CHAPITRE X
L'armée alliée se dirige sur Salamanque. — Elle assiège et prend les forts qui entourent cette ville. — Bataille de Salamanque. — Passage du Guadarrama.— Entrée de Wellington à Madrid.— Ses embarras et ses dangers au milieu de cette ville. — Situation des armées belligérantes. — Levée du Biége de Cadix. — Évacuation de r Andalousie par Tarmée de Soûl t. — Raisons qui déterminent Wellington à faire le siège de Burgos.—Insuccès de cette opération.— Retraite des alliés.— Jonction de Wellington et de Hill. — Opérations des armées du Centre, du Sud et de Portugal sur la Termes.— Situation critique de Wellington.— Il échappe au danger qui le menace, atteint Ciudad-Rodrigo et prend ses quartiers dliiver derrière TAgueda. — Désordres graves qui signalent cette retraite à partir de Burgos. — Mécontentement du général en chef. — Coup d'œil sur la campagne de 1812.
Les alliés , vivant aux dépens de leurs magasins , avaient Tavantage de pouvoir opérer en toute saison , tandis que les Français 9 obligés de se nourrir avec les ressources du pays, devaient attendre presque toujours Tépoque de la maturité des céréales.
Wellington tira un excellent parti de cette supériorité relative dans la combinaison des mouvements qu'il ordonna après la reddition de Badajoz.
Il eut un moment le projet d*envahir TÂndalousie ; mais
quand son armée fut prête à partir (au commencement de juin), les blés étaient mûrs dans tout le midi de l'Espagne; en Estramadure, il s'en fallait encore de quinze jours; dans les provinces de Castille et de Léon, le retard était beaucoup plus considérable. On pouvait donc obtenir un succès dans le Nord avant l'époque de la maturité. Cette circonstance décida Wellington ; il pensait d'ailleurs , qu'en portant à Marmont un coup décisif, on délivrerait l'Andalousie aussi sûrement que par une attaque directe , puisque Madrid tomberait au pouvoir des alliés, et que Soult, n'ayant plus, dès lors, de communications assurées avec la France, craindrait d'être entouré de tous côtés.
Le général Jomini, dont l'opinion fait autorité en pareille matière, juge le plan de Wellington dans les termes suivants : « Le commandant en chef des alliés pouvait se porter à droite sur Soult, déboucher au centre sur Madrid, ou opérer à gauche sur Marmont. Par le premier système d'opérations , il attirait les masses françaises vers le Sud, et l'Espagne n'était que plus complètement envahie. En se dirigeant vers le Nord, au contraire, il pouvait espérer que Soult serait forcé d'y accourir, et alors tout le Sud de l'Espagne jusqu'au Tage serait conquis de fait par la junte de Cadix. Si les Français commettaient la faute de garder Séville, au lieu de secourir Marmont, il battait celui-ci isolément ; et comme la ligne de retraite de Bayonne se trouvait dans cette direction , il était certain qu'une victoire sur le Douro ferait évacuer la moitié de la Péninsule, et même la capitale. La chose était trop évidente pour échapper à la pénétration de Napoléon , mais il espérait que les Anglais n'oseraient pas commettre leurs troupes loin du Portugal , et, d'un autre côté, il avait une fausse idée des talents et du caractère de leur chef (2}. »
(1) Napoléon ou tribunal de César^ par Jomini*
Le moment choisi par Wellington pour commencer la guerre offensive était très-favorable : l'armée de Portugal avait envoyé en Russie une grande partie de sa cavalerie ; la plupart des pièces étaient mal attelées, et le moral des troupes se ressentait de l'influence funeste des derniers événements (i). L'armée anglaise, au contraire, était belle, forte en cavalerie, pourvue de bons attelages et animée du meilleur esprit (2). Il s'était opéré, en outre , dans la politique de la Grande- Bretagne un changement favorable à la situation générale des affaires en Espagne. A la suite de l'assassinat de Perceval , commis le 11 mai dans le vestibule de la Chambre des Communes , lord Liverpool avait été chargé de la direction d'un cabinet tory. Le marquis Wellesley toutefois, sorti de l'ancien ministère par répugnance pour une administration dont il condamnait la politique, n'était point rentré dans le nouveau cabinet, et cette circonstance avait péniblement impressionné l'armée, qui le tenait pour un de ses appuis les plus fermes et les plus dévoués. Cependant, comme le fait observer un auteur anglais, « lord Liverpool, successeur de Wellesley au Foreing-Office, dernier débris d'un parti trop faible pour dominer, fit moins de mal à la Péninsule qu'aucun des gouvernements précédents. Il n'y eut plus d'intérêt personnel directement opposé à lord Wellington, et la politique militaire du cabinet céda même par
(1) \vant le 15 juin, TarmOc rrançaisRcn Esp;igne comptait 230,187 hommes, dont 56,427 a|>parteiiaiit4rarméedu Midi, 12,370 à Parméc duCentrc, 52.618 â Parmée de Portugal, 60,370 À l'armée de Suchet, et 48,232 A Parmée du Nord.
Après le 15 juin, cet cflTcctir Tut réduit de plus de 20,000 hommes. — Mémotres de Joseph , t. VIII. p. 182.
L'empereur, cédant â la fin aux pressantes sollicitations du roi , lui conféra le commandcni«nt général de ses armées en Espagne. (Voir sa lellre du 16 mars 1812 <) Berthier); mais Pindiscipllne des maréchaux rendit celte mesure Illusoire.
(2) Voirla dépêche de ff^ellington au comte de Liverpool, dn 26 mal 1812. On lit dans cette dépêche : « Quant i une affaire générale, je ne crois pas qu'il y ait dans Parmée un seul « homme qui doute de son issue, et ce sentiment seul contribuerait beaucoup ft nous faire M remporter une victoire. Nous avons d^allleurs sur Penncmi plusieurs avantages, outre ceux ■ qui résultent «le nos succès récents. »
degrés à Tinfluence de son génie , jusqu'à ce qu'enfin elle se trouvât entièrement absorbée, (i) »
En Espagne y la situation intérieure ne s'était point modifiée. La princesse Charlotte, appuyée sur une partie des CortèSy luttait avec plus d'ardeur que jamais contre la diplomatie anglaise; la médiation proposée par Wellesley pour l'arrangement des affaires coloniales n'avait pas abouti ; et l'obstination insensée des hommes d'Ëtat de la Péninsule à soumettre les insurgés par la guerre avait diminué de plus en plus les ressources affectées à la défense du pays. L'armée espagnole se trouvait dans une situation déplorable. « Sa cavalerie régulière n'existait plus; presque toute l'artillerie de campagne avait été prise; les arsenaux de Cadix étaient entièrement épuisés , et la plupart dés pièces de gros calibre de l'ile de Léon se trouvaient hors de service. Les munitions diminuaient d'une manière alarmante, et on n'avait alloué aucune somme pour Tentretien des fonderies (2). »
Les secours fournis par la Grande-Bretagne continuaient d'être gaspillés ; les officiers anglais, qui s'étaient bercés de l'espoir de lever des corps espagnols, n'avaient pas même réussi à former quelques centaines de bons soldats, malgré la précaution de les disséminer dans les corps de l'armée britannique; enfin, les Cortès entretenaient des intelligences secrètes avec le roi Joseph et semblaient ne chercher qu'une occasion de se rapprocher de lui (3).
La politique anglaise était donc à la veille de subir un échec, quand Wellington, par son génie, raffermit de nouveau les destinées chancelantes de la Péninsule.
La situation du Portugal n'était guère plus favorable :
(I) IfAPlIl.
(2)HAPlll,t. IX,p.Q6.
(3)«04 aifore, dit Thibadoeao, t IX, p. 106, qu'uM négociation avait été commencée avec les cortès et Joseph avant la bataille de Salamanque. » Ce faJl, nié par plusieurs autoursr est confirmé par les Mtmotret de Jvteph. Voir t. Tlll, p. 26S.
l*hostilité de la régence (i), l'inertie de ses principaux agents (s), rindifférence du peuple, la mauvaise organisation des milices, les intrigues des fldalgos et la duplicité du cabinet brésilien, continuaient à se manifester dans toutes les circonstances où Faction prompte et énergique des forces alliées était la plus désirable. Wellington cependant , soutenu par lord Castlereagh, intimida le prince régent, au point d'en obtenir certaines réformes dans l'administration et la destitution de Souza, ainsi que celle des autres membres de la régence qui lui feraient obstacle; toutefois, quoique Souza et l'évêque d'Oporto fussent ses ennemis personnels, il n'usa point de l'autorité dont il venait d'être investi (s) : un jugement sûr et toujours calme lui faisait dédaigner les vaines satisfactions de Tamour-propre froissé. Ayant reconnu que le mal provenait moins de la fiévreuse activité de ces agitateurs que de l'appui qu'ils trouvaient à Rio-Janéiro , il craignait avec raison d'augmenter leur importance en les faisant passer pour des victimes de l'étranger. Nous citons ce fait , parce qu'il prouve que Wellington avait non-seulement les talents, mais encore le caractère d'un véritable homme d'Ëtat.
