‹ Histoire du duc de Wellington (volume 4)Chapitre 2 sur 22 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Les deux premiers volumes de l'hîsloire du duc de Wellinglon ont donné lieu à des observations critiques sur lesquelles nous croyons devoir appeler un moment l'attention du lecteur. ' On nous a reproché, en France, trop d'admiration pour le vainqueur de WateHoo, et, en Angleterre, trop de sévérité.

Celte appréciation contradictoire est le résultat de la stricte neu- Iralilé que nous avons gardée entre le dénigrement des uns et l'entbou' siasme des autres. Il faudra du temps pour que la nation française, oubliant ses vieilles préventions et faisant violence à ses sentttnents intimes, accepte Wellington pour un grand général ; et il faudra du temps aussi pour convaincre le peu[Je anglais que son héros tout admirable qu'il soit, est loin d'égaler Bonaparte.

Pour condamner un livre, il ne suffit pas de dire qu'il est partial; il faut prouver que les faits y sont ma) eiposés ou mal interprétés. C'est le rMe et même le devoir de la critique. Or, jusqu'ici elle n'a pas signalé d'erreur grave ni de source importante négligée. On en conclura sans doute que nos prétentions à l'exactitude ne sont pas dénuées de fondement.

Quant h nos appréciations, si on les trouveempreintes de trop d'en-

tbcNuiasme, il faut en attribuer la cause, non i un excès de bienveîl-

laoce pour le général anglais, mais à l'empire qu'exercent natnrelle-

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ment sur certaios esprits les grandes actions et les nobles caractères. Loin d'être regrettable, cette înQuence, se communiquant au lecteur, devient un enseignement précieux , sans lequel l'histoire serait une école stérile ou dangereuse. Celui qui ne sent pas son cœur battre au récit d'une belle action, qui demeure impassible ou lâchement résigné en face d'un grand crime ou d'une grande iniquité, — celui-là n'est pas digne d'écrire pour l'instruction de ses semblables. L'historien comme le magistrat doit avoir des passions, parce qu'il est homme. On juge mal quand on ne sent pas. L'impartialité absolue n'est pas dans la nature.

On prétend que noas avons mis trop de scrupule à citer nos sources et trop de soin à justifier, par des documents ou des notes exfdicatives, nos jagements sur les hommes et les faits.

f II faut, dit-on, entre l'écrivain et le public, une confiance réd- ( proque..... Si l'on devait toujours apporter avec soi la preuve de ses 4 assertions, la liche de diacun deviendrait accablante... Nous ne ■ croyons pas qu'il sût rigonreusement nécessaire pour na historien t de s'appuyer toujours d'an document ; sa parole d'honoéta boainie « doit avoir assez d'autorité pour provoquer la confiance. >

Voilà ce qui s'appelle faire bon marché de l'exactitude etdeU vérité historique.

Le prétendu détàat que l'on signale est en réalité la seule qualité dn livre, ou du moins la seule que nous ayons cherché à obtenir.

A. notre avis,c'est une singulière prétention de voulùr que le public accepte sans preuves les jt^ements de l'écrivain hotmiu homme. L'histoire est essentielleinent une œuvre de critique, de diBcossion, de contrôle perpétuel. Aussi, les premiers historiens de notre temps, tes Augustin Thierry, les Guizot, les Micfaelet, les de Barante, les Macanlay, etc., ont eu, nous ne dirons pas la modestie, mais le bon sens de supposer qu'on ne les croirait pas sur panJe. De là ces Dotes, ces éclaircissements, ces doutes loyalement exprimés, ces précieuses indications de sources qui garantissent la bonne foi de l'auteur et permettent au public de juger en connaissance de cause.

Sans doute, quelques asteurs ont jugé convenable de s'afi'ranchir de cette obligation, pour donner du charme et de l'originalité à lew style; mais les travaux de ces auteurs sont-ils plus estimés, plus utilM

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surtout à la KÎence ? Nul n'oserait le soulenir. Le bal de l'IiislorieD n'est pas dechercber à plaire; — uue plus haute et plus uoble mission est assignée Jt ses efforts. II doit cmidaire le lecteur à travere le dédale des faits, éclairer sa route au flambeau de la critique, lui faire toucher eu quelque sorte la vérité du doigt. Excursion toujours pénible, Bouveat ennuyeuse, jamais sans utilité. Heureux les esprits d'élUe qui saTCBt inslmire et charmer loal i la Ibis !

