C. de W
(général Muffling).
Geschichle der zertrùmmerung des Napoleonischen Heeres, durch die schlacht von Belle-Alliance. Braunschweig, 1843.
Geschichte des Feldzugs der englisch-hanôvrisch - niederlândisch - braunschweigschen Armée, unter Herzog Wellington, etc.
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Année 1852.
ADDITIONS et rectifications.
Nous avons attribué à un ordre de Napoléon le mouvement qu'exécuta le duc de Raguse, en juin 1811, dans le but de faire lever le siège de Radajoz(1).
La publication des Mémoires du duc de Raguse nous a donné la preuve que l'initiative de celte opération judicieuse appartient à Marmont et non
à l'empereur. On trouve, en effet, dans le tome IV, une lettre du 27 mai 181 1 par laquelle Soult accuse réception au duc de Raguse d'une dépêche du 16, annonçant le projet de mettre dans les premiers jours de juin l'armée de Portugal en marche pour délivrer Badajoz.
L'extrait suivant d'une dépêche écrite le 3 juin par Berthier au duc de Raguse, atteste que ce projet n'émanait pas de l'empereur :
« Sa Majesté me charge de vous faire connaître, monsieur le ma- * réchal, qu'il est nécessaire que votre artillerie soit bien remontée et
bien approvisionnée avant de faire aucun mouvement important ; « qu'il faut que vous ayez au moins 60 pièces de canons attelées, avec « leur approvisionnement, et que votre armée soit parfaitement re- < posée et réorganisée. »
Malgré cette recommandation, le duc de Raguse se mit en marche dès qu'il eut réuni 36 pièces. 11 annonça sa résolution au major-général le 31 mai. Le prince de Neufchâtel lui répondit le 17 : « Sa Majesté a vu avec peine que vous n'ayez mené que « 36 pièces de canon, il vous en eût fallu 60. »
L'opération réussit néanmoins, et le duc de Raguse fut complimenté au nom de l'empereur.
L'impartialité nous fait un devoir de rectifier îe sens de la phrase suivante (1 ) :
« Néanmoins, comme si le duc de Raguse eût craint de partager >< avec le frère de l'empereur une victoire qu'il jugeait certaine (Sala- « manque), il résolut de prendre l'initiative avant l'arrivée de la cava- « lerie de l'armée du Nord et des secours amenés par Joseph. »
Les documents publiés par le duc de Raguse permettent d'affirmer que le commandant de l'armée de Portugal ne reçut avis du mouvement de Joseph que le lendemain de la bataille (23 juillet, à midi).
Vainement il avait sollicité des secours de l'armée du Centre. Le 30 juin, Joseph lui avait fait écrire par Jourdan qu'il ne devait rien attendre de Madrid « mais qu'on avait réitéré au duc de Dalmatie « l'ordre de diriger le général Drouet sur la vallée du Tage, si lord « Wellington appelait à lui le général Hill. »
Jourdan ajoutait : « comme il serait possible, le cas arrivant, que « cet ordre ne fût pas exécuté assez promptement, Sa Majesté désire-
(1) T. II, p. 26,
« rait que vous profitassiez du moment oh lord Wellington n'a pas toutes i ses forces réunies pour le combattre. »
Quelques jours après l'envoi de cette lettre, le roi, changeant d'avis, rassembla environ 12,000 combattants (1), pour venir au secours du duc de Raguse. Mais, au lieu d'informer immédiatement le chef de l'armée de Portugal de cette résolution, il attendit jusqu'au 21 , jour même de son départ de Madrid. Il expédia ses courriers par six voies différentes (2). Le premier n'arriva que le 23, à midi (3) : «Je n'ai abso- « lument rien su, dit Marmonl; j'ai complètement ignoré sa marche, « et j'ai gémi de l'aveuglement de Joseph, qui refusait son concours à « mes opérations, sur le succès desquelles son salut était fondé. Si « j'avais eu ce secours c'étaient de grandes chances de succès de « plus; et si j'avais été victorieux, quoique Joseph fût présent, je ne « pense pas que ma gloire eût été moindre (4). »
Nous compléterons ces explications par l'extrait suivant de la réponse faite par le duc de Raguse à une lettre du 1 4 novembre 1812, par laquelle le ministre de la guerre demanda au maréchal des renseignements justificatifs sur sa conduite avant la bataille.
