‹ Histoire du eiel et de la terre: nouvelle physique célesteChapitre 12 sur 22 · SIXIÈME QUART · texte numérisé non relu

SIXIÈME QUART

La lune a, sur les mouvements météorologiques, une influence non moins marquée que celle du soleil ; mais elle est diamétralement opposée d'effet à celle de cet astre. Notre satellite est une caase puissante de froid et de pluie, lorsque le soleil est une cause de chaleur et d'évaporation. — Il n'est pas impossible de pouvoir, par les calculs astronomiques, prévoir longtemps d'avance, non-seulement les années sèches et les années pluvieuses, mais aussi la température de chaq|ue mois. — La météorologie est uqe science toute mathématique ; et, même, de grands mouvements météorologiques peuvent être produits par des moyens mécaniques. — Ce que sont que les aérolithes, les étoiles Glantes et les comètes 290 à tH52

oi«©@»io-

— Eh! monsieur, malgré votre prétention, comme savant marin^ à l'honneur d'être un jour membre correspondant de l'Académie française, vous ne connaissez en astronomie c[ue la moitié des choses.

— Votre présomption est si grande, mon petit monsieur, que je ne doute pas qu'elle vous pousse jusqu'à vouloir traiter d'étourdis les plus hauts génies dont la science astronomique^e glorifie d'avoir fait surgir de l'humanité.

— Que savez-vous en astronomie? Je ne parlerai pas des influences planétaires sur la météorologie : une de nos plus grandes célébrités scientifiques a trop hautement avancé, dans V Annuaire du Bureau des Longitudes de l'an 1846, que la météorologie « Ne sera jamais une branche de l'astronomie PROPREMENT DITE , » pour quc moi, obscur observateur du ciel, j'osasse donner brusquement un démenti à cette assertion si hautement faite par un homme dont la réputation de savoir beaucoup est si solidement établie, qu'il ne serait pas sans croyants, s'il annonçait que le soleil et la lune ont permuté leur rôle.

i PHYSIQUE €ELESTK.

» Ainsi, grâce à celte déclaration si explicite du môme auteur : « Jamais, quels que puissent être les progrès des sciences 9 les sas^anls de bonne foi et soucieux de leur réfmtation ne se hasarderont à prédire le temps, » voilà, par un trait de plume tenant lieu d'un trait de génie, l'astronomie bien vite débarrassée de sa plus épineuse difficulté, du problème à la solution duquel les plus hautes intelligences humaines se sont usées. Pauvres Galilée, Kepler, Wallis, Wren, Hugiens et Newton, etc., vous ne vous attendiez guère à ce qu'il viendrait un jour où serait traité de marotte ce désir brûlant d'être utile à l'humanité; désir qui vous portait à la recherche de renchaînement mystérieux des aspects célestes aux mouvements de la météorologie. Pauvres sots! nous faisons mieux, nous modernes savants. Fi! donc, nous ne prétendons pas vieillir comme vous sur la tâche pénible! Nouveaux Alexandre, nous n'essayons même pas à délier ce nœud Gordien de la science, nous le retranchons du catalogue des découvertes à faire.

» Et toi, illustre Lalande, toi si fier de la réputation que te donna ta science vraie, combien, si elle n'est pas encore descendue des régions de l'atmosphère pour animer un second homme de mérite, doit gémir ta grande âme en voyant tes ingrats successeurs, que tes travaux revêtent du manteau de la gloire, argumenter que dans ta science tu n'étais pas de bonne foi et soucieux de ta réputation ; car, loin de croire que les mouvements des corps célestes n'avaient pas d'influence sur la météorologie de notre planète, tu prétendais, oh ! comble de ridicule! qu'ils enfantaient des maladies, ainsi que le crurent les plus grands philosophes de l'antiquité. Dans ton esprit béotien tu allais jusqu'à présumer que ces mouvements étaient la cause du retour des crises chez les malades; et tu conseillais aux médecins d'établir un catalogue où seraient précisé le jour et l'heure de ces crises, afin d'en retirer par l'astronomie des conséquences précieuses pour l'humanité.

— Lorsqu'on a récapitulé toutes les observations météorologiques faites pendant des siècles, et qu'il fût impossible à nos hommes de science de pouvoir en faire sortir une consé-

PRÉLIMINAIKË. S

quence qui puisse faire correspondre les mouvanenis planétaires an retonr des mêmes phénomènes météorologiques qui primitivement coïncidaient à ces aspects célestes> on peut, je pense, fortement présunier que la solution du problème est impossible !

— Il ne faut pas croire qu'une cbose est impossible par cela seul que nous ne savons pas comment elle peut se faire. Je ne vois que de l'orgueil blessé de son impuissance dans celui-là qui ose likniter Tintelligence humaine et prétendre que « JAMAIS, quels qne puissent être les progrès des sciences, » une chose ne pourra être faite parce qu'il ignore comment elle se fera.

— Vous êtes sans pitié pour une expression malheureuse.

— Je suis sans pitié pour quiconque doute de la puissance de rhumanité. £h, quoi ! peut-ii appartenir à des hommes de dire : là doit s'arrêter le regard de l'homme ! î)ieu luimême se l'est défendu en donnant l'infini pour limite à l'intelligence humaine.

— Sur ce point de vue, nos savants ne seraient encore qu'à l'A B G des connaissances naturelles.

'— En astronomie ils sont loin de posséder même les principaux rudiments de cette science. Pouvez-vous m'expKquer la cause de cette force mystérieuse que vous nommez attraction parce qu'elle enchaîne irrévocablement entr'eux les globes célestes? D'où vient celte autre puissance diamétralement opposée d'effet à l'attraction, et qui fait fuir de Tun de l'autre ces globes que Tattraction précipite les uns sur les autres? Vous connaissez quelques effets de ces deux forces opposées, parce que les mouvements célestes vous les ont matériellement dévoilés; mais vous êtes loin de pouvoir apprécier leurs effets les plus intimes, et leurs causes sont toujours pour tous des mystères incompréhensibles. Or, comme la révélation des lois de la météorologie est intimement liée à la connaissance parfaite des effets et des causes qui produisent les puissances attractive et répulsive «qui gèrent les mondes célestes, il n'est pas étonnant que nos

astronomes, qui ne sont pas encore arrivés à cette connais*sance, ne puissent pas trouver dans Tastronomie les lois qui régissent la météorologie. Toute votre science astronomique, avouez 'le, n'est jusqu'ici que Tart de calculer certains mouvements planétaires.

— Est-ce que cela n'a pas sa sublimité?

— Sans doute, auprès du peuple; mais le premier élève venu de la marine de la République française en sait autant que vos astronomes; et je ne vois pas, sauf Futilité que seuls nous en retirons, nous autres marins, que votre science astronomique, telle que vous la possédez, soit d'un grand intérêt moral et pbysique pour le reste de Thumanité. Pour les peuples vous ne faites marque d'existence comme savants que lorsque vous leur annoncez le spectacle inutile d'une éclipse ; et cependant il y a, selon moi, d'assez beaux et imposants modèles dans le gouvernement du ciel pour |que l'astronomie ne restât pas seulement une science de chiffres, mais pour devenir science morale et politique. Dieu en permettant que le génie de l'homme puisse atteindre à l'intelligence de la grande œuvre de la création, ne voulut pas que notre curiosité fût seule satisfaite, mais que l'humanité retirât de grands et utiles enseignements de la connaissance des rouages qu'il imposa à la matière; car étant nous-mêmes matière, nous ne pouvons découvrir aucune de ses propriétés et des lois qui la régissent sans que nous ne trouvions en nous de ces propriétés, et dans la production de notre volonté qui enfante nos actions, une obéissance instinctive aux lois imposées par Dieu à la gestion éternelle de la matière.

> Considérée sous ce point de vue, l'astronomie ne peut plus être qu'une science de chiffres, une science à part, mais bien la science unique, la science morale et politique qui un jour doit régir les peuples ; car le gouvernement du ciel est l'image complète du gouvernement le seul immuable, le seul applicable aux peuples de l'humanité, que Dieu dans sa bienveillance offre aux yeux de l'intelligence de l'homme. L'humanité est donc en droit, comme jadis le demandaient

les peuples de l'antiquité, de se faire expliquer par les astronomes les volontés du ciel.

— Bon ! monsieur Arago et compagnie ont grand tort de ne pas prendre le haut bonnet de l'astrologue et de prophétiser dans les rues.

— Vous jouez sur les expressions ; ce n*est pas dans ce sens absurde que l'astronome doit expliquer les volontés du ciel; je n'en veux pas faire un devin, comme il le fut jadis eM prenant la fausse voie de la science, mais seulement un imitateur de la céleste politique qui gouverne les sphères.

— C'est-à-dire que vous voudriez de la science de vérité faire la science des utopies.

— • Je vous arrête là, capitaine; cette supposition est trop indigeste pour que je ne puisse pas ra'apercevoir de la lourde erreur qu'elle renferme. L'astronomie telle que nous la possédons maintenant est-elle bien la science de vérité? Est-ce une vérité de dire que lorsque la terre, notre planète, est un verger agréable de fraîcheur. Mercure est un monde brûlant sur lequel nos métaux seraient à l'état de liquides et nos liquides à celui de vapeurs, et cela parce que New^ton, Laplace et tous messieurs de l'Observatoire ont avancé et soutenu cette bévue scientifique ! Est-ce une vérité de dire que lorsque la température de Mercure offre assez bien celle du fourneau d'un fondeur de cuillères, le brillant Jupiter, masse énorme d'un volume 1,470 fois plus grand que celui de la masse de la terre, est un immense glaçon dont le froid serait 27 fois plus considérable que celui des régions polaires de notre planète? Il faut croire à cette seconde bévue comme à beaucoup d'autres en astronomie, parce que des hommes illustres les ont avancées. Et ce pauvre Saturne, de quelles glaces ne couvrez-vous pas, toujours d'après les calculs de messieurs de l'Observatoire, la surface blafarde de ce vieillard, dont le froid de ses longs hivers est 90 fois plus grand que celui des hivers de la terre î

» ïl faut l'avouer, vous êtes ici conséquent dans votre erreur; il est juste qu'Uranus, père de Saturne d'après la

ê PHYSIQUE CÉLESTE.

Fable^ ait sa température plus froide que celle de monsieur son fils ; aussi Tavez-vous faite 4 fois plus basse. Ce qui porte le froid de cette planète, reléguée aux dernières limites connues du système solaire, à 360 fois plus intense que celui de la terre, seule dans Tempire du soleil qui soit si heureusement privilégiée; car toutes les autres planètes du même système sont ou trop chaudes ou trop froides, toujours d'après messieurs de TObservatoiré, pour qu'elles puissent être honorées de Tintime faveur de produire et de nourrir sur leurs surfaces un animal aussi raisonnable que Thomme* Oh! ridicule pygmée, homme de la terre, serais-tu dans l'infini le seul être pensant sorti de la matière? Si cela était, tu ne serais pas pour ton Créateur un splendide sujet d'orgueil. Allons» avouez-le; tous ces creux calculs de vos astronomes n'ont- ils pas produit les plus ridicules utopies, desquelles ne peut sortir que les conséquences les plus dangereuses pour la théologie et la philosophie nouvelles qui doivent naître de la science du ciel, si ces utopies n'étaient pas tuées par leur trop grande absurdité; car la raison seule réfute ces erreurs grossières. L'idée qu'on, se fait de la sublime prévoyance du Génie créateur défend d'y croire.

