‹ Histoire du duc de Wellington (volume 3)Chapitre 16 sur 23 · T. II. S · texte numérisé non relu

T. II. S

d'Ângoulême, en essayant de haranguer les vieux soldats de Napoléon, ne provoqua que des railleries tant à son adresse qu'à Tadresse des Bourbons; enfin» le brave Ney, d'abord exaspéré contre Napoléon, puis cédant à la funeste contagion de l'exemple, donna pendant quelques jours le spectacle de la plus honteuse versatilité. À Bourg, parlant de Bonaparte, il avait dit : « Cet homme ne peut exister sur la même terre avec moi. Si mes soldats ne faisaient pas leur devoir, je rappellerais en duel; c'est à moi de le tuer (i); » et, à Lons-le- Saulnier, s'adressant au préfet : « Que voulez-vous que je fasse? dit -il. Je ne puis arrêter l'eau de la mer avec la main. » Le lendemain, Ney forma ses troupes en carré sur la place pour leur donner lecture d'une proclamation que les émissaires de Bonaparte lui avaient présentée, et que les soldats accueillirent avec enthousiasme. À la suite de cette défection (explicable peut-être si elle s'était produite à la vue de l'empereur), le prince de la Moskowa rédigea un ordre du jour débutant ainsi : « Soldats, la cause des Bourbons est à

jamais perdue (2) »

Paris connaissait par de vagues rumeurs ces défections et les progrès rapides de l'empereur; mais le gouvernement essaya de lui donner le change, en faisant proclamer à chaque instant qiïe Bonaparte et sa bande étaient dispersés dans les montagnes : « Il entre en France comme un aventurier, disait-on, côtoyant les frontières, évitant les regards et courant chercher des renforts que lui amène la défection. » Moins crédule et plus pénétrant que son entourage, le roi jugea l'un des premiers que l'entreprise était conçue de sangfroid, préparée longtemps d'avance, et fondée sur la gatantie

(1) DK Braucbamp, t. III, p. 234.

(2) Il réfulle de la déposition de Bourmont, de Lecourbe, des préfeu de TAIn, du Jura et ém • Doubsi que Ney, au moment de sa défection, avoua connaître la coosplratton depuis trois

moi». Cette cirironstance ajoute encore A Podlenx de la conduite du maréchal.

que l'armée ferait défection. Cette pensée lui laissa peu dVspoir; néanmoins, pour frapper un grand coup, il se rendit, le 16 mars, au sein de la Chambre, fesant un appel au dévouement de tous, et promettant de mourir pour la défense du peuple (i). On répétait en ce moment autour de lui cet autre mot, dit en présence des maréchaux au début de son règne : « Si jamais on nous forçait à tirer Tépée, tout gout- « teux que je suis, je marcherais avec vous. » Inutiles protestations. La France n'était plus à lui; elle volait au-devant d'un autre défenseur! L'empereur se présenta le 20, suivi d'une faible escorte, et la cour, qui avait promis de mourir h son poste, fut trop heureuse de gagner Lille et la frontière belge sans être inquiétée (2).

Telle est en peu de mots l'histoire de cette prompte restauration, où quelques historiens n'ont vu que TefTet d'une révolte organisée par une armée « furieuse d'être à la demisolde (3). »

Napoléon, instruit par ce qui venait d'arriver, essaya de gouverner la France avec des moyens opposés à ceux qu'avait employés la restauration. Au lieu de s'abandonner au ressentiment légitime que devaient lui inspirer tant de lâchetés et de trahisons accomplies sous ses yeux, il oublia tout et se montra magnanime même envers ceux qui avaient dirigé contre lui le poignard de l'assassin (4). Le duc d'Ângoulëme,

(1) Le roi dit textaellement dans cette séance : « FoorralHc* ^ soliante snt> mleut t^rmlm ner ma carrière qu'en mourant pour la dérense de mon peuple. >

(2) Quelques légitlmlatca ontbiAmé cette fuite. Sa lajcsté, d*apr6s eux, aurait UA ib relirersur Ia Rochelle, alors sous les ordres du brave général Rivaud. Cette pince en cfTet, située entre les ioyaux Bordelais cl les fldôles Vendéens, cAt été un cxceiient point de ralliement des rojallstes et des troupes ndèlcs. Vais Louis XVIII, craignant la guerre civile, préféra devoir son salut A la guerre étrangère.

(3) CasUereagh dit en propres termes â la Cbambre des Communes ;« Le rétablissement de ll«l»oléoD n'est en réalité que racted^une armée corrompue, mécontente d*étre réduite A la deml-soidc. > Lord («ranvllle, aussi Inconvenant dans son lauisage, appela i'.imu^e fran(;al'ic •• une soldatesque accoutumée A la rapine. *

(4) La principale mesure de rigueur qu*il prit fut de mettre sous séquestre les biens de qoalorie Individus, auteurs de la première restauration ou négociateurs du eongrès de

pris les armes à la main, put regagner librement la terre de l'exil.

En quittant Tile d'Elbe, Napoléon avait chargé Murât d'envoyer de sa part à Vienne l'engagement d'adhérer aux traités de Paris, avec la promesse de ne plus s'occuper désormais que du bonheur intérieur de la France (i). Cette démarche et celles qu'il fit faire par Marie-Louise (â), par son frère Joseph, par le prince Eugène, par la reine Hortense et par la grandeduchesse de Bade auraient pu avoir quelque résultat, si le congrès avait été dissous , comme il le pensait, d'après un avis reçu au moment de son départ de l'Ile d'Elbe; mais communiquées à une réunion de souverains unis par de vieilles rancunes et des liens encore récents, ses propositions devaient nécessairement échouer. L'amour-propre s'irrita,el les intérêts divisés se rapprochèrent spontanément. La déclaration du 13 mars, rédigée en termes violents, mit Yusurpâleur au ban des nations et ferma la porte à tout arrangement (3). Ce fut comme une barrière d'airain élevée entre la France et l'Europe. Castlereagh, chargé d'attiser le feu, s'exprima sur le compte de Napoléon avec une violence extrême : « Le retour de cet homme en France, dit-il, au

vienne, et de décréter la mise en jugement de ces personnes comme suspectes de trsklMS' Ce décret, su surplus, qu'aucun ministre n'avait voulu contresigner, demeura sans effet.

Quant à Tabolltion tie la iiublcsse, la suppression des titres féodaux, la mise sons séqaatrt

des émigrés rentrés depuis le l^r janvier lAU et la destitution des officiers admis daai

rarmée française depuis le 1er avril, ces mesures étalent tellement dana la nécessité de la

situation, qu'on ne peut pas leur donner le caractère d'actes de représailles on de tcb*

^eance.

(1) D'accord avec cet engagement, Napoléon dit quelque lempa aprètà son armée :a1lMU « devons oublier que nous avons été les maîtres des nations, mais nous ne devoups* N souffrir qu'on se mêle de nos affaires. »

(2) Marie-Louise avait fait une tentative pour rejoindra Napoléon en France. Lel9BV*< A 11 heures du soir, tout était préparé pour la fuite de rex«impéralrice et du roldelMK- Nais une des femmes du château ayant eu vent de la chose, l^ntreprlse échoua avastrcsécution. ÎA présence du roi de Rome à Parla aurait donné une grande force à l^enpere■^i■rtout dans la crise qui suivit la déroute de Waterloo.

(3) L'auihenticlié de cette déctaration fut longtemps réyoquée en doute. On piwrraltra effet douter que TEurope eût formé une coalition contre un homme , car ce fait était laat précédent dans les annales du monde.

mépris de tous ses engagements (i), est une véritable insulte faite à TEurope, insulte qui surpasse tout ce qui a été fait par les gouvernements révolutionnaires qui l'ont précédé, quelque vils et dégradés qu'ils fussent... »

Les politiques les plus éclairés, et de ce nombre était Touché, virent dès lors que tout espoir de maintenir la dynastie impériale était perdu, et que, poursauver la nation, il ne fallait qu'abandonner un homme. Napoléon se flatta néanmoins que les alliés reviendraient à d'autres sentiments quand ils seraient instruits de la rapidité de son triomphe et de ses intentions pacifiques (s). Mais cette lueur d'espoir s'évanouit par h brusque attaque de Murât contre l'Autriche. On croyait d'ailleurs généralement parmi les alliés que Napoléon ne cherchait qu'à gagner du temps, et que fût-il sincère, il lui serait impossible de maintenir les traités de Paris, dont l'impopularité avait été l'une des causes de la chute des Bourbons (s).

La guerre était donc une conséquence fatale de la nouvelle restauration. On s'y prépara des deux côtés avec une égale ardeur. Tandis que Napoléon consacrait seize heures par jour à la réorganisation des troupes et du matériel, Haxo

(1) Lord Grejr. dans celte même séance, contesta aux alliés le droit de déclarer la guerre à Napoléon, faisant observer que si Napoléon avait violé le traité de Fontainebleau, les alliés ravalent violé avant lui : • Ses pensions, dlt-ll, n'ont Jamais été payées, ses propriétés ont été conAsquées ; les droits de son fils ont ûié compromis en le privant des duchés de Parme, de Flaisance et de Guastalla. »

(2) Caulincourt offrit, au nom de son maître, Tesacte observation du traité de 18U et le reapect absolu de toutes les stipulations du congrès de vienne... Napoléon lui-même écrivit, le 4 avril, des lettres autographes aux souverains alliés. Dans ces lettres, où Tcmpereur représente son retour comme Touvrage d^une irrêsUtible puiaanee^ on remarque entre antre le passage suivant : c Le principe Inviolable de ma politique sera le respect le plus « absolu pour IMndépendance des autres nations... après avoir présenté au monde le specn tacle de grands combats, 11 sera plus doux de ne connaître désormais d^utre rivalité que « celle des avantages de la paix, d^autre lutte que la lutte sainte de la félicité des peuples. »

on trouva généralement que Napoléon, après avoir violé lo traité de Fontainebleau, n'était* pas dans des conditions a proposer aux souverains de se ner a lui pour robservatlon du traité de Farls.

(3) Castlereagb dit à la Chambre des Communes : « Nous sommes autorisés Jl croire qu'il ne « copserveralt U pals que Jusqu^au moment où il aurait l*o€CUlon fayonibié de I* violer.. • •

et Lery s'occupèrent à fortifier Paris et Lyon : deux points où y suivant toute probabilité, le sort de la France allait être décidé. D'autres ingénieurs reçurent l'ordre d'armer les forteresses et de retrancher les principales positions des frontières. Des ouvrages de campagne furent construits dans la forêt Normale et dans les cinq passages des Vosges. On donna des instructions, pour la défense des défilés du Jufa et de toute la frontière des Alpes. Des travaux poussés avec une extrême activité mirent Soissons, Laou , la Fère, Saint- Quentin, Guise, Château -Thierry, Vitry et Langnss en état d'opposer une vive résistance; on travailla même à la défense de Chàlons, Reims et Dijon, quoiqu'on eut peu d'espoir de terminer la plupart de ces fortifications en temps opportun.

Les ateliers d'armes, abandonnés sous la restauration, reprirent une telle activité qu'ils confectionnèrent 4,000 fu/sils par jour. Les gardes nationales mobiles s'organisèrent dao^ tout l'empire, et le recrutement tant volontaire que' forcé procura des masses énormes de soldats aux dépQte régimentaires. Afin d'activer ce mouvement nationaU rempereur donna des gages au parti de la révolution en appelant au ministère Carnot et Fouché, et en faisant la promesse solennelle de gouverner à l'avenir avec les libertés constitutionnelles de la presse et de la tribune.

En moins de soixante jours, l'armée fut portée du chiffre de 149,000 hommes à celui de 414,000 (i) ; en septembre,

(I) D'après Gourguid, Tarmée françalie comptait, en avril 191$» lOO/NW boaunet «iTiiw. elTeclir â peu près auffitaot pour ia défeose des placet fortei. In Juin, d^iprèt te Bésaa»leur, elle comptait 330,000 iiommes, dont 180,000 destinés A faire camMgne et ISOjOOQdiwW nés dans les places.

D'après les Victoire* et conquêtes, l'elTecUr sous les armes, ^n 1» inln, était et 559,000 hommes, dont 303,000 appartenant A l'armée de ligne et IWfiQO A Parmée extrasNInairc (employée A la garde des places et des cètes). Sur TeiTecUr de l^rmée de UflDe»2l7,0W <}lalent présents sous les armes* habillés , armés. Instruits, disponibles pour entrer ca es»pagne.

Piapoléon forma quatre armées et quatre corps d'observation : ia grumto armée, tatUi*

il eût été de 700,000 hommes. Mais les alliés, instruits par l'expérience, montrèrent autant d'énergie et d'activité que l*empereur. À peine ce dernier eut-il débarqué dans le golfe Juan, qu'ils se décidèrent à soutenir le roi de France de tout leur pouvoir (i). Cet accord fut consigné dans la déclaration du 15 mars, par laquelle les signataires du traité de Paris s'engageaient à maintenir ce traité, ainsi que toutes les mesures déjà prises pour assurer le maintien de la paix générale. Voyant les souverains si fortement unis et si bien disposés, Wellington écrivit à Castlereagh le 12 mars, « qu'il n'avait pas le moindre doute sur l'insuccès final de la tentative de Bonaparte. — He mmt fall, disait-il, under the cordiaUy uniied efforts of the souvereings ofEurope(t). » Le duc, par son expérience de la guerre et son imperturbable sangfroid, rendit de grands services aux alliés dans la situation perplexe où ils se trouvaient. Il devint en quelque sorte l'âme de la nouvelle coalition. Ses avis, demandés et reçus avec déférence, servirent de point de départ aux mesures militaires de la coalition (s). On lit, en effet, dans une lettre

100,000 bommei, non compris 14.000 bommes d'Infanterie et environ 4,000 chevaux de la garde Impériale ; l'armée des jâlpes, sous le duc d'Albuféra, forte de 15,000 hommes ; Parmée du Bktn^ sous le général lapp, «forte de 18,000 hommes : rarmée de t'Ouest, sous le général Lamarquc» forte do 16,6()0 hommes ; le corps d'observation , placé A Béfort sous Lecourbe (4,500 hommes et 13,500 gardes natlonaui); celui du Var, sous le maréchal Brune, 4 Marseille (5,300 Itommcs et 11,700 gardes nationaux); celui des Pyrénées orientales, soui Dci-acu (2,700 hommes et 20,300 gardes nationaux), et celui de la Gironde, sous Clausel (2,700 hommes et 20.300 gardes nationaux).

D'après napoléon, Teffectlf général était, en avril, de 149,000 hommes, dont 93,000 présents sons les armes : « fora â peine sufBsante, dit^il, pour garder les places et les principaux établissements maritimes. » Au l'^ Juin, Teffectif général était de 559,000 hommes ; Parmée de ligne comptait 363,000 hommes, dont 217,000 disponibles pour entrer en campagne.

B^aprés Thiliaudeau,U FrMice, à la date du 20 mars, sur un elTeciif de 149,000 hommes, n'aurait pu mettre en campagne que 94,000 hommes. Au U' Juin , reffectir était de 414,000 hommes, dont 217,000 habillés, instruits, propres lia guerre de campagne.

(1) En apprenant le retour de l'ile d'Elbe, Wellington dit A Talleyrand : « Quant â moi, monsieur. Je suis soldat du roi de France. »

(2) Dans cette même lettre, Weiyngton dit : - Je vous recommande de mettre toutes vos forces dans les Pays-Bas â la disposition du roi de France. J'irai le rejoindre, si vous le désirex, ou |e ferai tout ce que le gouvernement Jugera convenable. •>

(3} Voir entre autres la Mire adressée par Wellington , le 15 Janvier 1815, â l'empereur d'jtulriche.

de lord Stewart, ambassadeur d'Angleterre à Vienne (i) : ce Les dernières nouvelles ont causé une grande consternation, et je pense que le duc <le Wellington, qui envisageait d'abord les choses sous un jour favorable (il cnit dans les premiers moments que l'insurrection militaire serait comprimée par les troupes fidèles au roi), s'est jeté dans l'autre extrême. Tout le monde le presse de partir sur-le-champ pour la Belgique, afin d'organiser la masse des forces qui doivent agir sur ce point. Le prince de Talleyrand parait regarder son départ comme l'unique moyen de salut. Je suis aussi de cet avis, puisque les cabinets militaires assemblés ici ont arrêté entre eux un système commun d'opérations. Plusieurs conférences ont déjà eu lieu. Knesebeck, Swartzenberg , etc., ont assisté le roi et l'empereur de leurs conseils, et le duc de Wellington a été d'une immense

utilité »

Le 25, fut conclu à Vienne un nouveau traité d'alliance entre les divers souverains. Quatre jours après, le duc se mit en route pour Bruxelles, où il arriva le 5 avril (2). Il s'occupa aussitôt de la rédaction d'un mémorandum qui définit clairement le but et l'esprit de la guerre. « Puisque le pouvoir de (c Bonaparte, dit-il, n'a plus d'autre base que l'armée, il faut « battre cette armée, et par suite les seules mesures à prendre (( sont : 1" de jeter en France, dans le plus court délai pos- « sible, le nombre d'hommes le plus considérable que l*on « pourra réunir; 2** d'exécuter cette opération de telle manière c( qu'elle puisse être soutenue par les forces alliées, quisui- « vront immédiatement, et S^'de faire en sorte que les troupes ce chargées d'envahir la France aient, en cas de malheur , une

(1) Lettre du 19 mars 1815.

(2) Les troupes anglaises et néerlandaises, stationnées dans les Paya-Bas, étalent dées par le prince d'Orange, qui se mit avec empressement sous les ordres d« doc é^ Wellington.

« retraite assurée sur les armées qui les appuieront (i). » Le 16 avril, Wellington informa le prince régent de Portugal qu'il avait prié son gouvernement de s'adresser à la régence de Lisbonne pour obtenir Tenvoi immédiat des troupes portugaises , lesquelles seraient employées en Belgique sous leurs anciens chefs, et avec leurs vieux compagnons de la Péninsule. Mais il était dans la destinée de Wellington d'être contrecarré jusqu'à la fin par les agents de la politique anglaise. Canning, plus orateur qu'homme d'action, était alors ambassadeur à Lisbonne. Il avait été convenu que 15,000 Portugais viendraient se joindre comme force auxiliaire à l'armée anglo-prussienne. Le maréchal Beresford avait réuni à cet eflfet l'élite des vieilles troupes, avec les bagages et l'artillerie nécessaires. Les vaisseaux étaient prêts; le maréchal informa l'ambassadeur qu'il n'avait qu'à donner l'ordre d'embarquer. Au lieu de saisir cette occasion avec empressement, Canning objecta que « la transaction devait être faite dans les formes prescrites par la diplomatie (i).y> La faction Souza profita de ce délai pour faire un nouvel essai de ses forces; elle s'opposa au départ, et l'illustre homme d'état de la Grande- Bretagne eut la mortification d'être battu avec les armes qu'il avait fournies à ses adversaires. -

Wellington ne reçut avis de ce regrettable incident que le 15 juin (s); il en fut d'autant plus contrarié, que malgré ses demandes réitérées, les forces anglaises étaient bien au-dessous de ce qu'elles auraient pu être. « Je possède, écrivit-il, (c une abominable armée (an infamous army), très-faible, <c mal équipée et un état-major sans expérience. Ils ne font « rien à Londres; ils n'ont pas levé un homme ; ils n'ont pas

(IJ Son plan dMnvasion de la Franc#se trouve indiqué dam m lettré du 8 mal 1810 au lieuienani générât S'tewarl, dans celle du 9, au prince de Schwartzenberyy et dans celle du 5 JaiD. à l'empereur d'Jutriehe.

(2) llAPIEK.

(3) Yolr sa lettre do 90 juin, à lord Bathurtt.

