua le duc de Wellington dans les deux restaurations. En 1814, ce fut dans son armée que .s'éleva le premier cri de vive le roi! et, en 1815, ce fut encore lui qui, avec l'assistance de Foucbé, prépara les voies à la rentrée de Louis XVIII. Dans cette dernière occurrence sa tâche offrait plus d'un genre de difficultés. Il fallait obtenir l'éloignement de l'empereur et de Tarmée française, — neutraliser l'action des Chambres, où l'on ne cessait de crier : pas de Bourbons (i) ! — éviter un soulèvement du peuple, qui joignait ses vœux à ceux de l'armée pour le rétablissement de la dynastie impériale; — il fallait tenir tète aussi aux exaltés du parti légitime, qui auraient tout compromis par leur exagération ; — il fallait même, jusqu'à un certain point, vaincre sinon la répugnance , au moins la tiédeur que montraient les souverains alliés à l'égard de Louis XYIII (2).

Pour surmonter ces difficultés Wellington avait l'appui de Foucbé, depuis longtemps en relation avec lui par l'intermédiaire de deux agents secrets (Macirone et le général Tromelin^. On a reproché au duc d'avoir choisi un intermédiaire

(1) Le 1er Juillet, une adresse pour la proscrlplIoD des Bourbons fut lue et applaudie à la Chambre des Députés.

(2) Cela résulte entre autres de la lettre suivante <f0 Wellington à Dumouriez :

m A mon arrlrée * rnris, Je sayais que les alliés n^étalent pas du tout déttraUnéa en laveur du roi ; que les • . • . surtout ne voulaient pas la Restauration ; que Tarmée et les assembMOT étaient contraires ; qu^tl y avait quatre provinces en état de rebelllon ; que d^nutres, y compris Paris, étalent très-froides. Il était très-clair pour mol que si je n*inléressals pas Pouché a la Be«taurâtlon, 8a Majesté eût été obligée de rester à Saint-Denis, au uMlns Jusqu'à l'arrivée des souverains; ce qui aurait en tout cas nul A son autorité et sa dignllé... J'ai conseillé à Sa Majesté de prendre Fouché à son service.^ et Je suis parfaitement certain que le roi doit sa restauration tranquille A ce conseil- »

si peu honorable ; mais nous ne pouvons pas nous associer à ce reproche. Dans les moments de crise et lorsqu'il s'agit d'atteindre un but utile, on n'a pas toujours le choix des hommes et des moyens. Fouché montra sans doute peu de caractère et de probité politique au milieu des intrigues qui signalèrent cette époque; mais Wellington ne pouvait ni méconnaître ni dédaigner l'habileté de ce personnage. Nul mieux que lui n'était apte à préparer l'opinion dans le sens de la restauration de Louis XYIII ; et cette raison seuledevait engager le général anglais à s'appuyer sur lui. Au reste, Wellington connaissait les idées libérales et la tolérance de Fouché. Il sentait que l'intervention de cet homme serait nécessaire pour contrebalance l'influence des conseillers habituels du roi. C'est même, croyonsnous, la seule raison pour laquelle il proposa à Louis XYIII de le prendre pour ministre de la police, et d'exclure du conseil M. de Blacas, qui avait si mal servi la cause légitimiste par ses idées rétrogades. Wellington n'eut pas à regretter ce conseil.

Fouché, à peine investi de ses nouvelles fonctions, adressa au roi un long mémoire pour lui exposer son système de tolérance et de modération. Ce système, il l'avait annoncé au dnc dans les termes suivants (i) : c( Il est essentiel que les armées anglo-prussiennes hâtent leur mouvement sur Paris ; il ne faut plus qu'il y ait du sang répandu. Je réponds de Paris et de sa soumission ; que le roi donne des garanties, qu'il établisse dans ses proclamations un système large et constitutionnel, et la restauration se fera toute seule, etc.. »

Ces idées étaient au fond celles du général anglais, qui non-seulement les approuva, mais encore fit tout ce qui dépendait de lui pour les faire prévaloir: « Il est essentiel, « écrivait-il au roi, que Votre Majesté se fasse précéder par (c quelque document ou acte qui annonce des intentions

(1) UUrê du 24 juio 1815.