Cette réponse est datée de Bayonne, 1 9 novembre 1812.
« L'empereur demande pourquoi je suis sorti de ma défensive du Duero, et pourquoi j'ai passé de la défensive à l'offensive.
« J'ai repris l'offensive : 1 ° parce que j'avais acquis la certitude que je ne pouvais compter sur aucun renfort de l'armée du Nord ; 2° parce qu'aucun secours de l'armée du Centre ne m'était ni promis ni annoncé que dans le cas où le général Hill se réunirait à Wellington ; 3" parce que l'armée de Galice avait passé l'Orbigo, que les milices portugaises avaient passé l'EsIa et qu'en différant peu de jours j'allais me trouver dans la nécessité de détacher un corps de six ou sept mille hommes et de cinq cents chevaux pour leur faire tête et me couvrir de ce côté , ce qui m'aurait affaibli d'autant vis-à-vis de l'armée anglaise qui alors, sans doute, serait venue à moi ; 4° parce que les instructions écrites du roi, en date du 18 juin, dont je joins ici copie, me prescrivaient d'attaquer lord Wellington si le général Hill n'avait ooint fait sa jonction avec lui et qu'une lettre du maréchal Jourdan du
(1) 6,000 hommes d'infanterie et 3,000 chevaux.
(2) Voir la lettre du 24 juillet de Jourdan à Marmonl.
(3) Mémoires du duc de Raguse, I. IV, p. 142, 473. [i] Ibid., t. IV, |>. 142.
30 juin (la dernière que j'aie reçue de Madrid), en m'exprimant l'étonnement du roi sur ce que je n'avais pas encore attaqué les Anglais, me pressait de le faire, dans la crainte que le général Hill ne rejoignît lord Wellington et que ma position ne s'empirât.
« Je vais donner sur chacun de ces articles les explications nécessaires.
« 1 ° A l'ouverture de la campagne, le général Caffarelli me fit les plus belles promesses ; et j'étais autorisé, d'après ses premières lettres, à croire que, dans le courant du mois de juin, je recevrais un puissant renfort de l'armée du Nord. Ce fut en grande partie l'obligation où j 'étais de l'attendre, et d'autres circonstances que mon rapporta fait connaître, qui occasionnèrent alors la prise des forts de Salamanque. Les lettres des 20, 26 juin et 1 1 juillet, du général Caffarelli, en exagérant d'une manière ridicule la force des bandes, le danger d'un débarquement dont les côtes étaient menacées (débarquement qui s'est réduit à peu près à rien, attendu que la flotte qui était en vue n'avait pas quatre cents hommes de troupes à bord), m'annoncèrent successivement la diminution des renforts qu'on devait m'envoyer; et enfin, par sa lettre du 26 juin, il m'annonça que je ne pouvais plus compter sur un seul homme d'infanterie. La copie de cette lettre est ci-jointe; elle lèvera toute espèce de doute à cet égard. Restaient donc seulement la cavalerie et lartillerie, dont la promesse n'avait pas discontinué, mais qui ne s'effectuait pas. Je crus cependant fortement à l'arrivée de ce dernier secours, et j'attendis ; mais je fus instruit bientôt qu'au lieu de quatre régiments sur lesquels j'avais droit de compter, la légion de gendarmerie avait ordre de rentrer en France et ne viendrait pas, et que le général Caffarelli, qui voulait conserver près de lui un corps de cavalerie, j'ignore dans quel objet, gardait le 15e de chasseurs, et qu'enfin ce secours, si solennellement promis, se réduisait à six cents chevaux des 1er hussards et 51e chasseurs, et huit pièces de canon, qui étaient réunies à