Voici eu quels termes on nous a signalé une prétendue contradiction, f L'auteur s'est contredit d'une part, en voulant attribuer à Wel-

• lington les qualités d'audace, de pénétration et de promptitude qui 'étaient certainement plus le propre des généraux français,— et d'au- ( Ire part, en disant quelquefois que Wellington n'agissait jamais que

• par suite de combinaisons préméditées et avec une presque certitude t de succès. >

La contradiction serait évidente, en effet, si la prudence et le calcul excluaient toute idée d'audace. Mais cela n'est pas soutenable. L'opération la plus audacieuse et la plus inattendue de Napoléon, le passage des Alpes, est en même temps celle qu'il prépara avec le plus de soin et de circonspection.

Uo général qui se fie au hasard, aux ressoun:es imprévues de soo génie, est plutôt un téméraire qu'un audacieux, un coureur d'aventures plutdt qu'un grand capitaine.

Ou nous reproche d'avoir glissé trop légèrement «ir certains laits ; es détails et des réflexions qui auraient dà trou-

tique, OD a perdu de vue que notre but était da duc de WeUington, et son une hiitoire des % Pémaxide el de* Piuf$-Bas. Il existe, en effet, , sous le rapport du cadre et de la composition, st une œuvre historique. L'exemple' suivant en

,V nous avons donné une description très^om- } Ligny, en même temps que nous avons insisté

sur toutes les particulurilés des batailles de Quatre-Bras el de Waterloo. Cela tient à ce que WelliDgtOD n'assista point à la première et qu'il dirigea eD personne les deux autres. Si nous avions écrit l'histoire du maréchal Blucber, nous eussions fait tout l'opposé.

La première règle el h plus essentielle de la composition historûpie est de proportionner le cadre au sujet. Voilà pourquoi nous avons dû rejeter en notes une foule de détails et de bits généraux qui, dans une histoire det guerres de WellittgUm auraient trouvé place dans le teste.

Quelques militaires sont d'avis que le récit des campagnes de Wellington aurait àù être précédé d'une description détaillée des théâtres de guerre ; — d'autres trouvent nos relations de batailles trop sommaires, trop décharnées.

Pourcequiregarde les descriptionslopographiques, nous ferons observer que les hommes spéciaux y suppléent avantageusement par de bonnes caries, et que les autres les dédaignent ou ne les comprennent point.

Quant aux mouvements exécutés sur le champ de bataille, il est impossible de les donner d'une manière précise etcomplèle. On ne trouve, en effet, dans les bulletins officiels et dans les relations des témoins oculaires, que les mouvements généraux ayant exercé une influence décisive. Cenx-là nous les avons indiqués avec une scrupuleuse exactitude, sans chercher à remplir les lacunes par des détails puisés dans notre propre fonds.

Il y a deux manières de décrire une bataille. L'une consiste à narrer les fôifs d'après les documents les plus dignes de foi, avec l'intention d'être vrai plutôt que neuf, intéressant, pittoresque.

L'autre manière consiste à lire toutes les relations cl à se former, d'après celte lecture, une idée générale de b bataille, interprét:int ce qui est obscur, complétant ce qui est défectueux et reconstituant par l'imagination la scène entière dont les bulletins et les rapports donnent seulement un résumé substantiel.

La première méthode d'écrire est aride;mais elle expose moins l'historien h commettre des erreurs.

La seconde, au contraire, permet de tracer des tableaux animés, pleins de charme et d'intérêt ; mais qui, malheureusement, sont presque toujours des tableaux de fantaisie.

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Cberchantù ioslruire plutôt qu'à flaller rimaginatiOD, nous avoas tout naturellentent donné la préférence à :la première de ces deux méthodes.

La critique la plus importante de VHuUnre du <hc de WeUiagWn a été formulée dans les termes suivants, par un homme de lettres dis* tingné :

• Le plan adopté par M. le capitaine Brialmont nous paraît sujet à

< discussion. Au lieu de mêler au récit des événenients les réflexions

• on les ju^ments qui en déroiilenl, il a scindé son œuvre en deux

< parties : l'une historique, l'autre purement critique. Dans la pre-

■ mière, il s'est attaché à établir les faits; dans la seconde, à juger

■ l'homme qui s'y est trouvé mêlé comme acteur principal.