LfCS plus grandes difficultés du général en chef provenaient de ce que le gouvernement de Lisbonne^ se reposant entièrement sur les secours et les subsides de l'Angleterre (4), ne prenait aucune mesure pour mettre les ressources du pays à
(1) « Le gouveroemeni de Lisbonne avait renoncé i une oppoaltlon active, mais n'en « déjouait pas moins tout projet de Wellington et de Stuart par sa conduite dvasive, toit en ■ proposant des lois non appropriées aux circonstances, soit en souffrant que la non-exécum tlon des mesuras les plus urgentes restât Impunie. » — ivapiba, t. IX, p. 110.
(2) Ces agents servaient d'Intermédiaire entre le général en chef et les membres de l'administration. Leur hostilité ou leur Indifférence entravèrent presque tous les efforts de Wellington et de Stuart.
(3) Ce fut aToo le même désintéressement d*amour-propre et la même prévoyance politique que Wellington, à cette époque, pria le prince régent de venir soit à Lisbonne soit aux AQoret, où son autorité serait plus efflcace, et que plus tard, lorsque cette demande eut été rcjelée. Il s'Opposa au projet de Stuart d^tabllr en Portugal un gouvernement militaire capable de briser toutes les entraves.
(4) Yolr une teitrê ife WlUngton à CharUt Stuart, le 26 avril 1812.
la disposition de l'armée. Affectant la même insouciance, les employés civils éludaient les règlements militaires, ou les faisaient exécuter d'une façon vexatoire. Wellington fit de vains efforts pour obtenir du prince régent la réforme de ces abus déplorables (i) , qui , après s'être glissés dans les taxes, dans les administrations, dans les dépenses générales et dans l'exécution des ordres confiés aux magistrats inférieurs, épuisaient toutes les forces vives et paralysaient toutes les ressources de la nation ; et, malgré la multiplicité de ses affaires, malgré la part active qu'il prit aux moindres opérations, il trouva le temps de rédiger des mémoires sur la nature de ces maux et sur les moyens d'y remédier, mémoires qui témoigneront, devant la postérité, de la vigueur et de l'étendue de son jugement (2).
Ses efforts, secondés par la suspension du subside, produisirent cependant quelques réformes partielles; mais la faiblesse de caractère et l'obstination du prince régent étaient des obstacles insurmontables à une réforme générale ou permanente. Voilà pourquoi Wellington eut à lutter jusqu'au dernier moment contre des difficultés sans cesse renaissantes, et dont la moindre eût suffi pour décourager un général moins habile, moins ferme, moins résigné.
Telle était l'incurie du gouvernement de Lisbonne, que le duc , au lieu de tirer du Portugal la subsistance de son armée, fut obligé de nourrir en quelque sorte la nation tout entière. Afin de suffire à ces immenses besoins, il dut entreprendre un commerce de grains sur une vaste échelle , opération que la guerre des colonies, l'humeur capricieuse des habitants de l'Afrique , les querelles de l'Angleterre avec les
(1) Il offrit de prendre sur lui toute la responsabilité, tout rodleus même de ces mesures, certain qu'après leur adoption, 11 pourrait satisfaire aux exigences de U guerre et supprimer les Impôts vexatoires dont les paurres gens étalent accablés.^NA^iEa, t. IX» p> 122.
(2) IVAPlEa, t. IX, p. 108.
États-Unis, l*absence de numéraire, la dépréciation des bons Anglais (i) et l'impossibilité de faire des emprunts (2) rendait extrêmement difficile.
Il parvint toutefois, avec l'aide de Charles Stuart, à conserver la neutralité du Portugal et à se procurer de la sorte, au moyen de licences, des farines de l'Amérique jusqu'à la fin de la guerre : ce fut à la fois une précieuse ressource et un acte de bonne administration ; car les farines, payées en marchandises anglaises, se revendaient avec un profit considérable qui rentrait dans la caisse de l'armée (3).
Telles étaient les difficultés politiques, administratives et financières au milieu desquelles Wellington devait poursuivre le cours de ses opérations.
Nous avons vu qu'à l'issue de l'expédition du Beira, le duc avait résolu d'isoler Marmont et de l'écraser avant l'arrivée des secours sur lesquels ce maréchal comptait. Il fallait pour obtenir ce résultat entrer en campagne après la saison des pluies et avant que la récolte permit aux Français de marcher par corps nombreux ; — il fallait mettre Suchet dans l'impossibilité d'envoyer une partie de ses forces à l'armée du Portugal ; — enfin, il fallait empêcher Soult d'envahir le Portugal par la vallée du Tage de concert avec l'armée du Centre, et de tourner le flanc droit des alliés en Castille.
Pour retenir au loin les forces de Suchet, 10,000 Anglais, venant de la Sicile, et 6,000 Espagnols, organisés à Mayorque, aux frais de la Grande-Bretagne, reçurent Tordre de débarquer sur la côte orientale de la Péninsule, et de se réunir sur ce point aux forces d'O'Donnel, dans le but d'ex-
(1) la 1812, ce papier ImIsu de 20 p. g., par suite des menées sourdes de quelques financiers anglais.
(2) Cette cIrconsLance tenait en sonde partie au système continental et aux mesures flBanclères de Napoléon, qui avaient rendu les emprunts et rémission du papier-monnaie extrêmement dlfflcUes.
(S) HAPIU, t. IX, p. 121.
citer la Catalogne et Valence à prendre les armes (i), et d'empêcher Soult d'envoyer une partie de ses forces en Portugal. En même temps, le général Hill, cantonné avec 20,000 hommes à Âlmandralejos (<), reçut l'ordre d'enlever le pont de bateaux d'Âlmaraz, seul moyen de passage de l'armée d'Andalousie (3) entre Tolède et la frontière portugaise. Cette opération a élé regardée comme téméraire par la plupart des auteurs français (4), et de fait, la tète de pont d'Âlmaraz était protégée à distance par trois divisions des armées de Portugal, du Centre et d'Andalousie (5); 9,000 hommes de cette dernière , sous les ordres de Drbuet , se trouvaient même plus rapprochés de Mérida que ne l'était Hill à Âlmaraz, de sorte que la retraite de ce dernier aurait pu être gravement compromise (e). Wellington, cependant, prit si bien ses mesures et donna si adroitement le change à ses adversaires (en affectant de vouloir envahir l'Andalousie), que 6,000 Anglais se rendirent maîtres des forts d'Almaraz, par une attaque brusque, dans la journée du 19 mai (7).
(1) JOMKS. (. II, p. 47.
(2) Diaprés Belmas, Htll M mit en marche avec 15,000 bommea et 16 bouches A feu; diaprés Sberer, avec 10/)00 fantassins et 1,200 chevaux; diaprés Sarrazin, seulement avec 10,000 hommes.
(3) 11 faut noter que réquipage de pont de Soult avait été pris dans Badajoz. Le passage d'Almarai était couvert* sur la rive gauche, par la télé do pont de Lugar-Ruevo, fort à quatre bastions , entouré d'un mur crénelé de l^^SO d'épaisseur, où Ton avait établi un grand dépôt de nmnltloos. In avant do ce réduit , et pour le préserver d'un commandement dangereux, se trouvait le fort Napoléon , espèce de redoute deml-clrculalre en terre , pouvant recevoir une garnison do 450 hommes, et protégé ft la gorge par un réduit carré renfermant une tour en maçonnerie. Plus en avant encore, et à une lieue de distance du Tage,on avait construit sur la montagne qui borde la rive gauche du Tage le fort de Hirabete, dans 1rs gorges que traverse la route de TnixIUo, seul passage praticable à Tartlllerle. Enfin, sur la rive droite du fleuve , le pont était couvert par une lunette et par le fort Baguse, construit sur un mamelon à lOO mètres du Tage. Tous ces ouvrages étalent armés de 18 bouches à feu et gardés par un bataillon et demi d'infanterie, une compagnie de sapeurs et une vingtaine de canonniers. — Toir Belmas.
(4) Voir entre autres le général Sairazuv, p. 287.