Burgos depuis le 15 juin, mais dont le départ, constamment annoncé, ne s'effectuait jamais. J'attendis encore, et tant que le retard à mon mouvement n'empirait pas ma situation ; mais, lorsque j'eus la certitude que l'avant-garde de l'armée de Galice était arrivée à Rio-Seco, et que, selon les apparences, j'aurais, sous peu de jours, sur les bras quinze mille hommes, de mauvaises troupes sans doute, mais qui me forceraient à un détachement de six à sept mille hommes et de cinq cents chevaux, je n'hésitai pas à négliger un secours de six cents chevaux, qui devenait nul, puisque j'étais obligé de l'opposer à l'armée de Galice, et qui, pour l'avoir attendu, me force-
rait à m'affaiblir de six ou sept mille hommes d'infanterie. Le retard de l'arrivée de ces six cents chevaux était inexplicable, car le général Caffarelli ne pouvait en faire aucun usage. Aucun obstacle ne s'opposait à leur arrivée à Valladolid, et, quoiqu'ils n'en fussent qu'à trois marches, je les attendais vainement depuis un mois. Il ne pouvait donc y avoir que l'ineptie la plus complète ou l'intention formelle de me tromper dans tous mes calculs qui pût ainsi retarder sa marche. L'une et l'autre hypothèse m'empêchaient également de prévoir quand ces délais auraient enfin un terme ; mais le péril était là, et chaque jour le rendait plus imminent. Je ne pouvais donc pas tarder à me décider ; mais, quand même l'armée de Galice n'eût pas dû venir jusqu'à moi, la conservation d'Astorga exigeait que je hâtasse mes opérations; car, quelque effort que le général Bonnet eût fait pour approvisionner cette place, il n'avait pu y réunir des vivres que jusqu'au 1 er août. Cette place était bloquée, et, pour la délivrer, je ne pouvais pas faire un détachement moindre de sept ou huit mille hommes ; mais ce détachement ne pouvait être fait qu'après un succès sur les Anglais, et après les avoir éloignés du Duero, car ce détachement, fait avant, aurait mis l'armée de Portugal en péril; et, l'armée de Portugal battue, ce détachement, jeté hors de sa ligne naturelle, eût été bien compromis. Il fallait donc éloigner l'armée anglaise pour faire le détachement d'Astorga; et, si l'on calcule qu'il fallait bien compter sur huit à dix jours en opérations contre les Anglais, et que, de Salamanque, il y a huit marches jusqu'à Astorga, on peut juger qu'il n'y avait pas de lemps à perdre, le 1 6 juillet, pour sauver une place qui n'avait de vivres que jusqu'au 1 " août. Aussi, le 1 6 juillet, n'ayant aucune nouvelle du départ de Burgos des six cents chevaux et des huit pièces de canon de l'armée du Nord, et, tout étant prêt pour mon passage du Duero, je l'effectuai le 17 au matin.
<r 2° La lettre du roi du 4 8 juin m'annonce que les quatre mille hommes que Sa Majesté faisait réunir dans la Manche se réuniraient au comte d'Erlon pour venir au secours de l'armée de Portugal, si celui-ci était dans le cas de venir s'y réunir; mais celui-ci ne devait y venir que dans le cas où Hill rejoindrait Wellington : Hill n'avait pas rejoint Wellington. Ainsi je n'avais rien à gagner à attendre, puisque je ne devais être renforcé que dans le cas où l'armée ennemie aurait reçu un accroissement à peu près de même force.
« Tout ce qui concerne les mouvements de l'armée de Galice vient d'être expliqué plus haut, et n'a pas besoin de nouveaux détails.
