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Wellington, qui avait eu le tort de prodiguer ses munitions dans le commencement de la journée, ne se trouva point en mesure de continuer l'attaque au delà du canal avant le 12 (1). On dit qu'il employa la journée du 11 à préparer les matériaux incendiaires pour ses batteries à la congrève, et qu'il eut soin de faire annoncer, par ses sentinelles avancées, le dessein de brûler Toulouse (a). Nous n'avons point trouvé la confirmation de cette menace, qui, du reste, de la part du général anglais, n'eût été vraisemblablement qu'une ruse pour engager la population à se soulever.
Un historien français, mieux renseigné, croyons-nous, prétend que le duc montra à l'égard de Toulouse des sentiments tout autres que ceux qu'on lui prête :« L'histoire im- « partiale, dit-il, doit l'attester à la louange de Wellington : « il accomplit avec une rigoureuse exactitude la promesse « qu'il avait faite au duc d'Angoulême. Cet auguste prince « l'avait conjuré de ménager la bonne ville de Toulouse. « Wellington ne songea plus dès lors qu'à protéger et à ga- « rantir la vie et les propriétés de ses paisibles habitants. « Non-seulement il fit détourner le feu dirigé contre la ville, « mais il laissa défiler, sans s'y opposer militairement, les « troupes du maréchal Soult par la seule route qui leur fût « encore ouverte (3). »
Quoi qu'il en soit, le duc de Dalmatie ne crut pas devoir prolonger la lutte (4). Craignant d'être enfermé dans Toulouse, et
(1) Les auteurs français ont omis cette circonstance et attribué l'inaction de Wellington à la crainte que lui inspirait la forte position de Soult. « Dans cette situation, dit Choumara, le général anglais prit la résolution de manœuvrer an lieu de combattre, de menacer les communications par la route de Carcassonne, au lieu d'attaquer la ligue du canal... Le maréchal Soult ne voulut pointlaisser l'ennemi se placer entreluiet le duc d'Albuféra... Il se décida à quitter Toulouse. »— P. 199 et 200.
(2) Voir TlilBEAUDEAU et DE VAUDONCOURT.
(3) De Beauchamp, t. II, p. 461. Voir aussi p. 46G.
(4) A neuf heures du soir, Wellington somma la ville de se rendre. Soult répondit qu'il était décidé à s'ensevelir sous ses décombres. Le lendemain, l'armée française se retrancha le long du canal. Les sommations furent renouvelées : même réponse.
Dans le camp de Wellington tout était prêt pour une attaque générale ; mais, à neuf heures
n'ayant pas encore perdu tout espoir de rallier Suchet, il se retira pendant la nuit du 1 1 sur Villefranche dans la direction de Carcassonne, avec une partie seulement de ses magasins et de ses hôpitaux (î). Ce mouvement, couvert par le canal du Languedoc, ne présentait aucun danger ; aussi Wellington n'essaya-t-il point de s'y opposer (2).
Le 12 au matin, le drapeau blanc fut arboré sur les clochers de Toulouse, et lemême jour Wellington fit son entrée en ville. « Quarante mille personnes, dit un auteur français, se précipitèrent au-devant du général victorieux, ne sachant comment exprimer leur joie et la sincérité de leur enthousiasme. Simple dans ses vêtements, uni dans son maintien, Wellington attira tous les regards de la foule empressée. Les cris fortement prononcés de : Vive le roi! Vive Wellington! retentirent de toutes parts, et alarmèrent de plus en plus la prudence du général anglais qui, ignorant les événements de Paris, essaya de réprimer un élan dont il redoutait les conséquences pour Toulouse...
« Le duc entra à cheval avec son cortège dans la cour du Capitole. A l'instant il est enlevé, transporté par le peuple dans toutes les salles, et présenté plusieurs fois au balcon à la foule assemblée. L'ivresse était générale (5). »
Le soir, Wellington se rendit avec son état-major au théâtre, où l'on donnait Richard Cœur de Lion. A son en-
du soir, Soult assembla un conseil [militaire : «les députations vinrent le supplier do ne pas causer la ruine de Toulouse; linéiques généraux opinèrent dans le même sens, et le maréchal céda. — Voir de beauchamp, t. II, p. 460 et 461.
(1) Il laissa à Toulouse deux généraux et 1,600 hommes impotents, d'immenses magasins et huit pièces de canon.