(5) Poy occupait la vallée du Tage , d'Armagnac était â Talavera et Drouet à Hlnojosa de Cordova.
(6)« 81 Drouet se fût posté â Torre-Hocha, m droite à Arroyo del Molinos, sa gauche â Cace> rès, «C ai un corps de troupes légères avait été déUché vers Trualllo pour surveiller la marche de Hill, pas un homme n'aurait échappé. » —Général Sakkazin, p. 287.
(7) Hill se présenU le 18 sur la monUgne de Hirabete et tourna le fort éUblI sur cette hau-
Le pont de bateaux ayant été coupé trop tôt par les détacha mentsde 1 autre rive, la garnison du fort Napoléon , poussée à la baïonnette à travers les différents retranchements de cet ouvrage et de la tète du pont, fut jetée en grande partie dans le fleuve, a Ce désastre, dit le général Hill, produisit tant <c d'effet, que la panique se communiqua aux troupes de la c< rive droite, et que le fort Raguse fut subitement abandonné <c par sa garnison, qui s'enfuit dans le plus grand désordre à c< Naval-Moral (i). » Les Anglais se hâtèrent de détruire les ouvrages de fortification , les magasins , les munitions , les ateliers et Téquipage de pont. Us regagnèrent ensuite Mérida sans être entamés, bien que les divisions françaises les entourassent de tous côtés.
Cette expédition, aussi funeste pour Tarmée du Sud que pour larmée du Portugal, eut le grand avantage de préparer l'exécution des mouvements de Wellington sans dévoiler aucune partie de son plan (2).
Soult, trompé par les mouvements du corps de Hill, crut
ieur en sravlsuni le« roGliers de Hanaderos. il descendit pendant la nuit t ers Je fleuve arte une colonne d^lnfanterle, et, à la pointe du Jour, 2,000 hommes donnèrent rescalade au fort Napoléon, dont lia s^cmparèrent. Les soldats du bataillon étranger qui gardaient la tète de pont de Lugar-If uevo , s'enfuirent avant même d'être attaqués , et non moins lAche. le commandant du roK Baguse se retira avec sa troupe a Naval -Moral. Le général Hill flt brûler le pont et les munitions, et revint ensuite sous Badajoz.— Voir Bklmas, t.l, p. 222, et le Rapport dé HiU dans le recueil de Gurwood.
(1) htà Anglais firent 260 prisonniers; Ils eurent 33 tués et 144 blessés {état officiel). Les pertes des Français s'élevèrent a 450 bommes.
Mje général tarraxln et les auteurs des Vietotret et conquêtes estiment la force de la garni- •on A 500 bommes environ. Dans ce dernier ouvrage, on porte le total des tués et des blessés anglais au chiffre eiagéré de 800 bommes.
(1) Le maréchal Jourdan, rentré en Ispagne depuis le mois d'octobre 1811, avait peut-être seul, A cette époque, une Idée nette de la situation. lYolr t. Ylii des Mémotret de Joteph, le mémoire qu*ll mit sons les yeux du roi le 28 nul 1812). On Ut, en effet, dans ce mémoire : ■ Il m ne faut pas espérer un grand résultat des mouvements combinés des deux armées de Soult « ci de Harmont, séparées par une si grande distance... Il y aura quelque catastrophe si lot « choses restent dans Pétat où elles sont, et si lord Wellington marche avec toutes ses forces m sur rarmée du Midi ou sur celle de Portugal... »
Pour remédier au mal, Jourdan proposa d'établir autour de Madrid un corps de réserve de 15 A 10,000 hommes, toujours prêt A marcher. Ce sage conseil toutefois demeura sans effet, et cela parce que Soult, Suchet et Caffarelli refusèrent d'obéir au roi, qui, cette fols du moins, fit tout ce qui dépendait de lui pour arriver A un bon résultat. (?olr notamment sa lettre dal<' Juin 1812.)
fermement que les alliés allaient envahir les provinces du Sud (i); Marmont, ayant une conviction tout opposée (2), demandait que Soult et Jourdan réglassent leurs opérations comme si l'attaque devait avoir lieu au Nord (3); enfin, Joseph, qui, de son côté, avait de sérieuses inquiétudes au sujet de Madrid, voulut faire partager ses craintes aux chefs des deux autres armées. On pouvait à la rigueur faire toutes ces suppositions, car Wellington, par la prise de Badajoz et de Ciudad-Rodrigo, était en mesure de menacer à la fois le nord, le centre et le midi de l'Espagne. Voulant profiter de cet avantage , le duc tâcha de confirmer Soult et Marmont dans la fausse idée qu'ils avaient conçue de ses projets, et fit si bien, que les deux maréchaux continuèrent à discuter tout le mois de mai et une partie du mois de juin sur la convenance des mesures à prendre, ne se doutant pas du danger qu'ils couraient. Informé de ces discussions par des lettres interceptées, lord Wellington sut les mettre à profit avec autant d'adresse qu'il en avait montré à les faire naître. Dès la mi-juin, tous ses préparatifs étaient faits. Nous les indiquerons sommairement pour donner une idée du soin avec lequel Wellington, que l'on a si souvent dépeint comme un général plus heureux qu'habile, savait préparer le succès de ses opérations et mettre de son côté les chances de la fortune.
Pour diminuer les transports par terre, le duc avait rendu le Tage navigable jusqu'à Malpica, près d'Alcantara, et le Douro jusqu'à Barca de Âlba ; dans le même but, il avait établi des magasins sur ces deux lignes, et principalement à l'embouchure du Douro ; et pour faciliter sa jonction avec le général Hill, détaché sur la rive gauche du Tage, il avait
(1) voir sa lelire du 8 juin à Joseph.
(2) Voir M lettre du 3 mal 4 Josepb.
(3) Voir les Mêmùiret de Joteph, t. VIII, p. 184.
fait réparer le pont d'ÂIcantara qui lui assurait une ligne de communication intérieure plus courte et plus facile que celle dont Tennemi était obligé de se servir depuis la destruction du pontd'Âlmaraz : par suite de ce dernier avantage, la réunion des troupes alliées pouvait se faire en moins de temps que celle des armées du Sud et de Portugal.
La droite de l'armée de Wellington était protégée par la destruction du pont et de la tête de pont d'Âlmaraz, par l'épuisement de la vallée duTage, et par la perte de Téquipage de pont de Soult; — la gauche n'avait rien à craindre.
Sylviera et d'Urban, établis dans le Tras-os-Montès, devaient menacer le flanc droit et les derrières de l'ennemi; Castanos, à la tète de l'armée galicienne, avait ordre d'assiéger Âstorga, dès que les alliés paraîtraient sur la Tormès, et la 7* armée espagnole, de concert avec l'expédition de sir Home Popham, était chargée d'agir sur les côtes de la Biscaye (i), afin d'attirer de ce côté les divisions de Cafarelli, que Marmont aurait pu appeler à son secours. En même temps, une expédition organisée en Sicile (â) devait menacer la Catalogne et Valence, de concert avec l'armée de Murcie, pour empêcher le duc d'Albuféra de soutenir le roi. Quant à Soult, on espérait que la garnison de Cadix , les troupes de l'ile de Léon, l'insurrection du royaume de Cardoue et l'armée de Ballesteros l'empêcheraient d'avancer contre le général Hill.
On ne saurait trop louer ces mesures, combinées avec autant de prévoyance que de talent. Secondées par les circonstances, et plus encore par le génie du général en chef et par la bravoure des troupes anglaises, elles finirent par assurer le triomphe de la cause espagnole.
Cependant Wellington éprouva de vives inquiétudes au
(1) Cette expédition fut transportée sur ia côte au moyen de 6 Yalsseaux, 0 frégates et 6 bricks. — Belmis.
(2) la 7« armée fat embarquée sur 7 yalsseaux et 16 frégates on corYettes.— Bilmas.
sujet des approvisionnements. II avait du grain , mais pas de viande; son crédit était nul et ses caisses vides. « Malgré cK toutes les chances favorables, dit-il, je ne puis songer sans ce frémir à la probabilité que nous manquerons bientôt de tout, a et aux conséquences qui peuvent résulter de notre pénurie a d'argent, au cœur de l'Espagne. »
Les forces réellement présentes de Wellington s'élevaient à 56,000 hommes (i); celles de Marmont à 52,000 (non compris un renfort de 12,000, en marche pour le rejoindre) ; celles de Soult à 56,000, et celles de l'armée du Centre, sous Joseph et Jourdan, à 17,000 seulement (s).
La santé des soldats anglais était si fortement ébranlée par les fièvres contractées à Walcheren , qu'un tiers de l'effectif encombrait les hôpitaux (s).