« appelé sous les armes ni la milice d'Angleterre , ni celle « dlrlande; ils sont incapables de m'envoyer quoi que ce c< soit, et ils n'ont pas même adressé de message au Parie- « ment pour obtenir de l'argent (i). »

Tel était le mauvais vouloir d'une partie de la Chambre, qu'on reprocha à Wellington d'avoir signé la déclaration du 15 mars, où se trouvaient les mots : hors la lai et vindicte publique, que l'opposition interprétait comme une sorte d'appel à l'assassinat (2). Toutefois, habitué à mépriser l'injure et à lutter contre la mauvaise fortune, le duc poursuivit avec une très-grande activité ses préparatifs de guerre. Pour avoir un certain nombre de pivots de manœuvre, il avait donné l'ordre de mettre les places fortes méridionales des Pays-Bas (démantelées par Joseph II) à l'abri d'un coup de main, en déblayant les fossés, en exhaussant et en complétant les terrassements, en tendant les inondations et en construisant à la hâte quelques ouvrages de campagne en avant des fronts d'attaque. On tira de Londres toutes les bouches h feu nécessaires à l'armement de ces places improvisées. Et bientôt, grâce à l'activité prodigieuse du corps des ingénieurs, la frontière se trouva dans un état de défense respectable, au début des hostilités (5).

Ypres était restauré et convenablement armé; Ostende, Nieuport, Âth et Tournai avaient subi quelques réparations; Mons était environné d'eau et protégé par un fort construit sur le mont Panisel; Anvers avait été mis en bon état, dans la prévision de la retraite des Anglais sur ce point. La Lys seule ne possédait aucun ouvrage de défense, parce qu'il ne

(I) L9ltrê du 8 mal« de fFelUnglon eut générai SiewaH'

{2\ Utir€dn i mal, de l^ettington à lytllêHey-Polt .

(3) Déjà, le 20 mars, près de 10,000 hommes étalent occupés atti foriMcaliofu ea ■«iflf^e. On y employa plus tard 20,000 paysans, 11 compagnies de sapeurs et 60 officiers 4« ftalc. (Colonel Carmicbail-Smtth,p. 296.)

restait plus de vestiges des anciennes. forteresses de Menin et de Courtrai ; cependant, comme il n était pas impossible que les Français ne poussassent un corps de troupes surGaod, alors que leur principale attaque aurait lieu par Mons et Charleroi (ainsi qu'il arriva dans d'autres occasions), on con* struisit quelques solides ouvrages de campagne bien palissades et fraisés en avant de la ville, les appuyant d'un càté à la Lys et de l'autre à l'Escaut.

Enfin, pour faciliter les mouvements sur les deux rives du fleuve, Audenaerde fut fortifié aussi solidement que les circonstances le permettaient.

a Le but de ces divers travaux, dit le colonel Carmichaël- Smitb (i), n'était pas d'empêcher les Français d'envahir la Belgique, mais de les arrêter assez longtemps pour donner aux alliés le temps de se concentrer sur leur ligne d'opérations. »

Ce but toutefois ne fut point atteint, parce que Napoléon, contrairement à la prévision de Wellington, entra par Charleroi, qu'on n'avait pas eu le temps de mettre à l'abri d'un coup de main (3). ^

Dès la fin de mai, Blùcher et Wellington avaient rassemblé 220,000 Anglais, Prussiens, Belges, Hanovriens et Brunswickois entre Liège et Courtrai. Les Bavarois, les Wurtembergeois et les Badois se réunissaient dans la forêt Noire et dans le Palatinat ; les Autrichiens étaient en marche pour les rejoindre, et les Russes accouraient parla Franconie et la Saxe. Un million d'hommes allait donc s'abattre sur la France !

(2) C'est la version de la plupart des auteurs ; cepcBdant, le cdooel Ingénieur Cariiilctaa«l- Smylh, sous la direction duquel les travaux de défense furent eaécuUs, affirme que Ton ne fit rien A Ifaniur et A Charleroi, parce que ces deux places étaient défendues par des oorpe dtf troupea pruMleones. — P. 28S.

Dans cette situation, Tempereuravait trois partis à prendre:

1** Négocier; — mais ce parti n'oflrait plus de chances depuis le traité du 25 mars, et surtout depuis le rejet de la singulière déclaration par laquelle les alliés s'engageaient à ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures de la France, pourvu qu'elle se donnât un autre chef (i) ;

S'* Rester sur la défensive et recevoir le choc des alliés^ sous Paris et Lyon; — mais c'était livrer la moitié de la France à l'ennemi, consterner les populations, décourager les troupes (2);

3** Aller au-devant des Anglo-Prussiens et les battre avant C arrivée des autres contingents ; — mais c'était entamer la guerre avant la réunion d'une armée suffisante pour soutenir la lutte avec des chances de succès.

Ce dernier inconvénient, toutefois, parut moins grave que les autres, ou plutôt l'empereur se laissa entraîner par cette considération puissante : « que le système d'aller au-devant ce des Anglo-Prussiens était seul conforme au génie de la « nation, à l'esprit et aux principes de la guerre dans la- « quelle il se trouvait engagé, et qu'il remédiait au terrible « inconvénient attaché au second projet d'abandonner la « Flandre, la Picardie, l'Alsace, la Lorraine, la Champagne, « la Bourgogne, la Franche-Comté et le Dauphiné sans tirer a un coup de fusil (5). »

Ce système avait en outre l'avantage de stimuler les Français, en général peu sympathiques aux Fabius ; de prendre les alliés au dépourvu (4) ; de porter la guerre sur le territoire

(1) NOUS n^avont pas besolo de dire pourquoi cette proposition, qui eût été «érlettee a^aat la déclaration du 13 mars, ne put être admise par Napoléon après VÀcte addmanmmt,

(2) Par contre, ce plan permettait de gagner le mois d*août, pour compléter les levées, terminer les préparatifs et combattre, avec toutes les ressources de la France, des aneécs affiiiblies par de nombreui détachements et des corps d^observatfon. {Mémotrt* cTe Ifmppiêêm, t. IX, p. 48.)

(3) Mémoires de Napoléon, t. IX, p. 51.

(4) Napoléon croyait qu*en prenant l'offensive au milieu de Juin, n figiiereit six

de rennemi et de provoquer, en cas de succès, le soulèvement de la Belgique et des provinces rhénanes, que Napoléon supposait favorables à sa cause, prêtes même à se déclarer pour lui (i).

Pour exécuter ce plan, Tempereur disposait de 200,000 hommes (2). Mais, dès le mois de mars, il dut envoyer le général Lamarque, avec 15,000 hommes, en Vendée; au commencement de juin un détachement de la jeune garde prit le même chemin. On fut obligé aussi de laisser quelques régiments à Bordeaux, à Toulouse, sur le Var,à Strasbourg, en Savoie et à Béfort, tant pour observer les frontières menacées que pour servir de points d'appui à la levée des gardes nationales. Tous ces détachements réduisirent à 120,000 combattants (3) les forces destinées à agir en Belgique.

L'empereur avait le choixentre trois lignes d'opérations (4). Il pouvait attaquer par la Meuse pour couper les Prussiens de leur base — entrer par Mons, pour repousser Wellington sur Anvers — ou s'avancer, par la Sambre, sur le point de jonction des deux armées.

Les deux premières lignes avaient le défaut de rendre possible la réunion des Prussiens et des Anglais. Pour ce

sar les alliés ; mais on a sa depuis que les alliés étaient décidés à envahir la France le l*** juillet , de sorte que l^empereur, sous le rapport de la force numérique de son armée , n^uralt presque rien gagné à rester sur la défensive. (Voir Thibaudeau, t. x, p. 369.)

(1) Napoléon nous représente ces provinces comme soupirant après leur tibêraieur. Illusion de conquérant. La Belgique n^a Jamais soupiré qu'après son Indépendance.

(2) Les gardes nationaux, bien que réunis daus les places depuis le milieu de Juin, B^auraientpu entrer en ligne qu'à la fin de Juillet : 150,000 bommes de l'armée permanente étalent encore dans les dép6ls.

(S) Cblffre donné par le général Jomini. D'après les calculs du Journal des sciences mili- /a/rei et de van Lobensels, Napoléon avait 121,634 bommes; d'après von DamlU , 130,000; auprès Carmlcbaél-Smyth, 136,000 bommes et 350 canons ; d'après Gourgaud vt de Vaulabelle, 115,000 hommes et 350 bouches A feu ; d'après les Victoires et conquêtes^ 84,600 bommes dlnCanterie, 21,600 de cavalerie et 16,204 d'arlillerie , du génie et des équipages, plus 350 bouches A feu.

(4) Nous ne croyons pas devoir discuter Topluion de ceux qui prétendent que Napoléon aurait dû se Jeter sur le centre des alliés el porter ses premiers coups en Allemagne. Le beau projet, en vOrilé, que d*envablr l'Allemagne avec 120,000 hommes, en laissant 140,000 Anglo-Prussiens sur le flanc de la ligne d'Invasion !

motif, l'empereur donna la préférence à la troisième ligne (i).

On ne saurait trop admirer la promptitude et la sagacité des résolutions qui furent la conséquence de ce choix. An moment où on le croyait encore à Paris, tout occopé de fêtes et de représentations, il passe la frontière (s) et tombe comme la foudre au milieu des cantonnements ennemis.

Les quatre corps deBlûcher, forts de 115,000 hommes (s), se trouvaient à Cbarleroi, à Namur, à Dinant et à Liège; — ceux de Wellington, estimés à 92,000 hommes enTÎron (4), étaient cantonnés depuis TEscaut jusqu'à Nivelles: Hill,8ye€ l'aile droite, occupait les environs d'Ath ; le prince d*Oratige, avec l'aile gauche, se trouvait à Braine-le-Comte et à Nivelles; une masse imposante de cavalerie était cantonnée à Grammont, sous les ordres de lord Uxbridge, et une résenre de toutes les armes occupait les environs de Bruxelles, où le duc avait établi son quartier général.

On a reproché avec raison aux généraux alliés d'avoir dispersé leurs forces de cette manière , quand , depnîs le 6 juin, (5] ils étaient prévenus de la concentration des troupes françaises sur Maubeuge. Alison et von Damitz (e) expli-

(1) Ifapoléon aurait pu obtenir encore de grands réaultaUen attaquant soil le cenlre des cantonnements anglais , soit le centre des cantonnements prussiens. C*eùt été le aM>]ren de mettre Immédiatement une des deux armées hors de cause, en Tempêchant de se c<Hirentrer ; mais, d'un autre côté, adoptant ce plan, Napoléon eût eu afMre * de pins grandes di0cultes de terrain, et se serait trouvé dans rirapossilytHté de dérober les marches qui devaient porter Taroiée française au point d'attaque, A rinsu des généraux ennettifs.

(2) il quRta Paris le 12, avant le Jour ; te 14, il se trouvait â la tête de l'armée.

(3) Bn prenant pour base les données de von Damtts, de Cari von Plotho et d« ' arrive au cblinre de 116,897 hommes et 312 bouches à feu. Cet elfectir est «tdopid exact par van lobensels ( voir page 80 ). D*aprfes Gourgaud , l^iarmée pmsstéflifee avaH 120,000 hommes, dont 18,000 de cavalerie ; d'aprës de Yaulabeiie, 134,000 hommet et tarbouches A feu ; d*après le« P^tctotret et eonquétêt, 120,000 hommes, dcmt 30,000 de cav*ieri«

(4) D^près les étals fournis par van Lobensels , Tarmée néerlandaise complaft, à ladale du 12 Juin» 29,500 hommes, 6,248 chevaux et 72 canons. Le même auteur évalue le» forces totales de Wellington A 91 ,228 hommes et 27 batteries ; mais 11 oublie de compter vme iwrito des troupes hanovrlennes lalaséet A Anvers et dans les piaees de la Flandre. Toii PuiWa porte l'armée de Wellington A 100,000 hommes; de Vaulabellc, A 102,500 hommes et 28B canons ; de Vaudoncourt, A 107,900 hommes; Gourgaud, A 102,800 hommes et 290 canons, et les Ftetotret et conquêtes, A 104,000 hommes.

(5) Wellington : Lettre du 6 Juin 1815, au colonel Haréinge. ^ Alison, t. x, p. 496.

quent cette inaction par la duplicité de Fouché, qui, après avoir promis à Wellington de lui faire connaître non* seulement le jour de Tinvasion, mais encore le plan de Tem* pereur, s'arrangea de façon à ce que le porteur du message fut arrêté à la frontière. Cette version est confirmée par Tau-* téur apocryphe des mémoires de Fouché (i) ; mais lord Elles* mère, qui a vécu trente années dans Tintimité de lord Wellington affirme (s) que jamais le duc ni les officiers de son état-major n'ont compté sur des renseignements de Fouclié. On pourrait donc plutôt admettre la version de Mudford, qui explique la tardive concentration de Blùcher et de Wellington par ce fait, que ni Tun ni Tautre ne s'attendaient à voir Napoléon prendre roffensive. La correspondance du duc prouve en effet qu'il considérait l'hypothèse de la défensive comme seule probable. Cependant, il ne perdit jamais de vue l'éventualité d'une invasion dans les Pays-Bas. Ainsi, dès le 30 avril, il indiqua au prince d'Orange, au comte IJxbrîdge, au général Hill et au quartier-maitre général les mouvements de concentration à faircen cas d'attaque, soit par la zone comprise entre la Lys et l'Escaut , soit par celle comprise entre l'Escaut et la Sambre, soit par l'une et l'autre zone en même temps. Le 9 du mois suivant, il écrivit au duc de Berry : « Je ne serais pas stnyiis que nous fussions attaqués ; » et, le 7 juin, il rédigea, pour les gouverneurs des places fortes belges, une instruction commençant par ces mots : « Au moment où rennemi mettra le pied sur le territoire des Pays- Bas les places ci-dessous nommées doivent être mises en état de siège... » (Sic.)

Les troupes étaient donc prévenues de ce qu'elles auraient à faire en cas d'invasion, et c'est ainsi que les ordres expé-

(1) Mémoires de Fouché, 1. 11* p. 340, 342.

(2) Life and character ot the duke of ire/ttngton, p. 37.

diés dans la soirée du 15 purent être exécutés avec tant de promptitude et d'ensemble (i). Cependant, le. jour même du passage de la Sambre, Wellington écrivit une longue lettre à l'empereur d'Autriche sur l'invasion du territoire français ; et cette missive, où il n'est point question de l'éventualité d'une attaque de la part de l'ennemi, ainsi qu'une lettre écrite quelques jours auparavant, et dans laquelle lord Wellington exprima l'opinion qu'en présence des forces anglo-prussiennes Bonaparte n'essayerait pas d'envahir la Belgique (2), viennent à l'appui de la version de Mudford. Il résulte au moins de ces documents, que le général anglais avait l'espoir de prendre l'offensive avant l'empereur.

Quoique l'événement trompât cet espoir, et que l'invasion de la Belgique par la Sambre fût contraire aux prévisions des alliés, il n'est pas exact de dire que l'annonce des événements du 15 vint surprendre Wellington au milieu du bal de ia duchesse de Richemont. Le duc, depuis le 10 juin, était sur ses gardes ; mais il affectait une grande sécurité pour ne pas encourager les partisans de France, assez nombreux dans la ville de Bruxelles. Ce motif le détermina à se rendre au bal de la duchesse, bien qu'à la fin de son dîner il eût reçu aris des combats d'avant-poste livrés à Thuin et à Lobbes (s).

(1) Il résulte de ce qui précède que le général Jominl a eu raison de dire( p. ISI éttm Précis sur ta cmmpagne de 18is;) : • SI les généraux alliés furent pris en défaut sur Hntual « de rirruption, on doit avouer qu'ils étaient bien préparés au fond pour le cas oA elle m* * rait lieu. »

(2) Citons encore la lettre du 12 mai, à Henry Wéttesley, dans laquelle il dit : « Il ya^ « beaucoup de mouvement sur la frontière la semaine passée, mais Je suis tenté decnHrr « que ce sont des mouvements défensifs , et que Bonaparte ne peut se basardrr â qaMcr « Paris, n Dans sa lettre du \\, à U. Hardinge, le duc évalua a 110,000 hommes reffecUfiK Tarmée avec laquelle Bonaparte pouvait attaquer les Pays-Bas, et, dans celle du 2 j«ia« ' Henry IVetlesteyy il annonça qu'il attendait des nouvelles certaines d«:s mouveracati éf 8chwartzenl>erg pour entrer en France avec 70 à 80,000 bommes.

(3) Von Damltz prétend que déji, â quatre heures du matin, BlOcher avait cuvojré, paraae ordonnance, des nouvelles â Bruxelles, et que cette ordunnancc était arrivée â onse iKorcs. Ce renseignement est conflrmé par un rapport anglais, publié dans l L'nited service Jannâi^ en IR41. liais diverses lettres, écrites par Wellington dans la journée du 15,peniicttc«lée supposer qu'il ignorait encore la nouvelle dont il s'agit ft une heure et mène plus tard. U

Booth, et d'autres témoins oculaires, affirment qu'un second courrier (i) de Blûcher arriva pendant le bal, à minuit; que Wellington parut visiblement préoccupé à la lecture de cette lettre, mais qu'il reprit sur-le-champ sa sérénité ordinaire, et qu'il ne se retira qu'après le souper (2). En ce moment même, on put entendre de la salle de danse le roulement des canons et la marche cadencée des régiments, qui, en vertu d'ordres donnés avant le bal, se portaient en toute hâte vers la forêt de Soignes.

On ne conçoit pas que Wellington, informé depuis sept heures du soir de l'attaque des avant-postes du corps de Ziethen, n'ait pas immédiatement dirigé ses troupes sur Waterloo ou sur les Quatre-Bras. Son premier ordre, donné vers huit heures, prescrivait seulement de réunir les troupes dans les cantonnements et de les tenir prêtes à marcher. À neuf heures et demie, il écrivait au duc de Berry : ce J*ai ordonné « à mes troupes de se préparer à marcher à la pointe du « jour. »

Yan Lobensels explique cette lenteur en faisant observer que le duc était imbu de l'idée que la première agression

doc afDrme d^aflleurs , dans son rapport sur la bataUtè de If^atêrloo , qu'il n'apprit les attaques de Thaln et de Lobbes que dans la soirée : « / dld not hear ofihe events Htt in Iheetftntng of the 15 th. » Bt dans une lettre écrite â dix heures du soir au duc de Pellre, pour lui annoncer Pattaque des avant-postes prussiens, 11 dit : « Je n'ai rien reçu depuis neuf heures du matin de Charleroi; » ce qui veut dire évidemment quMI ne savait pas, â dix heures du soir, ce qui s'était passé à Charleroi après neuf heures du matin. A quelle heure cette lettre estelle parvenue au duc ? Le général de Yaudoncourt dit à quatre heures et demie ; JominI, â cinq heures; les Victoires et conquêtes » à sept heures environ ; Welllngt^ et les auteurs anglais, vers le soir. Ces différences importent peu. Le fait essentiel est constaté , c'est que le duc fut informé de Pattaque da 15, le Jour même avant sept heures et demie du soir.

(1) raprès quelques auteurs, cet avis fut le troisième ; c'est là, au reste, une question peu importante.

(2) O^près un article publié dans la Quarterix Revtew en Juin 1845, article commencé par Gurwood, continué par Kllesmere et revu par Wellington lui-même (ainsi que raflBrme 8TOCQUKLEA, t. II, p. 330J, cet avis arriva ft onze heures, et fut envoyé par le prince d'Orange.

Il est dit dans ce même article que le prince d'Orange arriva de Binche à trois heures pour dtner avec le duc, et qu'à cinq heures Wellington reçut le rapport de Ziethen, écrit â dix beares du malin.

On ne s'explique pas que le courrier porteur de cette missive ait mis treize heures pour faire on trajet de 40 milles.

serait dirigée contre Tarmée anglaise (i). Dans cette situation d'esprit, le général en chef pouvait supposer que l'attaque dont parlaient les premiers rapports prussiens n'était que simulée, et que l'attaque réelle se ferait sur un autre point (2).

Ainsi, l'ordre donné à huit heures n'aurait été si vague, que parce que le duc attendait alors une information précise pour donner à ses troupes un point de rassemblement unique (3). Cette information lui arriva pendant le bal (4), et comme elle était assez alarmante, elle eut pour effet de hâter de deux heures le départ des troupes de Bruxelles, fixé primitivement à quatre heures du matin.