« d'oubli et de pardon, et qui promette de marcher dans les ce voies de la Charte (i). »

De Tensemble de ces faits, il résulte évidemment que Wellington fut le principal restaurateur du trône de Louis XVIII. Un historien français (2) dit à ce propos : « La seule tête poc< titique que Ton voulait faire agir pour la solution de la ce crise, c'était le duc de Wellington. Fouché avait pris une ce haute opinion de lui; il le croyait appelé à un grand rôle, et ce plus capable qu'aucun autre de comprendre la situation ce réelle des affaires. »

Fidèle à ses principes d'ordre et de modération, le duc traita le peuple français avec les égards dus à des adversaires loyaux que le malheur accable. Avant de passer la frontière, il avait engagé les soldats sous ses ordres à se rappeler « que ce leurs souverains respectifs étaient alliés de sa Majesté ce Louis XVIII, et qu'en conséquence la France devait être ce traitée comme un pays ami (3). » Il défendit « de rien prendre sans payer » et pour rendre cette défense plus solennelle, il la communiqua au peuple français par une proclamation datée de Malplaquet, 22 juin (4).

Dans toutes les négociations qui eurent lieu à cette époque, le général anglais fit pencher son influence du côté de la modération' Quand Bliicher voulait prendre quelque parti violent, il essayait de le calmer ou de gagner du temps, en invoquant la nécessité d'attendre les souverains alliés et de n'agir que d'après leurs communes résolutions. C'est ainsi qu'il s'opposa au projet de frapper immédiatement un impôt de

(1) Capkpigck. Uitt. de la Restauration^ 1. 11, p. 460.

(2) Capkfigur. Les Cent Jours, t. il, p. 306.

(3) Ordre du jour, daté de fllvelles, 20 Juin 1815.

(4) 11 tint la mâln à ce que cci ordre fût ponclueliement eiénuté. Nous en trouTons la preuve dans la lettre excessivement sévère qu'il écrivit le 27 Juin à un général néerlandais, pour se. plaindre du manque d'ordre et de discipline de ses troupes, ainsi que de leur penchant IrréslstlMe pour le pillage.

100,000,000 de fr. sur la ville de Paris, et qu'il empêcha la destruction de la colonne d'Âusterlitz, que son collègue, par esprit de représailles, voulait immoler à Torgueil de la coalition (i). Dans Taffaire du pont dléna, le duc montra autant d'énei^ que de fermeté. Déjà Bliicher avait fait prépiarer les mines destinées à renverser les arches de ce pont. Wellington épuisa tous les moyens de conciliation pour prévenir un acte aussi barbare ; ne pouvant rien obtenir, et voyant la ruine du pont imminente, il fit placer sur ce monument une sentinelle anglaise, déclarant que si on le faisait sauter, il considérerait ce fait comme une rupture avec la Grande-Bretagne (s).

Le duc avait horreur des actes de vandalisme. Bien loin d'exciter ses troupes à venger sur les monuments de Paris les échecs des alliés, il intervint au contraire énergiquement pour empêcher tout désordre et toute violence (s). Il ne pe^ mit pas même à ses officiers de prendre cet air et ce ton d'autorité que prend naturellement le soldat enti*ant vainqueur dans une capitale ennemie. Ainsi, dès son arrivée à Paris, il fit un ordre du jour pour se plaindre de méfaits qui auraient échappé à la sévérité de tout autre générai : a Certains office ciers, dit-il, ont contraint les ouvreuses de théâtre à leur a donner accès dans des loges particulières. C'est une dioae c( contraire à la règle et au bon ordre qui recommande si bien « l'armée anglaise, et dont elle est le modèle (4). »

Par un autre ordre du jour, publié dans un moment où les

(1) Voir la lettre du "i juillet, au çênéiat Mu//Hng, et cellci du inème jouret du 9, auprimet Btùeher. Le maréchal prussien voulait, en renversant le monument d'AusterlU, venger ta colonne de Hosbach, enlevée par les Français; et les 100,QOP»000 de fr. qu*ll denaaëaH à b ville de Paris pour Tentrellen de son armée, n'étalent que la restitution de la somme eiicée par napoléon de la ville de Berlin.