(2) Jones explique autrement cette inaction. Il dit que Wellington ne voulut point inquiéter Soult, parce que la paix, sans être officiellement connue, était rapportée alors avec Irop de probabilité pour qu'on en doutât- — T. Il, p. 240. cette explication cadre assez bien avec celle de M. de Beauchamp (voir l'extrait inséré dans le texte quelques lignes plus haut.
(.3) De Beauchamp, t. Il, p. 468.
trée, de chaleureux applaudissements éclatèrent sur tous les bancs (1).
Il fallait que l'esprit national fût tombé bien bas pour que des Français se livrassent à de pareilles manifestations. Mais l'effet ordinaire du despotisme est d'énerver les caractères ; et c'est ce que Napoléon eut deux fois la douleur de constater, en 1814 et l'année suivante après Waterloo!
Le 12, Wellington reçut à Toulouse le colonel Saint- Simon, envoyé par le gouvernement provisoire au duc de Dalmatie pour lui faire connaître l'état des choses à Paris. Ce courrier arriva au quartier général de Soult dans la matinée du 15.
Le maréchal convoqua immédiatement ses généraux pour leur donner connaissance des lettres du prince de Bénévent et de Wellington. Tous furent d'avis que cette communication n'avait rien d'officiel, et qu'on devait se borner à proposer un armistice, en attendant les ordres de Berthier. Soult adopta cet avis ; mais Wellington , blessé de sa réserve extrême (2), refusa l'armistice et dirigea même une partie de ses forces sur Castelnaudary pour observer l'armée française, qu'il croyait prête à commencer une guerre civile.
Le même jour cependant arriva au quartier général de Soult une lettre du prince de Neufchâtel, avec injonction formelle de cesser les hostilités. En conséquence, le général comte Gazan se rendit le 17 à Toulouse, pour annoncer cette nouvelle à Wellington et lui renouveler la demande d'une suspension d'armes, avec promesse de la part du maréchal de reconnaître S. M. Louis XVIII. Le duc ayant accédé à cette proposition, un armistice en règle fut signé le 18. Le
(1) STOCQUELER, t. I, p. 329.
(2) Sherer fait observer que Wellington ne pouvait pas, sans alarmer l'esprit public, accorder un armistice â Soult aussi longtemps que celui-ci refusait de reconnaître le nouveau gouvernement.
lendemain, Soult envoya son adhésion au nouveau gouvernement. Le duc d'Albuféra avait déjà publié la sienne depuis le 14. Cependant il conserva vis-à-vis de Wellington une attitude hostile jusqu'à la conclusion de l'armistice séparé qu'il obtint de ce général, à la date du 18.
La conduite inexplicable de Suchet fut une des grandes causes de l'insuccès final de la campagne des Pyrénées. Déjà nous avons eu l'occasion de signaler cette conduite, et d'en faire ressortir les conséquences fâcheuses. Il nous reste à exposer ce que fit le maréchal depuis le passage de la Bidassoa.
Quand Wellington eut franchi ce cours d'eau, le duc d'Albuféra perdit complètement de vue sa jonction avec Soult. Cependant, à mesure que l'ennemi faisait des progrès sur le territoire français, cette jonction devenait plus urgente. Si elle avait eu lieu près de Bayonne, les deux maréchaux auraient pu rejeter Wellington au delà des frontières, puisque malgré la disproportion du nombre, Soult à lui seul tenait tête à toutes ses forces réunies.
Mais au lieu de soutenir cette armée, dont le sang coulait chaque jour, et sur laquelle reposait le sort du midi de la France, le maréchal Suchet resta inactif en Catalogne pendant quatre mois (î), avec 32,000 vieux soldats habitués à vaincre.
Du 29 novembre au 26 décembre 1813, son armée perdit 9,179 hommes, rappelés en France pour divers motifs : après ce départ, il lui restait encore 23,000 hommes disponibles pour les opérations actives, et cette force, jointe à celle de Soult devant Bayonne, eût été suffisante pour rejeter les alliés sur la rive gauche de la Bidassoa.