Leduc montra, dans cette circonstance, un flegme extraordinaire; cependant, on ne peut nier qu'il n'eût été conforme à la prudence d'opérer plus tôt la concentration des troupes, car il s'en fallut de bien peu que le prince d'Orange, attaqué dans un moment où il n'avait que 7,500 hommes sous la main, n'essuyât un échec qui aurait évidemment compromis le sort de la campagne. Le résultat de cette néglig<mce fut que l'armée française, avec des forces inférieures de 70,000 hommes à celles des alliés, put combattre à chances égales à Ligny et aux Quatre-Bras.

(1) A rappui de celte opinion, nous rappeHerons que Wellington avait fait reconnaUrt les positions de BUton,d*Arquennes, de Mont-Saint- Jean et de Tleurçat, comme si llnvasion deralt avoir lieu par Mons et Nivelles, ru autre fait, bien prouvé aujourd'hui. Ott ^e les Qnatre-Bras furent occupés , le 15 au soir, par la 2« division néerlandaise, malgré rordre de Wellington, qui avait Indiqué ifivelies pour premier point de concentration.

(2) Ce doute était permis, car Napoléon lui-même parait avoir hésité sMI attaquerait dV bord Wellington ou B111cber.il se décida pour l^ttaquedes Prussiens, uniquement parce quii pensait, dlsait-U, queBlUcher, « avec ses habitudes de hussard,* senill le premier conecatré.

(3) Cependant « van Lobensels affirme que les deux généraux en chef étaient eonvenas qu'^n cas d*aKresslon , Parmée prussienne se concentrerait â Sombreffe, et l*ei mée anglenéerlandaise aux Quatre-Bras. Le général Jominl confirme ce renseignement et fait ebserver «lue la concentration sur les deux points dont 11 s'agit convenait aussi bien, en cas dlivaslen par Mons qu'en cas d'invasion par Charlerot.

(4) Elle porUlt que les Français avaient pris Charlerol et s*étalent avancés Quatre-Bras. (Tan LOBBNSiLf, p. 17S; ne Vaudoncoubt, t. Ill, p. 1S2 ; FMûtretHi i. XXIV.;

L'eQtrée en campagne de Napoléon doit être regardée comme l'une des opérations stratégiques les plus remarquables de sa vie (t). Neuf corps d'infanterie et de cavalerie, établis entre Lille et Metz, arrivèrent par des marches habilement dérobées devant Charleroi, en même temps que la garde, partie de Paris le 5.

Ces troupes occupaient, dès le 14, les positions suivantes : la droite, forte de 16,000 hommes, sous les ordres du comte Gérard, à Philippeville; — le centre, d environ 60,000 hommes, sous Napoléon, aux environs de Beaumont — et la gauche, de 45,000, à Ham*sur-Ëur et Solre-sur-Sambre.

Le corps de Reille, établi à Ham-sur-Ëur, devait franchir la Sambre à Marchienne ; — celui d'Erlon, cantonné à Solresur-Sambre, devait suivre la même direction ; — le centre ou corps de bataille, avec les réserves de cavalerie, sous les' ordres de Grouchy, devait passer la Sambre à Charleroi; — enfin, la droite devait opérer son passage à Châtelet.

L'empereur entendait que ces différentes opérations fussent terminées à midi (s); mais les obstacles que rencontrèrent Gérard et Grouchy dans leur marche (s) produisirent un retard fâcheux. Sans cette circonstance, une partie de l'armée française aurait occupé, dès le 15 au soir, les points stratégiques décisifs de Sombreffe et des Quatre-Bras. (Voir plan XXI).

Maître du premier de ces points, Napoléon empêchait les Prussiens venant de Namur de se joindre aux Anglais; et maître du second , il ôtait aux Anglais venant de Bruxelles le moyen de se réunir aux Prussiens.

Grouchy reçut, le 15 au soir, l'ordre verbal de se diriger

(1) JONIKI, p. 146.

(2) Voir Tordre de mouvement du 14.

(3) RapoléOQ et Govrgaud accutenl le s^nôral Vandamme , cbargé de prendre la léie du corps de bataille, d'élre parti trop lard de sou camp.

sur Sombreffe, mais cet ordre ne put être exécuté, parce que sa colonne fut arrêtée, à Gilly, par une fraction du corps de Ziethen (i).

Le maréchal Ney, venu de Paris en chaise de poste dans la journée même, sans équipages ni chevaux, prit le commandement de Taile gauche, dont il ne connaissait ni les troupes, ni les chefs, ni les emplacements. Il fut envoyé surle-champ, avec une partie du 2' corps, dans la direction de Gosselies, pour contenir les Anglais et empêcher leur réunion avec les Prussiens. Le lendemain, le corps de cavalerie du général Kellermann vint renforcer ces troupes à Gosselies, où Ney attendait de nouveaux ordres. Il est prouvé aujourd'hui que c'est seulement dans cette ville, à onze heures du matin, que le prince de la Moskowa reçut les premières indications sur les mouvements qu'il devait exécuter dans la journée du 16. Elles lui furent données par une lettre que l'empereur dicta au général Flahaut, entre huit et neuf heures du matin (2). Cette lettre était conçue en termes assez vagues : « J'atta- (c querai l'ennemi, si je le rencontre... Là, d'après ce qui se « passera, je prendrai mon parti à trois heures après-midi, c( peut-être ce soir. Mon intention est que, immédiatement « après que j'aurai pris mon parti, vous soyez prêt... Je déi( sire que vos dispositions soient faites pour qu'au premier « ordre, vos huit divisions puissent marcher rapidement et « sans obstacle sur Bruxelles (5).»

(1) Celte circonsUDce aurait rendu sans objet Tarrlvée de fley aux Quatre-Bra« dans la soirée du 15; et» en effet, Toccupatlon de ce point, pour être efficace, détail aroir lieu tlmnh tanément avec celle de Sombreffe.

(2) Palt confirmé par le général de Flahaut, dans une lettre écrite le 24 novembre 1829 aa duc d^Elchlngen. {Documenii, etc., page 63.) La missive dictée par Napoléon arrlTs Tcrt once heures â Gosselies, et plus tard A Frasnes, où se trouvait nej.

(3) Une lettre de Soult, expédiée presque en même temps, mais qui arriva plus tard, tient ce passage , pris par quelques auteurs pour un ordre d^ttaque : « BévnUacx les « des comtes Rellle et d'Brlon A celui du comte de Valmy, qui se met à i'tnttamt «n romiê « pour vous rejoindre ; avec ces forces : vous devez battre et détruire tous les corps nins m mis qui doivent se présenter. » On remarquera qu*lln*ett pas quesUon dans cette Icttrs d'envoyer des troupes vers Ligny.

Ce fut seulement à deux heures que Soult, major général de l'armée, envoya de Fleurus au maréchal Ney Tordre formel d'enlever la position des Quatre-Bras, et de se rabattre sur le gros de l'armée, après avoir poussé vigoureusement Vennemi. Cet ordre, adressé à Gosselies, ne pouvait parvenir au maréchal qu'entre trois et quatre heures. Or déjà, depuis deux heures, Ney, que l'on a depuis accusé de lenteur, était aux prises avec l'ennemi (i). Le maréchal immédiatement après la lecture de la lettre confidentielle de l'empereur, avait pris ses mesures pour attaquer les Quatre-Bras, encore qu'il n'en eût pas reçu l'injonction formelle (2).a Vers onze heures c( oumidi,ditle comte d'Erlon, le prince de laMoskowa m'en- « voya à Gosselies l'ordre de faire prendre les armes à mon « corps d'armée, et de le diriger sur Frasnes et les Quatre- « Bras (3). » Ce corps n'avait que deux petites lieues à faire.

Ney qui, au témoignage de son premier aide de camp, avait évalué les forces de l'ennemi à 25,000 hommes, crut devoir attendre Drouet. « Il était une heure, dit ce témoin, et ce- « pendant le premier corps n'arrivait pas ; on n'en avait pas ce même de nouvelles , mais il ne pouvait plus être éloigné. « Le maréchal, dès lors n'hésita pas à engager l'action (4). » Ses forces s'élevaient à 18,000 hommes environ (5).

Napoléon explique les choses tout autrement : « Le maréchal, dit-il, reçut, dans la nuit du 15, l'ordre de se porter le lendemain, à la pointe du jour, en avant des Quatre-Bras, et

(1) Rapport du prince tTOrange au roi des Pays-Bas^ 17 Jain 1815.

(2) La lettre arrlTée â onze heures ne parle pas , en effet , d'attaquer : elle prescrit seulement d^établlr les tronpes en avant et autour des quatre chemins (Quatre*Bras)f comme s^l n''y ayalt pas de résistance & crafndre sur ce point.

(3) Lettre du 9 février 1829, au duc d'Elchingen. {Documents^ etc., p. 64.)

(4) Relation du colonel Heymès.

(5) D'après un tableau publié dans les Mémoires de Napoléon, irey avait 43,756 hommes , dont IfiOO de cavalerie ; mats II faut retrancher de cet effectif 2,000 hommes de cavalerie de la garde, dont Rey (par ordre de Napoléon) ne pouvait disposer, 3,925 hommes d'Infanterie de la division 6lrard,et 19,454 hommes du l«r corps. Gourgaud estime les forces de ney à 42;200 hommes et 108 canons, et de Vaulabelle, it 47,450 hommes et 116 canons.

d'occuper une bonne position sur la route de Bruxelles. Pendant ce temps, l'empereur se porta avec le gros de l'armée, du côté de Blûcher, pour rendre la séparation des deux armées de plus en plus prononcée. Dès dix heures du matin, il fit faire halte à son armée et se forma en face des Prussiens, qui ne s'attendaient pas à être attaqués ce jour-là. s>

« En ce moment, l'empereur apprit que Ney était arrêté, i< par suite de divers renseignements qui lui faisaient snp- « poser que les Anglo-Belges avaient opéré leur jonction « avec les Prussiens. Craignant d'être tourné, le prince de « la Moskowa demanda de nouvelles instructions à l'empecc reur (i) ; celui-ci le blâma d'avoir perdu huit heures. Il lui « réitéra l'ordre de se porter en avant des Quatre-Bras, et lui c( prescrivit, aussitôt qu'il aurait pris position, de détacher ce une colonne de 8,000 hommes d'infanterie, avec la divi- « sion de cavalerie de Lefebvre-Desnouettes , et 28 pièces « de canon, par la chaussée des Quatre-Bras à Namur. « Cette colonne devait quitter la chaussée au village de Mar- « bais pour attaquer les hauteurs de Bry, sur les derrières « de l'armée ennemie. Âpres le départ de ce détachement, il c( restait encore à Ney, dans sa position des Quatre-Bras, a 32,000 hommes et 80 pièces de canon. » — « Le maréchal, ce ajoute Napoléon, reçut cet ordre à onze heures et demie. ce D'après les calculs de l'empereur, il devait avoir pris pocc sition à midi, et, deux heures après, le corps détaché devait c< être à Marbais (2). »

Les faits cités précédemment, et que nous compléterons à la fin de ce chapitre, établissent à l'évidence que la version de Napoléon, acceptée par Gourgaud, est inexacte sous plus

(1) Mémoires de Napoléon, t. IX, |>. 79.

(^) On ne connaît pat les termes de cette demande. Elle a dû arriver an quartier général avant huit heures du oiaUn, puisque la réponte fut dictée au général de Flahaut en(r« bail et neuf heures.

d*un rapport. La lettre apportée à onze heures par de Fiahaut est bien moins détaillée en effet et moins précise surtout qu'on le prétend ; d'autre part , il n'existe aucune trace d'un ordre antérieur qui aurait enjoint au maréchal de se porter « en avant des Quatre -Bras (i). » Le prince de la Moskowa, en arrivant à Gosselies, le 16, à deux heures du matin (s), ignorait quels mouvements il devait exécuter. Il suiBt de lire attentivement la lettre dictée au général de Fiahaut, entre huit et neuf heures du matin, pour en être convaincu. Au reste, l'empereur lui-même semble confirmer ce fait en avouant que, dans la matinée du 16, le prince de la Moskowa lui envoya demander de nouvelles instructions, ce qui évidemment n'aurait pas eu lieu si, comme certains critiques le supposent, Ney avait reçu dans la nuit l'ordre formel d'occuper les Quatre-Bras.

Ce point éclairci, nous devons retourner à l'armée prussienne, qui se trouvait encore disséminée entre Liège et Charleroi, au moment où l'orage allait fondre sur elle.

Blùcher avait été prévenu, le 14 au soir, par un déserteur français, du mouvement qui se préparait pour le lendemain (s) .

(1) De Vaulabelle cita , pour seule preuTe de rexlsteoce d*un ordre verbal de ce genre, rextrall sulTaot d^une lellre écrite le 15 au soir par le maréchal Soult, leltre qui figure dans le Moniteur du 16 : « LVropercur a donné le commandement de la gauche au prince de la n Moskowa, qui a eu. le soir son quartier général aux Quatre Chemins, sur la route de « Bruxelles »

Cet extrait n'a pas â nos yeux autant d'importance que Tensemble des faits exposés dans le texte et la déclaration du duc de Dalmatle ; cette déclaration porte « que Vempereur n'avait pa* eu ta pensée de faire occuper les Quatre-Bras le 15 au soir, et guUt n'en avait pas donné l'ordre. » {Documents, olc, p. 30.) Au reste, si telle avait été son Intention* aurait-il passé une partie de la nuit du 15 au 10 avec le maréchal Ney à Charleroi ? Cela n*cst pas vraisemblable.

(2) Déclaration du colonel flcymès.

(3) Quelques écrivains prétendent que BIticher fut informé seulement de la marche des Français dans la Journée du 15, par le lieutenant général de Bourmont, qui, ce Jour-lâ, â six heures (tu matin , quitta son poste avec plusieurs officiers attachés A sa personne. Cest une erreur; la première information lui vint d'un tambour de la garde impériale , le 14 an soir. {Victoires et conquêtes, t. XXIV, p. 179.)

A minuit, des ordres furent expédiés de son quartier général pour hâter la concentration de Farmée en arrière de Fleurus.

Ce point était beaucoup trop rapproché de l'ennemi. Si Napoléon avait pris, le 16 au matin, une prompte et vigoureuse initiative; s il s'était montré Tégal de ce quil fut en Italie, à Ulm, à Ratisbonne, à Jéna, à Champ- Aubert et à Montmirail, tous les corps prussiens eussent été battus Tun après lautre. Mais l'empereur était tellement dominé par la conviction que Blûcher opérait sa concentration autour de Namur (i), qu'il ne donna aucun ordre positif avant le milieu du jour, et qu'il dédaigna même l'avis par lequel Grouchy lui annonça à six heures du matin que les Prussiens débouchaient en forces considérables par Sombreffe et Saint- Amand.

Tandis que l'empereur perdait ainsi un temps irréparable, Bliicher opérait sa concentration avec une rare célérité. Le 16, à dix heures du matin, trois de ses corps d'armée se trouvaient réunis entre Bry et Tongrinne.

Napoléon arriva devant Fleurus le même jour, à onze heures; vers midi, il alla reconnaître la position, et une heure après, il rentra au camp pour faire ses préparatifs d'attaque. Cette reconnaissance toutefois parait avoir été faite avec négligence, puisqu'elle donna à l'empereur une idée peu exacte des forces de Blûcher. On lit, en effet, dans une lettre au maréchal Ney, écrite de Fleurus à deux heures de l'aprèsdinée par le major général de l'armée française : « L'empereur « me charge de vous prévenir, M. le maréchal, que l'ennemi « a réuni un corps de troupes entre Bry et Sombreffe, et qu'à « deux heures et demie le maréchal Grouchy, avec les 5"* et « 4"* corps, l'attaquera. » Napoléon — et c*est assurément

(1) Oa en voit la preuve dans la Icllre dictée à de riahaut, entre huit cl neiir kvmrtM du matin.

une circonstance extraordinaire — n'avait pas vu que ce corps de troupes était une armée de 80,000 hommes, prête à recevoir la bataille (i).

L'empereur avait trois partis à prendre :

1** Tourner la droite des Prussiens avec les deux corps de Ney, en laissant à Frasnes celui de Kellermann pour couvrir la route de Charleroi, qui était la ligne de retraite de l'armée française;

2^ Attirer seulement à Ligny le corps de d'Erlon, en laissant ceux de Reille et de Kellermann défensivement vers Frasnes et les Quatre-Bras, pour observer l'ennemi et couvrir la ligne de retraite ;

S*" Prescrire à Ney de fondre avec impétuosité sur les Anglo-Néerlandais, de les refouler vers Bruxelles, et de se rabattre ensuite sur Bry , pour prendre les Prussiens à revers.

Le premier plan favorisait la jonction des deux armées ; le troisième exposait l'empereur à être secouru trop tard, et le mettait dans le cas de ne remporter qu'une victoire incomplète. Le second seul offrait des avantages réels ; aussi le chef de l'armée française l'eût-il adopté sans nul doute, s'il avait connu l'état réel des forces ennemies. La preuve, c'est qu'à trois heures et quart, lorsqu'il fut fixé sur le nombre des Prussiens, il donna, mais trop tard, l'ordre positif de rappeler le 1*' corps.

L'armée française avait 70,000 hommes et l'armée de Blûcher au delà de 80,000 (2). Cette dernière se trouvait

(I ) Aprèf U bataille, Sonlt toinl>a dans une eiagération en sens contraire- on trouve en effet, t. X de la Correspondance de Joseph, ce billet Inexplicable, écrit au rot le 16 A huit heurea ei demie du soir : « Monseigneur» Tempereur vient de remporter une victoire complète sur « les armées prussienne et anglaise, réunies sous les ordres de lord Wellington et du marem cbal BlOcher. »

(2) BItkcher, dans son rapport, évalue ses forces à 80,000 hommes, et celles de Tarmée française à 130,000. (Test une erreur; Il croyait avoir devant lui toutes les forces de Tenneml.

D'après Ooorgand , ffapoléon eut à Ligny 59,310 hommes engagés et 204 canons , plus 11,770 hommes et 30 canons, laissés en réserve, qui ne prirent aucune part à la bataille ; —

déployée entre Saint-Amand et Sombreffe, faisant face à la Sarobre. Son front, de plus d'une lieue de longueur, était couvert par le ravin de Ligny.

Le général Jomini trouve cette position « détestable » et, en effet, elle offrait l'inconvénient d'avoir son flanc droit en l'air et son front hérissé d'obstacles, paralysant l'action de la belle et nombreuse cavalerie prussienne.

Le point d'attaque stratégique de cette position était évidemment la droite. En faisant un grand effort sur ce point, et en tenant seulement le centre et la gauche en échec, on pouvait séparer les armées de Blùcher et de Wellington, puis agir par masses concentrées sur chacune d'elles séparément (i).

Napoléon espérait atteindre le même but par une attaque combinée sur la droite et le centre ; la chose était posnbie, mais il prit mal ses dispositions.

L'attaque sur la droite ne se fit point avec des forces suffisantes ; on y employa seulement la division Girard et le corps de Yandamme. Gérard, avec le 4'' corps, se trouvait au centre, et la cavalerie des généraux Pajol et Ëxceimans occupait la droite. Toute la garde et le corps des cuiratssiers du général Milhaud étaient en seconde ligne derrière Fleurus.

La bataille commença vers deux heures et demie, par one attaque vigoureuse de Yandamme sur Saint-Amand. Ce village, après une lutte opiniâtre, fut enlevé à la baïonnette; mais l'ennemi y rentra presque aussitôt.

d'après de Vaudoncourt* il y eulk Ligny 42,&00 hommes d'inranlerle, 14.850 de cavaleritH 204 bouches A feu;-^*aprùs les Fictoire* et conquêtes, Tl.OCN) hommes, dont flOjOOO ai r^ prirent part au combat; — d'après Wagner et les auteurs allemands, 74,00» bonmcs;d'après Carmichaél-Smyth, 93,000 hommes et 242 canons. •

On est plus d*aocord sur la force de rarmée de BlUcher, que les Français et l«t porlcnt â 80,000 hommes; de Vaulabelle cependant Tévalue à 95,000 homittea;4«Ti court, â 9630 et les ytdolres et conquêtes, à 90,000; mais ces trois derniers cblDret md exagéré».

(i) Cette opinion est partagée par le général Xufiling. [Htstoirt de ta eampm§mt, etcrir C. de W., p. 17.)