(2) ALISONt t. X, p. 482.— Caprfiguk. Lei Cent jourt, t. II, p. 865.

De Beaucbamp se trompe en affirmant que le pont d*Iéiui fut saové « par la terme ctatenance du roi. » (T. IT, p. 505.)

(3) Ceat sans doute encore dans ce but qu*il lit camper set Irmipet» tort de Périt, au Ctaampt-tlysées, au bols de Boulogne. Les Prussiens, an contraire, MTaquèrenC turietplMCi publiques et se montrèrent pleins d*arrogance.

(4) Paris, 18 Juillet.

Phissiens dé conduisaient en ennemis courroucés, Wellington enjoignit à ses officiers de donner Tèxemple de la soumission aux lois en se laissant visiter paisiblement aux barlîèreâi de Paris par les employés de l'octroi. Il permit aussi aux maires de rec[uérir ses soldats pour aider les paysans à faire la moii^son (i). Enfin son respect pour la propriété alla si loin qu'il défendit, de la manière la plus impérlêruse, aux officiers de tout girade, de chasser en Pf ance sans la pièrmission des propriétaires («) .

Il nous a paru que ces détails faisant connaître le fond du caractère de Wellington, ne soiit pas indignes de Tfaistoife.

Value bienteillànté du dtic n'éprouva jamais les accès de colère et de haine qui germent au fond des cœurs dominés pai* Aei passions vulgaii'es. Dans aucune circonstance, il ne ftt éclater de ressentiment contre ses ennemis. Sa conduite à l'égard des Indiens et des Français est celle d'un général humain et philosophe.

La capitulation de Paris elle-même fut un acte de libéralisme et d'indulgence. C'est ainsi du moins que la jugèrent les smïverains alliés, puisqu'ils s'empressèrent de déclarer, en arrivant à Paris, (Qu'elle ne les engageait en aucune façon, étant Fteuvre individuelle de Wellington et de Blûcher. Cette protestation motiva un acte bien pénible pour la France, quoique juste au fond : la restitution des objets d'art enlevés par Napoléon aux Ëtats conquis (s).

L'obstination des chambres à ne pas vouloir proclamer

(1) Onfwtfuiour, 28 Juillet. Oantanc Ittire au préfet de police : •« Je vous annonce, dit le doc, qu« t'Il y en a occasion (aie). Je pourrai prêter lea voitures pour ramener les récoltes. •

(2) Ordre du 28 octobre. Voir aussi sa lettre du 27 septembre au comte de Nantouillet.

{%) C'est bien injustement qu*on a reproché a Wellington de n'avoir pas empêché cet acte de tpotfalion, comme on rappelle en France. DéjA, avant la capitulation de Paris, Lonis X Vlll. avait promis au roi des Pays-Bas et au roi de Prusse la restitution des objets qui leur appartenaient (voir Histoire de la nettauraliontpar Caprfigub, 1. 111, p. 88, et Stocqukleb, t. II. p.73). Wellluglon ne pouvait «Wldemment pas a opposera ce que de par<'ils engagements fussent tenus, ni se montrer surluut plus Français que le roi de France lui-même.

Louis XVIII (t), donna naissance ou servit de prétexte à des mesures plus rigoureuses encore- La France continuant à menacer la paix publique par son esprit révolutionnaire et par son attitude hostile envers le roi légitime, les souverains alliés ne se crurent plus obligés de s'en tenir à leur déclaration officielle de respecter les limites du territoire.

Ils jetèrent en conséquence les bases suivantes :

1** Contribution de guerre.

^ Occupation militaire.

3** Rectification des frontières.

^^^ Ligne de place» fortes, élevées aux dépens de la France, pour la contenir du côté de la Belgique.

Dures et fatales conditions que la France se fût épargnées, peut-être, si elle avait suivi les conseils donnés par Wellington aux commissaires du gouvernement provisoire.

Il y eut , à cette époque, de nombreuses conférences, où les bases indiquées ci-dessus furent débattues par les représentants des souverains alliés.

