‹ Histoire du duc de Wellington (volume 3)Chapitre 3 sur 23 · T* II · texte numérisé non relu

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se renforçait même graduellement par Tarrivée des troupes de la gauche. Son front était couvert par une redoutable artillerie, et ses flancs protégés par de forts détachements de cavalerie. Wellington envoya la 1" division, la division légère et deux brigades de la 4^ tourner Taile droite de cette nouvelle position, pendant que Clinton, avec la & division, soutenue par les 5"" et 5% Tattaqueraient en front. Cette offensive, vigoureusement exécutée, mit les Français en pleine retraite.

Le jour était à son déclin : cette circonstance fut favorable à Clausel (i), qui rallia ses troupes au milieu des ténèbres et les mit en mouvement avec une grande habileté.

Wellington, bien que harassé de fatigue et même blessé légèrement (2), prit le commandement des troupes chargées de la poursuite, et poussa droit sur les gués d'Huerta et d'Encinas, où il espérait trouver Tennemi en masses rompues et désorganisées. Mais d'Espana ayant retiré la garnison d'Àlba de Tormès à Tinsu du général en chef (â) , Tarmée française put traverser la rivière sur ce point , et se diriger vers Peneranda, sans être inquiétée.

L*aile droite des Anglais aurait dû suivre l'ennemi dans cette direction ; mais, fatiguée par les combats de la journée, elle ne quitta point le champ de bataille. Ce fut seulement le lendemain matin que Ton continua la poursuite au delà de la Tormès. La cavalerie allemande chargea Farrière-garde française, sur une hauteur appelée la Serna, et fit prisonnière toute son infanterie, composée de trois bataillons. Les jours

(1) Lettre du 24, <f« Weltingtonà lord Bathmrsi.

(2) Vers la fin de It Journée, une btUe perdue ttteignit Wellington à la cuisse, mais lans occasionner de blessure grare. Quelques Jours auparavant (le 18, A Caslrejon), Il avait conm un danger plus sérieux : observant avec Beresford les mouvements de Parmée française, il avait été enveloppé par une troupe de cavalerie, et ne s'était dégagé quVn mettant Vépé9 A la main.

(3) « Si J'avais su qnll n> avait plus de garnison à Alba, yy aurais marcbé et J^urala pr«iM- « blement pris toute i'armét. ■ ff^êltlngton au général Graliam, le 25 Juillet 1812.

suivants, on poussa les colonnes en retraite dans la direction de Valladolid. II s'en faut bien toutefois que cette poursuite fût remarquable par la promptitude et la vigueur des opérations. Les auteurs anglais eux-mêmes sont obligés d'en convenir.

La bataille de Salamanque est incontestablement la plus décisive que les alliés eussent livrée jusqu'alors dans la Péninsule. Elle affermit la réputation de l'armée anglaise, et fit particulièrement ressortir les brillantes qualités de son général : un jugement solide, un coup d'oeil prompt et sûr, une exécution vigoureuse et une rare habileté à mouvoir ses troupes. Thibaudeau a pu dire avec raison, que « la journée des Ârapiles marqua la fin de l'occupation française en Espagne. y>

Le duc de Raguse avait à^alamanque 42,000 hommes, et son adversaire 46,400, dont 5,500 espagnols (i).

La cavalerie de l'armée française était numériquement inférieure à celle de l'armée alliée; en revanche, l'artillerie de Marmont s'élevait à 77 bouches à feu (a), et celle de Wellington à 60 seulement, et d'un calibre inférieur (3).

L'action fut courte et meurtrière. Environ 9,000 Français et 5,224 alliés restèrent sur le champ de bataille (4). Le géné-

(1) Le oomte Tortfno estime les forces de part et d'tutre à 47,000 hommes. Les auteurs des f^îelotr9t et conquêtes sont encore plus loin de It vérité, en soutenant que Wellington avait des forces presque doubles de celles de Harmont, quMls portent à 40,000 bommes.

(2) D*après Jomini.

(3) Lettre du 21, au eom/e i9a/Aiir#/. Dans ces 60 bouches à feu étaient comprises celles d*nne batterie espagnole.

(4) Rmpport de WtUington. An nombre des prisonniers se trouvaient un général et ISOofllclers.

BelBas évalM lef pertes des alliés à 5,000 homines, et celle des français, à 9,000 tués, blessés on prisonniers.

ThibMdMm ne porte les pertes des français qu'à 7 ou 8,000 bommes. Le comte ToréM estime le nombre des prisonniers français à 7,000, et les perles desalliés

— serai anglais Marchant fut tué; Cole» Beresford, Gotton» Leith et Alten , furent blessés. Les Français perdirent Forey , Tbomières, Desgravières, et eurent quatre autres généraux blessés. Sur quelques points la lutte avait été si vive, que le 11^ et le 61^ régiment anglais ne comptaient plus ensemble, que 1 60 bommes à l'effectif.

Onze pièces de canon, plusieurs caissons, deux aigles et six drapeaux étaient tombés entre les mains des vainqueurs.

Sur la proposition de la régence, les cortès donnèrent à Wellington les insignes de Tordre de la Toison d'or; le Parlement anglais lui vota des remerciments , et le prince régent Tavança dans la pairie sous le titre de marquis de Wellington.

Les résultats de la journée de Salamanque, quoique trèsimportants, auraient été plus remarquables encore, si l'expédition de la Sicile avait été faite à temps et avec un nombre suffisant de troupes (i). Dans ce cas, les Français auraient été forcés de se replier derrière TÈbre, et de se tenir désormais sur la défensive. Une nouvelle campagne serait devenue sans objet, et l'Espagne eût été libre une année plus tôt.

à 5,520. D'après les auteurs des f^ietçiret etconquêlet, rarmée du Portugal perdit 11 canons, cutt,000prisonnler8, 5,000 tués et blessés.