Vers trois heures et demie, le combat s'engagea sur toute la ligne (i). Ce fut alors que Napoléon, jugeant que la résistance serait plus forte qu'il ne l'avait cru, fit appeler le comte d*Erion, qui n'avait pas encore passé Frasnes.

Le général Vandamme se rendit une seconde fois maitre de Saint- Amand par une attaque vigoureuse, qui coûta la vie à rintrépide Girard. Blûcher cependant dirigea sur ce point une partie de ses réserves, et finit par l'occuper de nouveau.

La lutte fut plus vive encore devant Ligny, au centre de Tarmée prussienne. Le général Gérard, avec un courage admirable, emporta plusieurs fois ce village sans pouvoir s'y maintenir. Ici, comme sur la droite, les troupes prussiennes combattirent avec un acharnement qui s'explique par la haine violente qu'elles portaient à l'armée française, a On s'alta- «c quait homme par homme, avec toute la fureur del'animosité c( personnelle. Il semblait, dit un témoin oculaire, que chacun <v eût rencontré dans son adversaire son ennemi mortel (s). »

A cinq heures et demie, l'empereur allait porter un coup décisif avec la garde sur Ligny, quand Vandamme donna avis que, sur la gauche de l'armée française, on remarquait un corps de troupes d'environ 50,000 hommes. « Cette colonne

(1) Le général Rogniat fait observer avec raison , qu*en attaquant les Prussiens sur tous les points, en ordre parallèle, Napoléon manqua l'occailon d'obtenir une victoire décisive. Ct mode d'attaque, en elTet, ne pouvait avoir pour conséquence que de rejeter Blûcher sur welllngtota, résultat qu^ll fallait éviter à tout prli. Le général de Vaudoncourt a fait beaucoup d*efforts pour démontrer que la bataille de Ligny ne devint une bataille de front que par la non coopération dHine partie de l'aile gauche. « Il était dans Pintentlon de Tempereur. dU>li*quele l» corps enveloppit la droite de BlUcher, peridant que Gérard ct la garde, par une attaque sur Ligny, Isoleraient cette aile du reste de Parmée. » c'eAt été, en effet, le moyen de fsire le plus dn mal aux Prussiens et de les mettre hors de cause. Vais Napoléon ne prit ancnne mesure pour assurer Texécution de ce plan, puisque son ordre, expédié à deux ii€«ret, prescrivit seulement à !f ey de se rabattre sur Lt^y, quand il aumtt attaqué et vifomreusemenl poussé rennemi qui était devant lui aux Quatre-Bras. Ce ne fut que vers trolt heures et demie quMI donna Tordre positif de faire venir le l*' corpa. ainsi, nos obserrailona sur rinsufflsance de Tattaque dirigée contre la droite de Blikcher conservent toute leur valeur.

(3) Journal militaire autrichien, 1819, VI« cahier, p. 202.

(( dit Napoléon, avait été prise d'abord pour la colonne délace chée de la gauche ; mais outre qu'elle était beaucoup plus « forte, elle arrivait par une route différente. » La division Girard l'ayant reconnue pour ennemie, l'empereur suspendit le mouvement de sa garde, et envoya un général (i) examiner de près cette colonne. Il apprit ainsi, à six heures et demie, qu'il avait affaire, non pas aux Anglais, mais au corps de d'Erlon, accouru pour soutenir l'attaque de Saint-Âmand (s).

« L'empereur, a écrit Gourgaud, ne put se rendre raison i< d'un tel mouvement (3), » et cependant il est prouvé qu'il l'avait ordonné lui-même. Le doute n'est permis que sur la question de savoir si c'est par Bry ou par Saint-Amand que Drouet devait opérer. Le général Jomini et le duc d'Elchingen se prononcent en faveur de la première hypothèse ; mais Tordre écrit par Soult, à trois heures et quart, n'est pas si absolu, puisqu'il enjoint au maréchal de se diriger par les hauteurs de Bry et Saint-Amand.

Quoi qu'il en soit, l'arrivée du 1" corps, ou plutôt l'erreur de ceux qui le prirent pour une colonne ennemie, causa un retard fâcheux dans l'attaque du village de Ligny.

Il y a dans ce fait quelque chose d'incompréhensible. On se demande aussi pourquoi l'empereur, dans un moment si

(1) L'empereur dit quUl envoya le général Dcjean ; malt celui-ci, dans une lettre écrite ai duc d'Elchingen (le 26 Juillet 1839), affirme que ce ne fut point lui.

(2) (Test la version de Napoléon» de Jomlnl et de Gourgaud. Le général de Tamlancirt aoutient, au contraire, que Napoléon comptait sur Tarrivée du l<r corps, et f ut swpris smh lement lorsquMl apprit que ce corps avait fait volte>ftice , sauf la division Burutte et «i 4étachement de cavalerie de Jacqulnot. Cette opinion est corroborée par phuievs gnages Importants, et surtout par le fait que Napoléon ne donna aucune instruction an d'KrIon lorsqu'il fut en vue, chose qui n'aurait pas eu lieu évidemment, tl rapperitlsnéa 1er corps avait été un malentendu, un événement inexpUcaUe, comme dit Cîe«rgaBd. . prétend que d'KrIon avait pris , par erreur , la direction de 8alni-A.mand ; mais ne lui adresse pas ce reproche , et Soult, dans sa lettre du 17 Juin à Nejr, dit que si le comte d'Irlon avait eiécnté le mouvement sur Saint-Amand, que Vemp^ntin ordonné, l'armée prussienne eût été détmlte.

(3) ■ La manœuvre de cette colonne parut inexplicable. Ule avait donc passé «Btrt 19 et le maréchal Blttcher , ou bien entre les Quatre-Bras et Cbarleroi. ■ {Mfémotm iéon.)

décisif, laissa le 1" corps sans instructions et négligea de le diriger sur Bry. a Cet oubli, dit le général Jomini, quoi qu'on « puisse alléguer, était une faute manifeste, qui empêcha la « bataille de produire tous les résultats qu'elle aurait pu c< avoir. »

Il était près de sept heures quand Napoléon retira la garde de devant Saint-Âmand (i) pour la jeter sur Ligny. Blûcher prit ce mouvement pour un commencement de retraite. Il se porta , avec ce qui lui restait de forces disponibles , sur sa droite» dans l'intention de suivre les Français, qui, pendant ce temps, massaient leurs troupes contre le centre affaibli. Dès que le général prussien vit son erreur, il accourut au point menacé avec le peu de cavalerie qu'il avait pu recueillir à la hâte (s). Mais, trop faible pour résister aux cuirassiers français, ce petit corps fut culbuté. Blûcher, démonté par un coup de feu, resta sur le champ de bataille (heureusement sans être reconnu), jusqu'à ce que son aide de camp lui eût amené un cheval de dragons.

La garde, pendant ce temps, avait pris le village et percé le centre de l'armée prussienne. Si elle s'était mise en mouvement quelques heures plus tôt, la victoire eût été complète.

La poursuite néanmoins aurait pu donner d'immenses résultats ; mais elle fut arrêtée par l'obscurité, par le mouvement qu'opéra du côté de Sombreffe la gauche encore intacte de l'ennemi, et par la bonne contenance que firent les débris de Ziethen et de Pirch entre Bry et Sombreffe.

On doit reconnaître, du reste, que Napoléon ne montra pas, après la victoire de Ligny, l'ardeur qu'il avait déployée dans

(1) Napoléon avait dirigé sa garde sur Salnl-Ainand, ann d'engager Blûcher A dégarnir son centre. Le maréctal s'y était laissé prendre : quarante bataillons et soixante escadrons étalent accumulés sur la droite quand Ligny fut attaqué.

(2) Sli escadrons seulement.

d'autres circonstances (i). Les alliés, profitant de ses immortelles leçons, ont fait dans la nuit de Waterloo ce qu'il aurait pu faire dans la soirée du 16.

On verra plus loin comment le corps de d'Erion fut rappelé par Ney, au moment où il aurait pu rendre d'inimenses services à l'empereur (2).

L'armée prussienne eût été en effet dans une bien fâcheuse position, si ce corps avait été dirigé sur Bry dès qu'on ^ape^ çut. Mais on le laissa sans instructions et sans guide. La division Durutte, que le comte d'Erlon avait seule maintmiie devant Saint-Âmand, ne prit aucune part à l'action; elle retb la nuit sur le flanc des colonnes en retraite, sans faire aucuoi tentative pour les arrêter. Ainsi, dans cette fatale campigne de 1815, tous les incidents tournèrent contre l'armée française : la fortune, évidemment, n'était plus de son côté (s).

Nous avons laissé le maréchal Ney au moment où il donnait l'ordre d'attaquer la position du prince d'Orange (4). On prétend qu'il y avait alors dans cette position 50,000 hom-

(1) Le général JominI ralt observer cependant que les troapes prastieBnet, qal Bry i leur droite etSombreffc à leur gauche, éUleiit eo bon ordre et suflUaient pour antltr toute poursuite trop audacieuse.

(2) Quelques historiens prétendent que ie comte d'Erlon n'aurait pas dû obtempérer 4 Pv* dre de Ifey. Il eut sans doute par ce refus rendu un immense service a l^mpci^ur ; asb qui oserait poser en principe qu'un commandant de coriis détaché est Jus» 4eseateèl doit ou ne doit pas obéir a ses chefs. Le comte d'KrIon fut peut-être Influencé aussi par er fait singulier, qu'il ne reçut, en arrivant sur le champ de bataille, aucune instmctlaB ée rempereur.

(3) Les Français , d'après napoléon , perdirent 6,950 hommes. D'après les Ftetoirttleamquêtet, ils en i>erdlrent 7 a 8,000. Les Prussiens, diaprés la même aHtorilé, e«r«Bt ftai et 20,000 hommes tués, bies«és, pris ou égarés.

Gourgaud estime la pi>rte des Français a 6300 hommes, et celle des Pruatiena â tt^ Veitcr (t. II, p. 307), Kausler (p. 674) et SporchU (p. 102) portent les pertes de Utcterl 372 officiers, 11,706 hommes et 16 canons: estimation peu différente de celles de Tee Tiw^. de Wagner et de Clausewitx. Plolho (t. IV, p.43) évalue les pertes de %t» oorapairtolcs ceMls* ses et lues à 14,000 hommes. Il est a remarquer toutefois que dans les évaluatlenei on n^â pas tenu compte des prisonniers.

(4) Entre une et deui heures, d'après les auteurs hollandais ; à deas keiirvt, prince d'Orange; X trois heures, d'après Napoléon.

mes (i)» tandis que le matin on n'en aurait trouvé que 10,000. C'est une erreur. Quand Ney engagea le combat (à deux heures ), le prince d'Orange n'avait que 9 bataillons, ou 7,512 hommes et 16 pièces de canon. Ce fut seulement entre trois et quatre heures qu'arrivèrent la brigade de cavalerie du général Van Merlen, forte de 1,122 chevaux, et la 5*" division anglaise de Picton, ayant 7,282 combattants. La jonction de ces troupes porta le nombre des bouches à feu à 22 ou 50 (s), et l'effectif total des forces engagées à 16,000 hommes environ. Le contingent de Brunswick composé de 8 bataillons , 5 escadrons et 2 batteries ( en tout 6,658 hommes), et celui de Nassau, composé de 5 bataillons (2,900 hommes), n'entrèrent en ligne qu'après l'échec de la brigade Van Merlen, dont il sera question plus bas.

Au moment de l'attaque, le prince de la Moskowa se crut suivi de près par les troupes du comte d'Erlon ; ses dispositions furent prises en conséquence.

Après une lutte opiniâtre, qui fait honneur aux troupes néerlandaises, la 2*" division du prince d'Orange fut culbutée : au même instant arriva de Nivelles la brigade de cavalerie de Van Merlen, qui déboucha sur la position, presque simultanément avec la division anglaise de Picton, partie de Bruxelles pendant la nuit. Ces renforts déterminèrent le prince d'Orange à prendre l'offensive; mais, attaqué par un nombre supérieur de soldats aguerris, il dut battre une seconde fois en retraite.

(1) D'après Jominl; diaprés Napoléon , 11 y avait, de trois i sli heures, 2S,200 hommes d'inr«Dterle, l.fVOO de cavalerie ei 12 canons ; el de six à n *ur heures, 37,500 hommes d'inrantcrle et 1,900 de cavalerie et le même nombre de ranons. D'après Gour^aud, les forces aillées, « la On de la bataille, s'élevaient à 50,000 hommes. Ncy eut, d'après le même auteur, seulement 22,840 hommes engagés ; d'après Van Damltz, 24,700 et 44 canons ; diaprés Ciausewiti, 23,000 et 4S canons ; d'après Hapoléon, 22,000, et d'après Piotho, 20 A 30,000. Tous ces chiffres sont exagérés. Ifey eut seulement 1B,000 hommes disponibles pour le combat. Quant au prince dHMvogc, dans les premiers moments, il ne put lui opposer que neuf bataillons et s«lze bouehtt i feu. (Tau lobknsils, p. 1B6 et 215.)

(2) YaN LOBBNSELS. p. 197.

Il était alors quatre heures. Le duc de Wellington, qui avait quitté les Quatre-Bras entre dix et onze heures du matin pour s'entendre avec Blùcher à Sombreffe (i) , revint en ce moment et prit la direction de la bataille. Dès lors les troupes néerlandaises se retirèrent sur le second plan (2); elles forent remplacées, au premier, par trois bataillons du contingent de Nassau, et par Tinfanterie du duc de Brunswick, venue en toute hâte de Bruxelles (3).

La division Jérôme, restée jusqu'alors en réserve, donna vigoureusement sur ce nouveau corps, le fit plier, et, soutenue ensuite par quelques escadrons de cavalerie, le força a battre en retraite sur les Quatre-Bras. Heureusement que

(1) Il arriva à neuf beurei. D'après un témoin oculaire, cité par Tan Lol>ense1s, entre ili et onze heures, et, U'aprèsSiborne, entre onze heures et midi. Il inspecta les trowpesettt compliment au (irince d*Oranf;e sur les bonnes dispositions qu'il avait prises- De Vaalabdlf assure qu'il s'écria : « Si l'ennemi a plus d^une division, nous qe pourrons Jamali tenir :»cl qu'ayant reconnu ensuite la présence de tout un corps d'armée, il ajouta : « Cestus miré' chai qui est devant nous... s'il attaque, nous tommes perdus. » Mais tous ces proposdoivmt être accueillis avec circonspection. Nous croyons que le duc, en partant, recomauiida se»> lement au prince de tenir ferme Jusqu'à l'arrivée des secours, â Tégàrd des dispositions 4a prince, nous devons faire observer, pour être Juste, qu^clles forent en parUe l*<eaTre4a lieutenant général Perponcher. Cet officier ayant pris position aux Quatre-Bras, en verta d'un ordre donné le 15 dans l'aprës-dlnée par le quarlier-maitre général de l'aroDiée néerlaadalsc, « reçut (vers minuit) du prince héréditaire d'Orange et du duc de Wellington l'ordre « de marcher des Quatre-Bras sur Nivclles.Ii sentit que le duc avait donné cet ordre sais b « moindre connaissance de la situation de l'armée ; il comprit le danger quil y aonlt il « l'ennemi, trouvant les roules de Bruxelles et de Ifamur libres, se portait en avant et séfa- « rait les deux armées. Il en assuma donc la responsabilité et demeura dans la poslU— éo N Quatre-Bras. > {Lettre du général Gnttsenau au rot de Fruste, 12 Juin 1817.)

SI Perponcher avait agi dilTéremmeut, la journée du 16 aurait pu avoir un antre nindM: car ce furent sa présence aux Quatre-Bras, dans la nuit du 15, et sa bonne contenance daas la matinée suivante qui, trompant le maréchal Ney, favorisèrent la concentration de rarmée anglaise.

Le prince d'Orange, retenu â Bruxelles par le duc de Wellington, n'était rentré A ssa quartier général de Braine-le-Comte qu'à deux heures du matin. Il approuva les dispositiaM prises par le général Perponcher, et nt donner plus d^extentlon à la défense des Qoal^^' Bras.

Il est très-probable, du reste, que le duc, mieux renseigné par lea lettres reçnes dans li soirée, avait donné au prince l^ordre d^en agir ainsi.

(2) Tan L0BRN8ILS, p. 202.

(3) Napoléon affirme que cette Infanterie quitta Bruxelles le 16, à dix heures àm itl»; Gourgaud, sans préciser l'heure, dit seulement quelle se mit en ronte dans la snlliér. ces données doivent être exactes, car c^est le 15, vers dix heures dn soir, qwe donna au contingent de Brunswick, établi entre Malines et Bruxelles, l^ordre de se trcr entre celte dernière ville et Vllvorde. Or, en partant de là à dix beuree dn Balta» Is contingent devait, en effet, arriver aux Quatre-Bras vers quatre iMure s ei

la division Alten se trouva là juste à point pour arrêter ce mouvement. Elle attaqua les troupes françaises avec tant de vigueur, qu'elle les força de reculer avec des pertes sensibles. La division Gook , arrivée presque en même temps , compléta ce succès et mit le prince de la Moskowâ dans Itmpossibilité de tenter un nouvel effort.

Wellington fit suivre Tennemi avec asse^ de résolution ; mais la division Roussel protégea si efficacement la retraite, que Tarmée française put reprendre la position qu'elle occupait le matin (i).

Il était neuf heures quand Ney quitta le terrain ; l'armée anglo-néerlandaise comptait alors 50,000 hommes.

Peu s'en fallut que cette bataille ne prît une autre tournure. Le prince d'Orange, comme on l'a vu, resta seul jusqu'à quatre heures en présence de forces plus que doubles des siennes. La cavalerie et rartillerie anglaises n'arrivèrent qu'à six heures {2). Toutes les troupes qui entrèrent successivement en action avaient fait des étapes forcées de huit . à neuf lieues ; la brigade des gardes de Maitland soutint une lutte opiniâtre, après avoir marché quinze heures consécutives, sans boire ni manger (5).

Déjà, vers six heures de l'après-dînée, le maréchal, voyant l'ennemi se renforcer graduellement, avait compris que sans l'arrivée du l'^' corps, il lui serait difficile d'enlever la position. Aussi attendait-il ce corps avec la plus vive impatience (4),

(1) D*aprè< les étais officiels publiés par Gurwood, les Anglo-HanoTrlcns eurent aux Quatre- Bras 3&0 tnés, 2^80 blessés et 181 manquants. Van Lobensels évalue les pertes des Néerlandais à 750 hommes. De Vaulabelle prétend que les français perdirent 3,400 hommes . ce qui «si trop peu, et les Anglo-Hollandais 9,000 hommes, ce qui est évidemment trop. Gourgaud porte les pertes de Hey à 4,140 hommes, et de Vaudoncourt, à 4,040.

i2) rtctorîes of th9 BriUth armiet.

i%) MAXWELL , t. III, p. 466.

(4) napoléon commet une grave erreur dam ses Mémoires^ en affirmant :

I« Que le maréchal Iiey laissa en réserre en avant de Gosselles, pour observer Fleurusei assurer sa retraite, tout le l«r corps, la 1» division de caTalerie légère et une division de cuirassiers , en tout 16,000 hommes d'Infanterie, 4,500 hommes de cavalerie et 64 bouches à

quapd il reçut une lettre, datée de Fleurus (trois heures et quart), par laquelle le major général lui ordonnait : a de ma- (c nœuvrer sur-le-champ de manière à envelopper la droite de « Tennemi et à tomber à bras raccourcis sur ses derrières par « Bry et Saint- Amand. » Le général Labédoyère, porteur de cet ordre (i), avait rencontré en arrière de Frasnes le corps de d'Erlon qui se dirigeait sur les Quatre-Bras. En officier intelligent, il avait pris sur lui d'arrêter la marche de ce corps et de le mettre en mouvement sur Wagnelée et Bry. Il était alors cinq heures.