(1) Les mois d'août, septembre, octobre el novembre-
A la fin de janvier 1814, les armées des Pyrénées, d'Aragon et de Catalogne furent obligées de diriger de nouveaux détachements vers l'intérieur de la France. Le maréchal Suchet perdit ainsi 8,051 fantassins et 2,152 cavaliers. Avec les 15,000 hommes restant, il aurait pu compenser en partie les pertes de Soult ; mais il était dit que pas un soldat de l'armée de Catalogne ne serait utilement employé dans cette malheureuse campagne.
Le duc de Dalmatie écrivit, le 9 février 1814, au ministre de la guerre et au maréchal Suchet pour leur faire sentir la nécessité d'évacuer la Catalogne, et de diriger à marches forcées toutes les troupes de cette province sur les Pyrénées occidentales. A cette lettre, le duc d'Albuféra répondit qu'il ne prévoyait pas qu'après avoir fourni les garnisons de Roses, Figuières, Perpignan, Port-Vendres , etc., il lui fût possible de disposer de plus de 2 à 5,000 hommes pour arrêter l'ennemi ; et cependant , un mois plus tard , il détacha 9,661 hommes sur Lyon , conservant encore plus de 1 1 ,000 hommes, c'est-à-dire autant qu'il prétendait en avoir avant le départ de ce détachement.
Si la proposition faite par le maréchal Soult le 9 février (i) eût été adoptée, les 15,000 hommes disponibles des armées d'Aragon et de Catalogne auraient pu faire leur jonction avant la bataille d'Orthez, laquelle se fût probablement décidée à l'avantage des Français. Wellington dès lors n'eut occupé ni Bordeaux, ni Toulouse; l'armée de réserve eût eu le temps de se former, et les conscrits auraient pu se rendre sous les drapeaux. Quelle différence entre cette situation et la situation réelle de Soult !
Après avoir échoué dans toutes ses tentatives pour réunir
(1) La lettre contenant cette proposition parvint à Suchet le 13 ; il aurait donc pu opérer «a jonction avec Soult avant la bataille d'Orthez.
les deux armées , le duc de Dalmatie prévint son collègue qu'il était décidé à livrer la bataille de Toulouse. Il l'invita en conséquence à diriger des troupes par l'Àriége sur les derrières de l'ennemi, afin d'inquiéter au moins ses communications, d'intercepter ses convois et de l'affaiblir en l'obligeant à faire un détachement considérable. Le maréchal Suchet, avec une persistance inouïe, allégua les mêmes raisons pour colorer son refus, et permit ainsi aux alliés de diriger toutes leurs forces contre Toulouse, où ils auraient pu et dû trouver les 10,000 hommes encore disponibles de l'armée de Catalogne...
Les discussions entre les deux maréchaux continuèrent jusqu'au dernier jour de la campagne. Le lendemain de la bataille de Toulouse, Soult proposa à Suchet de faire jonction à Carcassonne, pour de là se porter en avant et ramener le théâtre de la guerre sur la Haute-Garonne. A cette patriotique exhortation, le duc d'Albuféra répondit par lettre du 12, que l'état des routes ne lui permettait pas de se diriger sur l'Ariége, et que la diversion proposée sur les derrières de Wellington ne servirait qu'à désorganiser le peu de troupes qui lui restaient encore (î).
En présence de celte nouvelle preuve de mauvais vouloir, le duc de Dalmatie adressa à Suchet une dernière et bien triste lettre, sous la date du 14 avril :
« Je regrette, dit-il, bien vivement que vous n'ayez pas « jugé à propos de combiner nos opérations. Je crois que « vous êtes dans l'erreur au sujet des routes, ainsi que sur « l'effet que produirait un grand mouvement sur la Haute- « Garonne; mais, à moi seul, je ne puis l'entreprendre, et je « dois me soumettre à votre refus, quoique j'en déplore
(l) Nous avons trouvé plusieurs documents relatifs à ces discussions dans l'ouvrage du capitaine Cboumara, qui jette une vive lumière sur cette question.
« les conséquences : plus tard, vous le reconnaîtrez (i)... » L'histoire impartiale a donné raison au duc de Dalmatie. Le vainqueur de l' Aragon, de Lérida, de Tortose, de Tarragone et de Valence montra sans doute en Espagne un rare talent, un courage éprouvé, une grande probité administrative et une aptitude remarquable à diriger de vastes entreprises ; mais, aveuglé par l'amour-propre, il manqua au dernier moment de résolution et de patriotisme. Il est vraiment déplorable , honteux pour l'espèce humaine', que la crainte d'élever un rival en le rendant victorieux ait pu agir aussi fortement sur un homme de la valeur du duc d'Albuféra, et que tant de qualités, de talents, de services remarquables aient été impuissants à le préserver de l'atteinte des plus vulgaires et des plus misérables passions !