» D'ailleurs la science, mais la science vraie, c'est-à-dire l'observation, suffit pour les réduire à leur nullité. Vous accordez à Jupiter une lumière 27 fois moindre que celle de la teri^; et Jupiter, malgré sa grande distance donous, laqœUe diminue, pour un observateur de notre planète, l'éclat de Jupiter coomie augmente le carré de cette distance, nous paraît une des planètes les plus brillantes, lorsqu'il devrait se BSMintTer à nous sous une lumière très-faible. Nous pourrions «Ure à peu près la nkême chose de Saturne, qui devrait ne pas être vu de la terre à l'œil nu, puisque la lumière qu'il reçoit du soleil est 90 fois moindre de celle que reçoit la terre du même astre; et la distance de Saturne à la terre étant trèsrrgrande, diminue encore considérablement la somme de lumière réfléchie que Saturne nous envoie. Ainsi l'astronomie est jt^u'ici bien loin de toucher à L'élément qui .doit ea faire la science de vérité; eiie repose eqtcore sur dea

bases fausses, parce qu'elle efifante des utopies et donne jour à des hypothèses erronées. Il n'est nullement étonnant que de toutes les sciences elle soit pour notre siècle la plus arriérée, et que ses fruits soient presque nuls pour le bien-être de rbumanité.

— J'avoue que les calculs de Laplace sur la lumière et la chaleur que chacune des planètes reçoit du soleil donnent d'étranges conséquences; mais pouvez- vous trouver mieux?

— Si je ne croyais pas pouvoir le faire, je me tairais. Le système des ondulations inventé par Descartes et celui d'émission par Newton sont tous deux aussi inconséquents, aussi inexplicables, quelque grande que vous fassiez sur sa lumière et son calorique la mystérieuse puissance expulsive du soleil, par lui-même toujours brûlant miraculeusement, et quelque grande rapidité que vous donniez au tournoiement des tourbillons surnaturels de Descartes, Ces deux systèmes sont trop riches d'imagination pour qu'ils puissent être vrais ; la nature est plus simple dans ses œuvres, et c'est dans cette simplicité d'action que je reconnais la sublimité du Génie créateur. Ce n'est pas se retirer d'embarras et répondre aux choses que de rendre compte d'une difficulté par une difficulté non moins grande et non moins inexplicable, comme le firent Descartes, Newton et leurs disciples.

— Eh ! monsieur, vous montrez là une audace bien téméraire ! Du plus grand géomètre^ de Laplace, vous voudriez presque en faire un étourdi et de Newton un inconséquent.

— Tel n'est pas ma pensée. Je veux seulement vous convaincre que ces deux grands génies ont eu des distractions intellectuelles vraiment extraordinaires chez des hommes d'une si haute conception. D'ailleurs l'histoire de toutes nos célébrités scientifiques et philosophiques ne nous démontret-elle pas que c'est en quelque sorte le cachet du plus haut génie que de laisser se fairfiler une erreur dans l'enfantement des plus grandes vérités. Il semble que la Pirovidence veuille que l'hoiiftme, dans- son essor vers les régions célestes de la lumiène conserve toujours quelque chose de la fai-

Il PHYSIQUE CÉLESTE.

blesse humaine, afin qu'il ne puisse oublier dans ses triomphes les plus grands qu'il esl homme avant tout. Dieu seul est infaillible, parce qu'il est...

— Bon! vous voilà lancé dans vos phrases!... Foi d'ami, vous seriez mieux placé dans une chaire de théologie que sur un ban de quart. Un marin prédicateur, la chose est vraiment plaisante!... c'est un phénomène rare, et je vous remercie de m'en avoir fourni le spectacle !

— Oubliez-vous que nous traitons de Bieu, puisque nous parlons de la grande œuvre, de la création. Trêve de plaisanteries sur mes expressions professorales, car je ne pourrais sans elles atteindre mon but : vous convaincre que Dieu voulût qu'il n'y eût dans notre système planétaire, empire du soleil, aucune planète de premier ordre qui ne soit physiquement en tout semblable à la terre, soit dans son degré de calorique et de lumière émanés de l'action solaire, soit dans tous les phénomènes météorologiques et par ce organiques; enfin, qu'il n'y a aucun monde privilégfé dans le monde de l'infini, pas même les brillants soleils, sur lesquels nous vivrions aussi bien à notre aise que sur notre pelite planète.

— Ainsi, ce qui s'est passé, se passe et se passera sur la terre, a eu lieu, a lieu et aura lieu sur les autres sphères du firmament? '

— Lorsqu'on voit dans un monde se produire les effets météorologique et les mouvements extérieurs qui ont lieu pour un autre globe, nous devons croire que pour tous doivent résulter les mêmes conséquences physiques, puisqu'elles ont les mêmes moteurs. >

Cette discussion est une des mille discussions que j'eus dans ma traversée de l'Europe à l'Amérique] méridionale

avec le capitaine du W de New- York, homme vraiment

de science et sous les ordres duquel j'étais alors.

La navigation dans les moyennes latitudes est toujours très -animée par les manœuvres fréquentes qu'exigent les

PRËLIMlNAmE.

déplacements nombreux des vents variables. La vie du mariu est alors des plus actives. Mais lorsqu'on aborde les ré^ gions tropicales, le beau ciel de ces climats et la majestueuse tranquillité de Tocéan sur la surface azurée duquel soufflent des zépbirs constants n'ont des cbarmes que pour les premiers jours : c'est l'image du bonheur parfait, et comme de lui, on se fatigue bien vite de cette vie uniforme. Il faut du contraste, il faut des tempêtes pour chasser la monotonie de cette navigation qui donne le spleen.

Il n'existe pas, je crois, d'existence plus fastidieuse que celle d'un officier de marine dans une longue traversée sous la zone torride, lorsque le ciel, d'une sérénité ennuyeuse, lui refuse la distraction d'un ouragan. Vous le voyez, le visage aussi sinistre que celui du traître de mélodrame, courir de l'arrière à l'avant et vice versa sur l'étroit passage que lui laisse le pont de son navire ; dans la pantomime de cette promenade fiévreuse il sue de tous ses pores l'impatience et la fureur impuissante du lion captif dans sa cage. Il menace du regard le ciel, qui d'un calme imperturbable cloue, par un vent fatalement uniforme, la voile sur une amure constante. Son pied frappe la planche qui le porte^ comme pour narguer par une audace insultante la mer dans sa beauté, afin de la forcer à s'irriter contre le téméraire, espérant au milieu de ses flots courroucés perdre avec l'immobilité physique l'immobilité morale qui le consume. Il demande la tempête avec la même ardeur que le prisonnier demande la liberté.

Depuis que nous avions atteint les vents alizés, le ciel^ pendant de longs jours, ne nous avait pas encore gratifiés de quelques tempêtes, bruyants plaisirs de la mer, et nous nous ennuyons, comme c'est l'ordinaire. Il est vrai que le capitaine et moi nous nous étions forgé des distractions dans des piques de calculs nautiques ; nous nous étions donné à résoudre l'un à l'autre des difficultés géométriques touchant la recherche des latitudes^ des amplitudes et des longitudes, et c'étaient des jours de fête que les jours où nous pouvions faire les observations des distances. Mais après avoir épuisé tout le répertoire de notre Hydrographie et y avoir même

ajouter en appendice quelques découvertes de notre crû, nous retombions insensiblement dans le gouffre que nous voulions éviter, dans Tennui.

Il fallut aviser à un autre expédient pour faire renattre les disputes et les contradictions ; et comme nos caractères avaient trop de sympathie pour ne pas faire de nous deux amis, que non-seuiement ne pouvaient pas désunir quelques chicanes dans l'administration du navire, mais qui ne permettaient même pas qu'elles pussent naître, ce n'était que dans la philosophie et dans la science que nous pouvions trouver en nous quelques discordances d'opinion. Nous conseillerons à tous les marins ce procédé de distractions; il est inépuisable.

Notre état de navigateurs et le beau ciel des régions torrides, où le firmament possède ses mondes célestes les plus brillants, nous portaient naturellement aux discussions astronomiques, et un jour nous voulûmes savoir si le ciel était réellement ce que MM. de l'Observatoire nous le disent. Le capitaine de notre navire, quoique naviguant alors pour la marine marchande des États-Unis, était un savant; il avait beaucoup étudié, et pouvait passer pour un astronome ferré. Quant à moi, j'étais loin d'être aussi riche; mais si j'avais moins appris» je crois que j'avais plus pensé que lui. 11 n'est donc pas étonnant que je devais remplacer par le travail de la réflexion ce qui me manquait en science apprise.

Les éléments que chacun de nous apportait à la discussion devenaient ainsi des plus féconds et des meilleurs pour ne pas la laisser mouriv. Si tous deux nous eussions été au même degré de science acquise dans les auteurs, et que nous eussions pris ces derniers à la lettre, comme faisait notre capitaine, qui avait pour les célébrités astronomiques un respect religieux, nos conversations n'auraient toujours été que de longs mémoratife de découvertes d'autrui et anciennes, et la dispute n'apurait plus été que dans la possession do la parole pour les rapporter. Nous aurions ainsi toujours continué à nous ennuyer, et cela parce que nous aurions tous deux été savant» au même degré.

Nos discwssioiia as^roBomiques furent si vives et prirent un degré d'intérêt si puissant, que non-seulement nous ne les abandonnâmes pas dès que nous pûmes nous en passer pour nous distraire, mais nous les continuâmes longtemps encore après. Or, maintenant nous sommes arrivés à un autre genre de discussion : nous prétendons tous deux avoir raison. Pour moi, je présume être arrivé â un tel degré de triomphe sur notre capitaine, que je crois avoir remporté sur lui une victoire complète; mais, en adversaire obstiné, il résiste encore. Sa confiance dans les retranchements abattus que lui avaient fournis les systèmes de Newton et de Laplace est si grande, qu'en les voyant détruits il n'en peut croire ses yeux. Aussi, il ne veut pas avouer sa défaite, et se tient toujours pour n'être pas tout à fait vaincu.

Pour décider entre nous deux, nous résolûmes de prendre pour juge un tiers compétent ; ce tiers ne peut être que le collectif des hommes de la science astronomique. Pour n'influencer personne, nous ne rapporterons ici de chacune de nos discussions scientifiques que le dialogue aussi exact que s'il avait été sténographié par un auditeur.

Le capitaine venait de secouer les cendres de son cigare. J'en fis autant; car ce geste était toujours chez lui le prélude d'une attaque, et je me tenais prêt â la riposte.

-^ Savez-vous, monsieur, me dit-il, que si vous prouver la réalité des choses que vous [Nromettez à l'astronomie, vous ferez marque de la plus belle imagination dont un homme puisse être orné.

— Il est, capitaine, une vérité de laquelle doit se pénétrer tout homme qui travaille à l'œuvre de la progression des connaissances humaines, c'est que l'esprit de l'homme, loin de pouvoir ouvxir par le seul travail de l'imagination des voies nouvelles à la science, s'égare toujours et recule l'époque des grandes découvertes.

— Vous niez ainsi â l'homme te pouvoir d'invention*, et par ce la puissance de son génie.

— La nature, plus bienveillante pour l'espèce humaine que bien des rêveurs inutiles le déclament, en créant Thomme intellectuel n eut pas en vue de produire un émule du Grand Être, et dont le génie aurait le don de la création. L'homme» étant une créature et non un créateur, ne peut trouver que des choses existantes, créées avant même son espèce. Mais Dieu se montra si bienveillant dans l'organisation humaine, qu'il voulût qu'elle fût telle qu'elle puisse, par l'unique travail de l'observation des mouvements des choses et par la récapitulation de ces mouvements, s'élever à^la plus haute intelligence que puisse atteindre une chose créée, à Tintelligence de la création.