Voici en quels termes le comte d*Ërlon rapporte cet incident (2) : « Au delà de Frasnes, je m'arrêtai avec des géné- « raux de la garde ; j'y fus rejoint par le général Labédoyère, « qui me fit voir une note au crayon qu'il portait au maré- « chai Ney, et qui enjoignait à ce maréchal de diriger mon « corps d'armée sur Ligny. Le général Labédoyère me préce vint qu'il avait déjà donné l'ordre pour ce mouvement, en c< faisant changer de direction à une colonne. » (Il faut noter que Drouet avait devancé ses troupes.) a J'envoyai aussitôt (( au maréchal mon chef d'état-major, le général Delcambre, € pour le prévenir de ma nouvelle destination. »

Ney, jugeant d'après l'ordre donné à deux heures (au moment où la bataille de Ligny allait s'engager), que l'intention de l'empereur était qu'il refoulât les alliés avant de se porter sur Bry et Saint-Âmand, renvoya le général Del-

feu ; — 2» Que Rcy envoya cberchcr celte seconde ligne i six heures ; qu'il éUft «lors Iror tard , et que dlrlon ne pouvait arriver sur le cliainp de bataille que vers huit heures.

notre récit, appuyé sur des faits Irréfragables et des documents autbeniiques, détrall ces allégations» que nous nous bornons â signaler, ne Jugeant pas nécessaire de les conbattre séparément.

(1) Quelques écrivains prétendent que Tordre dont il s'agit fut porté par le colonel Fortin- Jansou. D*après Ueymès, c'est le colonel Laurent qui « vint informer le maréchal qnele « \" corps, par un ordre de Tempcreur qu'il avait transmis au comte d*Krlon, se portait < « la direction de Saint-Amand. *•

flous avons adopté la version de Drouet, admise également par le général Jomini.

(2j Lettre du 9 février 1829, au <tuc d'EtcMngen.

cambre au comte d*Erlon, avec Tordre impératif d'arrêter le premier corps et de le diriger en toute hâte sur les Quatre- Bras. On prétend que Ney, dans cette occurrence, fut dominé par la conviction que tout ce qu'il pouvait faire alors était de s'opposer à la jonction des deux armées (i).

Quoi qu'il en soit, Drouet rebroussa chemin, quand déjà il était en vue de l'armée française à Ligny.Durutte seul continua de s'avancer avec une division d'infanterie et trois régiments de cavalerie de Jacquinot (2); malheureusement, il perdit du temps et n'arriva à Bry qu'après l'évacuation du village(s).

Le restant du 1** corps éprouva la même contrariété : quand il déboucha sur les Quatre-Bras, la bataille était finie. Cependant la cavalerie arriva encore à temps (vers neuf heures) pour couvrir la retraite de la division Jérôme, poursuivie par les troupes d'Âlten et de Cook.

Ce fut ainsi que le l** corps oscilla toute la journée du 46 entre les deux armées, comme le corps de Bernadotte avait oscillé, le 14 octobre 1806, entre les champs de bataille d'Iéna et d'Auerstaedt.

Le comte d'Erlon pense que Labédoyère n'avait pas mission de changer la direction de sa colonne avant d'avoir vu le maréchal. Il restera toujours quelque doute sur ce point, comme sur la plupart des incidents remarquables de la campagne de 1815.

Le maréchal Ney reproche à l'empereur d'avoir disposé

(1) Le flis du marécbal Ifey pente que It duc d'Iichlngeo rappela le 1*^ corps, parce que Tordre écrit â trois beures un quart lui proscrivait « de manoeuvrer de façon a envelopper la droite de l^nncnil, • et que, pour atteindre ce but, le l'f corps devait prendre la chaussée de Ifamur et non la route de Saint-Amaod. Hais cette explication est inadmissible , puisqu'on pouvait atteindre Brj sans revenir aux Qualre-Bras. {Fofr la carie.)

(2) Le nis du maréchal Ney (p- 67 de ses Documents, etc.) donne à entendre que ce fut son père qui laissa ces troupes en arrière ; mais le général Durutte, dans sa relation, dit formellement que cette mesure fut prise par le comte d^Krlon pour empêcher que Tenneml ne se Jetât entre Bry et lès bols de Delhutte (ce qui aurait coupé l'empereur d'avec Ney).

(3) Voir la relation du général Durulte. {Documents, etc., p. 72 et 73.)

de ses forces dans un moment où elles auraient pu lui assurer la victoire ; ce reproche est fondé. Napoléon savait, ou devait savoir, dès le matin, qu'il se trouvait en présence de trois corps de l'armée prussienne : s'il avait eu alors des doutes sur la réussite de son attaque» il aurait dû faire venir immédiatement le 1" corps et donner à Ney l'ordre de masquer seulement les troupes du prince d'Orange, en prenant position à Frasnes. A trois heures et quart, il n'était plus temps de rappeler ce corps, puisqu'on devait le croire engagé avec l'ennemi, et qu'on ne retire pas impunément une troupe du feu. Dans tous les cas, ce secours ne pouvait arriver avant sept heures du soir ; or, à cinq heures déjà. Napoléon voulait porter le coup décisif sur Ligny. La seule chose qu'il fût permis d'espérer de l'intervention tardive du V^ corps, c'est qu'il eût rendu la retraite désastreuse.

On a prétendu que, sans le contre-ordre de Ney, l'empereur eût détruit l'armée prussienne. Mais Clausewitz fait observer avec raison que l'apparition d'une force considérable sur les derrières de cette armée « aurait pu au contraire occasionce ner une bataille douteuse, en obligeant Blûcher à se retirer (c plus tôt; or, delà à une destruction complète conune à c( léna, il y avait encore loin. »

Quant à l'ordre donné par Ney de faire revenir le 1** corps sur ses pas, il faut considérer que le maréchal ne savait pas au juste en ce moment à quelle distance se trouvait ce corps, et que, d'un autre côté, l'essentiel pour lui était de terminer glorieusement l'action commencée. « Cette résolu- « tion, dit le général Jomini, est du nombre de celles qui ce peuvent ne pas être opportunes, selon la tournure des afcc faires, mais qu'aucun militaire éclairé ne saurait condamcc ner (i). »

(1) Voir ta Correspondance avec le due d^Elchtngen, p. 19.

On voit par ce qui précède, que le décousu des mouvements du 16 et la perte de la bataille des Quatre-Bras ont pouf causes : d'abord la conviction de l'empereur que l'aîle gauche n'éprouverait qu'une faible résistance de la part des alliés (i), et ensuite la conviction de Ney que cette aile devait refouler l'ennemi sur Bruxelles avant de marcher sur Ligny.

Cependant, malgré l'insuccès de l'attaque du 16 et les ordres fâcheux qui paralysèrent le corps de Drouet, la bataille des Quatre-Bras eut un résultat favorable aux Français. En effet, les instructions du prince de la Moscowa avaient pour objet général d'empêcher que les Anglais ne se portassent, le 16, au secours de Blùcher, et cet objet fut atteint; seulement, il l'eût été d'une manière bien plus complète si Ney avait occupé les Quatre-Bras dans la matinée. Dans ce cas, la concentration de l'armée anglaise n'aurait pu se faire qu'à Waterloo, et la gauche des Français, devenue libre de ses mouvements, se serait jetée sur le flanc droit de l'armée prussienne, qu'elle aurait mise hors de cause.

Le même résultat eût été obtenu si Napoléon , au moment où Reille l'informa que les Prussiens se réunissaient derrière Fleurus (s), avait donné au maréchal Ney l'ordre de diriger Drouet et Kellermann sur Bry, et de masquer le prince d'Orange avec le 2^ corps et la cavalerie légère à Frasnes (s).

Les pertes de la bataille s'élevèrent du côté des Fran-

co Son orclr«, daté de Cbarlerol, le 10, remis à Ney presque en même temps que les losiruclions dictées à de Flahaut (ordre où, soit du en passant, 11 n^est pas question de Tattaque des Quatre-Bras) prescrit au prince de la Mosco'wa « de porter des reconnaiteancet aueii « loin quepottible sur la route de Bruxelles et sur Nivelles , i^'on PâOBABLBMKiiT l^hnbiii

« 8*EST BETIBK. »

f2} Cet avis, eipédiô a neuf lieures, a dû parvenir A Tempereur vers dix iieures.

(3} H. le générai JominI, dans sa Correspondance avec le flis de Ney, prétend « qu'un engagement sérieux aux Quatre-Bras (k deux heures, au moment où commençait la bataille de Ligny), était un véritable malheur à cette heure-U. »

çais, à 4,140 hommes (i), et da côté des alliés, à 5,7ÎS0. Les Anglais eurent 516 taés et 2,156 blessés; un de leurs régiments, le 92^ (écossais), eut 28 officiers et 500 soldats hors de combat. Parmi les morts se trouvait le duc de Brunswick.

Napoléon, qui avait donné la matinée du 16 à Blucher, donna celle du 17 à Wellington. Il était dix heures quand il résolut de se porter avec sa réserve et les corps de Ney contre les Anglais, pendant que Grouchy, avçc ses 7 divisions d'infanterie et ses 2 corps de cavalerie , se mettrait à la poursuite des Prussiens. Ce fut seulement après midi que les troupes de ce dernier, fortes de 52,000 hommes (^), se mirent en route (s). Grouchy prétend quUl reçut « sans antres <c commentaires. Tordre de diriger sa poursuite snr Namur « et la Meuse, et que s'étant permis de témoigner le désir « de ne pas s'éloigner autant de Farmée, Napoléon lui de- « manda avec humeur s'il prétendait lui donner des lecc çons. »

Une lettre, écrite le 17 par Soult au maréchal Ney, confirme ce renseignement (a).

L'ordre de marcher sur Gembloux, donné seulement dans l'après-midi, ne changea rien, d'après Grouchy, à l'objet primitif de sa mission, qui était « de suivre les Prussiens. » Cet ordre, trop ponctuellement exécuté, eut des conséquences désastreuses; il fut modifié, à la vérité, par d'autres instruc-

(1) Goargaad estime lei pertet det Français A 4,110 hommei, et eeHes des alliée à a,MO «•• ▼Iron ; les P^tctotre* et conquêtes portent le chiffre des pertes à 4,000 du cMé det Français, et 4 près de 9,000 du ci^té des alliés.

(2) D*après6oargand, 36,000 hommes; — d^près de Taudoncourt, 35,460 hommes dinfinterie, 4,870 de cavalerie et 96 canons; — diaprés Groucby, 32,000 hommes de toutes aj-mes.

(3) Le gros des forces de Napoléon se mit en route â onxe heures. Le corps de «érard ne quitta Sombreffe qu'après trois heures.

(4) Documents, etc. p. 46.

tions, mais aucune ne parvint au maréchal en temps oppor*tun,de sorte qu'il se trouva jusqu'au 18, à sept heures dusoir, en présence de Tinstruction formelle reçue la veille.

On doit attribuer les retards de la journée du 17 et la fausse direction de l'aile droite au jugement que l'empereur avait porté sur l'armée prussienne. Il croyait cette armée en pleine déroute, se repliant vers la Meuse et ne songeant plus à se présenter sur le champ de bataille; opinion erronée, qui domina l'ensemble de ses dispositions jusque bien avant dans la journée de Waterloo.

Les troupes de Wellington passèrent la nuit du 16 au 17 sur le terrain ou elles avaient combattu; leur quartier général fut établi à Genappes.

Il semble résulter de deux ordres expédiés de cette dernière ville, le 16, avant minuit, que le duc s'attendait à ce que toute l'armée prussienne se réunit aux Quatre-Bras (i). Von Damitz affirme (2) que ce fut seulement le 17, à sept heures du matin, qu'il reçut avis de la perte de la bataille de Ligny et de la retraite de Blûcher surWavre (5). Cette marche, qui éloignait l'armée prussienne et l'obligeait à chercher en arrière un point de ralliement avec l'armée anglo-néerlan-

(1) Il avait, en effoi, été coiiTenu, entre BlUohor et Wellington, au moulin de Busty, que le premier qui serait libre d'aelr marcherait au secourt de Pautrc, et que, dans tout état de clioses. la concentration se ferait à Hont-SaInt-iean.

(3) Il paraît quePavls cer/a/n de la retraite sur warre n*arrlva que deux heures après. Une reconnaissance envoyée par Wellington , le 17, à sept heures dn malin, dans la direction de Sombreffe, n'apprit rien, sinon que la nuit on avait tué un aide de camp de BlUcber, et porteur de lettres pour le commandant en chef de Parmée anglaise. (Sbkbkb, ok VAiTDOifCOURT et Ics auteurs allemands.) La version de Tartlcle de la QuarUrijr Bevieuf, publiée «ur les données de Wellington, est un peu différente. L^auteur de cet article prétend que le duc avait vu des Quatre-Braa, avec sa luaetle, le combat de LIgny et la retraite de BIAcber; que Pescadron de Gordout envoyé en reconnaissance, le matin à sept heures, s'était mis en rapi>ort, à Sombreffe, avec l^rrlère-garde pmsaiennc, commandée par ZIethen. et que cet escadron revint par conséquent avec des indications complètes cl non vayues , comme le dit Slborne.

daise (i), engagea Wellington à faire un mouvemenl correspondant. Il commença la retraite vers dix heures, en ayant soin toutefois de la dérober le mieux possible à Tennemi.

Napoléon était arrivé aux Quatre-Bras vers neuf heures. Il aurait attaqué immédiatement, si les troupes du 6* corps et de la réserve ensilent été présentes. .

On put voir, des hauteurs au-dessus de Frasnes, que les Anglais étaient en pleine retraite. Wellington, pour masquer son mouvement et donner le change à Fennemi, avait laissé une forte arrière-garde devant les Quatre-Bras, et posté sur les hauteurs des dragons démontés et quelques pièces volantes.

L'armée alliée se retira sur Genappes, et de là sur Waterloo, pour prendre position en avant de la forêt de Soignes(s).

Une division, composée de 4 bataillons anglais et de 5 hanovriens, avec 5 brigades d'artillerie anglaise (comptant 18 pièces), se trouvait, sous les ordres de Colville,àTubise,où elle couvrait la chaussée de Mons (s).

Le prince Frédéric, à la tète d'un coqis de l'armée des Pays-Bas, se tenait en communication avec cette division pour le même objet (a).

Wellington, craignant d'être tourné par la route de Ni-

(1) Cette marche a été vivement critiquée par l^empereor; nous y revleodroiM pUu Mb. Pour le moment. Il suffit de constater que BIttclier, en se retirant tor Wavre, iTalt poar bat de rallier le corps de Bulow, laissé en arrière.

(2) La retraite sur Mont-Salnt-Jcan a été glorlAée par Siborne comme un des pins bmmx faits d*armes de Wellington. Il y a beaucoup d^exagération dans ce Jogement ; mi doit recennattre, cependant, que Topératlon offrait des dMBcnités sérieuses. 81 le maréckal Rey avaft poursuivi Immédiatement l'armée anglaise, Il lui eût fait éprouver des pertes consldéraMes. Wellington fut, au reste, admirablement secondé dans sa retraite par la caTalerle 4e tafd Uxbrldge.

De Vaudoncourt prétend que ce fut la pluie qui empéctia Hey de voir le commenceneat de la retraite des alliés. Le fait est que la poursuite ne oommença que deux heures aprèe.

(3) C^est par erreur que la Situation anglaise porte les quatre bataillons de la 4t dtvisif comme ayant occui>é Braine-le-Gemte pendant la Journée du 18. ( voir Gcrftwoobe l. xn, p. 487.)

(4) Carmicbabl-Siitth, p. 315.

velles, ouverte aux Français depuis l'abandon des Quatre- Bras (i), n'osa point rappeler ces troupes, dont le concours lui était cependant bien nécessaire.

Napoléon se trouva en présence des alliés le 47 au soir. La journée était trop avancée pour livrer la bataille; il fallut attendre jusqu'au lendemain.

L'illustre chef de l'armée française avait l'espoir d'écraser les Anglais sans être inquiété par les Prussiens, qu'il croyait hors de combat depuis l'affaire de Ligny .Wellington , d'un autre côté, se flattait de garder sa position jusqu'après midi, époque de la journée où il devait, d'après les conventions faites avec Blùcher, être rejoint par l'armée prussienne (2). Ses forces étaient numériquement un peu supérieures à celles de Napoléon (3), mais moins aguerries et composées d'éléments hétérogènes : Belges , Hanovriens , Allemands et Anglais. Les

(i) Celte cralDle est exprimée dans plusleurti leltrcsdc Wcllinglna

(2) Von Damftz prétend que, déjA dans U m»lin6e du 17, Wcltinfilon Al counaitrc A Bliicher son intention d'attendre rcnnemi, le lendemain, dans la position de lont-Salnl-Jean, si rarmée prussienne pouvait lui envoyer deui corps, ce A quoi BlUchcr aurait répondu quMI viendrait avec toute son armOc. D'autres afflrnicut que cette promesse ne fut faite que dans la soirée du 17 {M/iilair l^ochenblait, 1845, n» 17). Capeflgue, dans son histoire des Cent Jours, t. II, p. 188, prétend que tous les mouvements A exécuter le 18 furent réglés entre Wellington et Bhichcr par rintcrmédiairc du comte Pozzo di Borgo, qui nt, le 17, deux voyages au camp des Prussiens; BlUcher lui-même, d'après cet auteur, vit le général anglaise Bruxelles. Sur ce point, Capeflgue a été mal renseigné.

D*après Tarticle de la Quarierijr Review, Wellington resta, pendant la nuit du 17, en communication avec le corps de Bulow par Tintermédiaire de patrouilles dirigées sur Ohain; le 18, une heure avant le commencement de la bataille, il vit la cavalerie de ce corps massée en deçà du défilé de Saint-Lambert, où les Praoçals, d*aprùs io témoignage de Souit, ne rapergurent que vers midi et demi.

(3) D'après Wagner, Wellington avait 68,000 bommes; — d'après C. Sroyth, 60,750; — d'après de Vaudoncourt, 80,000; — d'après les Vicloiret et conquêtes, 68,000 et 240 canons; — d'après Gourgaud, 85 i 90,000 avec 250 canons ; — d'après Sherer, 74,000; — d'après Von Oamitz, 62,000 ; — d'après le général Jomlni, 80.000.

Gourgaud évalue les forces de l'armée française A 67,100 hommes et 240 canons ; — C . Smytb, à 82,000 et 246 pièces ; - JominI, A 70,000 ; — de Yaudoncourt, Crtan, Wagner, Ton Damitz et Tan tobensels k 68,000 ; — Sherer à 76,000.

Les états officiels portent le nombre des bouches A feu de l'armée alliée A 200; — de Vaudoncourt, « 258 ; — Von Damitz, A 230 ou 240 ; — les Fietotres et conquêtes^ i 250. D'après napoléon (t. IX, p. 101 de ses Mémoires), l'armée française comptait 68,906 hommes, et l'armée alliée, 90,000. Celle-ci avait 255 canons, et cellc-lA 242 seulement. D'après les Fietoires et conquêtes t Wellington avait plus de 80,000 hommes. Bltlcher, dans sa relation ofjlctelie, évalue les forces SDglaistt à 80,000 hommes , et les forces impériales A plus de 190,000,

derniers seuls étaient bien commandés et bien équipés. Ces! à peine s'il pouvait compter sur le dévouement de tous les corps de cette armée (i). Quant à Tunité d'action , si nécessaire un jour de bataille, il ne devait pas espérer Tobtenir avec des chefs qu'il ne connaissait pas, des soldats pour k plupart sans expérience, et des corps n'ayant jamais combattu ensemble (2).

Wellington croyait avoir affaire (sa correspondance le constate) à toute l'armée française, sauf le 5^ corps, c'est-à-dire i un effectif de troupes bien supérieur au sien ; et néanmoins il attendit avec une entière confiance le choc de cette redoutable armée, conduite par le plus grand capitaine de l'époque! Cette confiance admirable, téméraire peut-être, l'empereur li qualifia de faute, tant il se croyait sur de vaincre. Voyant l'armée anglaise en position devant la forêt de Soignes, il s'écria, comme Soult à Orthez : Enfin, je les tiens! Neuf chances sur dix sont en ma faveur (3).

erreur provenant de ce qiiMI croyait avoir en afTairc A loute l'armée fraDçalftc. D'après le« étals cités par Maxwell , les Français . au conwnencenient de la bataille , eoreii 70,428 hommes et 240 canons, les alliés 69,b94 hommes cl 164 canons. A quatre iMureirt demie, arrivèrent 16, 546 Prussiens avec 83 canons; A 6 heures et demie, il y eut 44.232 Prussiens et 107 canons, et <i 7 heures, 49.886 Prussicns.et 123 canons. Dans l'efTecttr des aHiés, les Anglais entrèrent pour 25,389, la lésion gerniiinique pour 6,793, les Hanovrieas pov 10,995, les BrunKWickois pour 6,303, le.H Nassau pour 3,926, et les néerlandais pour 17,48ft.