Le général Sarrazin estime les pertes des Français à pins de 5,200 hommes tués et blesséa, et à 6 ou 7,000 prisonniers.

Enfin le duc de Raguse, dans son rapport, évalue les pertes de son armée à 6,000 hommes environ et â 9 pièces de canon.

Dans le cbiflTre de 9,000, que nous avons admis comme le plus exact, se trouvent compris les hommes faits prisonniers pendant la bataille.

Les Espagnols n'éprouvèrent aucune perte, Wellington les ayant mis à la réserve, qui ne donna point.

(1) Cette expédition se fit plusieurs semaines après l'époque convenue» avec 6,000 hommes seulement au lieu de 15,000, qu*oB aurait pu réunir sans la moindre difficulté.

Napoléon apprit le désastre de Salamanque au fond de la Russie (i), et parut d'autant plus affecté de cette nouvelle, que TAmérique venait de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne, circonstance qui aurait changé la face des choses dans la Péninsule, si Marmont et Joseph en avaient su profiter. L'empereur se montra d'une sévérité excessive pour le duc de Raguse et plein de ressentiment contre Joseph, qu'il accusa d'avoir marché trop tard au secours de l'armée du Portugal (s), ce Ce mouvement, dit-il, aurait pu être fait un mois plus tôt. Après la bataille, l'armée du Centre aurait dû se porter sur le Douro et rallier les troupes battues. Pourquoi avoir abandonné si tôt les défilés du Guadarrama? Pourquoi n'avoir pas brûlé les magasins du Retire, brisé les affûts, emmené les aigles et la garnison? Pourquoi Marmont prit-il l'offensive avant l'arrivée de Joseph? Pourquoi livra- t-il bataille sans ordre, et pourquoi ne voulut-il pas attendre deux jours la cavalerie de Chauvel (3), qu'il savait à portée de Salamanque, et les 15,000 hommes d'infanterie que lui amenait le roi ? »

ce En faisant coïncider toutes ces circonstances, ajoute c< l'empereur, on est fondé à penser que le duc de Raguse ce a craint que le roi ne participât au succès de la bataille, et <c qu'il a sacrifié à la vanité la gloire de la patrie et l'avantage ce de mon service (4). » Ce jugement nous semble trop sévère, quoique vrai en plusieurs points. Il était assez naturel , en

(1) Le 2 septembre, ou cinq Jours avant la bataille de Borodino.

(2) Tblbaodeaa le Juttiûe de ce reprocbe, en fcsant observer que Joseph refusa des secours â Hannoot, quand 11 en reçut la demande le l" juillet , mais qu'il partit ensuite « après réflexion » avec 14.000 hommes. (T. IX, p. 104.) aals ni rempereur, ni Thlbaudeau n'ont tenu compte de ce fait, que le roi Jusqu'au dernier moment donna les ordres les plus pressants ft •ouït et à Gaffarelll d'envoyer des secours à Harmont, et qu'il partit seulement lorsquMl eut la certitade que ces ordres ne seraient point exécutés.

(3) forte de 1,500 hommes environ et détachée de l'armée du Nord par ordre du roi.

(4) Tolr la lettre du colonel Desprez au roi Joseph, Paris, 3 Janvier 1813, celle de NapO' iéon au due de Feitre, datée de Gbiart, 2 septembre 1812, et celle que ce dernier adressa, le 14 novembre, à Marmont^ pour lui demander, au nom de l'empereur, des explications sur M conduite.

effet, que Marmont cherchât à livrer bataille, quand il savait Wellington sur le point de battre en retraite. Ce n'est donc pas tant sa résolution de combattre tout seul qu'il faut blâmer, que le mouvement à l'aide duquel il essaya de tourner la droite des Anglais. Sans cette faute, il aurait pu réussir, puisque même après l'avoir faite, il y eut un moment où la victoire parut indécise.

Au reste, le maréchal a soutenu depuis, pour sa justification (i) , que l'avis de la prochaine arrivée des troupes de l'armée du Nord ne lui parvint que le 21 au soir (lorsque son armée était déjà de l'autre côté de la Tormès), et que les lettres annonçant la marche de l'armée du Centre ne lui étaient pas arrivées du tout (2).

La déroute de l'armée du Portugal mit fin aux négociations secrètes de Joseph avec les cortès, ôta toute influence aux partisans du roi, réveilla l'énergie des Catalans, fit taire les clameurs de l'opposition anglaise , effraya le gouvernement provisoire de France, apparut à Napoléon comme un sombre présage au milieu des glaces de la Russie, et fut saluée, dans toute l'Allemagne et dans une grande partie de l'Europe, comme l'aurore d'une ère nouvelle.

Le règne de Joseph touchait à sa fin, et déjà l'on pouvait annoncer avec certitude la prochaine délivrance de la Péninsule.

Clausel, assez mollement poursuivi, se retira dans un ordre parfait sur Arevalo , qu'il atteignit le 24, au moment

(1) Celle JutUfleation (adretiée à Clarke) est datée de Bayonnc, 29 novembre 1812.

(2) Toir les Mémoire* de Soteph, i. ¥111, p. 2IS.

cependant Joseph avait eu soin d'eipédier â Hannont huit exprès, tous porteara de l\>rdro

où Joseph venait de faire halte à Blasco-Sancho (i). Aucune des deux armées ne soupçonna la présence de l'autre, bien qu'il n'y eût entre elles qu'un intervalle de quelques milles.

Le roi ignorait encore la résolution qu'avait prise Marmont de combattre seul. Le lendemain, une lettre de Clausel, datée d'Arevalo, lui fit connaître le résultat de la bataille et la nécessité où se trouvait l'armée battue de franchir le Douro, pour sauver le dépôt de Valladolid et établir de nouvelles communications avec l'armée du Nord.