La discipline avait perdu de sa force, par suite de l'impossibilité où se trouvait le général en chef de punir efficacement les pillages et autres excès commis par la troupe. Malgré ses vives instances, jamais le gouvernement anglais ne voulut donner son approbation aux mesures énergiques qu'il avait proposées pour faire régner le bon ordre et la subordination devant l'ennemi.
La réparation du pont d'Âlcantara et l'établissement de magasins de vivres à Cacerès, ayant enfin démontré à Marmont que c'était la Castille et non l'Andalousie que Wellington se proposait d'envahir, il renouvela avec plus d'instance
(1) (Ion comprit 6,000 hommes en garnlton i Cadix et y compris 24,000 Portngals.
Le corps de HIll te composait de 15,000 fantassins, de 2,000 cavaliers et de 24 pièces attelées.
Knt iron 36^000 baïonnettes, 3,509 chcTanz et 54 pièces d'artillerie étalent sous le commandement Immédiat du duc. Il avait en outre à sa disposition 3,500 Espagnols, sous d*£spana et Sanches.
12,000 hommes de cavalerie portugaise, sous le général d'Urban , étalent dans le Tras-os- Montès.
(2) Cette dernière, par suite de sa mauvaise administration, n*étalt pas encore prête à entrer en campagne : Wellington le savait par des lettres Interceptées.
(3) Wellington constate ce fait dans une lettre écrite peu après la campagne de 1812. Il compare son année i un hôpUai mouvant.
ses demandes de renforts au roi, à Soult et à Caffafelli (i) ; mais cette nouvelle démarche n'obtint pas plus de succès que les autres. Joseph seul s*y montra favorable; à tel point même qu'il eût fait évacuer F Andalousie, n'étaient lesinstruc^ tions de l'empereur , qui portaient la recommandation ex^ presse « de conserver les conquêtes faites et de les étendre « successivement (s)« x> On verra dans la suite que cette re* commandation » trop fidèlement observée par le duc de Dalmatie, fut la cause principale des désastres de l'armée fran*^ çaise*
Harmont se proposait de garder la Tormès le plus longtemps possible (3)9 de réunir ses troupes sur le Douro, et de prolonger la défense des forts de Salamanque jusqu'à ce que les secours de l'armée du Nord le missent à même de repousser les alliés sur le territoire portugais (4).
Dès que les pluies eurent cessé, Wellington passa l'Agueda. Après quatre jours de marche, il se trouva, le 17 juin, sur la Tormès, qu'il franchit à gué en aval et en amont de Salamanque; une division de cavalerie légère en observation sur la rive gauche essaya vainement de lui barrer le chemin. Les habitants de Salamanque le reçurent avec les démonstrations d'une joie véritable (s). Toutes les maisons furent illuminées et des chants d'allégresse retentirent dans les rues et dans les lieux publics. Salamanque avait tant souffert pendant les trois années d'occupation française, que cet enthousiasme n'avait rien d'étonnant*
(1) Il deminda noUmment que le roi envoyât à Drouet de PartlUerie et un équipage de pool fufltoant pour passer le Tage à Almarax. Drouet, en définitif e, ne reçut que 2 bateaux; MHilt d'aniears s*opposa constamment i son départ.
(2) Mémoire» de Joteph, t. Tlli, p. 181. — Yolr, pour les démêlés du roi avec Soult, le même ▼otaiM, p. Ifl7, 188, 188, 288, 262.
(8) G'est-à-dire Jusqu'à rarrWéede toutes les forces de llireUIngton sur cette rlTlère.
(4) Les lettres de Kamiont, publiées A la fin du t. YIII des Mémoires de Joseph , prouvent epÊ'à œtte époque Tarmée de Fortusal manquait d^argent et de vivres. Ces lettres sont du
dVivrlI.
(5) llAPIfl, t. IX, p. 142.— SAllAZm, p. 292.
Les ouvrages élevés autour de la place se composaient d'un fort irrégulier, au centre duquel se trouvait le couvent de Saint-Vincent (bâti sur un rocher très-escarpé, à 400 mètres en aval du pont de la Tormès), et de deux redoutes dont Tune défendait le couvent de San-Gayetano, et l'autre le couvent de la Meréed : toutes deux occupant un plateau d'où l'on pouvait battre le Saint -Vincent en brèche. Le maréchal Marmont avait construit ces divers ouvrages, d'après les ordres de Napoléon, avec des ressources insuffisantes et dans l'espace de trois mois seulement (i). Gomme postes devant résister à des guérillas ou à l'avant-garde d'un corps d'infanterie légère, ils étaient bien conçus et d'une force suffisante ; mais contre une armée pourvue de canons de gros calibre , ils pouvaient à peine tenir deux ou trois jours (î).
Le duc de Raguse comprenant la nécessité de rallier toutes ses forces , éparpillées sur un espace de quarante lieues de longueur, retira ses troupes de Salamanque, dans la nuit du 16 au 17, laissant pour garde au fort Saint-Vincent le chef de bataillon Duchemin avec 600 hommes d'infanterie, une compagnie d'artillerie et 25 sapeurs (s).
Le 17, l'armée française prit position sur les hauteurs d'Âldea-Rubia, à trois lieues au-dessus de la ville, appuyant sa gauche à la Tormès , tout près de Huerta , et sa droiteàPitiega(4).
Wellington passa le même jour la Tormès au gué de Santa-Martha, à 1,800 mètres en amont de la ville, et au gué de Ganto, à une lieue en aval. Aussitôt, la division Glinton investit les forts et les redoutes ; le reste de l'armée, chargée
(1) Une partie des triTaux de défense da SaInt-TIncent aralt éU ezéculée par ifey en 1809.
(2) C'est Poplnton de Jones : ivapler pense qu'ils auraient pu tenir une semaine.
(3) Jones éTalue la force des trois garnisons à 800 hommes. C'est aussi l'éTaluatlon de Slierer, qui porte i 700 le nombre dos prisonniers falta après ia reddition.
(4) BEIMA8, t. IT, p. 437.
de couvrir le siège , alla prendre position sur les hauteurs de San-Ghristoval à une lieue et demie de la ville.
Wellington ne s'attendait pas à trouver les forts de Salamanque dans un état aussi respectable (i). « Les rapports adressés à Tarmée alliée, dit Jones, et un dessin fait par un Espagnol non militaire , avaient représenté les ouvrages construits par les Français comme formant une réunion de couvents fortifiés, pouvant être enlevés par un coup de main (2). » Cette erreur fut cause que Ton commença le siège avec des ressources insuffisantes. L'artillerie n'avait que quatre pièces de 18 et autant d'obusiers de 24 en fer, approvisionnés à raison de 100 coups par bouche à feu ; le parc des ingénieurs comptait seulement 400 outils de tranchée (5).
Eu égard à ces faibles ressources, il fut décidé qu'on battrait en brèche le mur principal du Saint-Vincent, et qu'on donnerait l'assaut immédiatement après.
Une batterie, commencée le 17, ouvrit son feu contre ce bâtiment le 19 : elle fut appuyée par deux pièces de 6, établies dans l'étage supérieur du couvent S.an-Bernardo et tirant à boulets et à mitraille sur l'artillerie du fort; une troisième batterie, composée de deux obusiers, lança des projectiles creux dans le but de mettre le feu au monastère. Le 20, une portion du mur de face et le toit correspondant s'écroulèrent avec un horrible fracas. Mais presqu'au même instant, Wellington, faute de munitions, se vit obligé de suspendre l'attaque, et de remettre la continuation des travaux jusqu'à l'arrivée des convois d'Âlmeida.
Cependant, le duc de Raguse, en apprenant le passage de
(1) Bans ta lettre du 7&Juin au comte de Uverpool, llirelliiigton avoue « qu*U ameoa trop m peo de plèeet, et quH dot en faire venir un nombre plus considérable, ce qui apporta du « retard aux opérattons. >
(2) Journaux det itéget, p. 197.
(3) JOUIS, p. 200.
la TormèSy avait réuni un corps de 25,000 hommes (i) et s'était porté, le 20, au secours des forts.
Prévenu à temps de cette marche, Wellington retira de Salamanque une brigade de la Q^ division, fit désarmer les batteries et envoya à tout événement les bouches à feu de l'autre côté de la Tormès. Ses dispositions furent si bien prises que Marmont, après une reconnaissance minutieuse de la position anglaise, jugea prudent de ne pas engager la bataille. De part et d'autre, on ne fit que se tâter au moyen d'escarmouches. Cependant, à la suite d'une vive canonnade, le duc de Raguse repoussa les avant-postes et occupa le village de Morisco, à portée de canon de l'armée anglaise.