— Vous faites de l'homme une machine.

— Vous prenez Topposé de ma pensée. L'homme est de sa nature vain et paresseux; il lui est plus facile d'imaginer que de trouver par le travail pénible et fastidieux de l'expérience. Aussi son imagination est toujours féconde en splendides systèmes. Quelques-uns de ces systèmes, en flattant l'orgueil de l'homme ou en l'éblouissant par un vain éclat, devinrent chacun le ralliement d'une école; mais ces grands systèmes, fils de l'exaltation d'une imagination en travail, se détruisent mutuellement ; car sous leurs noms retentissants se cache le mensonge. La vérité, toujours modeste, s'avance silencieuse; née de l'observation, elle croît avec elle et par elle. Devant ses lumières progressantes, les brillants systèmes du passé pâlissent et s'évanouissent.

— Cette splendide péroraison me ferait presque pencher vers votre opinion.

— Ce mouvement progressif de la vérité est insensible, et malgré elles entraine les générations. L'homme qui veut ne trouver que le vrai , doit donc se méfier principalement de l'exaltation de son imagination, car elle est son plus dangereux ennemi. Imbu de cette pensée et instruit par l'histoire des siècles, les choses nouvelles dont je veux vous démontrer l'existence sont loin d'être le produit de mon

imagination ; j'ai analysé et récapitulé tous les faits de la science d'observation, afin d'en retirer des résultats applicables à la mécanique céleste. Je n'admets dans le fond rien de nouveau, et je ne traite que de choses déjà bien connues, et desquelles doivent cependant rejaillir de nouvelles et d'importantes vérités.

— Oh ! oh ! vous voulez donc, vous aussi, faire votre petit système planétaire?

— Pourquoi pas? les anciens sont-ils assez parfaits pour qu'on puisse désespérer d'en produire un meilleur?

— J'espère que vous en gratifierez l'humanité par une généreuse publicité?

— J'accepte votre plaisanterie. Oui, je le publierai. » Ainsi fais-je par ce présent opuscule, qui n'est que le prélude d'un grand ouvrage terminé touchant l'histoire du ciel et de la terre, et dont il renferme les bases.

£a le publiant avant ce dernier, mon but est de faire un appel aux savants dont la France est fière autant que de ses gloires militaires. Nourri de leurs doctes recherches, je viens leur demander si les conséquences que j'ai tirées de leurs travaux sont exactes et assez justifiées. C'est un de leurs élèves qui leur rend compte de leurs leçons ; et si de ces combinaisons intellectuelles, que la récapitulation de leurs travaux a fait naître en moi, surgissent de nouvelles propositions, de nouvelles données pour les sciences, la gloire leur en appartient de droit.

Si mes calculs m'ont trompé, si mon imagination m'a tendu quelques pièges auxquels je n'ai pu échapper, je réclame leurs conseils. Toutefois, si dans ce que j'avance il ne se trouve pas la vérité entière, je pense cependant qu'il doit y avoir quelque chose de la vérité, qui, en soulevant un peu plus le voile de la nature, aidera les générations futures à l'arracher en entier. Cette seule pensée me décide à publier de nouvelles bases à la mécanique céleste^ lesquelles, si elles n'étaient pas absolument les réelles, seraient au moins les plus vraisemblables de la physique des mondes.

L'idée de la puissance divine amène à l'esprit de l'homme une conséquence^ un auome, qui devient la première base de la physique céleste. Nous ne pouvons reconnaître puis-* sance suprême que celle qui se suffit à elle-même et n'a nul besoin d'une multiplication de ressorts. Le mécanicien auquel nous reconnaissons une suprématie de génie est celui qui obtient le plus de mouvements par le moins d'éléments; tandis que celui qui a recourt à la multiplicité d'agenls moteurs, obtient toujours un très-mauvais résultat, et nous démontre la faiblesse de son intelligence et de sa prévision. Le Créateur, être intelligent par excellence, dût tout obtenir par une seule force, par Une loi unique. Admettre une autre pensée ce serait admettre, ce qui est impossible, une faiblesse dans la Puissance créatrice. Donc, tous les globes de l'infini ont dû être créés de la même manière et par les mêmes éléments, et sont régis par la même loi qui gouverne notre chétive planète.

Ici de profonds savants... en théologie, vont s'écrier, soutenir même avec une audacieuse impiété que Dieu s'est complu à produire des mondes différents. Or, une telle assertion est impie, insultante (si Dieu pouvait être insulté par les folies théologiques), car elle assimilie le créateur à l'hcxnme qui, par le sentiment de sa faiblesse, se complaît à éprouver l'étendue de sa puissance limitée : action qui n'est que le stigmate de l'impuissance innée et de l'orgueil. Dieu connaît toute sa puissance, et n'a nullement besoin d'en varier les effets pour en apprécier l'étendue. Nous sommes loin de cette orgueilleuse philosophie mosaïque, qui admet que la création est faite pour l'homme; d'où résulte cette conséquence absurde, que la terre n'a été créée uniquement que pour quelques atomes qui végètent sur sa surface, et que les astres gigantesques du firmament sont pour notre demeure des ornements réduits à leur plus faible diminutif.

Si Dieu s'était complu à varier la physique des mondes, il n'aurait pas eu l'intention de nous donner, à nous ridicules pygmées d'ici-bas> une idée des effets de sa toute puissance; car nous a-t-il donné le pouvoir de nous transporter

matériellement de noire planète sur Vénas, Mars, Jupiter, Uranus, etc., pour y explorer ta diversité de ses œuvres? Si chaque globe avait sa physique particulière, ce serait une richesse des plus inutiles dont le spectacle nous serait refusé. Bouc les mondes de Tinfini seraient loin d'être créés pour nous donner une idée de toute Tétendue de la puissance divine. Alors cps créations gigantesques, enfants des caprices d une puissance bizarre, nous donneraient du Créateur une idée fausse et indigne de lui.

Par l'effet même de sa puissance suprême, Dieu n'eut besoin que d un seul mouvement, que d'une seule loi pour tout créer, tout régir dans l'infini de l'infini. C'est alors seulement que l'homme est réellement convié, par le Créateur luimême, au grand spectacle de la nature, spectacle où il lui est permis de jouir de la vue de toute l'étendue de la puissance suprême. De cette sublime action qui se déroule devant lui s'émane la plus pure morale, devant laquelle s'évanouit la morale factice des temps modernes, fille bâtarde du miraculeux et de la superstition.

Alors Dieu, dans toute sa glorieuse puissance, se montre dépouillé des ordures du spiritualisme; et l'homme peut le yoir lui tracer du doigt la route qui seule peut nous conduire au but, aux biens réels pour lesquels nous fûmes créés.

Faire l'étude de notre planète, l'explorer dans ses moindres phénomènes, c'est donc étudier, explorer en même temps tous les mondes matériels de l'infini aussi bien que le monde moral.

L'astronomie plus que toute autre science a eu ses moments de léthargie. De nos jours, où ses lumières se répandent même dans la classe plébéienne, qui croirait qu'il règne chez les hommes les plus initiés dans cette science la plus funeste préyen tion qu'une science puisse fournir? car ces hommes, oracles de la science, prétendent que nous sommes parvenus à ce moment suprême et si désolant à la fois pour les âmes ardentes de découvertes, à ce moment enfin où nous n'aurions plus rien à désirer en astronomie, et où serait écarté autant

ir» PHYSIQUE CÉLESTE.

que l'homme puisse le faire^ le Yoile mystérieux sous lequel se cache la gestion des sphères du firmament.

Ce sentiment que nous avons vu émettre par des professeurs n'est que le stigmate de notre ignorance touchant les phénomènes qui régissent les mondes. D'ailleurs, pouvonsnous croire à une chose dont nous ne nous doutons même pas de Texistence? 11 n'est que les sensations reçues de choses analogues, qui, par leur récapitulation dans notre esprit, c'est-à-dire mémoire, puissent se combiner entr'elles pour produire de nouvelles données intellectuelles, données aussi anciennes dans le monde que l^ premières impressions intellectuelles, mais nouvelles conquêtes pour notre intelligence.

En effet, aucun homme ne fut amené spontanément par une exaltation de son imagination à une découverte quelconque sans qu'il y fût entraîné par la chaîne des connaissances où était arrivé son siècle. L'homme de génie n'est uniquement qu'un homme instruit sur une branche quelconque de la science, et qui sait le mieux récapituler par la réflexion tout ce qu'il a étudié, avec l'intention de faire surgir de ce travail interne de nouvelles combinaisons intellectuelles. Les connaissances acquises sont les matériaux, et la réflexion l'esprit ordonnateur dont l'homme se sert pour édifier ses immortels ouvrages.

L'homme ne naît pas prédestiné, et lui-même se fait ce qu'il est; il parvient à la sublimité de l'intelligence humaine si réellement il en a la ferme volonté. L'histoire de Tastronomie en donne dans ses pages des preuves manifestes.

Pour trouver les premières causes qui créèrent l'astronomie, il faudrait remonter à l'histoire des premiers âges de l'homme. Chaque siècle est venu apporter à cette science ses travaux et ses découvertes; et nous voyons déjà quelques savants de l'antique Egypte, puis de la Grèce, reconnaître dans la gestion du ciel et de la matière' terrestre deux principes: l'un d'amour, de création, c'est-à-dire attracteur; l'autre de mort, de désorganisation, c'est-à-dire répulseur. Mais il était réservé à Kepler, à cet esprit d'ordre et d'exé-

tnitTon, de réunir tous ces documents d'une physique à deroiéclose et de les dépouiller de leurs expressions mystiques, il les assimila aux observations célestes que les siècles Ijii avaient léguées, pour faire éclore par leurs combinaisons intellectuelles une nouvelle pensée, pensée qu il cultiva pendant toute son existence, et il mourut sans avoir même pu la pousser à toute sa maturité.

Kepler est Thomme qui fit le plus pour l'astronomie ; il recula par elle les bornes de Tintelligence humaine. Ses savantes méditations esquissèrent une route nouvelle aux essors intellectnels de l'homme. Kepler ne fit cependant qu'ai^liqueraux astres ce dogme admis par tous les philosophes du vieux monde pour tout ce qui est matière : un principe d'amour, créateur, et un principe répulseur et de mort.

Ces deux puissances, quoique également admises par le paganisme et le christianisme pour deux êtres animés, indépendants l'un de l'autre et ainsi chacun maître de ses volontés et de ses actes, Kepler^ ainsi q^ie les prêtres d'Osiris, d'Oromaze, de Jupiter et du Christ, reconnaissait, comme tous les savants de la chrétienté du moyen âge, une fatalité, un Zerwan ou temps sans bornes, un destin> un Être suprême enfin, unique maître de tout l'univers, sous les décrets duquel fléchissaient toutes les puissances du ciel et de la terre, même les deux principes secondaires antipathiques, proposés par le Grand Être, le destin^ l'un à l'empire céleste, l'autre à l'empire infernal.

Cette faible lueur de vérité, l'unique que semble avoir possédée l'ancienne physique, suffit pour pousser Kepler à la plus grande découverte. Animé par un ardent désir, mais désir que rend ridicule la philosophie de nos jours, noble fille pourtant des travaux même de Kepler, ce grand homme, imbu des erreurs de son temps , voulait arracher aux mouvements des cieux les lois supposées à la fatalité auxquelles il croyait être enchaînées les destinées humaines. Le problème ne pouvait se résoudre que par la connaissance parfaite des mouvements célestes.