Wellington ayant fait halte dans la journée du 25, Joseph aurait pu se réunir sans difficulté à l'armée de Portugal ; mais, croyant que cette dernière devait se joindre à l'armée du Centre et non celle-ci à l'armée de Portugal, il opéra sa retraite vers le Guadarrama. S'il avait eu dans cette circon-

stance plus de perspicacité et moins d'amour-propre, il aurait songé, comme le dit fort bien un auteur anglais, ce qu'une armée battue et poursuivie n'a pas toute sa liberté d'action. » Mais la véritable cause de ces tiraillements et de ces fautes était l'absence de tout accord entre les généraux français : Clausel voulait attirer le roi derrière le Douro, et le roi, au contraire, déterminer Clausel à marcher sur Madrid. Chacun de ces plans offrait des avantages, et l'adoption de l'un ou de l'autre eût changé la face des choses (2). Mais Joseph était trop

de réonir Tannée du Portugal à celle du Centre dam les environ! do Penartnda (ordre du 21 Juillet). Mémoires de Joseph, t. TllI, p. 263 et 265.

(1) Le roi avait quitté Madrid, le 21, avec 14.000 hommes, dont 3,000 de cavalerie et 30 bouches à feu.

Joseph aurait pu se mettre en marche le 18 avec 10,000 hommes, dont 2 â 300 de cavalerie ; nais tl recula son départ, afin d'attendre la division Italienne de Palombini.

(2) 8! ramée de Portugal s'était Jointe A celle du Centre, Wellington n'aurait probableméat pas franchi les déûlés du Guadarrama, et si le roi s'était Joint â Clausel, peu de Jours auraient suffi pour réunir derrière lo Douro 40,000 hommes d'infanterie (non compris les divisloas de Cafflarelli), 6,000 cavaliers et une puissante artillerie. Celte force eût sans doute empêché l'armée alliée. Inférieure en nombre (malgré les renforts qui étaient arrivés après 0al«manque, elle avait 3,000 hommes de moins qut l'époque du 23), de se porter sur Madrid, où 2,000 hommes» envoyés par gttchet, étaient arrivés le 30, et où 6 à 7,000 hommes d'antres troupes §• •ertient portés des places voisines, pour défendre le Retiro.

entêté pour céder, trop faible pour se faire obéir. 11 se dirigea vers le Guadarrama et arriva le 27 à Ségovie, oii il fit halte jusqu'au 51 , dans Tespoir d'être rejoint par Clausel» qui de son côté attendait, aux environs de Tudela, le résultat d'une démarche qu'il avait fait faire pour attirer le roi. Enfin, dans la nuit du 29, l'armée du Portugal franchit le Douro et se dirigea sur Burgos (i). Elle eut beaucoup à souffrir des guérillas de la y ieille-Castille, répandues autour de l'armée britannique. «

Le 51, Joseph continua sa marche rétrograde sur Madrid. Pendant ce temps, Wellington se rendit maître de Valladolid (2) et de Cuellar. Ainsi les armées du Centre et de Portugal se trouvèrent irrévocablement séparées. Ce résultat, obtenu dans des circonstances si difficiles, fait le plus grand honneur aux talents du général anglais.

Caffarelli, Suchet, Clausel et Soult n'étant pas à craindre pour le moment (3), Wellington se décida à poursuivre le roi dans la direction de Madrid, à s'emparer de la capitale, et à forcer ainsi les armées du Nord et du Sud à prendre une ligne de correspondance (4) plus longue et moins sûre que la ligne existante.

On a reproché à Wellington d'avoir préféré ce résultat à

(1) Le roi n'apprit ce mouYcment sur Burgot qu'en arrivant à Jlailrld. Il s'en plaignit ou- Tertomcnt, le général aausel ayant pris rengagement de se tenir derrière le Oouro. Cet engagement toutefois n'aralt pu être tenu, parce que Wellington, avant de poursuivre Tannée du Centre, avait profité de ta position centrale pour forcer Clausel â chercher un point éloigné dans le but de réorganiser ses troupes.

(2) Le 30. Wellington établit son quartier général à Cuellar.

(3) Caffarelli était occupé dans le Nord et Inquiété par la présence de Popham sur les côtes de la Biscaye ; le duc d'AIbuféra était menacé par Texpéditlon de Sicile ; Clausel était hors d*état de prendre Toffcnslve avant quelques semaines, et Soult n'avait pas TintentloB de quitter l'Andalousie.

(4) Cette nouvelle ligne ne pouvait passer que par Saragosse.

la chance d'écraser par une vigoureuse poursuite les débris de Tarmée de Portugal (i); mais un critique célèbre a réfuté victorieusement cette objection (2).

« Il est certain» dit-il, qu'un second succès remporté sur « Clausel pouvait ramener les Français sur les Pyrénées. <c Soult et Joseph eussent été fort embarrassés dans le Sud ; « mais le général anglais voulait aller par la voie la plus sûre ce à la délivrance de la Péninsule, et Teffet moral de la prise « de Madrid devait ranimer le courage des Espagnols, qui <f commençaient à se lasser de tant d'efforts , comme on l'a « vu par les négociations qu'ils avaient entamées avec Jo- <( seph(3). » Au reste, la poursuite de Clausel n'aurait pu se faire sans exposer Salamanque et les Galiciens aux coups de Joseph, tandis que l'occupation de la capitale ne compromettait rien et assurait à Wellington l'avantage de prendre le Retiro (4), et de soutenir efficacement le corps de Hill, menacé par Soult.

Après avoir laissé 18,000 hommes sur le Douro pour contenir l'armée de Portugal (5), Wellington s'avança le 6 août contre le roi avec 28,000 Anglo-Portugais et les troupes nationales d'Espana (e). Quoique Joseph n'eût point reçu de Madrid les 10,000 hommes demandés à Soult (7), il avait ce-

ci) Le Qénûnl de Cbauciump, t. Il, p. 87, trouve que Wellington, ainsi qu'Anniba! aprèa Cannes, ne sut pat profiter de sa victoire. D*après lui, le duc auraitdù poursuivre â outrance Tannée de Portugal jusqu'aux Pyrénées, et abattre ensuite Soult isolément. Au lieu de cela. Il assiégea Burgos et se mit dans le cas de devoir se replier devant les trois armées réunies.