La modération que le général anglais fit éclater dans ces conférences est extrêmement honorable pour lui (2) . Mais ce qui révèle surtout la noblesse de son caractère et sa haute ca-

(1) Un sail que M. Decazes , préfet de police, 01 occuper la Chambre des Dépotés, le 8 jolilet par la force armée.

(2) « OQ n'a pas, en général, rendu assex de jusltcc au duc de Welliogtoo pour la nanl^re large el loyale dont il protégea les Intérêts de la France dans toutes les négociations artc Tétranger. Je ne parle pas d'abord de IMmmcnse service rendu par 8a Seigneurie dans la nxallon des créances étrangères. Le duc de Wellington se montra arbitre déatntéreasé... li fut très-favorable aussi A la France dans tout ce qui touchait A Pévacuatlon de son territoire. Sa position de généralissime de Tarmée d'occupation donnait un grand poids â aon avis sar celte question, il fut chaque fols consulté et chaque fols, également, il répondit par des paroles élevées, qui faisaient honneur A son caractère... Wellington, par la cetsatlon de V^cupation armée, avait à perdre une grande position en France, celle de générallstlmc des alliés, ce qui le faisait en quelque sorte membre du gouvernement ; Il avait A sacrllker an traitement immense ; de plus , le noble lord connaissait Topinlon personnelle de lord Castlereagh et d'une partie des membres de l^arlstocratie anglaise sur la nécessité de roccopatiaa armée. Tous ces lutéréts ne l'arrêtèrent point ; il fut d'avis que cette mesure de précantisB devait cesser, etc. » GAPEPKiUE. Hitt.tma RestauraUon, t. Y, p. SU.

pacité politique, c'est l'opposition qu'il fit au démembrement du territoire français. La plupart des souverains alliés, craignant une nouvelle commotion, voulaient réduire l'importance territoriale et militaire de la France ; et ils penchaient d'autant plus vers ce système, que chacun y trouvait le moyen de satisfaire son ambition.

L'Autriche insistait pour la restitution de l'Alsace et de la Lorraine ; l'Espagne élevait des prétentions sur les provinces basques; la Prusse faisait observer que sa sécurité serait incomplète sans Mayence, Luxembourg et toutes les provinces contiguës à son territoire. Le roi des Pays-Bas réclamait les forteresses du nord de la France, et il était soutenu dans cette prétention par l'Angleterre, qui, au témoignage du prince Hardenberg (i) « voyait alors, aux pertes que ferait la France « de ses forteresses du nord, l'avantage de rendre le royaume « des Pays-Bas presque formidable à une nation dont, par w l'effet du voisinage, il deviendrait l'ennemi naturel. »

Wellington, qui ne partageait point cette opinion, ni celle des autres princes intéressés au partage, fit observer qu'il serait impolitique d'humilier la France au point de provoquer un nouveau soulèvement : « Dans mon opinion, écrivit-il à c( lord Castlereagh (2), les alliés n'ont pas le droit de faire « une brèche importante au traité de Paris, quoique ce traité « laisse trop de force à la France, comparativement aux au- « très puissances ; mais je crois pouvoir démontrer que les ce intérêts réels des alliés doivent leur faire adopter les me-

« sures que la justice, dans cette circonstance, exige d'eux

« En imposant un trop grand sacrifice à la France, nous (c manquerions le but que les alliés se sont proposé dans la « guerre actuelle et dans les précédentes. Ce but a été d'ob-

(I) Mémoires tirés des papiers d'un homme d*£iai. (3) Le U août 1815.