(1) napoléon, dans ses Mémoires, t. IX, p. 82. dit : « la Belgique et les quatre départeaeats

• du Rhin tendaient les bras, appelaient 4 grands cris leur libérateur, et Ton avait des lalil-

• ligences dans Parmée belge. » En dépit de cette afflrmalion, nous croyons que les Iroaptt néerlandaises étalent bien disposées A faire leur devoir. Rien, dans leur belle «^ondolle avi Quatre-Bras et à Waterloo, ne prouve qu*elles fussent travaillées par Pinfluence rraaçalie: au contraire.

(2) « Je crois vraiment, écrit-il â lord Bathurst, neuf Jours après labaUille (Jaacenrt. « 25 juin), qu'à Peicepllon de ma vieille infanterie espagnole, j'ai oon-sculenenl la pins masc valse armée, mais encore la plus mal équipée et le plus mauvais état-niaior quVNialt « jamais réuni. » — Voir également sa ietirê du 6 mal, au comte de Btœas.

Napoléon lui-même, dans ses Mémoires, déclare que deux soldats boliandais, pnusieusa de la confédération ne pouvaient compter que pour un Français.

(3) Paroles citées par Napoléon lui-même dans le t. IX de tes Jf ^mo/re/.

Mais son major général, dit-on, répondit : « Sire, je les connais ces Anglais ; Ils OMarml a sur le terrain avant de le quitter. » CAPKriGCB, t. II, p. 189 et 191.

Quelques auteurs ont fait dire A Foy : ■ LMnfanteric anglaise, eu duel, c'est le diable.» U et motn*a pas été prononcé devant Pempcrenr, du moins il est admliaible quelttijrcii

Cependant Grouchy, au lieu de se lancer résolument à la poursuite de Tarmée prussienne, s'était arrêté à Gembloux, sans savoir où se trouvait cette armée. Il apprit seulement, le 17 au soir que Blùcher, après avoir rallié le 4"^ corps, s'était concentré autour de Wavre. L'empereur, qui supposait le commandant de son aile droite aux environs de cette même ville, lui expédia, à dix heures du soir, un courrier pour l'informer qu'il y aurait le lendemain une grande bataille ; — que l'armée anglo-hollandaise était en position devant la forêt de Soignes, sa gauche appuyée au village de la Haye, — et qu'il devait, en conséquence, diriger avant le jour, un détachement de 7,000 hommes de toutes armes et 16 pièces de canon sur Saint-Lambert, afm de renforcer la droite de l'armée, et pour agir de concert avec elle. Napoléon recommandait en outre à Grouchy d'appuyer le détachement fait sur Saint-Lambert aussitôt qu'il serait assuré que le maréchal Blûcher aurait évacué Wavre, soit pour continuer sa retraite sur Bruxelles, soit pour se porter dans toute autre direction (t).

On a su depuis que cet ordre n'arriva point à destination.

A onze heures du soir, l'empereur reçut une lettre datée de Gembloux, cinq heures de l'après-dlnée, par laquelle Grouchy lui fesait savoir qu'il ignorait la position de l'armée prussienne, circonstance à peine croyable, puisque cette armée n'était qu'à trois lieues de ses cantonnements.

comme vétérans des guerres de la Péninsule, aient eu une plus haute opinion que napoléon de la bravoure du soldat anglais et du talent de Wellington.

Gbâteanbriand rapporte que Soult ayant fait quelques observations sur le plan d*attaque 4e rcmpereur, reçut pour toute réponse ces mots dédaigneux. « Parce que Wellington vous a battu, vous croyei que c'est un grand général. » Quoique U témoignage de l*lllustre romancier n'ait pas une grande valeur a nos yeux, cependant 11 parait certain que Soult fit observer que ce serait perdre inutilement de la cavalerie, que d'essayer d'enfoncer les régiments anglais , observation dont rempereur ne tarda point i reconnaître la Justesse.

(1) mémoires, t. IX, p. 102.

L*aile droite avait fait à peine 10 kilomètres dans ta journée du 17.

Un second courrier fut envoyé au maréchal le 18, à quatre heures du matin, pour lui réitérer Tordre expédié la veille.

 cinq heures, on reçut au quartier général un nouveau rapport, daté de Gembloux, deux heures du matin : cr Dans ce rapport, Grouchy rendait compte qu'il avait appris, à six heures du soir, que Blûcher s'était dirigé avec toutes ses forces sur Wavre ; qu'en conséquence, il avait voulu l'y suivre à l'heure même ; mais que les troupes ayant déjà pris leur camp et fait la soupe, il ne partirait qu'au jour pour arriva de bonne heure devant Wavre, ce qui aurait le même effet : que le soldat serait bien reposé et plein d'ardeur (i). »

Il pleuvait sans interruption depuis le 17 à midi; le terrain était fortement détrempé; les soldats, d'un autre côté, avaient beaucoup souffert dans les marches et au bivouac. Est-ce la raison qui empêcha l'empereur d'attaquer de grand matin? Plusieurs écrivains le prétendent (2) ; mais, en étudiant les ordres donnés depuis la veille, on a quelque peine à admettre cette explication (3). Il semble résulter, en effet, de ces documents, que l'empereur s'attendait à n'avoir que les Anglo- Néerlandais à combattre, soit qu'il jugeât l'armée prussienne désorganisée, ou qu'il crût Wavre occupée seulement ptf une fraction de cette armée, ou qu'il regardât la jonction de Blûcher et de Wellington en avant de la forêt de Soignes comme impossible. De toutes ces suppositions, la dernière est la plus admissible, parce que, pour se réunir aux Anglais,

(1) Mêmotret de Napoléon. Gonrgaud donne la même explication.

(2) Entre autres les auteurs des VictoirÊS et conquêtes, t. XXIT, p. SOI.

(3) D*après de Vaudoncourt (t. IV, p. 23) Tempereur, assuré parla dépêche da Groucby (reçue i cinq heures du matin) que son aile droite serait â Wavre Ycn voulut attendre Jusqu'à ce moment pour attaquer. Il fiiUut d^aUleors accorder âvs quelques heures pour faire leur repas et nettoyer leurs armes.

Tarmée de Blûcher devait longer la forêt et prêter le flanc à Grouchy, qui était censé sur ses talons (i). Au reste, que l'empereur ait eu ou n'ait pas eu cette opinion, il parait certain que, dans la matinée du 18, il ne comptait pas sur l'arrivée des Prussiens; dès lors, on ne doit pas s'étonner qu'il ait attendu pour engager la bataille que le ciel se fût éclairci et le 'terrain un peu séché (2).

Wellington occupait en avant de Waterloo une position que traversent les grandes routes de Charleroi et de Nivelles. La droite de cette position était rejetée derrière un ravin près de Merbes-Braine, et la gauche s'étendait jusqu'au château de FrichermoAt, situé sur une hauteur au-dessus de la Haye. Des détachements gardaient les hauteurs de Merbes-Braine, de la Haye, de Smohain, ainsi que la ferme de Papelotte, les bâtiments et les jardins du château d'Hougoumont (5), situé en avant du centre droit, près de la route de Nivelles, et la ferme de la Haie-Sainte, établie en avant du centre gauche, sur la route de Genappes (i). {Voir plan n*" XX.)

La division Chassé et la brigade d'Âubremé occupaient les environs de Braine-l'AUeud, sur l'extrême droite.

Cette aile était parfaitement appuyée; l'autre se trouvait plus ou moins en prise. ïl aurait fallu y placer un corps de troupes, non-seulement pour la couvrir, mais encore pour assurer l'approche des secours avec lesquels cette aile devait rester en communication.

Wellington avait divisé l'armée anglo - néerlandaise en trois corps : celui de droite était sous les ordres deHill; — celui

<1) La preuve que telle était bien la pensée de napoléon, c'est que, dans ses Mémoires^ 11 reproche à Wellington d'avoir accepté la bataille en avant de la forêt, au lieu de Paccepter en arrière.

(1) Le général Jominl n*admet pas rexcnse de l'état du terrain, et 11 a raison. Ce n'éUlt pas quelques heures d'un temps brumeux qui pouvaient rendre le terrain meilleur. L^bypotbèse du général de Vandoncourt est pins admissible.

(3) Le Téritable nom de ce chAteau est Gomont: ses propriétaires sont les comtes deGomont.

(4) Voir le Rapport de Wellington X lord Bathurst, tur la bataille de fFalertoo.

du centre obéissait au prince d'Orange, — et celui de gauche avait pour chef le général Picton.La cavalerie était commandée par lord Uxbridge, connu en Espagne sous le nom de sir Arthur Paget.

 la façon dont Wellington disposa ses troupes, on voit qu'il craignait d'être attaqué sur sa droite et tourné par Haï (i); c'est même en prévision d'une attaque de ce côté qu'il avait écrit, le matin de la bataille, au duc de Berry pour rengager, le cas échéant, à faire filer la cour de France sur Anvers, par la rive gauche de l'Escaut. On ne s'exphque pas que le duc ait pu attribuer à Napoléon un plan d'opération qui devait hâter h jonction des armées alliées, jonction que, depuis le commeneement de la campagne, l'empereur cherchait à rendre impossible. Sauf cette réserve, on doit admettre, avec la plupart des historiens militaires, que la position de Mont-Saint-Jean fut bien choisie (2) et convenablement occupée. L*empereor, toutefois, et les généraux qui ont pris sa défense avec des idées préconçues, ne sont pas de cet avis {5); ils prétendent, au contraire, que ce fut une grande faute d'avoir livré bataille en avant de la forêt, qui, en cas d'échec, eût opposé à laretraite de l'armée vaincue un obstacle infranchissable.

« Wellington, dit l'empereur, ne pouvait rien faire de plus « contraire aux intérêts de son parti et de sa nation, à l'es-

(1) Il lalSM aux enTircms de celle ville un corps de 19,000 homiaet, comauBdé par leprtoce Pré4érlc d'Orlnge. Ce corps ne fui d'aucune utilité.

Wellington massa aussi plus de tronpes sur sa droite que sur sa gauche, c€ qui onCCatt pat très-JudlcIeux.

S'il faut en croire les auteurs des Victoiret et conquête*, Poccupatlon de Bal fut la conséquence de renvoi de 2,000 chevaux que Napoléon dirigea sur cette ville, dans la Bvitéa 17, pour menacer la droite anglaise et Taire mine de gagner Bruxelles, en tournant la fisrêt de Soignes (t. XX IT, p. 196). Cette cavalerie, toutefois, rentra la nuit mène daas tsa bivouac.

(2) a La position de Wellington, dit le R^néral Jomlnl, était belle : c^cst un glacis tr«a-lat»> • rable à l'artillerie, et d*où Ton voyait tous 1rs mouvements des Prançala. >• ( /fapctêêmmÊ

irlbunai de César, etc.)

(3) ?lous faisons une exception en faveur du général de VaudoacourC, qui jiig* sans parti pris, et qui néanmoins trouve la position de Wellington ioialewÊ€mt aux règles de la slralégie. (t. 1V« p. 64.)

(< prît général de cette campagne, et même aux règles les plus c( simples de Tart de la guerre, que de rester dans la position « qu'il occupait. Il avait derrière lui les défilés de la forêt « de Soignes : s'il était battu, toute retraite lui était impos- « sible..: » A cette objection, le savant auteur du Précis de l'art de la guerre répond que Tarmée alliée avait derrière son centre la route de Waterloo; derrière sa droite celle des deux Braine, et derrière sa gauche celle de la Hulpe; — trois chaussées convergeant vers Anvers, sa base d'opérations ; — elle avait, en outre, un grand nombre de chemins se dirigeant, à travers la forêt, sur Bruxelles. Cette armée se trouvait donc dans de meilleures conditions, pour opérer sa retraite, que si elle avait dû traverser une plaine découverte (i).

Presque tous les stratégistes dont les ouvrages font autorité se sont ralliés à cette opinion, confirmée d'ailleurs par quelques faits de guerre.

L'empereur forma son armée en bataille sur les deux côtés de la route de Bruxelles à Charleroi. En première ligne se trouvaient : à gauche de la chaussée, le corps de Reille avec les divisions Jérôme, Foy, Bachelu et la division de cavalerie Pire; — à droite de la chaussée, le corps de Drouet avec quatre divisions d'infanterie déployées, comme les précédentes, sur deux lignes, à trente toises l'une de l'autre. En seconde ligne, derrière les ailes se trouvait la cavalerie, — et en troisième

(1) Précis de Vart de la guerre, t. II, p. 15.— Le général Jomini ajoule, sous forme d'obser- Tatlon générale, •< que la rclralte d'une armée en position devant une forêt serait d^aulant « plus sAret si, comme c'était le cas à Waterloo, la forêt formait une ligne concave derrière « le centre, car ce rentrant deviendrait une véritable place d'armes pour recueillir les « troupes et leur donner le temps de 01er successivement sur ia grande route.

Le colonel C. Smytb fait observer d*ailleurs que la forél de Soignes était praticable pour la cavalerie, pour l'artillerie et pour Pinfanterie dans presque toutes les directions, (p. 324.)

Lord Ellesmere assure (p. 40), « que vrclllngton était d'avis que ses troupes auraient parfailement traversé et défendu la forêt» Jusqu'à l'arrivée des Prussiens, s'il avait dû battr« en retraite avant sept heures. »

ligne, derrière le centre, le 6^ corps (Lobau) et la garde impériale formant réserve (i).

Napoléon dit (â) que son intention était de porter sur la Haie-Sainte deux divisions du i""' et deux divisions du 6^ corps, soutenues par dix divisions d*artillerie, pendant que les deux autres divisions du 1'' corps se seraient portées sur la Haie. Il espérait ainsi tourner la gauche de la position , séparer les Prussiens des Anglais, obliger ces derniers à se replier sur Hal, et favoriser la jonction de Tarmée principde avec le corps de Grouchy.

Ce plan d'attaque , qui rappelait ceux de Wagram et de Borodino, offrait d'autant plus de chances de succès, que Taile gauche des alliés était la plus faible. On a prétendu qu'en attaquant la gauche seule, 1 empereur eût obtenu les résultats décisifs qui signalèrent une attaque semblable faite par Frédéric II à la bataille de Leuthen; mais le général Jominifait observer, avec raison, que ce mouvement aurait laissé la ligne de retraite de l'armée française à découvert, et jeté cette armée dans le pays fourré de Saint-Lambert, où une défaite eût été sans remède.

Vers onze heures et demie (3), la division Jérôme, soutenue par celles de Foy et de Bachelu, commença l'attaque du poste d'Hougoumont. Le bois, défendu par les gardes anglaises, fut pris et repris plusieurs fois; il finit cependant par rester au pouvoir des Français ; mais le château fit une résistance

(1) Les troupes se mirent en mouvement sur onze colonnes, detUnées : quatre à foracr la première ligne, quatre la seconde ligne et trois la troisième. A neuf heures et dénie, k* tètes des quatre premières colonnes arrivèrent sur le terrain où ellesdevalent se A dix heures et demie, tout le mouvement était achevé : Ta rmée française se troa¥aili Sée sur six lignes, les deux premières d'iufsnterle ayant la cavalerie légère sur les miles, la 3« et la 4« de grosse cavalerie, les 5« et6« de cavalerie de la garde, avec six lignes dieAnUrte de la gtrde et le 6c corps formé en colonne serrée, (rtetotrti et eanguêiet, t. XXIT.)

(2) Mémoiret, etc.. t. IX, p. 118.

(3) 0*après Wellington et Gnelsenau, la bataille commença vers dix heures; dTapcèsIs géuéral Alava et de Taudoncourt, à onze heures et demie ; d'après Napoléon et Iwsl, I midi ; d'après le maréchal Ifey et le colonel Hcymès, A une heure.

désespérée. Vers deux heures» il fallut suspendre l'attaque et songer à détruire ce bâtiment par d'autres moyens. Si de prime abord on l'avait foudroyé avec une batterie d'obusiers, on n'aurait pas eu ce fâcheux retard à déplorer. « L'opinion générale, dit Van Lobensels, est que Napoléon, après avoir pris le poste d'Hougoumont, voulait se rendre maître de la Haie-Sainte et décider ensuite la bataille par un coup violent de sa réserve sur le centre ennemi (i). » Mais, comme le château résistait plus longtemps qu'on ne l'avait cru, l'empereur jugea prudent de ne pas attendre la fin de cette attaque pour commencer le mouvement projeté. En conséquence, le maréchal Ney reçut l'ordre de se tenir prêt à marcher.

Vers midi et demi (2), Napoléon aperçut au loin, sur sa droite, une espèce de nuage que les uns prirent pour des troupes en marche, les autres pour une colonne au repos, et quelques-uns pour des arbres. Environ un quart d'heure après, on sut, par un hussard prussien, chargé d'une lettre pour Wellington, que c'était le corps de Bulow qui approchait. Le major général duc de Dalmatie expédia sur-le-champ au maréchal Grouchy le rapport verbal du hussard et la lettre interceptée, avec l'ordre de marcher sur Saint-Lambert et de prendre le corps ennemi à dos. L'officier porteur de cette missive (5) avait quatre ou cinq lieues à faire ; il était donc impossible que Grouchy arrivât sur le champ de bataille avant huit heures du soir. Au reste, on a su depuis que- cet officier, par suite

(1) PrécU de la campagne de 1815, etc., p. 273. Cette opinion est confirmée par Gourgaud dans les termes suivants : « Ces dispositions Indiquaient le projet de l'empereur de percer le ecBtre de l'amiée anglaise... et de couper la retraite i la droite et â la gauche de la ligne. M

(3) napoléon et Gourgaud soutiennent que ce fut vers onse heures que l'on aperçut riBYanl>garde de Bulow ; Ils se trompent, car la lettre de Soult, écrite immédiatement a|irès Pinterrogatoire du hussard prussien, est datée de une heure. On peut, au reste, facilement rectifier cette erreur par le récit même de Napoléon. (Voir ses Méwtaires, t. II, p. ISO et suivantes.)

(S) Le colonel Zenowltz.— ■. deVaulabelle prétend que ce colonel fit un détour de onse lieues par Grnappes, les Quatre-Bras, Sombreffe, GemMous et Sart-lex-Walhaln.

d'un retard inexplicable, ne rencontra le maréchal qu'à sept heures (i). Un retard semblable fut cause que la dépêche expédiée le matin, à dix heures, n'arriva que y&ts quatre heures.

Pour parer au danger qui menaçait sa droite, l'empereur envoya le G""*" corps (Lobau), avec deux brigades de cavalerie légère (Domont ^t Subervic), m prendre une position où U pût, <c avec 10,000 hommes en arrêter 30,000. » Ces forces .dd* vaient attaquer Bulow en front, dès que les 6 à 7^000 hommes de Grouchy l'attaqueraient par derrière {%].

Comme ces dispositions privaient Napoléon du corps dont il avait besoin pour l'attaque combinéedu centre et de la gauche, il dut modifier son plan de bataille, a n'ayant plus» dès lors, assez de troupes sous la main pour remplir le vide qu'un mouvement à droite aurait laissé entre le 1"^ et le 2*' corps ($). »

Ney reçut donc l'ordre de percer le centre et de pousser droit sur la route de Bruxelles (4). C'était évidemment le moyen de faire le plus de mal possible à l'armée anglaise. En débordant sa gauche, on l'aurait à la vérité séparée de Blùcher; mais cette opération, la rejetant sur Braine-l'Alleud» lui eut permis de se retirer tout entière par Hal. Il ne faut pas oublier, du reste, qu'à cette heure de la journée, Napoléon avait encore la conviction que les trois autres corps prussiens n'arriveraient pas sur le champ de bataille.

Le maréchal Ney, avec beaucoup de peine, parvint à mettra 62 bouches à feu (5) en batterie sur un terrain détrempé, devant la gauche des Anglais. Une vive canonnade s'oigagea

(1) Rapport de Orouoby, du 20 inin !§!&.