(1) Générai Jomini. — Sarrasin émet â peu près la même opinion : • Tous les mouvements m des alliés sur Hadridet Burgos doivent être considérés comme des manœuvres habilement ■ calculées pour délivrer i^ Andalousie de la présence des Français. » P. 816.

(3) Hoos constaterons, en effet, que l'aspect des affaires changea complètement dans toutes les provinces, après Tévacuation de ladrld par les Français.

(4) Le aetiro avait une grande importance comme arsenal et comme dépôt de l'armée française.

(5) Â cette force. Il faut ajouter la milice de Syiviera et les Galiciens, qui faisaient sous les ordres de Castanos le siège d'Astorga.

(6) Au nombre de3,500 hommes environ.

(7) Cet hommes ayant été demandés le 19 Juin, et plus formellement encore le 6 Juillet, auraient po arriver A temps: mais Soait refusa de les laisser partir. (Voir sa lettre du 16 JolUet, dans les Mémoires de Joseph.)

pendant assez de forces pour défendre énergiquement les défilés du Guadarrama » mais il commit la faute de n'employer à cette défense que 8,000 hommes et de diriger sur la Sierra- Morena les 12,000 qui lui restaient, avec les bagages de la cour et les personnes attachées à sa fortune politique (t). Ce plan avait été arrêté à Ségovie ; c'est de là également qu'était parti Tordre impératif au maréchal Soult d'évacuer l'Andalousie, et de venir rejoindre l'armée du Centre sur la frontière de la Manche.

De pareilles dispositions n'étaient pas de nature à donner de grands embarras au général anglais. Après avoir passé les défilés de la Guadarrama, dans la journée du 10 août, un simple combat d'avant-garde , livré le 11 à Majalahonda, lui ouvrit le chemin de la capitale (2).

En ce moment, le convoi de Joseph était encore en deçà du Tage. Rien n'eût été plus facile que d'acculer au fleuve cette immense quantité de voitures et de fuyards, entassés pêle-mêle dans un désordre affreux (3) ; mais soit pitié, soit calcul (c'était en effet un bien lourd fardeau pour Joseph), Wellington laissa filer le convoi librement. Il commit une faute cependant en ne cherchant pas à surprendre le roi sur le Tage

(1) Cne preuve que Joseph ne Icnalt pas dans le principe à la coopéralion de Soull, • c*esi « qu"!! resU vlnst-irois Jours sans lui écrire, lorsque les ennemis étalent en plein meuve- « ment , et que l'armée du Centre, forte de 14.000 hommes, se portait à la rencontre du duc « de laguse. » Ltitre de Soutt au due de Feltre ; Séville, 12 août 1812.

(2) B'après les Mémoires de Joseph, ce combat fut fsYorable aux Français, qui ne se reUrèrent que parce qulls apprirent, par les prisonniers anglais, rapproche de toute Tarmée d« Welllogton.

Les auteurs des Vtetoiru et conquêtes prétendent que la cavalerie alliée laissa S canons et 600 chevauz sur le champ de bataille.

(3) Le train dont II s*agit so com|K>sait de 2,000 voitures, accompagnées de 10,000 Ktpagnois de tout Age et do tout sexe. Pendant sa marche sur Ocana, la presque totalité des soldats espagnols désertèrent. Mémoires de Joseph^ t. IX, p. 64.

« C'était un spectacle pitoyable ; la ligne de marché était encombrée de femmes au déset- « poir, d*enfants, d'hommes ayant perdu tout courage, de personnages du plus haut raag, <« vêtus d'habits magninques, luttant avec de sauvages soldats pour leur arracher les plos « vils aliments, A Talde desquels Ils espéraient sauver leurs familles mourant de faim...

« les malheureux Individus qui suivaient la cour devinrent la proie d*une soldatesque « licencieuse.... lourdan se donna des peines infinies pour rétablir un peu d*ordre au milieu * de cette horrible confusion* » — NAPisai t. ix, p. 241 .

ou au delà, pour empêcher la réunion de Farmée du Centre avec celle d'Andalousie, par le défilé de Despena-Perros. Heureusement pour lui cette réunion, qui aurait pu amener de graves événements, fut contrariée par les circonstances.

A peine sur l'autre rive (i), le roi apprit que Suchet était menacé par l'expédition sicilienne, débarquée tout récemment à Âlicante, et que Soult refusait d'évacuer l'Andalousie, malgré ses ordres les plus formels. Inquiet sur le sort de l'un de ses lieutenants et vivement irrité contre l'autre, il suspendit aussitôt sa marche sur la Sierra-Morena et se dirigea vers Valence (s).

A la suite de ce mouvement rétrograde, Wellington entra , le 1% sans obstacle, dans la capitale de l'Espagne. La population, qui s'était portée en masse au-devant de lui, le reçut avec les marques du plus vif et du plus sincère enthousiasme (3). Lies rues étaient jonchées de fleurs , les façades des maisons couvertes de tentures et d'ornements ; les cloches sonnaient à toute volée, et les dames, en costume de fête, ornaient les fenêtres et les balcons. On déploya des châles et des manteaux sur le pavé des rues que devait parcourir le duc, et quand il mit pied à terre, il fut, dit Stocqueler, violemment (vehemently) embrassé par des femmes, aux étreintes desquelles il eut peine à se soustraire (4). La ville pendant plusieurs jours lui donna des fêtes et des spectacles magnifiques (5); mais.

(1) Le ISao toir.

(2) AlosI le premier résultat de l'expédUion ticilleone fut de prévenir la Jonction de Soult et du roi.

Quelque temps après, elle empêcha Suclict d'envoyer à Hadrid des troupes qui auraient pprwis ï Soult de livrer bataille au corps de BUi, entre le Tage et les montagnes du Guadarrama.