Kepler se mit à l'œuvre^ et à l*aide des nombreuses obfiervatioDs de ses devanciers et des siennes propres, il trouva que toutes les planètes tracent autour du soleil une courbe elliptique. Ce mouvement^ en effet, rend parfaitement compte d'une lutte incessante entre deux puissances ennemies, lune d'amour et de création, rattachant toutes les planètes à un foyer commun, à une âme unique, le soleil, et l'autre de répulsion, éternellement antipathique à la yx)lonté de la première.

Cette vérité, connue jusqu'alors que métapbysiquement, se matérialisait ; elle devint un pas de géant sur le chemin de la réalité. Il ne restait plus qu'à trouver la loi des mouvements qui résultaient de la lutte de ces deux forces opposées. Cette recherche devenait toute matérielle; elle rentrait dans le domaine de l'observation.

Kepler avait reçu de Tycho le plus bel héritage que puisse avoir un amant de la nature. Il était riche des travaux de cet astronome célèbre, le plus grand observateur que le ciel eut jamais. De tels matériau:^ sous la main ingénieuse de Kepler devinrent une mine précieuse. C'est à l'aide de leurs données que, nouveau Colomb, il s'élança à la découverte d'un monde inconnu^ et ce monde était l'empire des cieux ; noble conquête dont les fruits étaient la réhabilitation et Taffranchissement moral et physique de l'homme, lorsque la découverte des Amériques ne nous apporta que l'élément de la corruption qui dégrade l'âme et fait traîner au corps des chaînes avilissantes.

Pendant près de vingt ans nous voyons Kepler, soutenu ainsi que Colomb par les seules prévisions de l'existence de l'inconnu, errer à sa recherche au travers d'un océan d'observations astronomiques de toutes les générations. Noble martyr de la science, c'est au milieu de ce dédale d'idées et d'hypothèses^ dans lequel jamais ne s'offrait à ses yeux fatiguas une lueur de lumière consolante, que, couiPbé sous la fatigue des veilles et la main tremblante de la fièvre que donne la faim, i) cherchait, en tâtonnant comme l'aveugle, la loi qui meut l'univers, loi qu'il comprenait devoir être

renfermée dans un rapport constant entre les nombres des distances des planètes à leur foyer commun et ceux de leurs révolutions périodiques autour de ce centre.

Longtemps il chercha en vain cette loi si désirée en comparant leurs racines et leurs puissances; mais dans un de ces moments de déception, qui par dégoût semble jeter Tesprit fatigué d'un long travail infructueux vers une futilité, Kepler compara, comme dans la certitude d'une nouvelle déception, les carrés des temps des révolutions avec les cubes des distances. C'en était fait , il avait atteint le but poursuivi avec tant de fatigues et de courageuse persévérance; il venait enfin de trouver dans la comparaison de ces nombres ce rapport constant si laborieusement cherché depuis si longtemps; Kepler venait d'arracher aux cieux la loi secrète de leurs mouvements.

Il s'écria alors , avec cette joie divine qui épanouit Tâmc devant la découverte d'une grande vérité : « Les rayons vecteurs des planètes décrivent des aires proportionnelles aux temps, et le carré de leurs révolutions périodiques autour du soleil sont comme les cubes de leurs distances moyennes à cet astre. »

C'était assez pour un seul homme : Kepler venait de s'élever au-dessus des connaissances de son siècle. Ses sublimes découvertes étaient des fruits prématurés; aussi la voix de cet homme, s'éteignant dans les angoisses de la faim, resta-t-elle un demi-siècle sans réponse, sans écho.

Ce ne fat que lorsque les travaux de Galilée, de Wallis, de Wren et d'Huygiens eurent enrichi la physique càfceste, que nous voyons Newton, aussi heureux qu'ingénieux, comprendre enfin Kepler, analyser et traduire mathématiquement ses découvertes. Il prouva par la géométrie la plus rigoureuse que les lois de Kepler n'étaient que des corollaires d'une force attractive dont il affirmait lui-même l'existence.

En effet, si les planètes décrivent autour du soleil des airm proportionnelles aux temps, la force qui les retient dans leur orbite doit être dirigée vers le centre de cet astre;

si les orbites des planètes sont des ellipses, ces astres doivent . graviter vers un des foyers de cette courbe en raison inverse du carré de leur distance à ce foyer; si les carrés de leurs révolutions périodiques sont comme les cubes de leurs distances moyennes, toutes les planètes, supposées à égale distance du soleil et abandonnées à leur pesanteur, tomberaient sur lui avec une vitesse égale.

Partant de là, Newton , afin de vérifier la justesse de ses calculs, se demande : si les corps célestes tournent autour du soleil par l'effet d'une force centrale ou de gravité, il faut pareillement que la lune tourne autour de la terre en vertu de la même force, dififérente seulement de la pesanteur des corps à la surface de la terre, en ce qu'elle doit être sensiblement diminuée à cause de la distance où la lune est de nous.

Il sait que la lune est éloignée de la terre d'environ 60 diamètres de la terre; son orbite doit donc être 60 fois plus grande que la circonférence du globe autour duquel elle tourne. 11 sait aussi que sa révolution sidérale se fait en 27 jours 7 heures 43 minutes = 39343 minutes; elle doit donc parcourir 187900 pieds de son orbite en une minute de temps. Carrant cet arc, qui est sensiblement égal à sa corde^ et divisant ce carré par 2464992000 pieds, diamètre de l'orbite lunaire, le quotient 15 pieds sera la pesanteur de la lune vers la terre, ou l'espace qu'elle parcourrait en une minute de temps, si la force de répulsion, qui lutte constamment contre celle de gravitation, cessait de la retenir à la même distance où elle est de nous.

Nev^ton connaît aussi que, d'après les découvertes de Galilée> les corps en tombant librement sur la surface de la terre parcourent 15 pieds à la première seconde de temps, 3 fois 15 à la troisième, etc., qu'enfin leur mouvement accéléré suit la loi de la progression -f- 1. 3. 5. 7. 9. 11. etc., donc ils doivent parcourir 54000 pieds à la première minute; mais 54000 pieds sont 3600 fois plus grands que 15; de plus, 3600 est le carré de 60, distance de la lune à la terre; donc ta pesanteur dindnue comme le carré de la distance augmente.

En combinant, en généralisant les découvertes connues de son siècle, Newton venait de faire éclore une nouvelle pensée, dont le germe lui avait été légué par les travaux de Kepler. Il fallut à ce fruit imposant de Tintelligence humaine deux siècles et demi d'études, d'observations et de découvertes successives pour parvenir à toute sa maturité. Chaque pas que nous faisons dans la science astronomique vient confirmer Texactitude et l'universalité de cette loi de gravitation ou pesanteur générale des corps.

Bientôt deux siècles se sont écoulés depuis la découverte de Newton> et la marche progressive des connaissances humaines apporte de nouvelles combinaisons ou découvertes à la physique céleste, écarte davantage le voile qui revêt les mystères de la nature, et résout de nouveaux problèmes du mécanisme des cieux.

Jusqu'à ce jour pour se rendte compte des phénomènes dont les causes restaient inconnues, on les déclara inexplicables, et on eut recours à l'impie dogme des miracles. L'explication de la seconde force qui meut les sphères de concert avec la puissance attractive se trouvant Jusqu'ici impossible, on Pàttribua à un miracle, à la projection des sphères lors de leur échappement des mains du créateur.

On voit combien l'ignorance porto d'orgueil en -elle. Au lieu d'avouer cette ignorance, l'homme osa porter sur la Divinité Toutrage le plus manifeste; puisqu'il désigne le Génie créateur forcé d'appeler à son aide de miraculeuses combinaisons contraires à ses vues primitives, afin de remédier aux fautes de son premier plan. Une telle supposition ne pourrait que faire croire une faiblesse en Dieu ; en effet, admettre le moindre miracle dans la gestion des mondes, n'est-ce pas accuser la Divinité d'imprévoyance, en trouvant une imperfection dans son oeuvre^ qu'elle serait obligée de corriger par des mouvements contraires aux lois qu'elle imposa dès le principe à ce qui est matièi^e?

La nature, cette fille aînée du Génie créateur, nous prouve elle-même à chaque instant qu'il est impossible d'obtenir

régularité et durée daos un mouvement par plusieurs moteurs. Voudrions-nous, en dépit de tout ce que nous voyons chaque jour, admettre une exception pour les mouvements des sphères? L'universalité d'une loi unique qui se suffit pour tout engendrer et tout mouvoir dans les champs de Finfinl, nous prouve mieux la sublimité du grand Architecte dans sa prévision, que le plus grand nombre de ressorts dont on pourrait prétendre qu'il se servit pour animer les choses.

La nature répudie toujours le dogme des miracles ; c'est elle-même qui châtie l'humanité de l'outrage qu'elle ferait par l'admission du merveilleux à la Puissance divine, si notre faible organisation pouvait, sans ridicule, s'élever jusqu'à cette impiété. Que la théologie, cette prétendue science qui n'est que le recueil des vanités et des folies humaines, admette les miracles dans ses rêveries religieuses, dès lors naissent le fatalisme et la superstition , vers rongeurs du cœur de la société humaine, et dont les plaies sont toujours purulentes et mortelles. Avec quelle audace sacrilège ne voyons-nous pas l'orgueilleux théologien, ne pouvant s'élever à la divinité, faire descendre cette essence sublime à la boue de l'homme. Et pour se faire croire à quoi a-t-il recours? au dogme du miracle, du prédestiné, qui, s'il était vrai, rendrait Dieu injuste, bizarre, puisqu'il montrerait de la préférence pour quelques hommes plus que pour des milliards d'autres.

Mais la nature, comme Dieu, a en horreur toute imposture; il est impossible à l'homme, qui lui aussi fait partie du grand tout, de se soustraire à ce sentiment rectiligne qui maintient l'ordre des choses. Dès l'instant qu'un mensonge est admis en politique, naît un crime, uu fait outre-nature, un état de gêne, de torture dans la société humaine, qui ne cesse que quand notre esprit est rentré dans le vrai, son état normal.

Que le fatalisme et la superstition s'agitent dans le sein de l'humanité, ces dogmes impies insultant à la Divinité, à la nature, Dieu se venge à l'instant ; les crimes ou étals de gêne des sociétés surgissent sur Thumanîté maudite, jusqu'à ce

que de teiTibles réactioDs politiques rétablissent réquiiibne, c'est-à-dire le vrai.

Chose sublime de prévoyance! c'est dans le poison que se trouve le remède. Superstition, fatalisme deviennent les bourreaux vengeurs des crimes qu'ils ont fait naître. Si Dieu permit que l'humanité puisse souffrir, ce n'est que pour le maintien éternel de ses lois, ce n'est que pour avertir l'homme qu'il est sorti du chemin qui doit le conduire au but, au bien-être réel pour lequel il le créa. Aussi nos maux ne sont-ils que les r^ultats de nos déviations de la voie de la nature^ et ils sont toujours proportionnés à la distance dont nous nous en tenons écartés.

Il n'y a que l'ignorant, cette dupe d'une société corrompue et égoïste, qui ne sait pas comprendre, que le lâche qui ne veut pas voir l'égale portion que Dieu lui a réservée ainsi qu'à ses frères au banquet de la nature, qui souffrent et sont misérables. Si le premier est malheureux parce qu'il ignore, le devoir de l'homme ami de l'homme, de Thomme vraiment de Dieu, est de lui ouvrir les portes du temple de la science, où brille la lumière vivifiante; l'instruire des choses de la nature, c'est lui parler de Dieu et lui faire connaître, c'est le mettre sur le chemin de la vérité et du bienêtre. Pour le second, pour le lâche, loin de le plaindre, nous le méprisons, comme la nature, comme Dieu le méprise, car le créateur ne veut pas, dans chacun son espèce, d'êtres faibles et inutiles dans son œuvre de grandeur et de vie.