i< tenir la paix pour eux-mêmes et pour leurs sujets» en met- (c tant un terme à la révolution française , — de diminuer « leurs forces militaires excessivement accrnes» et de leur « donner le temps de s'occuper des affaires intéarieures et du ce bien-être de leurs peuples... » Or, ce but, d'après Wellington, ne pouvait être atteint par des mesures capables d'exaspérer le légitime orgueil de la nation française et de son gouvernement. « Il faut, disait-il, persister dans le grand ob- « jet des alliés : la paix véritable et la tranquillité du monde. ce La France en état de révolution est plus dangereuse pour le c< repos de TEurope que la France (si redoutables que soient (c du reste ses frontières) soumise à un gouvernement réguc( lier. Nous devons donc chercher à la placer dans cette ier- (c nière situation. »

 regard de la cession des forteresses du nord, Wellington fit observer qu'il ne suffisait pas de détacher des portions importantes de la monarchie française ; qu'il fallait savoir à qui les donner ; que le nouveau royaume des Pays-Bas n*était pas en état d'occuper et de défendre convenablement une ligne aussi étendue ; que « cette mesure d'ailleurs fournirait (c à la France un prétexte plausible de déclarer la guerre, et <c de la soutenir avec toutes les ressources que produit For- « gueil national humilié (i) ; » enfin que le seul moyen de couper court à ces difficultés et de suppléer avantageusement à la cession de plusieurs places françaises, serait de fortifier quelques villes sur la lisière des Pays-Ba^ (s).

Comme le duc exerçait alors une grande influence d^ms les conseils des alliés, son opinion prévalut. On le chargea nitaie d'arrêter l'emplacement des nouvelles foit^reyses et qi^ liû adjoignit à cet effet quelques ingénieurs anglais et Mltodais.

(1) Utire du SI août 181S, à icrd Cdttiênëgh.

(2) Yolr CAPiricuB. Bm. de la Reitauraiion, tlH, p. 97.

Toutefois, en se prononçant énergiquement contre le morcellement de la France, Wellington insista pour le système de Toccupation militaire, pendant un certain nombre d'années. Ce système lui paraissait incontestablement supérieur à tout autre, en ce qu*il donnerait à Louis XYIII la force et la sécurité nécessaires pour réorganiser l'armée et poser les bases du nouveau gouvernement ; — introduirait en France, après vingt-cinq années de guerres, des habitudes d'ordre et de paix; — garantirait les alliés contre le retour d*une nouvelle commotion révolutionnaire ou bonapartiste; — leur fournirait en même temps le moyen de contraindre au besoin la France au payement de la contribution dont ils la voulaient frapper; — leur donnerait enfin le temps nécessaire pour reconstruire les boulevards ai*tificiels de leurs États respectifs, raffermir leurs gouvernements ébranlés par tant de secousses terribles, améliorer la situation de leurs peuples, et combiner les éléments de leur défense, en tenant compte des résultats obtenus pendant les dernières guerres.

Wellington d'accord avec Talleyrand, Castlereagh et Nesselrode, ayant fait triompher ce système, les souverains alliés lui donnèrent le commandement des troupes chargées de maintenir l'occupation temporaire (i). C'était une mission difficile, pénible surtout, qui le mettait en face de toutes les préventions et de toutes les colères d'un peuple, humilié plutôt que vaincu, frémissant plutôt que résigné sous le joug. Le duc s'acquitta néanmoins de cette mission de manière à ne froisser personne, pas même les Français, dont il sut ménager les intérêts et l'amour-propre avec autant de convenance que d'habileté. Ses nombreux ordres du jour témoignent de la bienveillance et de la douceur qu'il apporta dans

( 1 ) L'armée d'occupation B*élcvaii à 30,000 ADslais, 30,000 Prussiens, 30,000 Busses, 80,000 Au. trichieas et 30,000 hommes foumls par les petits États de r Allemagne.

l'exécution de ses devoirs les plus rigoureux, et Ion peut dire que son nom ne fut mêlé à aucune des mesures réactionnaires qui ont signalé la seconde restaui*ation. Les individus et les propriétés furent Fobjet de sa constante sollicitude, et le moindre acte de violence, commis par le soldat ou par le fonctionnaire anglais, trouvait en lui un juge inflexible.

Ces sentiments, connus et appréciés d'Alexandre, contribuèrent beaucoup à l'allégement des charges et des malheurs de la France. En 1817, le czar ayant écrit à son ministre à Paris de provoquer l'évacuation d'un cinquième de l'armée d'occupation, le duc de Wellington, consulté, déclara que la mesure lui paraissait utile et dans les intérêts communs. Sur cet avis, les ministres étrangers décidèrent l'évacuation de 50,000 hommes pour le 1*^' avril 1817.