« 4" La lettre du roi est formelle, elle me trace la marche que je
dois suivre ; il est de mon devoir de ne pas m'en écarter. La lettre du 30 juin du maréchal Jourdan, écrite au nom du roi, devient plus pressante ; elle paraît m'accuser de retard dans mes opérations, elle me presse d'agir; sans doute qu'il était de mon devoir de le faire. Les originaux de ces deux lettres sont entre mes mains, et les copies en sont ci-jointes. Les craintes du roi, exprimées dans la lettre du maréchal Jourdan, que le comte d'Erlon n'arrive pas en même temps que le général Hill dans le bassin du Duero, étaient extrêmement fondées, et on ne peut douter que, ce cas arrivant, le comte d'Erlon, quelque diligence qu'il eût faite, ne fût arrivé quinze jours après le général Hill. En effet, les Anglais avaient fait rétablir en charpente, par un travail de six semaines et avec beaucoup de moyens, la coupure de quatre-vingt-dix-neuf pieds faite au pont d'Alcantara; cette communication entre les mains des Anglais donnait au général Hill le moyen de venir d'Albuera sur la Tormès en huit ou neuf marches, et le pont, pouvant être détruit en un moment, était enlevé au comte d'Erlon, qui n'avait pas les moyens de le rétablir. D'un autre côté, avant l'ouverture de la campagne, le général Hill avait fait un coup de main sur le pont d'Almaraz, avait détruit les barques et tous les agrès : il ne restait donc au comte d'Erlon d'autre passage que le pont de l'Arzobispo, ou de venir par la Manche; mais la route qui conduit au pont de l'Arzobispo n'est pas praticable pour l'artillerie; il eût fallu la démonter, et ce travail eût demandé plusieurs jours. S'il eût pris la route de la Manche, ce retard eût été beaucoup plus long. Enfin, après avoir passé le Tage, il n'avait d'autre chemin à prendre, pour se rendre dans le bassin du Duero, que celui du Guadarrama, afin d'être plus facilement en liaison avec l'armée de Portugal, et ce détour lui eût fait perdre encore plusieurs marches. Ainsi, soit par les obstacles que le pays présentait, soit par les détours qu'il était nécessairement obligé de faire, il devait arriver longtemps après le général Hill ; et cependant, que de chances encore, comme la difficulté de subsister dans le désert qu'il avait à traverser, etc., qui pouvaient arrêter sa marche! Rien n'était donc plus convenable que de faire en toute hâte ce que le roi avait ordonné, c'està-dire d'agir avant que Hill n'eût rejoint Wellington.
« L'empereur demande pourquoi je me suis permis de livrer bataille sans l'ordre de mon général en chef ?
« La lettre du roi du 18 juin, celle du maréchal Jourdan du 30, prouvent que, loin de désobéir à mon général en chef, je n'ai fait qu'exécuter ses ordres.
« Enfin, l'empereur demande pourquoi je n'ai pas au moins re-
tardé de deux jours de donner bataille pour avoir les secours que je savais en marche ?
« La raison en est simple : je ne comptais pas donner bataille le 22 juillet; c'est l'ennemi qui a attaqué, et, sans ma blessure, il n'y en aurait pas eu : ceci demande plus de développement.
« Je n'ai été instruit de l'itinéraire des six cents chevaux et de l'artillerie de l'armée du Nord que le 21 dans la soirée. Dans ce moment, presque toute l'armée avait passé la Tormès. Si j'eusse reçu cette nouvelle cinq heures plus tôt, il n'y a aucun doute que je n'eusse suspendu ce mouvement et que je n'eusse attendu dans le camp d'Aldea-Rubea l'arrivée de ce renfort; mais, en ce moment, faire rétrograder toute l'armée eût été une chose mauvaise dans l'opinion et inutile, puisque je pouvais également prendre position sur la rive gauche de la Tormès, et d'autant mieux que ce pays est peu favorable à la cavalerie, dans laquelle j'étais inférieur; et ce mouvement rétrograde eût été contraire à la suite des opérations, puisqu'il me faisait abandonner l'avantage marqué que j'avais obtenu d'occuper sans combat le sommet du plateau qui sépare Alba de Tormès de Salamanque, plateau que je devais supposer qui me serait vigoureusement disputé, et où j'avais gagné l'ennemi de \itesse, plateau extrêmement important, puisque c'était par là seulement que je pouvais manœuvrer l'ennemi avec quelque apparence de succès, menacer sa communication avec Rodrigo et le forcer à sortir des positions qui entourent Salamanque; enfin arriver au but que je m'étais toujours proposé, de le combattre en marche. »