(2) Napoléon ralfonnaU eomme si ton ordre de la veUle «Taii éU ttéeiilé, el CMHBt H m trois autres corps prussiens ne doraient pas solfre celai de Bulow.

(2) Dl YAUnONCOUET.

(4) C'est par erreur, selon nous, que plusieurs htsterleui ont aTaaeé fue Mf centre uniquement parce qa*ll arali rencontré dorant sa gauolM un : ba»4dnd bourbeux où 11 était Impossible de passer arec de nuflMMerie. soUde ne confirme cette rerslon.

(5) D'après de Taudoncourt—yonHamlto, la 0»ylinsidlfic»t nrf/fllr Setfiwy eiH> n •t conquêtes en portent le nombre à 80; Jomlni à lOO.

aur ee poiot] mw elle n'eut pas de grand réankat, à cause dt YHoigùmAnt des pièces (i).

A deux beiiree, Ney fonoa le 1^ eoi|>a en quatre coloiuMif aenrées par bataillon» qui se portèrent en avwt par éebelnns, r«Ue gauche en tète. Ces colonnes étaient évidemment trop profondes pour Tattaque et trop rapprochées pour le déploie- «lent (a)- Celle de droite, sous les ordres de Durutte, se diri^ geait sur Ps^lotte pour contenir l'extrèiio gauche de l'en*' nemî, de concert avec la cavalerie de Jacquinot; en gueue des trois autres colonnes marchait la cavalerie de Milhaud. yaiv tillerie fut olUigée de rester en place à cause de l'état du ten* rain, et cette circonstance, jointe à la profondeur des colonnes, fit essuyer aux Français des pertes considérables. La première colonne, sous les ordres de Quiot, laissant la Haie^nte à gauche, attaqua et ipit en déroute la brigade néerlandaise dt Byland; mais en arrière de cette brigade se trouvait, abritée par un pli de terrain, la division anglaise de Picton, qui brisa l'effort des assaillants par ses feux bien dirigés et par un habile mouvement qu'exécutèrent les 42*** et 9S"^ régiments sur la gauche de la colonne. Pendant cette lutte opiniâtre, l'ivtrér pîde commandant de la division anglaise tomba gloritusemant à la tête de ses troupes. La deuxième coImbo, formée de la division Doucelot, allait entrer en action quand Wellington, profitant de la faute qu'avait commise le maréchal Ney en Bougeant la Haie-Sainte (d'où l'on pouvait déboucher sur le ftane des Français), envoya la brigade de dragons PonsoAfay attaquer à revers la colonne à demi ébranlée de Quiot. Cette

(1) Çêm» fauU , oomne beftaconp d^anirtt oomvUet dans caUe BénoraMe Jawmée • mmî% * o»«uerann4e rrangalM aiaftt Mal wecomm la poaltiwi 4% l^e— aiai at !• Uwwêêê —

m) Q« «t maniH pat an Jasia l^étÉaieiil da ConMlloii da oaa oatoanaa: d*a|iièa Itt vBi, ce rot le balalliaB ; d'aprèa laa awtrca, la conpagDlau Laa écrhralna mlUlalraa na aoBt FM dffaaaafd nan pl«s tor la nanltoa dont te ai l'attaqua, bI Benne sur laaaakra deacolaniifla.

colonne, mise en déroute par un choc si formidable, s*appuya sur la deuxième, qu'elle entraîna dans son mouvement rétrograde. Les escadrons anglais, passant alors entre les colonnes Marcognet et Doucelot, s'avancèrent jusqu'à la ligne d'artillerie, qui venait de se porter imprudemment en avant pour soutenir les troupes engagées (i). Us sabrèrent un grand nombre de chevaux et désorganisèrent une quinzaine de pièces (s). Mais cette cavalerie fut arrêtée à son tour et ramenée vigoureusement par deux brigades de Milhaud et de Jacquinot, envoyées au secours du prince de la Moskowa par ordre de Napoléon. Le général Ponsonby reçut un coup mortel en chargeant à la tète de ses dragons.

Dès que le maréchal Ney eut reformé le 1*' corps au pied de la hauteur et donné à son artillerie le temps de se remettre un peu, Napoléon lui expédia l'ordre ^'attaquer la Haie- Sainte.

L'opération commença par une charge vigoureuse de la cavalerie de Milhaud et d'une brigade de la cavalerie légère de la garde. Cette vaillante milice traversa la première ligne anglaise au cri de Vive l'empereur! mais la seconde lui opposa une barrière infranchissable. Là se trouvait, formée en carrés, la célèbre division du général Alton, admirablement secondée par la cavalerie de Somerset et par celle du général néer- . landais baron Trip. Pendant que les escadrons de Ney soute naient le choc de ces troupes d'élite, son infanterie attaquait la Haie-Sainte avec un élan irrésistible. Les munitions des alliés commençaient à manquer sur ce point; leur feu se ralentit et

(1) D*aprèf de Yaalabeile, ce fat ifey qui dosnaâ ew plèeet l'ordre de t^iraneeri prendre posiiloD tur le plateau et foudroyer renueml de près. Conme ellet éCaleat dm céHbre de 12, elles reatèrent embourbées au pied de la hauteur. Quaud Napoléon les tK ém* cette situation , il envoya au maréclial rartlllerle légère de la garde qui, nnikeureiiaenMnt, ne produisit que peu d'effet* à cause de la faible portée de ses bouches è feu.

(2) DRTAoeoNGODRT.—Vaprès d'autres auteurs, la charge de PoMoUby ndltreateii rante pièces hors de eombat; d'après les rtctoirts et conquéiei, sept pièces

bientôt la ferme tomba au pouvoir des Français. Il était quatre heures environ (i).

Pendant ce temps les batteries d'obusiers de la gauche avaient mis le feu au château d*Hougoumont, où les gardes anglaises continuaient à se défendre au milieu des flammes et des décombres. Cette résistance, toutefois , ne donnait plus d'inquiétude à l'empereur; son attention était entièrement concentrée sur le centre, où d*un instant à Fautre le dénoûment pouvait surgir.

La situation de Wellington, en effet, paraissait extrêmement grave. Les troupes anglo-néerlandaises commençaient à s'impatienter de rester sur la défensive, exposées à des pertes énormes (2). Il était temps que les secours arrivassent ; aussi remarquait-on que le général en chef dirigeait fréquemment sa lunette vers la gauche.

Blûcher avait promis de déboucher sur le champ de bataille vers une heure de l'après-midi ; mais l'état des chemins lui avait fait éprouver des retards considérables (3). Il était sept heures quand le canon prussien se fit entendre du côté d'Ohain.

Pour détruire l'effet de cette diversion, l'empereur fit dire sur toute la ligne que c'était le corps de Grouchy qui approchait (4) : inutile subterfuge, dont l'armée ne fut dupe qu'un

(1) Quelques auteurs prétendent que la ferme fat prise leuleuent vers sept heures ; mais lisse trompent

(2) La 5«dlTUIon, forte de 5,000 hommes, après une chargef ne ramena que 1,800 combattants. Le 27« régiment perdit 400 hommes sans bouger et sans tirer un seul coup de fusil ; Il eut tous ses officiers, sauf un, hors de combat. Le 02«> au moment de charger, n'avait plus que 900 hommes. Le S3" dut rester sur place, faute d'un nombre suffisant de soldats pour manœuvrer. (Toir hodfobd et Haxwbll, t. lit, p. 486.)

(8) Ce retard peut être estimé â deux heures. Bulow en avait éprouvé un autre à Wavre, (entre sept et huit heures du matin); son avant-garde était déjà au delà de cette ville, quand un Incendie violent éclata dans la grande rue par laquelle son corps d'armée devait forcément passer. La colonne principale se mit à éteindre le feu; pendant ce temps» l'avantgarde se forma 4 Saint-Lambert (orne heures), où elle ne fut rejointe par le restant des troupes que dans Taprès-dlnée (deux heures).

l4) Fait avoué par Napoléon, et confirmé par Hermès et par le comte d'Srlon.

ifigtant. Il eût été plus habile, pecit4tf«) de feire considéfn* cet événement comme une chose prévue et nullement inqmétatite.

Dès que Wellington s'apefçttt qu^il n*a?ait phis rien k craindre sur la drûite> il renforça le centre pour foire face au danger qui mena^it ce point depuis la prise de la Haie- Sainte. Déjà, antérteui^ment, il avait fait venir la brigade Mitefadl et k contingent de Brunswick, établis en arrière d*Hougoumont. Entre trois et quatre heures, la brigade hanovrienne de la division Picton prit position sur )a chaussée en avant de Mont-Saint-Jean , pendant que les troupes de Clinton accouraient de la droite vers le centre (i),et qne celles du général Chassé, defloeutées à Braine-rAUmd , s'établissaient entre ftforbes-Braine et la route de Nivelles. (Vojfezei suivez la ligne A A du plan.)

Ea voyant déboucher les premières colonnes de Solow, vers quatre hoires et demie, T^nperear eut ntt moment la praiée de faire un «hangement de ftmt en aitière, endennaatHougoumoKit pour pivot à la gaudie et Planchenoit fMt point d'appui à la droite ; mais il abandonna bientôt mtM idée, parce que, ditron, il avait encore Tespoir d'être i«joint par Grouchy, et que, d'un afutre cèté, ^ses derniers reMiRgnements lui donnaient ta conviction que les alKèB n'étaieut pas en état de faire une plus longue résistance (s). Cette version, toutefois , ne semble guère admissible, au moins en ce qui regarde l'arrivée probable de l'aile droite, puisque Tempe-

(1) Le centre ttitt été tffaibll par le départ de H M^tide Byug , tuwtfèt M pMte d*Ioiifoniiioiit

(S) ireit ta TemoB de de Tandoneourt (t. iT.p. 41). CMie de «ovriaBd eA «i ptn r^nte : « napoléon» dlt-U, balança un taftant tit ne ehangeratt pat n llgB« « ponr la placer rar la route de iflteilea, en débordant la droite de nméft ai^alw, an Un « de la gauche, et en marchant tur Kont-Mtit-iean par la route de HlTeOea, iprtu ricre « emparé deBralne-rAHead. » Le général fioùrgaud ajeuie que cepten tàX abam quMl eût compromit Orouchj et faTorlsé la réunion dot améi ; au tvrplotv 1è tetrulu Baie et Ftanchendt conTcnalt mieux que totft autre aux troupet cihargéet de coBlltfrlulwi.

reur lui-même affirme que» vers quatre heures, il reçut la fâcheuse nouvelle qu*à dix heures (i) du matin, Grouchy n*avait pas encore quitté Gembloux, et que les éclaireurs de Domont n'en avaient aperçu aucune trace. Il est plus probable que Napoléon fut dominé par la conviction qu'il pouvait écraser les Anglais avant Tarrivée des Prussiens, et, dès lors, on comprend qu'il n*ait pas voulu perdre son temps à faire un changement de front en arrière.

Au reste, la concentration des troupes entre Hougoumont et Plancbenoit n'aurait pas beaucoup amélioré l'état des choses. La bataille serait devenue indécise, Napoléon aurait gagné Genappes dans la nuit, et, avant le 19 au matin, la jonction de Grouchy eût été un fait accompli. Mais, pendant ce temps, Blûcher et Wellington se seraient également réunis ; le but de la campagne eût été manqué, et l'empereur se serait vu obligé de rentrer en France pour garder la défensive contre un demi-million de soldats alliés (2).

Après l'enlèvement de la Haie-Sainte, le combat du 1"^ corps fut suspendu par ordre de Napoléon, qui voulait avoir des indications précises sur les mouvements de Bulow. Ney devait se borner à soutenir ce poste pendant que la division Durutte attaquerait les fermes de Papelotte et de la Haie.

Cependant, vers cinq heures, Wellington, ayant conçu l'espoir de r^rendre le parcd'Hougoumont et la Haie-Sainte, lança les Hanovriens sur ce dernier poste en même temps qu'il dirigea les Anglais de lord Hill sur l'autre. Ney repoussa énergiquement cette attaque ; mais, contrairement à

(I) Le géménï Gérard « (Uu une tetirê au général Buioi (voir le Sfeiëtêur miUmire I. IX, p. 4n), aAme qaearoaobj donna à sept benrtt lV>rdre dt partir â kult» •( ^e l«l, Mrard, ne te mit en marclie qaHine heure aprèa. Il ae peut dooo trèa-Men o^ la totalité de l'aile droite B*alt quitté «enbloui qu'après dix heures.

(1) Oouriittd dit que Ifapoiéoo, eu Tojaut approcher Bulow, eut un nMBwnt la pensée de ohanger sa ligne d'opération et de la transporter sur iflTelles; mais on mouvonient aurait Isolé complètement firouohy, et par suite n'aurait pu être utile â rarmée française.

ses instructions, il résolut de profiter de son avantage pour occuper la position du centre, abandonnée par Tennemi. N'ayant point d'infanterie à sa disposition, il fit demander une brigade de cavalerie, qui exécuta son mouvement an trot. On ne sait par quel mal entendu cette brigade Ait suivie de toutes les réserves, sans en excepter celle de la garde, dont la règle invariable était de n'obéir qu'à ses propres officiers et aux ordres de l'empereur (i). Cette masse énorme de cavalerie, forte de 15,000 chevaux, se précipita avec plus de courage que de discernement sur le plateau, où elle exécuta sans résultat plusieurs charges brillantes. Le colonel Heymès pense que la garde s'était portée en avant, parce qu'à la suite d'une attaque de Ney, il lui avait semblé que l'ennemi était en retraite, opinion que l'appel d'une brigade de cavalerie tendait à confirmer. « Ce faux mouvement, dit-il, se fit sous ce les yeux de l'empereur, qui aurait pu l'arrêter, et qui ne le fit ce point (2)... » Mais Napoléon, dans ses Mémoires, prétend ce qu'il envoya le général Bertrand rappeler sa réserve ; que malheureusement elle était engagée quand ce général arriva, et que tout mouvement rétrograde dans un pareil moment eût présenté de grands dangers. » Quoi qu'il en soit, cette faute, volontaire ou non, exerça une influence funeste et fut, comme nous le verrons plus loin, la cause principale, sinon de la perte de la bataille, au moins de la déroute qui la suivit.

(1) erett la vertIoD de Heyinès, premier ilde de camp du maréchal ifef. D'après les neiotret €{eonquéiet, les cuirassiers de Hllhaud (dlflsion Delort et Wattler) gra?Irent la ha»tear sur Pordre du duc dVlcblngen : Ils furent suivis par les chasseurs et les lanciers delà garde (division Lefebirre-Desnouettes ). Peu après, napoléon At soutenir ces divisions, pré* maturément engagées, par celles de Lhérltier et de Boussel-d'Urbal, do corps de Kellermau. Dans le même moment, Ifey fit également avancer la division de grosse cavalerie de la garde, sous le général Guyot (ce général a déclaré depuis, « qu*i partir de trois heures de reprèsmidl, Il avait été misa la disposition du prince de la aeecewa. ») -^ T. XXIT, p. 217.

(3) Ifaprès Oourgaud, Jomtnl et de Vaudoncourt, Tempereur fit an contraire aoat«Blr ner dès qnil vit que celui-ci, malgré ses ordres, avait engagé sur le plateau les calraiilets de Hllhaud et la cavalerie légère de la garde. « Il envojra, dit Oourgaud , les enlraaslcn de Kelc lerouDD soutenir la eavalerle que nous avions sur le plateau, de peur qa^eQe se fiit c reponssée par la cavalerie ennemie. ■

Quelques auteurs ont soutenu avec raison, que si Ténorme masse de cavalerie engagée sur le plateau avait été appuyée par une réserve d'infanterie, le dénouement aurait pu avoir lieu entre cinq et six heures ; mais il ne parait pas qu'à ce moment de la journée il y eut encore de Tinfatïterie disponible. Le colonel Heymès prétend en effet que, vers six heures, Ney renvoya demander quelques bataillons à Napoléon, qui lui répondit en présence de Drouot et de Jérôme: Où voulezvous que j'en trouve ? Voulez-vous que j'en fasse ? Son opinion, d'ailleurs, était qu'il fallait repousser ou contenir Bulovi avant de percer le centre anglais, et c'est ce qui lui fit dire aux officiers qui se réjouissaient de l'attaque de Ney : Voilà un mouvement prématuré qui pourra avoir des résultats funestes pour cette journée (i)

Nous avons laissé le corps de Bulow attaquant les troupes établies en potence sur l'aile droite de l'armée française. Le comte Lobau , malgré l'infériorité de ses forces , lui opposa une résistance énergique. Peu à peu, cependant, il fut débordé par les lignes prussiennes et obligé de battre en retraite. Déjà Bulow s'était emparé de Planchenoit, quand Napoléon envoya Duhesme avec une division de la jeune garde, un régiment de la vieille garde et 24 pièces de canon soutenir le corps engagé. Les Prussiens, assaillis par ces troupes d'élite, furent obligés, à leur tour, de céder le terrain et d'évacuer le village qu'ils venaient d'emporter.

En ce moment, la division Durutte venait de prendre suc-

(1) Nous donnons oet paroles sous toute réserve, pirce qn^les sont rapportées seulement pmrfionrgaud,qal a consigné arec une grande ineiactitnde plusieurs faits relattCs aux éTénements de 1815. Le seul témoignage qui confirme le dire de Gourgaud, est ce mot attrlbué par S. Capeflgue et par d'autres historiens a Napoléon , rentrant aux Tuileries : « Ifiix, m s*éGria-t-il, s'tst conduit comme un fou{ il a fait mattaercr ma cavateric, • {Lcê Cent fours, i,lî, p. in.)

oe6si¥6meQt Papelotte, la Haie et Smohain(t). Il était ak)rs six heures passées : les Prussiens paraissaient avoir engagé toutes leurs forces. Au centre, la cavalerie se soutenait sur k plateau, et, mdgré le feu terrible des Anglais, avait enfoncé plusieurs carrés et pris trois drapeaux {%). Un certain flottement se remarquait dans la ligne ennemie; toutes ses résenres étaient engagées, et déjà, au dire de quelques témoins ooalaires, beaucoup d'hommes et de voiture se précipitaieat dans les chemins de la forêt (s). Enfin, le canon de Grouchy, entendu sur la droite , à deux ou trois lieues de distance, (croyaiton) faisait espérer que le restant de larmée de Blûcher serait contenu. Il était alors sept heures et demie.

L'empereur pensa que le moment était venu de faire uoe attaque décisive et de terminer la journée (4). Il rappda à cet

(1) Van Lobensels regarde ce fiit comme inexact (quoique allirnié par tous !«• aattin lrancala)« parce qne lea dociuiienta bollaiidals n*en font pat meoUen.

(2) « Sur ce point, dit de Vaudoncourt, on te battit avec un acharnement dont U ■>« « peut-être pan d'exemple dana Plilatolre... U brigade du général Balkett tmçÊi à «Ma a«le c oniecliarge»;lecarrédu65«réglmentanglaiarnttalUô enplècea.etleadeiutleradeiantr« m coucbéa par terre. Ce combat efrayant dura dana le mime état Jniqo^ lept iMamdn «fr. m Le duc de WeUIngten, le prinoe d^Orange et lord u&brldge, an mHlen de cette mHéa, atf- « gés de «^enfermer eux-mémea à chaque Instant dan» un carré , ne ponralent qn^acenn- « g er leura tranpea à tenftr rerme... Un déploiement aurait entndkié la dAreuie delWÉi « U est probable que cette brillante charge aurait obtenu un résultat pina important il cBi « avait été dirigée par une lenie télé ; mala, faute d*Mi bomme lai q«e Hovat, «haqna i^ ■ ment et chaque eacadran* pour aloal dire, cturgealt à rolonté, où bon lui cemMaR. n ea m réftolta nn tournoiement nutatbie à Peffet général. »

it) S.le géaéiml Jominl prétend (dans son Histoire de Nupotéom) ftt*â la fln êe la Jsarnée, la rente de Bruxelles était encombrée dPartiUerte démontée, de ekartoit et de iliiiif. «f f ai'lf Wf mêMptm mc^rem de h retirer .- < Wellington senuit , dlHI • qaH jr iMIéi tonte sa renommée. Il était décidé A Yatncre ou à mourir. »

wons croynna cpie telle était, en effet, la tésoHition dn général angliia { nuit , ^pMfltè rinpesslMUté de la retraite, nous n'en sommes pas conralncu.