Aussi voyons-nous toujours la nature apporter les misères sociales aux êtres qui n'ont pas le courage de s'y soustraire collectivement, si la force individuelle est impuissante. La nature n'a en vue que la conservation du beau et de la puissance du collectif, et quiconque n'y travaille pas individuellement ne tarde pas à être, lui avec ses fils, la première victime de son lâche égoïsme. A lui> à sa famille sont réservés les maux, les souffrances qui apportent la désorganisation et la mort ; car la mort n'est qu'une métamorphose des éléments, qui détruit pour reconstruire aussitôt. Agent actif et impitoyable de la création, son ministère est le main-

li PHYSIQUE CÉLESTE.

tien de réquilibre et la coDseryation du beau, du grs(nd de l'œuvre de Dieu. Des combinaisons usées et inutiles elle fait surgir de jeunes combinaisons pleines de force et d'utilité.

Une erreur est toujours mère d'une autre erreur, et un miracle ne peut jamais être appuyé que par un nouveau miracle. Le miracle de la projection des globes étant admis, il fallut plusieurs autres miracles ou erreurs pour le soutenir. D'abord on admit le vide dans l'espace qui sépare les globes entr'eux, comme si le Génie créateur n'avait accordé la vie qu'à de petits globules tels que nos mondes, que sépareraient des millions de lieues d'étendue d'une substance, d'un lieu qui existe sans être, que rien ne constitue, faisant des vastes cbamps de l'infini le séjour du néant.

Mais il fallait bien admettre le miracle du vide, sans quoi comment admettre le miracle de la force de projection des corps dans l'espace , s'il existait dans cet espace des gaz ou fluides qui viendraient par l'énorme profondeur de leur* couches offrir une résistance progressante qui finirait par anéantir la force de projection ; et depuis longtemps, à moins d'admettre que Dieu à chaque instant répara miraculeusement les pertes par de nouvelles impulsions, les sphères se seraient arrêtées dans leur mouvement de translation.

Les lois de la physique, ces lois imposées par Dieu à tout ce ctui est matière, prouvent suffisamment que les globes célestes nagent dans un plein gazeux, car elles ne pouvaient les engendrer que d'un fluide procréateur. En effet, que résulterait-il si les planètes roulaient dans un vide pareil seulement à celui si imparfait que l'homme peut obtenir? n'arriverait-il pas ce que nous voyons sous le récipient de la machine pneumatique^ où progressivement qu'on établit le vide, les gaz n'étant plus soutenus par le poids comprimant des couches atmosphériques, passent à une fluidité excessive, et les liquides à l'état gazeux pour combler le lieu que viennent d'abandonner les gaz.

Il faut donc qu'il existe des couches gazeuses pesant sur l'atmosphère de chaque globe du poids énorme que peut

PRÉLIMfNAIRIi:. 25

setiie donner une profondeur d*un milieu gazeux, telle que la profondeur que mesurent les distances des planètes à leur foyer commun ; car si ces couches pesantes de gaz cessaient tout à coup de s'^appuyer sur les atmosphères plané-^ taires , c'est-à-dire qu'il se £sisse dans les champs de l'infini un vide parfait, les gaz dont l'ensemhle constitue les atmosphères des glohes célestes, se perdraient à l'instant dans l'infini ; et pour remplacer le lieu qu'ils viendraient de quitter, les liquides, les mers passeraient en vapeurs, qui, amenées hientôt elles-mêmes à une excessive fluidité^ s'étendraient dans l'infini. Puis les solides, dont les molécules seraient d'autant moins adhérentes entr'elles que le vide de l'espace serait plus parfait, se désuniraient, et, d'abord réduites en poussière par l'absence d'affinité d'agrégation détruite par le vide, elles ne tarderaient pas à se perdre ellesmêmes dans l'espace.

Ainsi, dans un temps très-court tous les matériaux qui constituent les globes célestes, en passant successivement à l'état fluide, combleraient bientôt le vide de l'espace, et les mondes n'existeraient plus. Comme un tel phénomène n'^a pas lieu, la cause qui seule peut le produire n'existe pas; donc il n'y a pas de vide entre les planètes et leur foyer, et cet espace immense est constitué par des gaz dont la densité est décroissante comme augmente le carré de la profondeur de ce milieu.

Devant la possibilité de la métamorphose des solides ou mondes du grand tout en un unique fluide, en prenant l'inverse de cet anéantissement général, le génie humain peut s'élever à l'intelligence de la grande œuvre. Je vois du sein de Dieu sortir la création > par cela seul qui me fait voir la marche qu'elle suivrait pour y rentrer.

Il est impossible, pour peu qu'on ait quelques connaissances en histoire naturelle, de ne pas admettre que les mondes ne furent pas toujours ce que nous les retrouvons ; car nous reconnsiissons par leur constitution qu'il était de toute nécessité, selon les lois divines ou de la matière, qu'avant d'être ce qu'ils sont leurs composés se trouvassent tous

SOUS l'état gazeux. La fluidité fut donc l'état primitif de toule^ chose. La cause de cette fluidité, par laquelle Dieu préluda à la création ou organisation de la matière, est non-seulement facile à comprendre, car elle s'explique d'elle-même, mais elle annonce une grande vérité, savoir : que tout ce qui est eut un commencement, et que le décret de la création s*émana spontanément d'une volonté unique et omnipotente.

Pour que le grand tout fût dans un temps à Tétat fluide avant d'être ce que nous le retrouvons, état que nous devons regarder comme étant jusqu'ici le plus avancé où soit parvenu la perfection progessante de la matière, il fallut que la création eût un commencement. Or, reconnaître un commencement à la création, c'est reconnaître une volonté antérieure à sa production , puisque cette volonté ordonna et présida à sa marche.

Ainsi, avant toute chose seule existait une volonté, un être, centre mystérieux et indéfinissable, étant lorsque rien n'était, marquant sa place avant que l'espace fût. Comme de cette volonté s'émana le décret de la production, en elle résidait les germes de la création. En créant les choses Dieu ou cette volonté se donnait un corps par la production de la matière qui est lui, car rien ne peut être sans lui et que par lui, et Dieu existant avant toute chose, toute chose existait donc en liii avant la création. Si la moindre molécule pouvait être sans que Dieu fût elle. Dieu ne serait pas le grand tout, puisque l'étendue de son être serait limitée par cette molécule; Dieu ne serait pas Dieu, et comme la matière se montrerait dans celte molécule d'une étendue plus grande que la sienne, et qu'elle est toujours active et puissante, qu'elle comble tout, la matière serait plus puissante que Dieu, ou autrement dire Dieu serait la matière; car l'un ne peut être sans que l'un fut l'autre, et tous deux sont la même chose.

Une telle opinion , vont s'écrier les rêveurs platoniciens, n'est que le matérialisme ! Je répondrai d'abord que ce n.'est pas notre opinion propre que nous émettons ici, mais bien une de ces conséquences irrévocables que l'étude de la na-

ture seule enfante. Qu'entendez -vous par matérialisme? N'est-il pas la philosophie qui, Tunique de toutes, ne reconnaît dans la gestion des choses que des lois immuables, les seules de Dieu, puisqu'elles seules possèdent comme lui l'immortalité. Cette sainte philosophie est la seule vraie, puisqu'elle est la seule de tous les âges et de tous les peuples, la seule positive et sans contradiction, la seule qui ne peut se prostituer, ainsi que le spiritualisme, aux vices et aux délires humains.

Elle ne se do^ne pas, elle s'acquière par le travail de l'observation de la grande œuvre de Dieu , travail qui recèle en lui-même tant de pures jouissances. Un vrai matérialiste ne peut donc être qu'un homme réellement savant , l'homme de Dieu ; car il n'est que lui qui puisse comprendre cette grande intelligence, et sa doctrine s'appuie sur les bases même de la création, sur l'essence de la Divinité.

En France, en Chine, dans les déserts brûlants de l'Afrique aussi bien que dans tes glaciers des zones polaires, les matérialistes posséderont les mêmes pensées , quoiqu'ils ne puissent pas avoir entr'eux la moindre communication, car la vérité est une partout l'univers.

Que faut-il pour exceller dans le spiritualisme? Cette doctrine s*acquîère-t-elle par la science des œuvres de Dieu, par les connaissances des mouvements de la nature? Non, il suffit de rêver, c'est-à-dire de laisser errer son esprit dans les déserts de l'idéal. D'abord il faut commettre l'inconséquence la plus extravagante, il faut nier sa raison, ce don précieux de la Divinité, il faut Aier son esprit, la base même du dogme! Dans le spiritualisme christo-platonicien, quel est l'homme qui peut parvenir à toute la sublimité de la spiritualité? le fou, l'exalté, celui-là même qui a le moins de la base de la spiritualité, .celui qui n'obéit plus à son esprit, à son intelligence! Galimatias indéchiffrable, qui n'a pas même le mérite du mystique ; riche mine d'erreurs, qui fut toujours exploitée par des imposteurs , qui devinrent sacrilèges lorsqu'ils portèrent l'audace jusqu'à mettre la Divinité au nombre de leurs titres d'exploitation.

Le spiritualisme est le premier né de l'ignorance ; il ne s'appuie que sur les faiblesses humaines, et les délires du cerveau font sa puissance; aussi n'y a-t-il rien de plus variable et de plus varié que les croyances religieuses qui n'ont que le spiritualisme pour base ; non-seulement chaque nation a son dogme particulier, mais chaque citoyen a sa nuance de croyance qui presque toujours est dissemblable à celle d'autrui. Or, une doctrine si variable dans ses résultats et qui,^ loin d'avoir une base immuable pour tout climat, comme doivent être les choses de Dieu, multiplie ses dogmes à l'infini et les plie sans cesse aux intérêts de cases, aux caprices des passions individuelles, n'est pas une doctrine, un principe de vérité émané de la Divinité, mais un élément d'exploitation,, une source d'erreurs dont le cours n'a pas de limite.

Nous concevons que le spiritualisme ait plus de partisans que le vrai matérialisme; car la paresse d'esprit est le domaine du premier , tandis que le second s'acquière par les travaux de la science. Il est plus pénible d'enchaîner son esprit à l'observation des choses qu'à le laisser errer à l'aventure dans les nuages de l'idéal.

Le matérialisme, me dira-t-on, promulgue l'athéisme. Il n'est pas de calomnie plus maladroite; loin que le matérialisme nie l'existence de Dieu, il ne peut y avoir de doctrine qui puisse mieux que lui prouver, non-seulement la réalité de ce grand Être, mais aussi son unité. Je feuilleté les pages des innombrables volumes qui traitent des théologies qu'enfanta le spiritualisme : partout j'y vois Dieu représenté comme un èlre mystérieux, incompréhensible, aussi incohérent , aussi bizarre dans ses actions que peuvent l'être les rêves humains. Non, un tel Dieu n'est pas Dieu, mais une chimère fantastique comme la pensée de l'homme en délire! et il ne pouvait en être autrement; car les vérités sont filles nobles et sévères; jamais elles ne s'abandonnent aux emportements de l'imagination déréglée ; leurs faveurs ne s'acquièrent que par le culte lent et persévérant de la science.

Dieu étant une vérité, son essence suprême ne peut s'offrir à nos regards intellectuels qu'à l'aide du prisme de la science.