(3) Histoire d'Angleterre, par David Hume, t. Xlll, p. 216.

(4) Stocqueler prétend tenir ces détails do Wellington lui-même.

(5) BbliiAs prétend, 1. 1, p. 235, « que cette ivresse fit bientôt place â d^au très sentiments « lorsque Wellington Frappa Madrid d^une Forte contribution. »

Le même fait est affirmé par le général Sarrasin et par les autours des Vtctoiret eteonquéUs, qui portent à 2 millions de piastres fortes la somme exigée par le duc. lais les aaa et les autres ont tort, car Jamais Wellington n'a frappé de contributions sur aucune ville espagnole ; nous déflons qu'on prouve le contraire.

livré à d'autres préoccupations, le général en chef ne donnait à ces plaisirs qu'une attention distraite.

Dès le premier jour, il eut à s'occuper du siège du Retiro, espèce de forteresse qui commande la position de Madrid, naturellement forte, mais qui alors ne se trouvait pas dans des conditions à pouvoir résister longtemps; ses fortifications notamment étaient trop considérables pour une garnison dont l'effectif ne s'élevait qu'à 1,700 hommes (i).

Les Anglais se rendirent maîtres de la première enceinte dans la nuit du 15; leur premier soin fut de détruire l'aqueduc servant à Talimentation des troupes. Le jour suivant, ils firent des préparatifs pour escalader la deuxième enceinte et ouvrir le feu d'une batterie de 18 pièces sur la manufacture de porcelaines située au centre de la troisièhic enceinte, faisant office de réduit. Le gouverneur cependant, pour échapper aux conséquences de cette double attaque, demanda à capituler (s) .

On trouva dans le fort 180 pièces de canon, 20,000 fusils, un grand nombre de voitures, les aigles de deux régiments, et de riches approvisionnements de guerre et de bouche. Les prisonniers français furent dirigés sur le Portugal, sous l'escorte de soldats espagnols, qui en route eurent la lâcheté de piller et de massacrer ces malheureux sans défense. Quelque noble, quelque sacré que puisse être le motif d'une guerre, ces sortes d'actions, oîi la cupidité se mêle à la cruauté, ne peuvent qu'avilir ceux qui s'en rendent coupables. Les troupes nationales, sous ce rapport, ont plus d'une fois déshonoré la cause qu'elles servaient.

Cependant Wellington ne perdait pas de vue les événe-

(1) D'après Belmaf etiones. D'aatrct écrivains prétendent que Joseph laissa dans le aciiro 2,000 hommes, non compris les malades.

(2) L'auteur des Mémoires de Joseph, le général Sarrasin et les y Moires et conquêtes se trompent donc en disant que le gourerneur, le colonel Lafont, se rendit à ta première som* matlon. Ce gouverneur, au reste, donna pour justifier sa conduite une raison péremptoire : c^t que le puits de la China, le seul qui restât à la garnison, était à sec.

^oients extérieurs, et prenait à Madrid toutes les mesures né- ^^saires pour continuer les opérations. Quoique victorieux, il avait encore bien des dangers à courir et bien des embarras à surmonter: ses troupes étaient dans un grand dénùment, et les environs de la capitale ne lui offraient aucune ressource. Les Espagnols criaient viva (i) , et se montraient pleins d'enthousiasme, tandis que leur gouvernement laissait Tarmée anglaise manquer de tout. C'est ce qui résulte clairement d'une lettre, adressée par Wellington, le 28 juillet, à lord Bathurst: « Je vous prie, écrivait-il, de ne pas oublier de nous (c envoyer des chevaux pour la cavalerie et l'artillerie, ainsi ce que de l'argent. Nous sommes absolument ruinés. (Weare <K absoluty bankrupt.) » Â cette pénurie se joignaient d'autres complications non moins sérieuses. Ainsi le général en chef avait été successivement informé que l'armée de Glausel, dans le Nord, s'était considérablement accrue; que la jonction des forces du roi , de Soult et de Suchet était sur le point de se faire ; que l'expédition de la Sicile avait échoué; que l'armée galicienne, sous Santocildes, était repoussée par Clausel; que Ballesteros, commandant l'armée d'Andalousie, refusait d'obéir aux ordres de l'état-major anglais (s); que ODonnel avait été battu à Valencia par Suchet, enfin que Gastanos ne donnait plus signe de vie , bien qu'il eût promis de rejoindre l'armée alliée, après Salamanque (3].

Quelques-uns de ces embarras furent heureusement écartés par la faute des généraux français, qui persistèrent à se contrecarrer l'un l'autre.

Ainsi le maréchal Soult refusa catégoriquement d'obéir

(1) Lêtire du 2S aoAt 1S12, à ffenri fr€tl«stêx.

(2) L*>orsnell de cefénénl, dit Sirrtxln, fit ôcboner le plan de campagne de lord Wellington, n tat atiei pea circonspect envers son gouTernement pour lut écrire, « qn^ll ne se « cfoiralt pas digne d'être né dans le royaume d'Arragon, s'il nnnformalt le gouTernement « ^*U ne pouvait pas se soumettre à une détermination qui ternissait Thonneur des armées

(S) Velr ta UUre da 24 août 1812| au mint9tre <fe ta guerre.

aux ordres du roi et d'évacuer TÂndalousie (i). SacriBer cette province avec toutes ses ressources, dans Tunique but de récupérer Madrid, lui semblait un acte de folie. «Pourquoi se retirer, écrivait-ii au roi? où est le mal que les alliés possèdent le centre de TEspagne?... Que votre majesté réunisse Tarmée du Centre, l'armée d'Aragon et, s'il est possible, celle de Portugal, et qu'elle vienne en Andalousie, quand bien même le royaume de Valence devrait être évacué. . . J'aurai soin que les armées trouvent en Andalousie des magasins de vivres et des munitions, ainsi que des places d'armes» Du moment où 80,000 Français seront réunis dans cette province, le théâtre de la guerre sera changé. Le général anglais devra se replier pour sauver Lisbonne ; l'armée de Portugal pourra le suivre jusqu'au Tage, la ligne de communication avec la France se rétablira par la côte orientale, et le résultat définitif de la campagne sera en notre faveur... Évacuez au contraire l'Andalousie, et vous perdez l'Espagne... »