Wellington croyant être attaqué le lendemain matin, passa toute la nuit couché par terre, au milieu de ses soldats (2).
Mais la journée du 21 s'écoula comme la précédente; elle fut signalée seulement par un engagement partiel, livré le soir, dans le but de déloger les Français du village qu'ils avaient pris la veille.
Si, au lieu de faire cette attaque à la fin de la journée, Wellington avait profité du mouvement intempestif de Marmont sur Morisco pour engager la bataille, très-probablement une belle victoire eût couronné ses efforts, car il avait ce jour-là une incontestable supériorité numérique sur son adversaire (3).
Le lendemain, en effet, Marmont reçut des secours qui, portant son armée à 40,000 hommes environ, lui permirent
(1) Calculs de FTapler. — Belmas évalua les forces de larrooni à S0,000 hommes et edles de Wellington A 50,000. — T. IV, p. 444.
(2) yietortet ofthe brittsh armiet.
(3) Il avait trois fols plus de cavalerie, et son infanterie était plus forte du tiers; mais les troupes françaises étalent beaucoup plus roanœuvrières que les siennes, c Wellington, dit FTapler, pensa que si Marmont s^avançalt pour combattre , II valait mieux défendre une posillon très-forte que de livrer bataille dans la plaine . rinférlorité numérique n'étant pas telle qu'elle ne laissât aucun doute sur rissue d'une action si décisive ; au surplus, eu cas d'insuccès, la retraite de Parmée, de l'autre côté de la Tormès, eût été très-difficile* »— T.IX,p.l61«
d'occuper une position beaucoup plus forte. Toutefois, comme le général Caffarelli lui annonça dans ce moment l'arrivée prochaine d'un corps de troupes, il jugea prudent de se retirer, pendant la nuit du 25, sur les hauteurs de Yilla-Rubia.
Au jour , ses troupes passèrent la Tormès et dessinèrent une attaque que les habiles manœuvres de Wellington rendii*ent infructueuse (i).
Se voyant ainsi prévenu sur tous les points, Marmont |ierdit l'espoir de secourir les troupes imprudemment laissées dans les forts de Salamanque, et repassa la Tormès pour regagner successivement la Huerta et le Douro.
Le général Sarrazin fait observer avec raison que le duc de Wellington aurait dû profiter de la faute que fit le duc de Raguse, en s'aventurant, dans la jotrnée du 25, sur la rive gauche de la Tormès, puisqu'il était plus facile de l'écraser sur ce point que dans les positions très-fortes, couvertes par le Douro, où les alliés allèrent le chercher quelques jours après.
Cependant Wellington profita de son demi-succès pour reprendre le siège des forts de Salamanque suspendu depuis le 20. N'ayant pas encore reçu les munitions d'Âlmeida, il comment par* attaquer la redoute de San-Gayetano, qui entravait les approches du fort Saint-Vincent. L'artillerie lança, Sans la journée du 25, contre la gorge de cette redoute, les derniers projectiles qui lui restaient, 60 boulets de 18 et 100 boulets de 24. Quoique la distance et l'obliquité du tir ne permissent pas de former une brèche suffisante, néanmoins, vers 10 heures du soir, Wellington donna ordre d'enlever la San-Gayetano et la Merced par une attaque de vive force. Le général Bowes, chargé de l'opération, ne négligea rien pour en assurer le succès ; mais sa colonne, assaillie par des
(1) Voir JlAHU, t. IX, p. 164 et 165» etSAlBAZIN» p. 292 et 293.
forces supérieures, fut obligée de battre en retraite avec une perte de 120 hommes (i); lui-même resta parmi les morts.
Le 25 au matin, Wellington reçut, d'Almeida 600 boulets de 24 et 400 de 18, avec un approvisionnement de poudre (s). Le tir des batteries contre la gorge de la redoute et le fort Saint -Vincent fut aussitôt repris.
Le 27, à 10 heures du matin, le feu éclata dans les bâtiments du fort avec une telle violence, que les assiégés perdirent tout espoir de l'éteindre.
Au même moment, la brèche de la redoute fut déclarée praticable : on allait y donner l'assaut, quand la garnison fit demander deux heures pour se rendre; même proposition fut faite par les défenseurs dkx Saint-Vincent; mais craignant qu'on ne mît ce temps à profit pour éteindre le feu et réparer les dégâts, Wellington n'accorda aux uns et aux autres que cinq minutes. Ce délai ayant expiré sans apparence de soumission, les hostilités reprirent de part et d'autre. Une colonne anglaise se dirigea sur le San-Gayetano, l'attaqua par la gorge, et l'enleva au moment où une surprise rendait les Anglais maîtres du Saint- Vincent. Ce dernier épisode est raconté par Belmas dans les termes suivants : « On était encore à parlementer, lorsque des chasseurs portugais s'avancèrent au pied de la brèche, pour causer amicalement avec nos soldats, qui, sans défiance, les laissèrent s'approcher; mais bientôt ceux-ci se trouvant en nombre, gravirent la brèche et pénétrèrent de force dans le couvent. »
Le chef de bataillon Duchemin fut frappé d'un coup de baïonnette, et obligé de se rendre à discrétion (s). On trouva
(1) Diaprés Jones.— Belmas porte les pertes à 200 hommes.
(2) Le 24 étaient arrifés les six obuslers eu fer qui afaient été mis à ia disposition de Hill poarrattaqued'Almaraz; toutefois, on ne put tirer aucun parti de ces obusiers faute de munitions — Jonks.
(3) Il était parTenu à éteindre dlz-hult fois le feu dans le couTont.
dans le fort de vastes dépôts d'habillements et des munitions de toute espèce (i) .
Ce petit siège, qui coûta aux alliés environ 600 hommes (2), retarda de dix jours l'exécution de leurs projets et permit à Marmont de réunir toutes ses forces. Pendant ce temps , les armées du roi et de Soult auraient pu venir au secours du maréchal et battre Wellington ; mais chacun travaillait pour soi, et Joseph n'avait pas assez d'autorité pour mettre de l'ensemble dans les opérations. Les conséquences de cet état de choses furent nettement indiquées au ministre de la guerre par le maréchal Jourdan (5) : « Le duc de Raguse, dit-il, annonce d'une manière positive que lord Wellington va prendre l'offensive sur lui ; cependant le duc de Dalmatie , qui dans ce cas' doit envoyer le comte d'Erlon au secours de l'armée du Portugal, n'en fait rien. Le duc d'Âlbuféra, qui doit diriger une division sur Madrid, s'y refuse, et le comte Caffarelli prétend qu'il ne peut envoyer aucun secours sans exposer les provinces du Nord à un danger imminent. Si donc Wellington marche avec toutes ses forces réunies, l'armée du Portugal devra seule combattre. Il est possible que l'ennemi soit battu ; mais s'il en était autrement, il pourrait en résulter des événementslrès-fâcheux et cela parce que les ordres du roi n'auraient pas été exécutés. »
Marmont espérait que les forts de Salamanque tiendraient au moins quinze jours. Il fut donc extrêmement surpris de recevoir, dans la nuit du 26 au 27, la nouvelle trans-
(1) Wellington à lord Uverpool, lettre du 30 Juin. On trouva, dit Joncs, dans les trois forts 36 boncbes à teu.
f2} Jones éTiIue les pertes à 300 hommes , et Marmont, dans son Rapport du 31 Juillet aie minMre de la guerre, à plus de 1,300. Notre évaluation est conforme A celle de Belmas. Les rapports angUiis portent ie nombre des tués (du lOau 27) à 115, celui des blessés A 412 ol celui des manquants A 13.
(S) Yolr M teUr« du 12 Juin.— T. VIII, p. 190 des Mémoires de Joseph.
mise par des signaux, que le gouverneur, avant cinq jours, serait obligé de capituler (i).
Cette nouvelle le décida à faire des préparatifs pour passer la Tormès dans la nuit du 28 au 29; mais dès le 27, il apprit la reddition prématurée des forts.
Craignant avec raison les reproches de l'empereur, le maréchal écrivit, le 28, à Jourdan, et le 1^' juillet au roi, que la chute de Salamanque devait être attribuée au mauvais vouloir de Caffarelli, qui Tavait trompé en lui annonçant, le 10 juin, qu'il était en marche avec des secours. « Je l'attendis pendant trois jours, dit-il, avant de me mettre en route, et quand j'arrivai, il était trop tard. » Ceci n'est pas tout à fait exact : le maréchal était encore dans son camp lorsqu'il reçut avis de la reddition des postes, et, de son propre aveu, il ne se disposait à partir que du 28 au 29, bien que depuis le 26 au soir il fût informé de la détresse de la garnison.