< Ce plan, s'il faut parler avec franchise, ne nous semble pas beu-

< reux. Détruire le lien naturel des faits et des jugements qu'ils pro- « voqnent, mettre d'un côté la pièce el de l'autre l'acteur, ou l'appré-

< ciatioD que l'on fait de lui; établir arbitrairement cette division, que

■ l'auteur a raison d'appeler une scission ; c'est d'abord renoncer de

< gaieté de cœur aux avantages de la variété, car les considérations

■ générales reposent l'esprit du détail des faits, et tour à tour le détail

• des faits le repose des considérations générales ; mais surtout c'est « remplacer l'ordre vrai et vivant par une symétrie artificielle et ina-

• nimée. Nous croyons comprendre que l'auteur a voulu ainsi alléger ' pour lui le fardeau toujours considérable de la composilio», et qu'il t a trouvé commode de faire en quelque sorte deux compartiments,

• l'un pour la narration des faits, l'autre pour l'appréciation du prin-

• cîpal personnage; mais quel qu'ait été son motif pour adopter ce

■ plan, l'effet n'en est pas bon, puisqu'en plaçant dans l'un de ces com-

< partimenls les événements historiques, dans l'autre les considérations o critiques et philosophiques qui en résultent et les réflexions qui en

• stmt la vie, il a mis le corps d'un côté, l'âme de l'autre. >

Nous avons trop de confiance dans les lumières et dans l'imparlialïlé de l'auteur de cette critique, pour ne pas sup|)oser que la lecture des tomes 11 et III modifiera son appréciation. Il remarquera (ce que du reste il aurait pu voir déjà en partie dans le tome 1") que noire . relation ne se borne pus >' à un simple narré des faits, > et que ce n'est pas, en un mot, pour nous servir de ses expressions ■ un corps sans Sme. > Nous avons porté sur les faits marquants de la vie de Wel-

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lÏDgton et sur les hommes avec lesquels le duc s'est trouvé en relation des jugements motivés au point de vue militaire comme au point de vue politique et moral. Aucune observation critique n'a été omise, aucun détail essentiel n'a été négligé ; c'est dans l'intérêt de l'ouvrage eL nullement pour slmpliGer notre tâche que nous avons réuni dans un « deuxième compartiment » les détails et les faits accessoires.

Cette division (moins tranchée du reste qu'on pourrait le croire d'après la préface du livre) a pour objet de conserver au récit l'unité et la gravité qu'exige une œuvre historique. Il y a des particularités, fort intéressantes pour le biographe et le philosophe, qui doivent ttn nécessairement élaguées d'une narration dont le princ^al intérêt réside dans la nature des causes et des hommes en présence.

Ce que nous avons appelé , à tort peul-étre, la seconde partie de l'histoire du duc de Wellington est bien moins uu jugement des ^Is exposés dans la première partie que le résumé de ces faits mis en regard des circonstances accessoires et personnelles qui s'y rattachent ; ces circonstances, inutiles au point de vue de l'histoire générale, sont au contraire précieuses quand il s'agit de peindre le caractère ou de définir la valeur morale d'un homme.

L'exemfJe suivant rendra cette v^ité sensible.

Le n juin 1815, Wellington s'était arrêté en arrière des Qualre- Bras pour attendre des nouvelles de Blucher, qu'il savait dans une position difficile. Le général Alava trouva le duc assis sur le bord d'un fossé, lisant un paquet de journaux. Il l'aborda avec un certain embarras, justifié par les bruits fâcheux qui circulaient dans l'armée. Or, la première question qne lui adressa le général anglais, dans ce momeal critique, fut relative au bal de la duchesse de Richemond.

Voilà sans doute un trait caractéristique. Cependant, il nous paraîtrait peu convenable de suspendre le récit des graves événements accom[di8 dans cette campagne de trois jours pour atlirer l'attention du lecteur sur un pareil détail biographique.

De même, il serait puéril,racootantle drame émouvant de Waterloo, d'ouvrir une parenthèse pour noter la contenance impassible du général anglais, dans une situation ou toutes les chances semUaîent contre lui-

Quand la parole est aux faits, les hommes et les caractères doivent s'effacer. .

Cependant des traits semblables à ceux que nous venons de rappeler ont une valeur réelle pour le moraliste et le biographe.

Il faut donc les recueillir et les mettre en œuvre dans un cadre séparé. C'est ce que nous avons fait.

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Le lecteur împarlial reconnaîtra que cette partie ne pouvait être foadue dans (a première. Sans doute on y trouvera des bits et des circoDstaoces déjà cités, mais ces répétitions ont leur utilité et qwAquefoîs même leur charme. Beaucoup de personDes, airivées à la fin du tome m, ne se rappelleront plus toutes les appréciations des tomes 1" et n : celles-là nous sauront gré d'avoir, dans un résumé concis, jugé l'homme après avoir jugé ses travaux; les autres conviendroalpeutHËtre que notre œuvre, dans l'état où elle se trouve, donne une idée plus nette du talent, du caractère, de l'individualité de Wellington, qu'elle ne le ferait si nous avions, au prix même de beaucoup d'art, londu dans on même moule les matériaux divers classés dans ce qu'Mi a « appelé les deux compartiments de l'ouvrage, t

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CHAPITRB XVI.

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