Lord Ellesmere (2) prétend avoir entendu dire par Wellington, que si les hostilités avaient continué après l'affaire de Toulouse, il se serait dirigé sur Paris. Déjà même tous les détails de cette opération avaient été réglés. Bayonne ne pouvant être enlevé par une attaque brusque , le général anglais avait résolu de faire bloquer cette ville par 40,000 Espagnols, pendant qu'il se serait porté avec le reste de l'armée au Nord, en s'appuyant à la mer et en s'assurant de quelques points sur la côte, pour rester en communication avec la Grande-Bretagne.
(1) Il faut noter que, le 15 mars, le ministre «le la guerre avait écrit à Suchct « de combiner de plus en plus ses opérations avec celles du maréchal Soult cl de lui prêter l'appui qu'exigeaient des circonstances aussi critiques. » Cette lettre parvint A Su che t le 22, au plus tard, le même jour, Soult écrivit à son collègue pour lui annoncer que le surlendemain (24) il espérait arriver à Toulouse avec toute son armée, bien résolu à défendre cette position énergiquement.
l'ensemble de ces circonstances ne nous permet pas d'admettre, avec le colonel Koch, (t. III, p. 661 et suivantes), que Sucbet , en agissant comme il fit, se conforma aux ordres de l'empereur, le duc d'Albuféra avait carte blanche, et rien ne l'empêchait de secourir Soult.
(2) lire and eharacter, etc., p. 36.
La prise de Toulouse fut le dernier épisode remarquable de la campagne des alliés en France (1). Bientôt , les régiments espagnols et portugais rentrèrent dans leur pays. La cavalerie anglaise fut embarquée à Boulogne, et l'infanterie à Bordeaux. Une partie seulement de cette dernière retourna en Angleterre ; l'autre fut lancée étourdiment contre les redoutes de la Nouvelle-Orléans, et plusieurs régiments allèrent périr dans les rizières d'Antigua.
Wellington ressentit un profond chagrin de la dispersion de cette brave armée, avec laquelle il pouvait, suivant ses propres expressions, tout entreprendre et tout oser. Elle comptait encore dans ses rangs les soldats de Vimeiro et de Talavera. Jamais l'Angleterre n'avait eu de pareilles troupes. «C'étaient, comme le remarque Napier , les Macédoniens d'Alexandre à Arbelles, les Africains d'Annibal à Cannes, les Romains de César à Pharsale et la garde de Napoléon à Austerlitz ! »
Le duc d'Albuféra sortit de l'Espagne avec les restes de son armée dans le courant du mois d'avril, après avoir fait sauter les fortifications de Roses. Il ne laissa de garnisons qu'à Figuières, Hostalrich, Barcelonne, Tortose, Benasque, Murviédro et Peniscola; mais, en vertu du traité signé le 19, toutes ces places furent évacuées et remises aux troupes du roi Ferdinand .
Ainsi, après sept années de luttes ardentes, la Péninsule se trouva complètement délivrée, grâce à l'appui de l'Angleterre, au génie prudent de Wellington, à la bravoure admirable de ses troupes et au patriotisme trop exalté peut-être, mais très-glorieux cependant de la nation espagnole.
(1) La lutte cependant ne finit pas sur tous les points après cette bataille. Ainsi, les troupes de Clinton en Catalogne, et celles de Uope occupées à faire le siège de Bayonne ne lurent informées que postérieurement de l'abdication de l'empereur, de sorte que là aussi il y eut du sang inutilement répandu, ta garnison de Bayonne ne connaissant pas les événements de Paris, tenta, le 14 avril, une sortie générale, qui mit 912 Français et 843 alliés hors de combat, le brave général Ilope fut blessé et fait prisonnier.
La campagne de France mit le sceau à la gloire de Wellington et fit ressortir ses talents militaires, non moins que son intelligence politique.