Frappé de la vigueur et de l'opportunité de ce projet, Napoléon, du fond de la Russie, proclama Soult la seule tête militaire quil y eût dans la Péninsule (2). Mais le roi n'était pas homme à comprendre les hautes conceptions de ce général. N'ayant de souci que pour Madrid, il renouvela ses ordres, et décida enfin le duc de Dalmatie à marcher sur Valence de concert avec Drouet, qui jusque-là avait tenu en échec le général Hill avec des forces inférieures en nombre. Ce mouvement commença le 25 août, par la levée du blocus de

(1) Tolr ta lettre du K tout 1812, où II déclare vouloir altendre de nouTetaz ordret tTaut de partir. Dtns cette lettre, 11 renouvelle It proposiilon faite tu roi, dès le 16 Juillet, de Jeter toutet let forces disponibles en Andtlousle. « Je ne crois pas, dit-il, les affaires d*Itptgne attei détespérées pour prendre un ptrtl aussi violent que Pévtcuation do cette proTiace. »

Le roi, outré de la résistance du duc de Oalmalie, renouvrJa énerglquement ton «rdr* dans une lettre datée de Toboio, 17 août.

(2) Cet ptrolet furent dltet tu colonel Oesprei, tide de camp de Joseph, le 8 octobre 1U2, i Hotcott. (Tolr dans la correspondance de Joseph une lettre de cet officier datée de Parla, 9 JaoTlerlSlS.)

Cadix, annoncée par la destruction de 1 ,000 pièces de canon, d'une énorme quantité de munitions et de tous les ouvrages de Ghiclana, de Sainte-Marie et de Trocadéro (i).

Wellington fit harceler et poursuivre la colonne française par toutes les troupes alliées de l'Andalousie et de FEstramadure (2) ; mais Soult parvint à surmonter ces difficultés avec un rare bonheur. Il rencontra Tavant-garde de l'armée d'Aragon à Hellin, et, le 5 octobre, toutes les forces françaises se trouvèrent réunies (3). A cette époque, il y avait cinq semaines que Wellington était parti de Madrid.

Quand on songe que la belle armée de Soult ne fut d'aucun poids dans la campagne de 1812, on se demande si l'invasion de l'Andalousie ne fut pas une faute ou un malheur, et s'il n'eût pas été préférable d'établir l'armée du Sud en Estramadure, en ne tenant l'Andalousie que partiellement, à l'aide de corps détachés, Dans la Gastille, Soult aurait couvert Madrid, se serait lié plus étroitement à l'armée duCentre,et, par sa puissante coopération avec Masséna, en 1810, aurait probablement obligé Wellington à quitter le Portugal (4). II est certain que l'invasion du Sud, exécutée en vertu des ordres de l'empereur, et non par la volonté de Joseph, comme

(1) Halgré cette résolution, Soult continua ion opposition syitématlque aux ordres da roi. Cdnl-cl dot ennn lui écrire le 12 octobre :

« Je TOUS réitère Tordre d'exécuter littéralement les dispositions que je tous al prescrites par nu lettre du 7; à défaut de quoi, Je vous ordonne de remettre le commandement de l^armée da Vldl au comte d'KrIon, et de vous rendre A Paris pour 7 rendre compte de votre eondalte. »

(2) Soult avait réuni en tout 39.000 hommes dMnfanterle, 6,000 de cavalerie et 72 pièces de canon. Bill avec 25,000 alliés menaçait son flanc gauche ; Ballesteros avec 20,000 son flanc droit ; Skerret et Cmi-Xurgeon avec 4,000, ses derrières. Les partisans étalent partout nomhrenx, ei Wellington pouvait rinquiéter en descendant par le Despena-Perros. L^rmée 4*ABdakmsto avait un bagage énorme, plus de 9,000 blessés et une multitude de familles cspagBolea ft protéger. I4i retraite offrait par conséquent de grandes difficultés ; néanasolni, le maréchal s*en tira parfaitement. Il se dirigea de SéviUe sur Crenade, laetcar, KeUln et Almanza.

(S) La Jonetion du roi et des troupes de Sachet avait en lien près d*Almania, le 25 août, (4) Toir HAPIU, t. IX, p. 256.

certains critiques le prétendent (i), fut une cause de faiblesse pour Tarmée française , et un élément de discorde entre les généraux. Napoléon s'y était résolu probablement parce que Farmée, pour vivre et subvenir à ses besoins, devait s'étendre et mettre pour ainsi dire toute TEspagne à contribution. Peut-être aussi jugea-t-il important d'empêcher les Anglais de s'établir à Séville , le grand arsenal de la Péninsule, et à Cadix j dont l'occupation solide aurait compensé éventuellement la perte de Lisbonne.

Si Wellington, au moment de la fuite du roi, avait eu assez d'argent (2), et si la fièvre jaune n'avait pas régné si fortement à Murcie, il aurait poursuivi en toute diligence l'armée du Centre, rallié les débris des forces espagnoles et cherché, de concert avec l'expédition de Sicile, à battre le duc d'Albuféra avant l'arrivée de Soult; — ou bien, après avoir fait sa jonction avec Hill à Despena-Perros, il se serait jeté sur l'armée d'Andalousie en marche, bien que ce mouvement eût exposé sa communication avec le Douro (3). Mais, faute de pouvoir suivre l'un ou l'autre de ces plans, il se vit obligé d'attendre, pour agir contre Suchet, que le duc de Dalmatie eût évacué Cordoue.