La prise des forts changea complètement la situation de l'armée française. Marmont fut obligé de battre en retraite dans la nuit même du 27. Il se dirigea vers le Douro par les routes de Tordésillas et de Toro. Chemin faisant, il retira la garnison d'Âlba de Tormès.
Wellington, après avoir ordonné la destruction des ouvrages de cette dernière place (2) et des forts de Salamanque, partit le 28, et rejoignit le lendemain son armée qui suivait l'ennemi à petites marches, dans la direction de Yalladolid; bientôt cependant il s'arrêta, convaincu de l'impossibilité de passer le Douro devant les positions fortifiées des Français. La prudence, dit-on, lui conseillait d'attendre qu'on vint l'attaquer. Nous croyons, au contraire, que s'il avait réuni ses
(1) Voir pour ces délails la leHre écrite par Marmont le 31 juillet au ministre de la guerre. Diaprés Belmas, ravis du télégraphe portait seulement qnMI était possible de tenir trois jours.
(2) Cette place avait été évacuée par les Français après l*abandon des forts de Salauaoque.
troupes le 2 juillet, au lieu de les disperser sur le faux avis (i) que Marmont avait passé le Douro, la retraite de Tarmée ennemie par le pont de Tordésillas aurait été marquée par un désastre.
Avant de continuer le récit des événements, jetons un coup d'œil sur la situation respective des armées belligérantes.
Wellington avait vu plusieurs parties essentielles de son plan de campagne ruinées par l'imprévoyance des agents anglais et par Tincapacité des chefs espagnols. Ballesteros avait été battu à Bornos et la cavalerie de Slade dispersée à Liera ; — Castanos avait perdu par sa lenteur l'occasion de se mettre en rapport avec Sylviera, ainsi qu'on en était convenu pour réprimer les fourrageurs et forcer l'ennemi à vivre aux dépens de ses magasins ; — Echevaria n'avait rien fait dans le royaume de Cordoue; — à Cadix, l'influence anglaise v^enait d'éprouver un échec décisif par le rejet de la médiation proposée en faveur des colonies; — enfin, les cortès se montraient de plus en plus favorables aux Français. D'autre part, les défaites de Mina avaient agi défavorablement sur les partidas du nord de l'Espagne; l'activité de ceux de Castille, au lieu d'augmenter, avait diminué sensiblement après le passage de la Termes par l'armée alliée (2); les troupes de Sicile, sur lesquelles on avait compté pour tenir toute l'armée d'Aragon dans la partie orientale de l'Espagne, et même pour attirer l'attention du roi de ce côté, allaient, par ordre de William Bentinck, combattre l'Italie (3) et emporter pour leur
(1) Cet avis riDrormait qao Marmont avait détruit le iNint et gagné la rive droite du Douro, quaod en réalité II était encore tor la rive gauche.
(3) « Leurs cbefs paraissaient disposés à laisser le fardeau de la guerre entièrement aux m ailles. «-llAFtlUi, t 11, p. 179.
(3) folr U ieitrê de IfelUngton au comie Bathwtt, 14 Juillet 1812.
usage deux millions de dollars que Wellington était sur le point d'emprunter aux négociants de Gibraltar (t). On devait quatre moisde paye aux troupes, six à Tétat-major, et presque une année aux muletiers (2). «Nous n'avons du pain que pour « aujourd'hui seulement, écrivait Beresford (le 8 juillet), et « le commissaire des vivres n'a pas un sou. Je ne sais pas tt comment nous avancerons. » Le 15, Wellington s'exprima dans le même sens : « Je n'ai jamais été dans une détresse c< pareille ; il en résultera certainement quelque grand maltt heur, si le gouvernement n'envisage pas sérieusement ma <c position et ne prend pas des mesures pour nous envoyer ce régulièrement de l'argent (3). » La désertion dans l'armée portugaise augmentait en dépit des mesures les plus rigoureuses. Enfin, Wellington apprit par lettre interceptée que de tous cotés on venait au secours du duc de Raguse.
Ces renforts cependant ne furent pas aussi considérables qu'on pourrait le croire , et la mésintelligence des généraux français empêcha la plupart d'arriver à temps. Gaffarelli retint les divisions promises à l'armée de Portugal (4) ; Soult ne voulut pas laisser partir Drouet (5) , et le duc d'Albuféra
(.1) Cependant, sur les réclama lions de Wellington, le ministère enjoignit à Hentlnck de renoncera cette expédition, qu'il aralt d^abord approuTée, et de ne faire que la diversion coDTenue en Catalogne. Hais ces pourparlers retardèrent la descente et permirent à Sachet d« faire des préparatifs pour s'y opposer.
(2) Toir la lettre de H^elUngton au comte de Liverpool, 30 juin 1812.
(3) Il ajoutait : < L'arriéré et la détresse du gouvernement portugais ne sont qu'une plai- « santerle auprès des nôtres, et si notre crédit ne valait pas mieux que le sien, nous mour- « rions certainement de faim. Au train dont vont les choses, si nous ne trouvons pas les « moyens de payer nos billets pour la viande de boucherie, la guerre sera Onle tout d*ua « coup. M— {Lettre à Charles Stuart.)
a Les ressources personnelles d^WelUngton, dues aux spéculations commerciales quMl falsait avec la Galice et le Portugal, mettaient seules l'armée en éUt de garder sa position avancée. M — Napiib, t. IX, p. 181.
(4) Cafl^relll Justina sa résistance ouverte aux ordres du roi, en invoquant l'expédition de Popbam, embarquée A la Corogne le 18 Juin, sur 20 bâtiments de guerre. Ainsi, le but de 'Wellington se trouva atteint, bien que les troupes de cette expédition fussent obligées de se rembarquer le 10 juillet, après un combat où les partisans de Hlna eurent le dessous.
(5) Le roi, mieux Inspiré dans cette circonstance que ses généraux , lui avait donné Impérativement l'ordre d'envoyer 10,000 hommes à Tolède; mais A cet ordre, Soult avait répondu par une lettre de refus, datée du 16 Juillet, dans laquelle 11 soutenait que l'envol de 10,000 hommes entraînait révacuatlon de l'Andaloui le.
refusa d'envoyer à Madrid plus d'une brigade (i) ; Bonnet seul obéit; mais son départ des Asturies exerça une influence plutôt nuisible qu'utile (2) , en agissant sur la détermination que prit Caffarelli de retenir les divisions destinées à l'armée de Portugal (3).
Il faut remarquer, au surplus, que toutes les dépèches des généraux français étaient interceptées par les guérillas, ce qui empêchait de mettre de l'accord dans leurs opérations : ainsi le roi reçut seulement le 19 une dépèche dans laquelle Marmont lui annonçait l'approche de Wellington et la marche de Hill vers le Nord (4).
a Dans un tel état de choses, ni Wellington, ni Marmont n'avaient de motifs pour combattre sur le Douro : Marmont, parce que sa position était si forte qu'il pouvait y attendre en sûreté les troupes de Bonnet (5) ainsi que celles de Caffarelli (e), pendant que le roi opérerait sur les communications des alliés; — Wellington, parce qu'il ne pouvait attaquer les Français sans un grand désavantage , les gués étant peu connus et celui de Polios, très-profond {7). »
Le général anglais se proposa en conséquence d'attendre que les gués fussent plus praticables , ou que les opérations combinées des Galiciens et des guérillas obligeassent l'ennemi
(1) Le refas de Sacliel, daté du 30 JuId, était accompagné d'une offre éventuelle de démiulon. On trouve dans cette lettre le passage suivant : •« Je doute que, dans Tétat m actuel de TAnglcterre , lord Wellington ose hasarder une bataille. 11 a trop A perdre , et « Parmée française a trop de gloire A acquérir pour qu'il s'engage aussi loin de ces valsai seaux. •
Cet extrait montre quelle fausse idée les généraux français s'éalent faite du caractère et des talents de Welllof ton.
(2) 11 quitta les Aslurles, après six jours dH>ccupatlon , sur Tordre de Marmont, A la tète d*une division de 6,000 hommes. D'après les auteurs des F'Motre* et conquêtes, cette division était forte de 6,000 hommes.
(3) Cependant, pressé par le roi, Caffarelli envoya le 13 Juillet 1,800 chevaux et 20 pièces de canoB, sans Infanterie.
(4) Le maréchal se trompait en ce qui concerne Bill , qui était resté dans TEstramadure.
(5) Bonnet arriva le 8.