PRÉLIMINAIRE. n

^ vérité est si adhérente en nous, que nous l'apportons avec nous en naissant; car Dieu étant en nous comme en toute chose, et toute chose animée ayant sentiment de soi , de son existence, l'homme a le sentiment de Dieu par cela seul qu'il est formé des plus purs et des plus riches éléments de Dieu ou de la matière^ et que Dieu a le sentiment de sou existence et de sa puissance. Mais cette sensation de Dieu, ce sens de son existence est obscur en nous ; car pour qu'il fût parfait il faudrait que nous puissions avoir, comme Dieu, sensation du tout, embrasser matériellement l'infini, ou autrement dire que nous fussions Dieu même.

Si cette intelligence de l'existence divine nous est refusée, l'étude des œuvres de Dieu nous en donne une métaphysique, sans doute, mais non moins vraie. L'homme est pendant sa vie entière poursuivi par cette pensée innée de l'existence d'une puissance suprême et créatrice. Il est dans l'océan de la vie semblable au voyageur parti à la recherche de l'inconnu ; car la recherche de Dieu est ce mystérieux sentiment qui enfante en nous ce désir brûlant de tout connaître; aucun homme y échappe, et tous entreprennent cette tâche.

L'ignorant est le voyageur privé de la boussole que donne la science et qui doit le diriger vers le but de sa vie intellectuelle, vers la connaissance parfaite de son Dieu; aussi s'égare-t-il toujours. Dans un de ces moments qui semblent tenir du désespoir, nous le voyons demander Dieu^ cette terre de repos, aux vagues infidèles de la mer de l'idéal. Dans ses impatiences fébriles qu'enfantent de continuelles déceptions, sa vue fatiguée se trouble ; les délires de la fièvre remplacent les calculs de la froide raison. C'est alors qu'il prétend avoir trouvé Dieu; il l'aperçoit aux nuages de l'horizon ; mais l'horizon de l'idéal est sans borne, il ne peut être atteint ; toujours il s'échappe, s'enfuit devant nous, et son excessive mobilité lui donne l'infini pour limite; ses nuages prennent dans leur éternel mouvement des formes fantasques et capricieuses. Dans leurs mobiles agglomérations, l'imagination retrouve les figures de toutes choses.

C*est parmi ces enfantements de l'idéal que le spiritualiste croit trouver la Divinité, qui à l'instant s'évanouit pour faire place à mille autres non moins chimériques.

Dans les angoisses de l'incertitude pour se décider pour l'une ou l'autre de ces illusions, les hommes émirent alors sur Dieu les idées les plus étranges; presque tous en firent, comme cela devait arriver, un composé^ les uns de deux, les autres de trois, de cent, etc., personnes d'un même élément. De ces délires de l'esprit naquirent les dualismes égyptien, persan, chrétien, les trinités et le panthéisme, etc., théologies toutes filles de l'idéal ou spiritualisme et ainsi engendrées de l'ignorance.

Devant ce mélange confus d'idées, toutes ridicules, toutes blessant la raison humaine, ce sens divin, des hommes^ indignés des rôles indignes dont ils présumaient que la Divi- ^Tiité se laissait imposer impunément^ allèrent jusqu'à prétendre que Dieu n'existait pas ou élait impuissant, puisqu'il ne savait pas se venger des blasphèmes et punir les crimes qui se font en son ifom. D'une telle pensée sortit l'athéisme. Mais ces hommes n'ont qu'à jeter un regard scrutateur sur Tétat des sociétés où le spiritualisme est la base de la théologie, pour apprécier par les maux et la misère de la masse des populations que la Divinité se venge suffisamment de leur idiote et insouciante crédulité qui blesse et dénature la raison, ce don le plus précieux que Dieu eut fait à l'humanité.

Loin que l'athéisme et le scepticisme soient nés de la science et ainsi du matérialisme , ils ne sont que des conséquences immédiates de la lutte de la raison humaine outra* gée, mais non éclairée par la science, contre les absurdités du spiritualisnje. Le matérialisme, c'est-à-dire la science, peut seul s'élever à toute l'intelligence de l'exisleuce de la Divinité.

Dieu étant le grand tout, l'infini, et se trouvant toutes choses, l'immensité de sou être nous cause ce que nous appelons son invisibilité. En effet, pour discerner, pour voir une chose dans son entier, il faut que cette chose se trouve

isotée et jen dehors de nous. Or, Dieu^ le grand tout, dont nous sommes nous-mêmes des constituants, peut-ii se réduire à un diminutif si exigu qu'il puisse s'isoler et se rendre par cela visible à notre organe? ou bien avons-nous la puissance de nous détacher du grand tout^ de nous tenir en dehors de lui, de nous-mêmes? et si cette absurdité était possible, notre vue aurait-elle la puissance d'embrasser l'ensemble de l'infini ou Dieu? Cependant il n'est pas d'autres moyens qui puissent nous permettre de jouir positivement de la vue entière du Tout -Puissant.

Quoique Dieu ne puisse jamais se montrer à aucun homme, rimmensité de son être et son omniprésence y mettant obstacle, il serait pour cela, non-seulement absurde, mais de la dernière démence, de prétendre qu'il n'existe pas. L'homme est à l'égard du grand tout un atome infiniment de fois plus petit que le ciron à l'égard de l'animal sur lequel il naît, vit et meurt. L'athée est semblable au ciron qui, logé dans un pore de l'épiderme d'un membre de l'homme et qui ne pouvant se rendre compte, non-seulement de la volonté qui dirige l'homme dans son entier, mais encore dans les mouvements du membre son univers, prétendrait que l'homme est un vaste dépôt de matière inerte, sans volonté comme sans désirs, incapable d'intelligence, refusant ainsi à l'homme, comme le font l'athée et le spiritualisle pour Dieu, c'est-àdire à la matière organisée ou grand tout, une vie intellectuelle.

C'est l'omniprésence même de Dieu qui fait qu'il nous est invisible. Le Grand Etre comblant tout, par cela seul il n'est pas en notre pouvoir de jouir de sa présence totale. Qu'on nous pardonne la comparaison : lorsque nous plaçons une étoffe quelconque sur nos yeux, il nous est impossible de voir cette étoffe et d'en juger pai* cela même qu'elle est trop près de notre vue. Cependant elle existe bien matériellement; nos yeux la palpent en quelque sorte, et nous sommes, par son invisibilité même, tellement convaincus de son existence et de sa présence, qu'aucun homme, dans la crainte d'être ridicule, n'oserait soutenir qu'elle n'a\lste pas parce qu'il ne

n PHYSIQUE gëlëstë.

peut l'apercevoir. L'athée est cet homme; il se donne ce ridicule, lorsqu'il prétend que Dieu, cet être omniprésent qui nous couvre totalement de son essence» n'existe pas puisqu'il est invisible à tous.

Le théologien spiritualiste n^est pas moins insensé dans sa doctrine que ne l'est l'athée dans la sienne. La seule diversité qui existe dans leur genre de folie est que le spiritualiste reconnaît ce que nie l'athée, l'existence divine dont l'essence le couvre ; mais loin de s'arrêter à cette vérité, aveugle il veut juger des effets de la lumière; il prétend qu'il connaît parfaitement la couleur, la forme et les vertus les plus mystérieuses de la substance divine qu'il sent pénétrer dans tous ses pores. Ce n'est pas qu'il tous affirme qu'il la voit du regard^ mais il prétend qu'elle lui est révélée par un sens particulier, qui n'est autre chez lui qu'une fièvre d'esprit.

Alors il donne de la Divinité des détails multiples, des plus variés comme des plus inconséquents. Comme dans ce travail il n'y a que l'imagination qui opère, et que l'intérêt enfante et guide l'imagination, il n'est pas étonnant de voir dans les théologies spiritualistes la Divinité représentée sous les couleurs les plus bizarres, les plus extravagantes et les plus mauvaises ; et comme elles blessent la raison humaine, ce sens émané de l'élément de Dieu en nous, il n'est que la violence et quelques intérêts individuels qui puissent les maintenir et les faire accepter. Mais les masses en sont constamment les victimes; car le spiritualisme les fait toujours la matière première de son exploitation. Si Dieu permet qu'elles souffrent, c'est que Dieu les punit de leurs prévarications aux lois qu'il imposa à la gestion du grand tout, et dont le but est la vie et le bien-être égal pour tous, volonté première qui animait Dieu créant l'humanité.

Si les lois qui régissent la matière émanent directement de Dieu, leur ensemble représente la volonté de Dieu, et en transposant les termes , la volonté de Dieu est soumise aux . lois de la matière. Ainsi, tout ce qui est hors des lois de la nature agit contre ta volonté de Dieu, et est mensonge, absurdité , crime , qui ne peuvent engendrer dans les sociétés

PRELIMlNiUHE. 33

humaines que déceptions, gê|^es, tortures, misèr^, puis réactions violentes, dont la puissance est toujours en rapport à la tension née de la misère publique, comme l'étendue de la douleur qu'ils produisent est toujours proportionnelle à la prévarication.

Si Dieu permit la production du mal et de la misère qui trament à leur suite la désorganisation et la mort des nations, ce ne fût point par un esprit de vengeance méchante et indigne de sa toute puissance, mais uniquement par prévoyance et bonté, afin que les maux sociaux fussent les gardiens sévères de sa volonté, et rendissent ses lois immuables et éternelles; afin que Tintelligence de sa volonté fût accèsi sible à tous sans nulle préférence; car les douleurs sociales

^ sont réservées aux prévaricateurs de sa volonté, lorsque les

sensations douces nous entraînent par un courant irrésistible vers le but auquel à la création l'homme a été dirigé, vers le bien-être conmiun.

Par cela même que les lois de la nature et de Dieu sont la • même chose, la Puissance divine ne peut être bornée par elles; car ce n'est pas être borné que d'obéir à son unique volonté, d'engendrer et de tout régir par elle; et déclarer cette volonté éternelle et immuable pour tout ne peut être que l'œuvre sublime de l'Équité suprême. Les lois de Dieu sont d'une uniformité si majestueuse et d'une bienveillance si grande que par leur intelligence, qui ne se refuse à aucun homme, il semble qne Dieu se complaît à raconter à chacun l'imposant spectacle de la création.

Lorsque Dieu voulut remplacer le néant par l'élément de l'organisation, dans sa prévision divine il imposa à la matière, à l'instant même de sa sortie de son sein, les lois que nous lui retrouvons. Ainsi la création^ dès l'instant où elle fut décrétée, dût suivre dans la marche de ses productions les lois qui animent encore la nature ; car la volonté de Dieu est une, inaltérable et immuablement éternelle.

Le néant existe ; l'espace et la matière sont renfermés dans le sein de Dieu. Dieu veut que la matière soit, et comme rien

n'existe encore que Dieu, la matière s'émane de lui; Dieu s'-est incarné, c'est-à-dire matérialisé : il s'est revêtu d'un corps. L'essence qui doit tout engendrer coule de son sein, et par sa présence enfante l'espace et le lieu; car devant elle le néant s'évanouit. Ainsi, la création de l'espace et du lieu fut et ne pouvait être que simultanée à celle de la matière.

Par le fait résultant que les champs de l'infini s'ouvraient devant l'élément d'organisation progressivement à la production de ce dernier, puisque c'était lui-même qui créait l'espace et le lien, la matière jouait le rôle que nous lui voyons tenir encore dans le vide, ce néant factice et si incomplet que l'homme peut produire à l'aide de ses machines, et où la matière se présente avec toute la vigueur de sa primitiire destinée , celle de combler le néant par sa présence.