Vers le même temps, à la demande expresse d'Alexandre (i), Wellington se chargea a de la direction principale des négociations sur la question des créances particulières, et sur le mode le plus équitable de la décider d'un commun accord. » ce Vous apprécierez, lui avait écrit le çzar à ce propos, l'en- (c semble des considérations majeures qui plaident à l'appui « d'un système de conciliation équitable. Vous répandrez « toute la lumière d'un esprit juste, toute la chaleur d'une (( âme élevée, à la hauteur des circonstances, sur une question ce de laquelle dépendent peut-être le repos de la France et ce l'inviolabilité des engagements les plus sacrés. »

Wellington fut nommé président de la commission diplomatique et financière. Les pouvoirs étendus dont il jouissait en cette qualité servirent à faire prévaloir les idées libérales d'Alexandre, idées que du reste il partageait entièrement.

. Bientôt une plus grave question vint occuper la diplomatie et fournir au duc le moyen de rendre un signalé service à la

(1) cette lettre autographe du czar porte la'dato du 30 octc^re 1817.

France. Nous voulons parler de l'évacuation complète du territoire, à laquelle se rattachaient d'immenses intérêts et des difficultés de premier ordre. On verra plus loin quel fut le rôle de Wellington dans cette négociation, qui, heureusement terminée en 1818, lui permit eniin d'aller goûter dans son pays le repos dû à ses éminents services (i).

Ici se termine la carrière militaire du duc de Wellington. Il fut dans la destinée de cet homme simple et laborieux de contribuer plus qu'aucun autre au renversement de l'empire français, et cependant il ne se trouva qu'une seule fois en présence du génie extraordinaire qui avait élevé ce puissant édifice. A vrai dire, ce ne fut pas dans cette journée que se décida le sort de Napoléon. Déjà en 1808, Wellington avait trouvé le point vulnérable du colosse, le foyer de la résistance européenne. Depuis ce moment, tout en coopérant à la délivrance de la Péninsule, il n'avait négligé aucune occasion de ranimer le zèle et les espérances des peuples éloignés de la lutte.

Il n'est pas douteux que sa campagne de 1810 contre Masséna, en Portugal, n'ait engagé l'empereur Alexandre à brusquer les événements et à rompre l'alliance trompeuse de Tilsitt. Au moins, l'on ne contestera pas que les généraux russes en 1812 n'aient suivi exactement le système de guerre adopté par Wellington après Busaco. Ce n'étaient plus ces bouillants

(I) L'ordre du Jour, pir lequel Wellington prit congé de sei troupes en France est du 9 novembre 1818.

stratégistes d*Àusterlitz et de Friedland, voulant à tout prix livrer des batailles ; c'étairat les Anglais méthodiques de I8IO9 86 retirant à travers un pays dévasté, et se montrant jaloux seulement de bien finir la campagne.

Quand les généraux d'Alexandre s'arrêtèrent pour combattre dans les champs de Borodino, que direntrils à leur armée? — Que Napoléon venait de perdre une grande bataille à Salamanque, et que Fempire français tremblait sur sa base. Et quand ils eurent abandonné Moscou, comment ranimèrentils le courage de leurs soldats? « La campagne est terminée <c du côté des ennemis, dit le général Kutusoff; elle va com- « mencer pour nous : Madrid est pris! » Comment les Russes n'auraient-ils pas persisté, comment auraient-ils pu conclure la paix , chaque courrier leur apportait une bonne nouvelle et un encouragement (i) !

La bataille de Yittoria décida l'Autriche» encore indécise, à entrer dans la coalition (2). L'empereur François, en apprenant le résultat de cette journée» s'était écrié : — // paraît que le chaud nest pas plus favorable à mon gendre que le froid (3).

Les succès remportés sur le maréchal Soult dans les Pyrénées amenèrent la reprise des hostilités à l'expiration de l'armistice de Prague, et les premières mesures prises par le général anglais dans le midi de la France provoquèrent une réaction légitimiste, ce que beaucoup de bons esprits avaient jugé impossible.