(6) Harmont ignorait encore la résolution prise par ce général de ne pas lui envoyer des secours.
(7)RAPIBl,t.lX,p.l75.
à faire des détachements, ou que le manque de vivres forçât le duc de Raguse soit à étendre ses troupes, soit à battre en retraite.
Dans ces entrefaites, Wellington fit presser le siège d'Astorga et réunir toutes les forces espagnoles disponibles sur TElsa, pour inquiéter le flanc droit de Marmont.
Les deux armées restèrent ainsi plusieurs jours en présence. Le temps était beau, le pays riche, les troupes de part et d'autre régulièrement nourries
Dans cette situation, le duc de Raguse, couvert par le Douro, pouvait attendre en sécurité la division de Bonnet, la cavalerie de Tarmée du Nord et Tarrivée du roi Joseph.
La prudence lui faisait même un devoir d'agir ainsi; néanmoins, comme s'il eût craint de partager avec le frère de l'empereur une victoire qu'il jugeait certaine (i), il résolut de prendre l'initiative avant l'arrivée de ces troupes.
Son projet était de couper à l'armée anglaise ses communications avec Ciudad-Rodrigo , projet hardi, réalisable cependant, mais exigeant une vigueur d'exécution que ne possédait pas le duc de Raguse.
Dans la soirée du 16 juillet, deux divisions françaises, pour donner le change à l'ennemi , passèrent le fleuve à Toro (9) ; mais à peine établies sur l'autre rive elles furent rappelées et dirigées à marches forcées sur Tordésillas, où toute l'armée effectua son passage, dans la matinée du 17. Le même jour, les Français, après avoir repoussé les avant-postes de cavalerie anglaise, se trouvèrent réunis à Nava del Rey (3).
(1) La eorreipondance de Varmoiit avec le ministre de la guerre prouve que le duc de Barute afait une grande confiance dans le résultat de ses opérations.
(2) Wellington dit, dans son Rapport du 21 juillet au comte Bathurst^ • quil lu! eût été totalement Impossible d'empêcher Tenneml de passer le Douro, celui-ci étant maître de tous les ponts sur cette rivière et de la plupart des gués. »
(3) Quelques divisions avaient fait, pour atteindre ce point, 26 lieues en 48 heures, dont 14 à 16 lieues sans s*arréter.
— ri —
Eo ce moment 9 Wellington , induit en erreur par le mouvement de la veille, était encore aux environs de Toro. Il ne connut sa fausse position que dans la nuit du 17.
Aussitôt son armée se porta à la rencontre du duc de Raguse, qui, se voyant en présence d'une partie seulement des alliés, tourna leur aile gauche et marcha sur la Guarena, bonne et forte ligne de défense qu*il espérait emporter dans la première confusion du passage.
Le général anglais se tira avec beaucoup d'habileté de ce pas difficile, et fut assez heureux pour gagner, sans combat, le plateau de Vallesa, ou Marmont aurait voulu le prévenir (i).
Le projet du maréchal, comme nous Tavons vu, était de menacer la communication avec Salamanque et Ciudad- Rodrigo, pour forcer les alliés à rétrograder sur Almeida (2), ou à frapper un coup décisif pour dégager la première ligne. II eut atteint ce but en continuant le mouvement qu'il avait dessiné dans la soirée du 16 au delà de Toro, car son armée était alors plus près de Salamanque que celle des alliés.
Le 18, Wellington repoussa avec beaucoup de vigueur une tentative faite par les Français pour écraser sa gauche : la brigade de cavalerie du général Âlten fit dans cette circonstance 240 prisonniers.
Le 19, dans l'après-midi, le duc de Raguse retira toutes les troupes de sa droite et se porta à gauche vers Tarazona, comme pour tourner la droite des alliés.
Pans la soirée et pendant la nuit, l'armée de Wellington passa la Guarena supérieure à Vallesa et à El OImo, et fit ses préparatifs pour rafîaire qu'elle s'attendait à avoir le 20
(1) On a reproché A Welllnglon d^aToir étendu tes troupes le long du OourOf et d^aioir oecapé, for la droite, la mauTalte position do Castrejon, pour s'opposer au passage du IleiiTe. Il eût été, en effet, plus sûr d'attendre PennemI concentré sur la Guarena, et de pousser senlament des postes de cafaierle sur le Douro. De celte manière. Tannée alliée ne •e rAt pas trouTéedans le cas d^étre surprise et tournée.
(2) Ils auraient dft passer la Termes A Huerta , mouvement qui n'était pat sans danger.
au matin, dans la plaine de Yallesa. Mais trompant cette attente, le duc de Raguse, un peu après le point du jour, fit par sa gauche une manœuvre judicieuse, le long des hauteurs de la Guarena, traversa la rivière au-dessous de Gantalapiedra, et tourna le flanc droit des alliés, qui avaient conservé leur position de Yallesa (i).
Wellington ne s'attendait pas à ce mouvement, que du reste il redoutait peu à cause de la garnison espagnole qu'il avait eu la précaution de mettre dans le château d'Âlba de Termes; mais le duc de Raguse, mieux instruit, savait que cette garnison avait été retirée par d'Espana, à Tinsu du général en chef.
Dès que Tarmée anglaise vit le duc de Raguse se porter à gauche^ elle fit un mouvement correspondant à droite : quelque rapide cependant que fût ce mouvement, il ne Tempècha point d'être débordée.
Marmont, assuré dès lors du commandement de la Termes, pouvait à son choix livrer bataille, donner aux renforts le temps de rejoindre ou poursuivre les opérations commencées depuis le 16.
Dans ces conjonctures, il ne restait au général anglais qu'à battre en retraite (2). Guidé par sa froide raison bien plus que par le désir de s'illustrer, il se résigna promptement à ce sacrifice d'amour -propre, décidé cependant à couvrir Salamanque et la communication avec Giudad-Rodrigo, jusqu'à la dernière extrémité.
Une lettre dans laquelle le duc fesait part de ce projet à
(1) Harmontalla camper» dans la nuit du 20 au 21,àBabila-Fuenle et A.vUlorueia. Wellington fit un mouTement correspondant A sa droite sur Cantalplno, et campa cette même nuit à Cabeia-Vellosa.
(2) Attaquer Xarmont par le flanc de sa position, c'eût été courir sans nécessité urgente les chances d'un combat inégal. « Pour plusieurs raisons, dit Welllngtooi Je ne jugeai pas A « propos de le faire. » [Letire du 21 Juillet à lord Bathursi.)
Dans cette même letire, le duc annonça le dessein de traverser la Termes, si i^ennemi en eût fait autant.
CasUnoSy fut interceptée par Marmont^qui prit aussitôt l'initiative des opérations y sans égard pour les mouvements de Joseph. Le 21 après-midi, la plus grande partie de ses troupes passa la rivière à gué, entre Huerta et Âlba de Tormès; une garnison française fut jetée dans cette dernière ville , et la gauche de Tarmée se dirigea en toute hâte vers Giudad- Rodrigo.
Les alliés, qui jusqu'alors s'étaient tenus dans l'ancienne position de San-Ghristoval, passèrent la Tormès sur le pont de Salamanque et les gués voisins. Avant la fin du jour, ils occupaient une des fortes positions de l'autre rive (i). Leur droite se trouvait sur une des deux hauteurs appelées dos Arapiles, et leur gauche appuyée à la Tormès, au-dessous du gué de Santa-Marta.
 minuit, le général anglais reçut avis que le lendemain ou le surlendemain, 2,000 hommes de cavalerie sous Ghauvel^ et 20 canons, envoyés par Gaffarelli, devaient rejoindre l'armée ennemie.
Il prit aussitôt la résolution de battre en retraite sur Giudad- Rodrigo, à la pointe du jour, à moins que l'ennemi ne l'attaquât ou ne commit quelque faute grossière. Or c'est précisément ce qui arriva.
Le 22 au matin, on put reconnaître, à une certaine agitation dans le camp des Français, l'approche d'une grande bataille.
La division d'avant-garde, sous les ordres du général Bonnet, s'ébranla au point du jour et marcha dans la direction de Ciudad-Rodrigo. Bientôt cependant elle changea de direc-
(1) Wellington, dans son mouYement de retraite, fut sulrl à petite distance, par le dac de mafoae. On eut ainsi le spectacle Imposant de deux armées, marchant parallèlement et son- ▼eat â Bloportée de canon Pane de l'autre.