L'invasion de la Catalogne présentait de grandes difficultés, parce que l'éloignement de l'armée anglo-portugaise rendait les lignes de communications incertaines et faibles. Aussi, pour diminuer le danger, le général en chef songea-t-il à se débarrasser d'une partie des forces ennemies, au moyen de l'armée anglo-sicilienne.

(1) Snlre autres Ifapier, qui est touTent injuste eoTers le roi et le marécbal Jourdan.

(2) les provinces de Valence et de Murcie étaient A peine en état de nourrir les armées françaises. Au surplus, Wellington devait, conlrairemeni A ce que faisaient les Portugais dans leur pays, les Espagnols et les Français partout, nourrir son armée sans réquisitions : de sorte que le manque d*argeot rempéctiait de se mettre en mouvement.

11 aurait fallu aussi que le général anglais, avant de s'éloigner de sa base d'opération, renforçât l'armée du Bouro, pour empécber, de ce côté, une diversion compromettante.

(3) Il AFIBM, t. IX» p. 310.

Il avait eu d'abord Tintention d'employer cette année au siège de Tarragone ; déjà même des ordres dans ce sens avaient été donnés au général Maitland ; mais celui-ci, trouvant que ses forces n'étaient pas en rapport avec la difficulté de l'entreprise, y avait renoncé et s'était embarqué pour Âlicante, où il arriva le 11 du mois d'août.

Pendant que le duc de Wellington s'occupait à rédiger d'autres instructions, il reçut avis que le général Glausel avait repris Toffensive (i). Cette circonstance l'engagea à retourner immédiatement sur le Douro et à faire le siège de Burgos, place indispensable pour assurer sa ligne d'opération vers le Nord, et pour faciliter l'exécution des mouvements qu'il avait projetés contre les armées du Midi (2).

Toutefois il s'arrangea de façon à laisser autour de Madrid 30,000 Anglo-Portugais et autant de soldats espagnols, pour arrêter l'ennemi, dans le cas où il essayerait de reprendre cette ville.

D'après les calculs de Wellington , les Français ne pourraient diriger sur Madrid plus de 50,000 hommes, sans s'exposer à perdre Valence. Cette force, il est vrai, avait toute chance de battre en rase campagne l'armée hétérogène qui protégeait la capitale, mais le duc espérait qu'avant la réunion des armées françaises et le commencement de leurs opérations, les eaux auraient grossi , et que le général Hill dès lors pourrait défendre le terrain avec assez de succès pour donner à l'armée principale le temps de revenir de Borgos.

(I) Le 18 août, CUaMiéUltentréA ValUdoIld arec 18,000 AmUtsInt, 2,000 carallert et -SOboncbeai feu ...roy était eo marche inr Salamanqae, dont il espérait te rendre maître «aai grande difllealté. lorsque le mouTement de Mrelllngton sur Areralo engagea Glausel i le •«appeler. (25 août ; Jour même où le roi et Tannée de Suchet se réunirent A Almania.)

(S) Bn effet» appuyé sur cette place, un faille corps aurait suffi pour tenir Parmée du 'Vwtagal en écliec ; pendant ce temps, Wellington arec des forces considérables aurait '^waM la Horcle où Ballesteros et les 16,000 liommes de Tannée d'Alicante seraient Tenus ^nioladre. L» levée du siège de Burgos mit ce projet i néant.

Wellington quitta Madrid le l""' septembre, dirigeant sa marche sur Ârevalo.

Les maladies avaient lait de si grands ravages dans Tarrnée anglaise, que près d'un tiers de l'effectif se trouvait dans les hôpitaux; l'équipement des Portugais était en fort mauvais état , et la régence ne prenait aucun souci de leur subsistance; d'autre part, les moyens de transport étaient insuffisants et défectueux au delà de toute expression.

Le 7, l'armée alliée entra à Yalladolid, évacué par le général Clausel la nuit précédente.

Les Français opéraient leur retraite avec une habileté remarquable, offrant le combat chaque jour. Le 16, ils prirent position pour couvrir Burgos.

Wellington, rejoint à Yalencia par l'armée galicienne, forte de 11,300 hommes (i), pensait attaquer Clausel le lendemain (s); mais celui-ci, voyant le nombre de ses ennemis augmenter, se retira le jour même; il traversa Burgos et, chemin faisant, rallia les troupes de Gaffarelli et celles de la réserve, réunies par les soins de Napoléon dans les Pyrénées.

La poursuite des Anglais ne fut ni très-vive, ni très-remarquable. Si Wellington, au lieu de se diriger d'abord sur Ârevalo pour mettre les Galiciens à même de le rejoindre, se fût porté rapidement sur Ségovie, la division de Foy (s) aurait été séparée de Clausel; et s'il avait ensuite pris la route d'Âranda à Lerma, il serait tombé sur les troupes de Clausel pendant leur marche , et les aurait forcées peut-être à livrer bataille, avec Clinton (4) et l'armée galicienne sur leurs derrières (5).

(1) D*après Jonet, celte JoncUoa eut lieu le 14 à Panplléga.

(2) ff^êtUngion au comiê de Baihurst, 21 septembre.

(3) nie était encore le 26 aoftt i ztmora.

(4) Gonunaiulant des troupes alliées laissées au Nord.

(5) Il est proiMble que le manque d*arsent et de moyens de transport empécta WcUlafton de prendre ce dernier parti car la route, par tommo-slerra était stérile al âam* ressources. — napler, T. x, p. 35.

Le général anglais prit possession de Burgos dans la jour* née du 18 (i); il donna immédiatement les ordres nécessaires pour commencer le siège du château, but objectif de la campagne (s).

Cette forteresse, qui renfermait le principal dépôt de Tarmée française dans le nord de TEspagne , avait naguère été renforcée par des travaux accessoires. Elle comptait trois enceintes de peu de valeur, mais défendues par 2,000 braves soldats (s), à la tète desquels se trouvait le général Dubreton, homme d'un courage et d'une habileté remarquables.