L'influence des victoires de Wellington se manifesta jusque dans le langage de l'opposition en Angleterre. Elle ne tonnait plus comme autrefois contre les folies belliqueuses du cabinet et contre l'inutile valeur de son général. Il lui fallait mainte-

(1) H. J. lAUllL , p. 40.

(2) cette Tlctoire, dit le iMiron fain (t. il, p. 44 et 46), eierçt une influencé fatale mr les ■iféolatieiit entre la Prance et Piatrielic.

(3) TBIBAU1I4C.

nant une guerre sans relâche, et c'était à qui donnerait le plus d*argmt pour la soutenir : « On vit même, dit Alison (i), les principaux membres de cette opposition faire un reproche au gouvernement de ce que, par égard pour leurs discours antérieurs, il eût négligé Toccasion de poursuivre les hostilités avec plus de vigueur. »

Ainsi tout concourt à prouver que la lutte glorieuse soutenue par Wellington en Espagne fut le point de départ de la grande coalition qui renversa Fédigce impérial. L'empereur lui-même confirme cette opinion, sur le rocher de Sainte* Hélène, quand cherchant à expliquer ses grandeurs et ses revers passés, il s'écrie : « La guerre d'Espagne a été mon chancre rongeur ! »

Waterloo n'est en réalité qu'un incident au milieu de Tago* nie, et le général anglais eut raison de dire aux commissaires du gouvernement provisoire, venus pour lui annoncer que l'empire était 6ni : Je le savais depuis longtemps.

Le succès inespéré de la campagne de 1815 produisit dans la Grande-Bretagne une sensation profonde, indescriptible. Le Parlement et le roi comblèrent Wellington de titres et d'honneurs. On lui vota une dotation de 300,000 livres» destinée à l'achat du domaine de Strathfieldsaye, dans le Hamspshire, domaine devant être tenu à perpétuité do la couronne par les descendants du duc, à charge de présenter tous les ans, le 18 juin, un drapeau tricolore. Ce symbole, qui rappelle un tribut semblable fourni à la couronne par l'héritier du nom de Mariborough, s'ajoute chaque année au faisceau d'armes du château de Windsor, où ces petits trophées doivent rappeler à la postérité les victoires de Blenheim et de Waterloo (2).

(1) T. IX. p. 342.

(2) Mêmotr of thê dukê of /Têiitngton, bjr thê ndaetton of lh$ Ttmet, p. 95.

Pendant plusieurs années, Wellington ne put faire un pas dans le royaume sans être l'objet de quelque manifestation flatteuse.

En 1822, les dames anglaises firent ériger en son honneur une statue de Jupiter. La même année, le commerce de Londres lui fit hommage d'un bouclier magnifique. La couronne saisit également toutes les occasions de témoigner à Fillustre guerrier ses sentiments d'estime et de reconnaissance. En 1818, elle le créa maître général de l'artillerie, en 1819; gouverneur de Plymouth, et en 1820, colonel en chef de la brigade des tirailleurs, composée en grande partie du célèbre 95* de ligne.

Les souverains étrangers ne se montrèrent pas moins généreux envers le duc. N'ayant plus de décorations à lui donner, les empereurs d'Autriche et de Russie, les rois de Prusse et des Pays-Bas relevèrent au grade de feld-maréchal dans leurs armées. Louis XVIII, plus généreux qu'habile dans cette circonstance, le créa maréchal de France et duc de Brunoy, du nom d'un petit village situé à 25 kilomètres de Paris, sur la route de Lyon (i). Le roi Guillaume des Pays-Bas conféra à lord Wellington le titre de prince de Waterloo, avec une rente considérable; et dans sa lettre patente il l'appela son ^rés-c/i^r et aimé cousin (2) .

Jamais aucun général n'a reçu de pareils témoignages de gratitude et d'admiration.

(!) Wellington lA.N A, p. 4u

<2) Dins U lettre autographe joiiil<: à la lellre patente, le roi «avec plus de bienveillance que de Justice, donnai à Wellington le titre de premier capKalne du siècle. (18 julllei 1815.

ANNEXE AU CHAPITRE XV

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