Jeardan fait olisenrer avec raison, dans ses Mémoires Inédits, que puisque Harmont était décidé â livrer bataille, c*est ce moment quMI aurait dû saisir. Il n'ayalt rien A gagneri en effet, â ce qne Wellington allât s^tabllr dans sa forte position de San-ChrlstoTal. — Tolr les Méaiûint de Joseph, t. Yiii, p. 200.
tion et s'empara de l'un des Ârapiles, au moment où une partie de l'armée portugaise cherchait à s'y établir. Une batterie fut construite sur cepoint, et le duc de Raguse vint s'établir non loin de là avec son état-major^ pour embrasser l'ensemble des opérations.
Ce premier avantage des Français aurait eu des conséquences funestes pour Wellington , s'il avait perdu la bataille, car ses troupes auraient dû défiler sous le feu de l'Ârapile qui dominait à petite portée la route de Giudad-Rodrigo. Heureusement la bonne contenance des alliés empêcha les Français d'attaquer le deuxième Ârapile, encore plus important que l'autre (i).
Voici quelle était en ce moment la position de l'armée française :
Les divisions Foy et Ferrey, soutenues par la division de dragons de Boyer, occupaient la droite, appuyées au plateau de Calvarasa et couvertes par un grand ravin. Les divisions Clausely Sarrut, Maucune et Brenier étaient réunies en masse au centre, derrière le mamelon des Ârapiles, où se trouvait Bonnet; à gauche, la divison Thomières, flanquée par la division de cavalerie légère de Gurto, occupait un autre plateau protégé par 20 pièces de canon.
Le duc de Raguse , craignant que les alliés ne se retirassent avant qu'il eût achevé ses dispositions d'attaque, et ne voulant pas renoncer à son projet de couper la ligne de Ciudad-Rodrigo, résolut de s'emparer du pic de Miranda, situé à une demi-lieue de son extrême gauche, et de gagner ensuite Santa-Tome deRosados, sur la route de Tamamès(2).
(I) Le ooMie Toréno reproche à Wellington do nViYolr pas ffiU occuper le graiMl Ampile dès le 21 ; Il a raison sur ce point, mais 11 se trompe en disant que, deux heures après l^alè- Yenent du poste en question, c^st-â-dlre vers dix heures du matin, Wellington avait donné IVNTdre de battre en reiratte, « parce que l^enneml, grâce à la position du gnnd ArapSe, pre- « naît peu A peu une position oblique, compromettante pour les alliés. » T. V, p. 71.
(3) Voir BBLHAS, 1. 1, p. 233.
Il chargea la division Thomières de cette opération et lui donna pour soutien 50 bouches à feu outre les divisions CurtOy Maucune et Brenier. Toutefois, ces deux dernières divisions n'étaient pas encore en ligne quand déjà Thomières prit possession de la hauteur indiquée.
Le général anglais, qui suivait du haut d'une montagne cette évolution trop compliquée pour n'être par dangereuse (i), observa qu'elle tendait à séparer entièrement la gauche des Français de leur centre, et, sur-le-champ, avec une sûreté de coup d'œil et une vigueur remarquables, il prit les meilleures dispositions pour faire tourner ce mouvement à l'avantage des alliés. Sa l'"" division et la division légère, sous les ordres des généraux Campbell et Alten, furent postées à la gauche des Àrapiles , formant l'extrême gauche de l'ordre de bataille ; les divisions Cole et Leith se placèrent sur deux lignes à droite de ce point ; les divisions Clinton et Hope et un corps d'Espagnols, sous les ordres de don Carlos d'Ëspana, se formèrent en colonne derrière le village des Arapiles ; enfin , la division Packenham , avec un gros corps de cavalerie, s'établità l'extrême droite {î).(Foirp/.X///.)
Wellington dirigea en toute hâte cette dernière division , avec deux brigades d'artillerie et quelques escadrons, sous les ordres du générai d'Urban, contre la gauche des Français. Les généraux Cole et Leith, soutenus par Clinton et Hope, reçurent en même temps l'ordre d'attaquer le front de l'ennemi ; et la brigade portugaise de Pack fut chargée de reprendre celui des deux Arapiles qui avait été occupé le matin par la division Bonnet.
(1) Le dno de Eafote eicellalt dans Tart de manier lei troupes sur un terrain de manœuvrea, U avait de plut une grande conAance dans son hablleté.Cest ce quilui Ot écrtre.te lejanv4^1il2,d^erlA/cr:« VouspouTei tous attendre A des éfénemcnU heureux et glorieux m peur raniée française. » Cette présomption sans doute contribua A Péchec qu^essuya rarmée française dans les plaines de falamanque.
(2) Tolr JOUIS, t II, p. 62.
Quand Marmont vit toutes ces troupes arriver spontanément sur lui pour le surprendre au milieu de ses évolutions, il comprit l'étendue de sa faute et chercha à la réparer, en donnant à sa gauche l'ordre de se replier immédiatement sur le centre (i). Il n'était plus temps, car déjà Wellington, se souvenant des belles manœuvres de Frédéric à Rosbach et de Napoléon à Àusterlitz, avait envoyé la moitié de ses troupes battre l'aile gauche, pendant que l'autre moitié attaquerait le centre...
Dès que la division Packenham se fut placée en travers du chemin que suivait Thomières, le duc de Raguse accourut sur les lieux, pour hâter la marche des troupes de soutien et venir au secours de sa gauche compromise; mais presque au même instant, un éclat d'obus lui fracassa le bras droit et l'obligea à quitter le champ de bataille.
Sur ces entrefaites, les troupes anglaises débouchèrent du village des Àrapiles et détruisirent une partie de la division Brenier, qui , après avoir imprudemment engagé quelques troupes à l'entrée de ce village, s'était arrêtée pour les soutenir; elles écrasèrent ensuite la division Thomières, et la poursuivant de hauteur en hauteur, lui faisant environ 5,000 prisonniers (2) ; enfm , repoussant à le baïonnette la division Maucune, qui eut beaucoup de peine à se dégager, elles s'établirent sur le flanc de la position attaquée en ce moment de front par le reste de l'armée. Une charge vigoureuse de la cavalerie de Gotton compléta ce succès , que le général Marchant paya de sa vie.
(1) Plusieurs auteurs, et notamment ceux des Vicloirti et conquête*, rendent Thomières seul responsable de ce mouvement excentrique^ rien cependant ne proure cetle assertion. Le rapport du maréchal duc de Eaguse n'est pas très-clair A cet endroit II dit seulement que la plupart des monrementa préliminaires furent exécutés afcc Irrégularité; quil lui eût été facile de remédier au mal, mais que sa blessure, en Tobllgeant de quitter le champ de bataille, amena Tanarchie et le désordre, causes premières de la perte de la bataille. Rapport du 31 juillet 1812.T0lr également la lettre de Marmont du 25 Juillet au rot Joiepti.
(2) Jouis, t. ii, p. 64.
Thomières, blessé dans le même moment, tomba glorieuse^ ment à la tête de sa division ; le désordre que cet événement produisit se communiqua rapidement aux troupes du centre. Par une fatalité singulière, le général Bonnet, appelé au commandement par droit d'ancienneté, fut mis hors de combat quelques minutes après Marmont.
Quand Glausel succéda à Bonnet, la déroute commençait à devenir générale. Le nouveau chef fut heureusement à la hauteur des circonstances. Homme de talent et de résolution, il prit sur-le-champ les seules mesures capables de sauver Tarmée. Après avoir replié la gauche et le centre sur la droite , il gagna successivement les hauteurs en arrière d*Arriba. Mais telle est Tinfluence d'une première faute à la guerre, que Thabileté du général et le courage du soldat français n'eurent d'autre résultat que de permettre à l'armée de Portugal d'effectuer sa retraite en bon ordre.
Un moment cependant la victoire parut indécise entre les deux partis (i). C'était sur la gauche, près du grand arapile encore au pouvoir des Français. Les troupes chargées de la défense de ce point avaient repoussé la brigade portugaise de Pack et la A"*" division de Cole, qui s'étaient portées simultanément contre la division Bonnet. Beresford , avec la brigade portugaise de la 5°*'' division, était accouru au secours de Cole; mais déjà il battait en retraite, quand Wellington fit avancer la 6"' division de Clinton pour relever la 4"*. Un combat terrible s'engagea sur ce point ; quelque temps indécis, il se termina enfin à l'avantage de la division anglaise, qui déblaya le terrain lentement, à la pointe de la baïonnette.
Cependant la droite de l'armée française tenait encore et
(1) cette ctrcooftânce et les pertes de l'armée alliée prouvent que Wellington evl raison 4^tleDdre po«r livrer bataille à Tarmée de Portugal, qnll se tronvât dans des rondil ions énfoemment ayantageosei.