C'est en raison de cette horreur innée pour le néant que nous voyons la matière se mettre en courroux devant lui. Ainsi que le Protée de la Fable, elle s'élève de métamorphoses en métamorphoses à la puissance indéfinie de sa dilatabilité, et, sa voix tonnant au milieu de flammes dévorantes, elle s'échappe en fluide inextinguible dans le seul désir de combler le vide ou néant, son ennemi naturel. Elle ne souffre pas qu'il existe même nn instant ; car telle fut la mission que Pieu à la création lui imposa. La matière ayant été créée pour anéantir le néant, il ne peut exister aucun vide ou néant factice, maintenant qu'elle est dans toute la plénitude de la vie.

Dès l'instant que Dieu décréta la création, le néant s'évanouit, et il ne peut donc plus y avoir dévide, c'est-à-dire de lieu privé de la présence d'un élément matériel et ainsi résistant. Or, refuser le vide à l'espace qui sépare les globes célestes entr'eux, c'est prouver l'impossibilité de l'existence d'une force de projection inaltérable.

Refuser l'existence de la force de projection aux mouvements planétaires, c'est rendre inexplicable la cause de leur marche dans des orbites ; car ce mouvement en ligne courbe

PRÉLIMINAIRE. 3j

doit être considéré comme composé de diagonales infiniment petites, qui forment deux à deux le plus grand angle possible. Or, toute diagonale est le résultat de la combinaison de deux forces opposées dans leur direction ; donc un corps qui> ainsi que les planètes, décrit une ligne courbe autour d'un centre, obéit nécessairement à l'impression de deux forces opposées dans leur direction.

La force de projection de l'école anglaise, ainsi que la force centrifuge telle que l'admet jusqu'ici l'école française, ne sont à proprement dit que des palliatifs à une force semblable dans sa direction, mais dont la cause est jusqu'alors inconnue. Elles sont des erreurs, car elles ne peuvent supporter la critique ; et comme d'une erreur ne peut naître une vérité, il n'est pas étonnant qu'il ne sorte d'elles aucune de ces imposantes découvertes qui puissent donner un essor nouveau à la science astronomique. Aussi depuis bientôt deux siècles l'astronomie semble stationnaire à tout jamais.

Il n'en est pas de même de la force attractive ; aucune critique ne peut réfuter son existence; donc elle est une vérité, et en analysant scrupuleusement ses conséquences elle doit nous amener d'elle-même à de grandes solutions. Elle est soumise à une loi qui la fait agir en raison directe des musses let en raison inverse du carré des distances. Or, pour que la puissance attractive diminue comme le carré de la distance augmente, il faut qu'il existe dans la profondeur de l'espace qui sépare une planète du soleil un milieu résistant à l'émanation du fluide attracteur, et capable même d'anéantir son effet par la grande profondeur de ses couches.

A qui demanderai-je la production de cette diminution de force attractive , si ce n'est à la résistance d'un principe matériel et ain^i gazeux et résjstant, que nous voyons journellement diminuer et anéantir la propagation du son et de la lumière? La loi qui régit la puissance attractive réfute donc aussi le vide de l'espace ; en effet, dans le vide bien imparfait que nous obtenons par la pneumatique, nous trouvons que deux corps d'un poids et d'une surface des plus inégaux tombent avec une égale vitesse ; ce qui est loin d'ar-

river lorsque ces mêmes corps font leur chute à l'air libre de l'atmosphère : le plus léger met plus de temps que le plus lourd, et il eu est de même pour celui qui offre plus de surface à poids égal.

Ce phénomène est produit, comme on le sait^ par la résistance des gaz atmosphériques, résistance qui finit aussi par anéantir la propagation du son, du calorique et de la lumière , en suivant de même pour loi de décroissement l'augmentation du carré de la distance. Les champs de l'infini, comme les atmosphères planétaires, renferment donc des gaz résistants susceptibles de faire décroître et anéantir la propagation du fluide attracteur en rapport à l'augmentation du carré de la profondeur de leur milieu ; autrement la force attractive serait directe, aussi puissante à son départ qu'à la plus grande profondeur; et s'étendant ainsi de l'infini à l'infini, il ne pourrait jamais avoir eu qu'un seul globe ou monde dans la création. Donc, la loi d'attraction prouve par elle-même la vérité du plein gazeux et résistant de l'espace.

D'après les belles expériences de Mariotte sur l'élasticité des gaz, nous savons que leur résistance est directement proportionnelle aux pressions qu'on exerce sur eux et leur volume inversement proportionnel. C'est uniquement sur l'intelligence de cette loi des plus simples de la nature que le génie de l'homme peut s'élever au plus imposantes solutions astronomiques.

Que résulterait-il pour un astre nageant, ainsi que les planètes, dans un plein gazeux tel que l'atmosphère solaire, si ce globe était dans un repos parfait, c'est-à-dire n'ayant reçu aucune impulsion primitive? il resterait constamment suspendu à la même distance du soleil ; car le plein gazeux qui constitue la distance et sépare les deux astres, représente la valeur de deux forces opposées, celle d'attraction qui travaille à unir les deux globes pour n'en plus former qu'un, et celle de répulsion c'est-à-dire celle de la résistance des gaz comprimés, qui, opérant leur réaction sur les surfaces solides des deux globes, les repoussent l'un de l'autre avec

une puissance égaie à la force comprimante et ainsi à Tat:traction. Ces deux forces opposées de direction se faisant équilibre, les planètes seraient constamment à la même distance du soleil ; car la force de tension des gaz comprimés est proportionnelle à leur pression.

Le plein gazeux de l'espace n'est pas une substance isolée et miraculeusement appropriée à la répulsion entre eux des globes; mais il est bien la conséquence immédiate de leur condensation, c'est-à-dire de leur formation en noyaux solides des planètes. Toute condensation a la propriété de pressurer des pores des substances se solidifiant tous les fluides qu'ils contiennent. Les constituants des globes célestes en possédaient beaucoup, car ils étaient tous primitivement, par leur combinaison avec le principe de la fluidité, à l'état d'un fluide universellement répandu dans l'infini.

La transformation de l'élément créateur fluide en noyaux solides des globes ne pouvait donc avoir lieu qu'en ségrégeant dos parties se solidifiant une quantité énorme du principe de la fluidité, c'est-à-dire du calorique qu'elles contenaient, et cet élément uni à quelques bases constitua les gaz atmosphériques des spbères célestes. Ces gaz ainsi ségrégés ne peuvent nullement perdre de leur appétence pour les molécules solides des pores desquelles la condensation les chasse ; ils conservent pour elles une puissance d'appétence d'autant plus grande, que ces molécules sont plus privées de ces éléments. Les atmosphères planétaires sont donc retenues sur la surface antérieures des globes par la somme de toute la puissance attractive des corps dont elles enveloppent également tous les points de la surface. Aussi ces atmosphères sont-elles si adhérentes à la surface antérieure des sphères célestes qu'il n'est aucune puissance extérieure capable de leur soustraire une seule particule.

En effet, les atmosphères planétaires ont sur leurs globes solides l'adhérence de la chaire du fruit sur son noyau, et toutes obéissent à leurs moindres mouvements, comme ne faisant pour chacun d'eux qu'un tout immense. Chaque globe doit donc être considéré comme revêtu de couches

profondes de gaz résistants, s offrant ainsi qu un rempart impénétrable à l'introduction d'un corps dangereux, c'est-àdire d'un volume et d'une masse trop puissants, et qui viendrait jeter la perturbation et le désordre.

L'étendue de la profondeur de l'atmosphère d'un globe céleste étant proportionnelle à la quantité de matière solidifiée qui le constitue, la profondeur de l'atmosphère solaire est donc de^ plus prodigieuse, car la masse du soleil, suivant l'ancienne théorie, est 840 fois plus grande que celle de la somme des masses de toutes les planètes connues.

Le fluide attracteur, comme nous le prouverons plus loin, est, ainsi que les autres fluides des atmosphères planétaires, une émanation de la condensation des globes; la puissance attractive est donc proportionnelle à la masse du corps condensée comme à la profondeur de son atmosphère. Ces données suffiraient pour donner un chiffre de l'immense profondeur de l'atmosphère solaire et ainsi l'étendue énorme de son influence attractive dans les champs de l'espace.

Fut-il possible que, dans le sein de cette immense étendue d'une puissance attractive^ il puisse s'établir des condensations secondaires semblables aux planètes? Non, car l'attraction du soleil aurait mis un obstacle éternel à ce travail en soutirant pour son propre centre tous les éléments procréateurs avant qu'ils puissent se solidifier en d'autres globes. D'ailleurs, qu'est-ce que l'atmosphère solaire, si ce n'est, ainsi que celles des planètes , le produit fluide émané de la condensation des éléments solides qui forment sa masse? Les fluides de l'atmosphère solaire sont donc dépouillés de toutes substances susceptibles de se solidifier, et sont impropres à former des corps solides.

Les globes planétaires se formèrent donc en dehors de l'immense atmosphère du soleil, et se trouvaient primitivement sur des points isolés de l'infini, à l'abri de toute influence étrangère et perturbatrice, enfin dans une région vierge, c'est-à-dire ayant encore toutes les richesses dont Dieu combla le fluide créateur en le lançant dans l'infini •

PRÉLIMIxNAIRE. 39

Du moment que Dieu voulut que la création fût, tous les mondes partirent simultanément vers la marche croissante de leur formation ; et ce ne fut que lorsque les planètes^ pauvres retardataires, eurent enfin atteint dans leur désert, où elles jouissaient de l'immobilité royale, soutenues par la profondeur du milieu, un assez puissant accroissement de matière condensée qu'elles avaient paisiblement soutirée au milieu procréateur dans lequel elles nageaient, que, venant dans cet accroissement progressif à mettre leurs atmosphères en contact avec celle du soleil, elles furent contraintes d'obéir à la puissance jalouse du potentat.

Alors elles perdirent à tout jamais leur indépendance et le privilège de leur fixité. Pour ces globes se préparaient les vicissitudes d'une vie nouvelle, existence problématique succédant à l'égoïsme de l'enfance; ils roulent dans une orbite des jours mystérieux, dont ils ne peuvent ni arrêter le cours, ni prévoir le terme : image anticipée de l'existence humaine, à ce moment solennel où l'enfant, sortant du calme de son insouciance, franchit le pas qui le fait homme, et s'élance au milieu des perturbations des passions de la vie pour s'arrêter à l'heure du sommeil qu'apporte la mort.

Dé^ l'instant que ces globes reçurent l'influence attractive du soleil, ils s'ébranlèrent, perdirent leur fixité; puis, se dirigeant vers le foyer attracteur, ils pénétrèrent dans l'atmosphère solaire, entraînant avec eux la leur propre, car cette dernière est une partie constituante de leur tout.

Il ne fut donc nullement besoin d'une force de miraculeuse projection pour donner la première impulsion aux globes voyageurs du firmament; il fut seulement nécessaire que leurs atmosphères, dont la profondeur progressait comme croissaient leurs noyaux solides,, vinssent à se mettre en contact avec l'atmosphère du soleil, duquel globe s'émane, comme de tout autre solide, un fluide attracteur qui les enveloppe tous individuellement et sans aucune exceptioi>. Ainsi, les planètes se formèrent en dehors de l'atmosphère du soleil et loin de l'influence de cet astre, mais toutes primitivement environnaient sa sphère d'attraction.