Le matériel des Français consistait en 9 pièces de gros calibre, 11 pièces de campagne, 6 mortiers et obusiers. Les approvisionnements de guerre étaient considérables, mais le bois manquait ainsi que les matériaux de siège, les bâtiments n'étaient pas à l'épreuve de la bombe (4) et il n'y avait aucun réservoir d'eau potable (5). Un bataillon fut placé dans l'ouvrage à cornes de Saint-Michel (voir le plan):, qui dominait les deux premières enceintes à demi-portée de canon; le deuxième bataillon occupait l'église San-Roman, poste essentiel, attenant au château du côté de la ville ; le bataillon restant fut disséminé dans les divers retranchements.

La première enceinte et la deuxième, sauf une longue branche, étaient revêtues; la troisième, qui enveloppait U donjon et l'église de Blanca, se composait d'un simple

(I) Caftarelll avait Jeté* lo 17. daos le château une garnison que Wellington eUlma i

L'année françalie se trouvait en ce moment éparpillée derrière Tibre t entre Burgos et THlerlt.

(2} Belmas» en disant que Wellington aurait mieux fait de poursuivre A outrance les dêbrtt de rarmée du Nord , oublie que cette armée était remise de son échec et même renforcée; de sorte que, pour la détruire, il aurait fallu livrer une noorette bataille.

(S) B*après Jones. Il y «des auteurs qui portent ce nombre ft 2/M)0.

(4) Voir le rapport j du IS septembre 1812, du major du génie Pinot, au mtnfstre de la fmerrt, et la teilrê du fénéral CaffkftM an mêmê^ datée dn 2S octobre.

(5) • Ma les premiers jours , la garnison s'était vue exposée i Pun des besoins les pins « aAvax, eelul de Tean ; elle n*avalt point d'abri, et le mauvais temps ra forcée « être pres- • que toujours dans la boue et dans Thumldlté. » Ca/ftere/// au mtntttre dt la §u0rre : Mire du 6 nerembre 1812.

terrassement. Wellington comptait sans doute brusquer l'attaque de cette position , puisqu'il n'avait point amené de parc de siège avec lui, et qu'il rejeta la proposition d'en faire venir un de Santander ou de Madrid (i). Il possédait en tout 5 pièces de 18 et 5 obusiers de 24, avec un approvisionnement d'à peine 500 coups par bouche à feu (s). Les ingénieurs, au nombre de cinq seulement, y compris le général Burgoyne, directeur des attaques, manquaient des ressources nécessaires pour entreprendre un siège régulier. Ils n'avaient pas un mineur, pas un sapeur de profession, et le parc du génie ne comprenait que 900 outils de terrassier (3).

On dut nécessairement tenir compte de cette exiguïté de moyens en réglant le plan des attaques.

Wellington décida qu'on enlèverait de vive force l'ouvrage à cornes du mont Saint-Michel, et qu'on aborderait ensuite la partie du château située sous l'extrémité sud de l'église de la Blanca. Cette partie présentait le front le plus étroit, avait les retranchements les plus faibles et les plus défectueux sous le rapport de la construction. On pensait que des batteries élevées sur le mont Saint-Michel rendraient au bout de quelques heures un assaut sur ce point sinon facile, du moins possible.

Le 19, deux divisions investirent le château, pendant que le reste de l'armée alla prendre position à Monasterio , pour couvrir le siège (4). Le même jour, un fort détachement envoyé en reconnaissance s'empara des trois lunettes construites sur le mont Saint-Michel. Enhardi par ce premier avantage,

(1) 11 fioodalt ton espoir sur la rareté de Peau et sur la potsiblllté dUncendler les mafaslas délivres.

(2) * Les muDitlons étaient en si petite quantité, que l'on payait aux soldats cluique boulet quHls rapportaient. » — Napieb, t. IX, p. 337.

(3) BbLM AS, p. 470, et JONKS, p. 272.

(4) rarmée de siège se composait de 12,000 hommes, et Tarmée dH>bservatlon de 93,00^.

Wellington donna Tordre d'enlever l'ouvrage à cornes par escalade vers 6 heures et demie du soir.

Quatre colonnes, dont une destinée à l'attaque de la gorge, se mirent en mouvement à l'heure indiquée. Malgré quelques fautes d'exécution, l'entreprise fut couronnée de succès. La garnison, prise à revers par la colonne de la gorge, se fraya un passage et rentra dans le château, laissant 159 tués ou prisonniers et 59 blessés entre les mains des alliés* Ceux-cii eurent 80 tués et 554 hommes blessés ou égarés (i).

 la suite de ce fait d'armes , Wellington écrivit à lord Bathurst : « Je crains que les moyens dont je dispose soient i< insuffisants pour prendre le château ; cependant l'ennemi a est mal pourvu d'eau et ses magasins de provisions sont ce dans un endroit exposé à l'incendie. C'est ce qui me fait « espérer que je le forcerai à se rendre, quoique je n'aie pas « les moyens d'enlever la place d'assaut. »

Le 20, on ouvrit la tranchée et l'on commença à établir des batteries de brèche à proximité de l'ouvrage à cornes. Toutefois, pour éviter aux troupes des fatigues inutiles (2), Wellington modifia son plan d'attaque et résolut de donner l'assaut à la première enceinte avant d'y avoir fait brèche (3].

En conséquence le 22, à 11 heures du soir, une colonne de 500 hommes, munis d'échelles, tenta l'escalade de cette enceinte ; mais la garnison fit si bonne contenance, et par ses feux causa tant de mal aux assiégeants , qu'elle les mit en déroute et les obligea à revenir aux procédés lents d'une attaque régulière (4).

(I) JORU, p. 240. D'après Belmas , les alliéi eurent 71 tués et 349 blessés; et les rrtnçaJs 143 hommes hors de comtMt.

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