Avec 60,000 Anglo-Portugais, il avait obtenu plus de succès au Midi que les souverains alliés avec un demi-million de soldats sur les frontières du Nord et de l'Est ; et cependant l'armée de Soult était plus forte, au 10 novembre 1815, que celle avec laquelle Napoléon livra la bataille de Brienne ! Ce simple rapprochement suffit pour établir la supériorité des combinaisons militaires du duc de Wellington (i). Mais il est une autre supériorité qu'il a droit de revendiquer, c'est celle qui résulte de sa conduite libérale à l'égard de la nation française. Tandis que les alliés, au Nord et à l'Est, molestaient les habitants et laissaient des traces de leur haine barbare jusque sur les monuments publics, le héros de la Péninsule donnait au midi de la France l'exemple du respect des individus et des propriétés.
Jamais troupes n'eurent autant de ménagement pour leurs compatriotes que les soldats de Wellington en montrèrent pour une nation avec laquelle cependant ils étaient en guerre. Ce sera toujours un des plus beaux titres de gloire de l'armée britannique et de son illustre chef!
On estime que la guerre de la Péninsule a coûté à l'Angleterre plus de 100 millions de livres sterling, non compris les subsides considérables qu'elle fournit aux gouvernements d'Espagne et de Portugal (2). 11 faudrait toutefois, pour réduire
(1) Wellington, dans sa lettre du 11 janvier 1814, à lord Bathurst, signala quelques-uns des vices du plan d'opération des alliés. Les critiques militaires ont depuis confirmé ces observations.
(2) on lit dans une note adressée en juin 1812 par Henri Wellesley au gouvernement espa-
ces sacrifices à leur juste valeur, mettre en balance le remboursement successif des avances du trésor, opéré en lettres de change, valeurs reçues d'Amérique, ou en rescriptions délivrées sur les caisses publiques du Pérou et du Mexique, qui, en général, furent exactement payées. Il faudrait en outre tenir compte des débouchés nombreux que la guerre ouvrit à l'industrie et au commerce anglais dans toute l'Amérique, aussi bien que dans la Péninsule, débouchés qui seraient restés fermés, si les Espagnols ne s'étaient pas soulevés contre Napoléon (1).
Quoiqu'il en soit, jamais l'Angleterre ne fit un pareil effort sur le continent. Ses troupes livrèrent dix-neuf batailles rangées et un grand nombre de combats, tous honorables pour elles, et presque tous décidés en faveur de la cause espagnole ; elles prirent quatre places importantes et soutinrent le siège de plusieurs autres (2) ; elles tuèrent, blessèrent et firent prisonniers environ 200,000 Français; enfin elles laissèrent 40,000 des leurs sur les divers champs de bataille (3); témoignages irrécusables d'héroïsme, de persévérance et de résignation.
La flotte anglaise inquiéta l'ennemi par de continuelles descentes sur les côtes; et nonobstant ces sacrifices, la Grande-Bretagne eut encore à pourvoir à tous les besoins de l'armée portugaise , dont l'organisation et la discipline étaient l'œuvre de ses seuls officiers.
gnol : « Les frais de l'armement des troupes de terre et de mer de la Grande-Bretagne pour la Péninsule ne s'élèvent pas à moins de 17,000,000 de livres sterling par an, à laquelle somme il faut ajouter le secours annuel de 2,000,000 de livres au Portugal et de 1,000,000 à l'Espagne, en lettres de change tirées sur la trésorerie anglaise, pour armes, préparatifs, etc., etc.
(1) TORÉNO, t. V, p. 166.
(2) Les sièges entrepris et soutenus par l'armée anglaise sont au nombre de dix.
(3) Le nombre total des malades et des blessés qui passèrent par les hôpitaux du Portugal de 1808 à 1814 s'élève à 360,000 hommes. {James U'Gregor's Evidence before the house of commons.) Il y eut dans certains moments 20,000 hommes à la fois dans les hôpitaux; ce résultat tenait à l'intempérance des soldats anglais, aux influences délétères du climat (notamment dans l'Estramadure ) et un peu aussi à la mauvaise organisation du service sanitaire.
Quant aux armées d'Espagne, Wellington fut obligé de leur fournir des vivres , des armes , des munitions et des objets de toute espèce, chaque fois qu'il voulut en tirer parti; c'est ce que prouvent notamment les campagnes de 1812, 1813 et 1814, les seules où les troupes nationales aient obtenu quelques succès.