Les auteurs des f^tetôiret et eonquêtet (t. XXIV, p. 214) l[>rétèiident qne dêjA.i qmiif heures, la route de Bruxelles était eouverte de fuyards, et que le duc de WetlInctonaBalt donner IV>rdre de la retraite, quand 11 reçut une dépêche dn feld-maréolua WttuhB q«l l'engageait avec Instance A tenir Jusqu'à la dernière extrémité. Le noble lord dit alanaax ofliciers qui l^ntouralent : « Perdu pour perdu, autant Yaut-il tenter une dernière chanet; « n y a ploadedanger a s^n aller qn^ rester encore sur le champ de hntaMin;. »

■len, alinolanient rien ne contrme cet épisode, dn reste en oppetUlon nvee iew loi Mil eonnua et les témoignages les plus respeotaUea.

(4) Les antenrs des Vietotret et eonquêtet se trompent en disant que !«• mnnm— i fl si*aglt avalent pour bnt de faire faire A Tannée française «n changwnnt de oblique sur le centre, Talle 'gauche en avant, et que les huit batatlMw de U

ellbt qpddques bataillons et un certain nombre de batteries è% ta garde qui avaient été détaebés vers Planebenoit.

Le général de Vandonconrt, dont la relation est très-favonMe aux Français, prétend que « plusieurs généraux, présents il la bataille, furent d'avis qu'à cette époque de la journée l'empereur montra un peu d*hésitatîon... H était six heures, dit-il, quand Bulow fut ramené, d En portant, par nn mouvement rapide, le deuxième corps et toute la garde sur le phtéau, on aurait pu, avant sept heures, enfoncer le centre des Anglais avec une masse de 18,000 hommes. Il suffisait de laisser une division devant Hougoumont.

Ce plan fut exécuté, mais trop tard, et avec quatre bataillons de la garde au lieu de dix.

Peu dlnstants auparavant, Wellington avait appris que le corps de Pirch était sur le point d'atteindre la colonne de Bnlow, et que Mûcher en personne, avec le corps de Van Ziethen (i), débouchait d'Ohain sur la gauche de la ligne anglaise. Cette heureuse nouvelle produisit un effet magique sur les Anglo-Néerlandais, qui commençaient à faiblir devant les chaires réitérées de la cavalerie française.

A sept heures et demie, Reille reçut Tordre d'aborder la ligne ennemie en débouchant par la droite d'Hougoumont, En même temps, et sans attendre que toutes les troupes destinées à la dernière attaque fussent réunies. Napoléon fit avancer quatre batteries de réserve et autant de bataillons de la moyenne garde, sous les ordres du général Priant. Luimême accompagna ce faible noyau jusqu'à la Haie-Sainte pour le faire soutenir par tout ce qu'il y avait encore de cavalerie disponible. Des officiers d'état-msgor se répandirent

iUlCDt dMtlnôs I former le marteau de la nourelle ligne de bataille. Ce tut aeuiement ■près Paltaque dont nous allons parler que Tempereur se décida à faire un changement de riront, et il était alors trop tard pour exécuter un pareil mouvement. (1) De Yaudoncourt se trompe en disant que Blttcber marchait atec la colonne de tifloif.

sur toute la ligne pour annoncer rapproche de Groachy (i). Les quatre bataillons de la garde, conduits par Ney en personne, prirent à gauche de la Haie-Sainte. Derrière eux marchait une ligne de cuirassiers, suivie elle-même à très-grande distance par six bataillons de la vieille garde (s). Ils attaquèrent les lignes anglaises avec une rare impétuosité ; mais i peine furent-ils sérieusement engagés, qu'un cri d'alarme ae fit entendre à la droite : c'était Tannonce de l'arrivée de Blucher qui, avec le corps de Ziethen (3), venait d'emporter sais grande résistance (4] la Haie et Papelotte. Un mouvement ^ néral s'ensuivit dans toute la droite des Français, qui se trouva bientôt coupée du sixième corps. Les bataillons de la vieille garde, au lieu de se porter en avant et de soutenir les quatre bataillons engagés de la moyenne garde, durent £sdre un mouvement à droite pour servir de réserve et de point de ralliement aux troupes expulsées de la Haie (5). Ils se formè-

(1) Il y eut UQ moment où toute la droite et Tentourage de Napoléon lui-même crnreaCili réalité de cette nouvelle. Kn débouchant sur la gauche, BiUcher te trouva en préteaM des wassau , commandés par le prince de Saxe-Welmar ; ces soldats SYaleni eneore lés oiformes quMls portaient dans Tarmée Impériale. BIQcher les prenant pour des ennoBls la chassa de leur position. Quelques ofBciers français, à la vue de ce mourement rétrefcaée, le mirent A crier •.Vaile gauche recule; voilà Grouehxi Ce mot vola de bouche en hooche; mais bientét il fut remplacé par le cri décevant et sinistre : Voilà les Prutetent ! {tMtn écrite par le prince B. de Saxe-Welmar à son père ; citée par Yan Lobensels.)

(2) Ces bataillons furent réunis et mis en marche un quart d*heure après ceux 4e Is moyenne garde. Gourgaud et de Vaudoncourt en portent le nombre à huit . mais 0 f»4t qu'il n^ en eut que six. (Yolr Van Lobinsrls, p. 299.)

(3) Fresque en même temps, le corps de Flrch entra en action pour seconder Bnloiw.

(4) Diaprés le général Jominl , cette attaque avait déjà commencé et provoqué la nlnlte d'une partie du corps de dKrIon, quand Napoléon porta les batalllona de la farde en SEfiil. Nous croyons, sur la fol d'autres versions, que les choses se sont plutAt paatéetcoauneMM les racontons.

Le même auteur prétend qu'avant d'attaquer avec sa vieille garde , Napoléen f^élall faili de ramener la fortune sous ses drapeaux, en refusant sa droite et en portant sea efllorls psr sa gauche sur Hougoumont et Mont-Salni-Jean : changement de front hardi qnl néceasltrft Tabandon de la ligne de retraite sur Charleroi, pour en prendre un autre sur la chaussée dt Nivelles, et qui de plus eût Intercepté toute communication avec Gronchy. « MaU,a|e(iia « le général Jominl, il avait été impossible de mettre ce plana exécution, et ménedlatlcniie A que la réunion de toute la garde pût s*opérer. » — F. 214.

(5) Nous suivons Ici la version de Qourgaud. Napoléon accuse la dlvlskm Dunitle d*aviir mollement défendu la Haie ; Il prétend en outre que c'est dans ses rangs qu'ont été pomit les cris de : Sauve qui peut ! Sais le maréchal Ney, qui était près de lA el qui abandonna li' champ de bataille un des derniers, aifirme ne pas avoir entendu œs cria. (Voir tt lÊUrt au dued'Otranie,)

rent en carrés, par bataillon , en travers du champ de bataille.

Sur ces entrefaites, la moyenne garde, soutenue par une ligne de cuirassiers, enfonça les Brunswickois et les bataillons de Nassau. Le prince d'Orange, menant ces derniers au feu, reçut une blessure à Tépaule qui l'obligea à quitter le champ de bataille.

La cavalerie française fut un moment sur le point de rompre la ligne ennemie ; mais la brigade Chassé arriva juste à point de la droite pour rétablir le combat. La garde soutint le choc de ce nouveau corps avec une énergie sans égale : ses rangs tombèrent comme foudroyés sous le feu des lignes ennemies. Le maréchal Ney, qui avait eu cinq chevaux tués sous lui, combattait à pied avec ces triaires de Tarmée française. Comme à léna, à Élchingen, à Borodino, il resta pendant quelque temps exposé à tous les coups, ayant mille chances d'être tué et ne recevant pas même une égratignure. Que n'est-il mort ce jour-là, au milieu d'un des carrés de la garde! c'eût été une fin digne de celui que l'armée avait surnommé le brave des braves !

En voyant la marche offensive des Prussiens et la retraite confuse de l'aile droite, les quatre bataillons engagés perdirent confiance. Les six autres, formés en carrés derrière la droite, se trouvaient dans une position tout aussi fâcheuse. Attaqués par un nombre croissant de troupes fraîches, leurs rangs s*éclaircirent à vue d'œil : bientôt il ne leur resta plus d'autre perspective qu'une mort glorieuse. Ce fut dans ce* moment que Wellington dirigea sur le centre de sa position les deux brigades de cavalerie Vandeleur et Vivian, que l'arrivée des Prussiens rendaient inutiles à l'aile gauche. Ces brigades poussèrent entre la Haie-Sainte et le corps de Reille, et tournèrent les bataillons de la vieille garde pour se jeter sur Textrème droite en retraite. Napoléon les fit charger par ses quatre escadrons de service, seule cavalerie encore disponible.

Mais que pouvait cette faible troupe contre la maaae et IV deur croissantes des alliés ? Il aurait fallu avoir en ce miment toute la réserve ; or, depuis longtemps, cette forc^ était engagée, épuisée» anéantie. •• Malheur irréparable qui» emfèr chant la retraite de se faire convenablement, changea un étÂeo ordinaire en une déroute sans exemple (i)!

Tandis que Ziethen écrase le corps de d'Erlon et délwfdl la gauche du crochet formé par celui de Lobau et par la jfffm garde, Pirch tourne Planchenoit, déjà attaqué de front |m Bulow. L'extrême droite de Ytrmée impériale, débofdé« d entourée par des forces quadruples, se pelotonne enfin al cherche un refuge dans la fuite.

Le même désordre signale la retraite du corps de d^Krkil- La garde seule conserve une attitude imposante ; le brav^ f^ néral Michel tombe devant ses rangs éclaircia en s'écriant: U garde meurt et ne se rend pas!

Cependant, le flot des alliés va sans cesse grossissant 4aw la plaine. Déjà cinq carrés sont rompus, exterminé»..» Voj«M ce carnage affreux, ce dévouement héroïque devenu tam objet, ses derniers carrés encore debout, cernés de Ujvtm parts, leurs officiers hors de combat et leurs rangs édwûs par la mitraille. Napoléon veut mettre un terme à ce glorimi mais inutile sacrifice. Il retire sa garde , toute rouge fW ainsi dire de cet ardent brasier, où elle eût laissé son émi^t homme {%). La garde recule! dit-on, et ce mot, répéti diai les ténèbres , vole de bouche en bouche et précipite la r^ traite (s).

(1) « 811 kull kevret e| Umle, dit mpoléon, mIU i^Mrre f^l mH#» r^r^gB wà « vena le champ de batiUle eût été conjuré... » Vali quelcpiea Usnes plut liaf , n MM tatention aftlt été d^eagai^r la résenre à ils licfiMt.ll7aiiii»MHe4«< entre cet deni: passages.

Çï) nie dlspnU le terrahi pied à pied et ne tat désorganisée par la wumtémfmnHtfm sur les liantevrs de la Beile-Alllanoe, ot se flt, un fastant apvèa, la ifctlm émi glaise et prntsleone.

(I) Jvsqa^A ce momeot, le oorp* de Rellle avaU (ait lioniie conUaaaM.O'MI far i*

Welliiigtoii Saisit à propos ce moment pour passer à une effensiTe tigoureuse. Toute sa ligne d'infanterie^ appuyée par la eavalerie et l'artillerie, se porte contre les masses fnmçftiaes^ attaquées en même temps à revers par la cavalerie prussienne. Ce ne fut plus alors qu'une immense déroute.

A Rossomme (i), Napoléon espère un moment arrêter ce débordement inouï, en formant un carré du dernier r^iment de la garde et en ordonnant à Gourgaud d'appuyer ce carré avec quelques pièces à demi démontées, et qui se trouvaient sur ks lieux (9): vaine tentative! l'obscurité empêche les fuyards d'apercevoir ce point de ralliement, et le tumulte du champ àê bataille rend l'action des cadres impuissante... Napoléon veut mourir dans le carré de Cambronne (3) ; mais Soult détourne son cheval en s'écriant : Ah ! Stre, les ennemis sotU déjà assez heureux («)/ Alors l'homme du destin s'enfuit eomme le reste. . . U aigle n'était plus dans le secret des dieux.

Le carré cependant tient ferme pour donner à l'empe* reur le temps de s'éloigner. Rendez- vous! lui crie«t-on de toutes parts. Un mot soldatesque, mais digne de l'histoire, fut la seule réponse de Cambronne : aussitôt, comme si la mort n*arrivait pas assez vite au gré de ces héros, ils se précipitent tète baissée dans les rangs ennemis. Un dernier cri de Vive l'empereur! se fait entendre au milieu de la fumée et du cliquetis des armes ; puis Ton n'entend plus rien : la garde est morte, Tempire est fini...

de ce corps et de U garde, formée en carrés, que la oaralerie de Wellington lit Irruption sur le cbanip de bataille.

(l) D'antres disent sur la hauteur entre la ferme de la BeUcAUlance et la maison d^oosse.

(S) «n 4«s boulets tirés par oes pièces emporu U Jambe de lord Uibridge.

(S) D'après S. de Salnt-HUalre, auteur d*une Nistotre de la garde impériaiêt le dernier entré de la garde fut commandé par le baron sartenot. Ce fhlt peut être Tral, mais tonjoors «el-ttfiie le général Cambronne s'est trouvé dans le carré avec l^empereur et un grand 90«brt d'autres officiers.

(4) titrait du Journal de Gourgaud.

Cette glorieuse immolation console encore aujoard*hai la nation française du plus cruel échec qu'aient éprouyé ses armes illustres.

Si la valeur des troupes anglaises dans cette mémorable journée s'éleva jusqu'à l'héroïsme, l'armée française ne resta point au-dessous de sa brillante réputation, et on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, ou de la fermeté de ces bataillons qui résistèrent pendant deux heures aux charges de 7,000 cuirassiers français, — ou de l'ardeur des troupes impériales, qui, après une nuit passée dans la boue, se mirent en route le matin, la plupart sans avoir mangé (i), et soutinrent les fatigues de onze heures de combat et de marche dans un terrain détrempé, sans se plaindre, sans faiblir sur aucun point, malgré les impressions fâcheuses qu'avaient laissées de récentes défections, malgré les poignantes déceptions do champ de bataille ! Mémorable journée, où l'on vit de part et d'autre des soldats qui n'avaient jamais combattu égaler en audace, en constance, en courage les vétérans d'Âusterlitz et de Wagram (2).

 neuf heures du soir, Wellington et le vieux Blûcher se rencontrèrent à la Belle-Âlliance, où ils purent s'adresser de mutuelles félicitations.

Le général Gneisenau, officier plein de talent et de résolution, se porta avec toute la cavalerie prussienne sur les derrières de l'armée française. Les charges vigoureuses de cette cavalerie, favorisées par un beau clair de lune, rendirent tout ralliement impossible. Wellington appuya avec une

(1) Par suite du maurals état des chemins, Il y eut un retard fickan dnM I^nivée do Toitures de transport.

(«) Uarmée Impériale comptait on grand nombre de recrues : rarnée alitée en afalt piM encore. De Vaulabelle évalue le nombre des soldats français n^iyanl Janalf yh le feu a la moitié environ de refTectir. Dans la garde elle-même, il y eut mir tS,sao Imnaetlà 5,000 conscrIU.

partie de ses troupes le mouvement de Gneisenau, et se mit lui-même à la tête des poursuivants; mais la fatigue de ses soldats l'obligea de s'arrêter entre Rossomme et Genappes.

Les Prussiens continuèrent la poursuite avec une ardeur qui témoignait de leur empressement à venger les désastres d'Iéna, d'Âuerstaedt et de Ligny (i). Arrivés à Genappes, ils trouvèrent les parcs de Tarmée française abrités par des barricades; mais cette précaution, loin d'être utile aux vaincus, augmenta leurs pertes en encombrant le seul passage qui restât libre pour la retraite. C'est à Genappes que fut prise la voiture de l'empereur et les différents objets qu'on a depuis étalés dans un musée spécial, à Londres (s).

Jamais bataille ne fut livrée avec plus d'opiniâtreté et de courage. Environ 6,000 hommes des deux armées périrent dans l'attaque d'Hougoumont ; près de 10,000 Français y furent mis hors de combat ; la division Foy seule perdit 3,000 hommes (3). Les pertes totales s'élevèrent aux chiffres suivants : Anglais et Hanovriens, 11,678 (4); Néerlandais, 3,547; Brunswickois , 1,000; Nassau, 1,000; Prussiens, 7,454; total, 24,679. Les Français eurent 18,500 hommes tués ou blessés^ et 7,800 faits prisonniers (5); ils perdirent en outre 227 bouches à feu (e).

'1) « Les soldatM de renneml qui Toulaient se reposer, dit Blilcher, furent successivement « reponstés de plus de neuf bivacs; le clair de lune favorisait la poursuite, qui n'était qu'une ■ véritable cbasse, soit dans les cbamps, soit dans les maisons. » l'n grand nombre d'oflirirrs et de soldats se dérobèrent par une mort volontaire aus coups furieux de cette cavalorle..- Les Prussiens n'accordèrent pas de quartier. Le générai Duhesme, entre autres, quoique blessé, fut massacré par eux A l'entrée de Genappes.

(2) Voir le ttapportile Gneisenau sur la bataille de Waterloo.

(3) BooT^s narrative.

(4) D'après les éUts officiels, publiés par Gurwood, les Anglo-Banovriens curent A Waterloo 2,047 tués, 7,016 blessés et 1,623 manquants.

(5) 7,008, d'après Gourgaud.

(6) D'après Maxwell, les alliés prirent à Waterloo 142 bouches A feu, 195 voitures d'artillerie ei 72 wagons de transport. Napoléon évalue les pertes totales pendant toute la campagne â 170 bouches à feu et â 41,000 hommes , dont 6,000 prisonniers. D'après la même source , les alliés eurent 63,000 hommes hors de combat, dont 38,000 Prussiens. D'après les rjctotres et

Au nombre des morts se trouvaient, du côté des Françtt» les généraux Michel et Devaux, et, du côté des alliés, Pmsonby et Picton. Ce dernier s*était battu comme un lion, Hmm, qu'il eût eu deux côtes enfoncées à la bataille du 16 (i).

En rendant compte de cette victoire au maréchal Baes — ford (2), Wellington écrivit: a Jamais je n'ai vu de mèléesus^m ce effroyable. Des deux côtés, on ressemblait à ce que le^ ce boxeurs nomment des gloutons. Napoléon n*a fait aaein^ €c manœuvre. Il s'est avancé à la vieille manière, en colonne» 9 « et il a été repoussée à la vieille manière. La seule diflènm^^ « c'est qu'il a mêlé sa cavalerie à son infanterie, et qu'il le « a soutenues par une énorme quantité d'artillerie. »

Non moins décisive que les journées d'Azincourt, de Poi tiers, de Hochstedt et de Vittoria, la journée de Waterl< décida du sort de l'empire. On a attribué la perte de cett bataille à des causes diverses, les unes accidentelles, les au très provenant de fautes commises et d'ordres mal exécutés D'après les historiens français, Napoléon eût été vainqueai sans les pluies qui rendirent le terrain impraticable avant milieu du jour, sans la faute de Ney, qui engagea les réserves^, de cavalerie une heure trop tôt, et sans l'incurie deGrouchy^ qui, après avoir négligé l'occasion d'être le 17 au matin Wavre, dédaigna le conseil donné, vers onze heures et demiei.^ par le comte Gérard, de marcher sur le canon de Waterloo.-- Mais on a vu plus haut que le retard de l'attaque ne doit pa^^^ être attribué au terrain : trois ou quatre heures d'un temps^^ brumeux ne pouvaient guère le sécher. Quant à l'emploi intempestif des réserves, on ne sait encore s'il faut le repro-^ cher à Ney ou à Napoléon. Des documents publiés jusqu'à

ctmguétêt, les Français perdirent du 15 au 19, 36,500 lioamet«et let allléf près d« i 25,000 Anglo-Hollandais.

(1) Hobinton't memoirt ofPtctcn^ t. il, p. 3C2.

(2) 2 Juillet 1815.

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