L'élémeot aitracteur rentre dans les constituants de l'atmosphère, car son influence est soumise à un décroissement de puissance qui diminue comme augmente le carré <le la distance du fojer. Or, la loi de cette décroissance prouve, ce qui est une conséquence de la sphéricité des globes, que l'attraction s'émane en rayons divergents et qu'elle naît d'un fluide. La quantité de ce fluide est proportionnelle à la masse, c'est-à-dire à la quantité de matière condensée du globe, car il est, comme les autres gaz de l'atmosphère, un résultat de cette condensation. La propagation de l'attractisn ne peut donc se faire que sous forme de rayons divergents partant tous du centre de gravité du globe, s'allongeant dans l'espace, et établissant entr'eux une somme de pyramides dont les bases reposent aux dernières limites de l'atmosphère et dont les sommets sont au centre de la sphère.

La puissance de ces rayons attracteurs est, ainsi que celle des rayons de lumière, proportionnée à la quantité pour laquelle ils rentrent dans un faisceau, c'est-à-dire dans un espace donné ; or, par leur divergence, l'espace qui renferme un certain nombre de ces rayons doit être considéré ainsi qu'une pyramide de rayons lumineux. La quantité des rayons attracteurs, et ainsi l'attraction, diminue donc comme la base de la pyramide va en s'élargissant ou comme augmente la distance du globe. En conséquence, la puissance attractive de ce dernier est moins considérable; car à deux distances le diamètre de la base d'une pyramide est double de ce qu'il est à une distance, et son aire est quadruple. Donc, sur une étendue double, les rayons attracteurs étant quatre fois aussi rares, leur somme d'attraction s'affaiblit en raison du carré de la distance du centre de leur émanation.

La vitesse d'une planète dans son mouvement primitif de translation du lieu qui l'enfanta vers le centre du soleil, c'està-dire la vitesse de sa chute primitive vers ce foyer, devait augmenter comme le carré de la distance au soleil diminuait, puisque la puissance attractive qui lui procurait ce mouvement, augmentait dans ce rapport; et si à chaque instant de la chute les espaces avaient été comptés à partir de zéro.

ces espaces franchis auraient été représentés par les carrés 1, 4, 9, 16^ 25, 36, etc., des temps 1, 2, 3, 4, 5, 6, etc., que la chute «aurait duré. Donc, les carrés des espaces représentent la vitesse das mouvements planétaires, et transposant les termes, les espaces parcourus sont comme tes carrés des temps, c'est-à-dire comme les carrés des vitesses. C'est sur cette base d'une simplicité si sublime que repose la force qui meut les sphères du firmament.

Le fluide attracteur ne peut être qu'une combinaison de l'élément qui sert à l'union des combinaisons chimiques. Là où il y a combinaison , là se trouve donc de ce fluide. Dieu ayant imposé à lui seul, lors de la création, la fonction de tout organiser et ainsi de travailler aux innombrables combinaisons de la matière^ il nous est impossible de le trouver par l'observation dans un état d'isolement même momentané. Il en ^t de même de l'oxygène, et l'un et l'autre sont le même élément.

La quantité qu'en contiennent les solides est toujours en proportion inverse à leur densité, car leur condensation le pressure de leurs pores toujours proportionnellement à la compression ; mais en sortant de ces pores, l'oxygène ou élément attracteur ne perd pas un atome de son appétence pour le «solide; il ne se disperse pas dans l'espace, mais il se tient autour du corps en quantité semblable à celle que les pores du solide peuvent en contenir à l'état de nulle condensation. Il se tient donc autour du solide une masse d'élément attracteur ou oxygène, qu'aucune puissance ne peut lui soustraire, et qui est dans une tension telle que son adhérence à la surface est des plus violentes, et qu'il attend que la condensation du corps diminue pour rentrer dans ses pores en une quantité proportionnée à la diminution de cette condensation.

L'élément attracteur étant celui de combinaison et ne pouvant être isolé, il est donc toujours en combinaison, et dès l'instant que la condensation du solide le chasse des pores de ce dernier, il travaille, tout en restant autour du corps, à s'unir à d'autres substances. Comme primitivement tout était saturé de calorique, progressivement que les éléments

solides se condensaient, il s'émanait de ces condensations, ' non-seulement de l'élément attracteur ou oxygène, mais aussi du calorique, qui, outre sa propriété de rendre fluide les combinaisons dans lesquelles il rentre, a aussi celle de les rendre essentiellem^it élastiques.

La condensation des substances solides, en même temps qu'elle chassait des pores l'oxygène, en faisait sortir simultanément le calorique; et l'affinité entr'elles de ces deux substances expulsées étant des plus puissantes, elles s'unirent dès leur sortie des solides, et formèrent autour d'eux, sans doute avec encore d'autres substances, un composé de l'élément attracteur ou oxygène uni à du calorique, c'est-à^ire une masse fluide ou gazeuse, que nous désignerons sous le nom de gaz oxygène, qui, enveloppant les sphères célestes, coDstitua en un seul tout^ adhérant avec une puissance invincible à la surface de chacune d'elles, un milieu impénétrable, résistant et essentiellement élastique, connu sous la dénomination d'atmosphère.

Là où il y a plus de rayons attracteurs, là l'afiGinité est plus grande, et se trouve réunir en plus petit volume une plus grande quantité de gaz atmosphériques. Donc la densité des atmosphères augmente comme diminue le carré de leur profondeur , puisque la quantité et ainsi la puissance du fluide attracteur augmente dans ce rapport.

Les gaz atmosphériques étant des radicaux unis au calorique, là où se trouve une puissante densité de gaz, là existe donc une grande agglomération de calorique, latent sans doute, mais que, en raison même de sa grande quantité sous un petit volume^ un accroissement très-faible de densité et une légère pression peuvent mettre spontanément en liberté. Donc, la quantité de calorique latent des atmosphères planétaires augmente comme diminue le carré de la profondeur, et elle est à son maximum aux couches inférieures reposant sur la surface solide; c'est donc aussi à.ces régions basses que le calorique a le plus de facilité à se mettre en liberté en produisant le phénomène connu sous le nom de chaleur et de lumière.

Le calorique n'est pas seulement la cause de toute fluidité, mais il est aussi Télément unique de Télasticité; et il est avéré que c'est sa présence dans les gaz qui leur donne cette force prodigieuse d'élasticité, qui rend constamment leurs milieux, non-seulement impénétrables et résistants, mais excessivement répulseurs. Or, cette résistance répulsive ou élasticité des milieux atmosphériques est proportionnelle à la quantité des gaz qui s'y condensent. Elle suit donc la densité de ces milieux, et, ainsi qu'elle, augmente comme diminue le carré de la profondeur des atmosphères. Son maximum d'effet est aux couches inférieures des atmosphères, et toujours réagit contre les surfaces résistantes des sphères.

Les planètes, en pénétrant dans l'atmosphère solaire avec tout ce qui les constitue, éprouvèrent une grande résistance des fluides au travers desquels ces corps se mouvaient; car ces fluides ou milieux étant matériels, résistèrent aux efforts des masses qui tendaient à les déplacer, efforts mesurés par la force qui les attirait vers le soleil.

Or, la résistance des milieux est proportionnelle à la masse du fluide déplacé. La valeur de cette masse dépend, 1° de la densité du milieu ; 2® du volume qu'il en faut déplacer. Donc plus cette densité et ce volume sont grands, plus la résistance du milieu est considérable. Mais ce volume qui doit être déplacé se mesure par la surface antérieure du corps qui se meut, et par l'espace que ce corps parcourt dans un temps donné. Donc plus la surface antérieure et la vitesse d6 ce corps sont grandes plus est grande la masse déplacée du milieu, et par conséquent plus est grande la résistance.

Newton a donné une règle pour évaluer cette résistance. Il a démontré qu'un corps sphérique qui se meut dans un milieu tranquille d'une densité égale à la sienne, perd la moitié de son mouvement en parcourant un espace égal à huit tiers de son diamètre. Ce que cette sphère déplace du fluide équivaut à un cylindre dont la base a pour diamètre celui de la sphère et pour axe la ligne que son centre décrit, c'est-à-dire huit tiers du diamètre de la sphère. Or, le cylindre est à la sphère de même diamètre comme 3 est à 2. Un cy-

iindre dont la base a pour diamètre celui d'une sphère, ef pour hauteur les deux tiers de ce diamètre (supposant égales les densités de l'un et de l'autre), a donc une masse égale à celle de la sphère.

Donc, dans ce cas-là la masse déplacée du fluide est à la masse du corps sphérique comme 8 est à 2 ou comme 4 est à 1. Par conséquent, quelque soit la densité du milieu, ainsi que celle du corps sphérique qui s'y meut, toutes les fois que ce corps sphérique aura déplacé une masse de ce milieu qui égale 4 fois la sienne, il aura perdu la moitié de son mouvement.

Cette règle de la résistance des milieux nous sera d'un grand secours en astronomie, et elle nous donnera l'aperçu des profondeurs énormes du ciel d'où sortirent les planètes, pour venir en splendides vassales créer la royale cour du soleil , et former autour du chef une ceinture de glorieux sujets.

C'est à l'aide de ces quelques principes, dont l'intelligence est à la portée de tous, que nous prétendons résoudre les problèmes les plus difficultueux de l'astronomie, expliquer tous les mouvements planétaires et trouver leur véritable cause, laquelle ne peut engendrer ces mouvements qu'en produisant en même temps dans la partie la plus fortement comprimée^ et ainsi l'inférieure, de l'atmosphère de chacune des sphères célestes une immense ségrégation de calorique.

Ainsi la cause qui enfante les mouvements planétaires produit simultanément un puissant dégagement de calorique libre, et engendre la chaleur et une portion de la lumière atmosphériques des planètes. Le lecteur peut se rendre compte de cette dernière et si importante conséquence , qui doit en météorologie nous apporter de grandes découvertes.

En effet, comme la combinaison chimique des régions basses de l'atmosphère des planètes est formée de bases unies à un excès de calorique, dont l'état d'affinité est si faible avec ces bases qu'une très-petite force, telle par exemple que la compression du piston d'un briquet pneumatique, suffit pour le mettre en liberté et ainsi l'offrir à nos sens sous son état

lumineux et échauffant, ce phénomène doit toujours se produire sur la surface de l'hémisphère de chacun des globes célestes tourné vers un autre globe puissamment attracteur, ainsi que Test le soleil ; car par le milieu résistant qui sépare les deux sphères en attraction , cette attraction fait comprimer assez fortement l'atmosphère de chacune de ces sphères sur leur surface solide, pour que les planètes s'échappassent de cette pression incessante par la tangeante, et en reçussent^ comme nous le démontrerons par les lois de la mécanique et les calculs géométriques les plus exacts , leur mouvement si prodigieusement rapide dans une orbite elliptique, celui de rotation sur leur axe, ainsi cpie leur oscillation sur leur centre de gravité ou équatenr.

Ainsi la cause qui produit les mouvements des planètes engendre le calorique et une portion de la lumière de ces globes. La lumière et la chaleur propres de l'atmosphère du soleil naissent pareillement de cette même cause; c'est-àdire qu'il se dégage tout autant de lumière et de chaleur des régions basses de l'atmosphère solaire comprimée par l'influence planétaire sur la surface solide de cet astre, que ce dernier en fait dégager de l'atmosphère de la planète, puisque les atmosphères de ces deux globes sont sous la même puissance comprimante.

La seule différence existant entre le soleil et ses planètes est que le soleil, ayant par sa masse énorme le privilège d'attirer vers lui une grande quantité de globes ou planètes pesant fortement de toutes parts sur sa circonférence^ et dont les révolutions autour de sa masse sont telles qu'il est fort rare que deux planètes se trouvent correspondre au même point de sa surface, il doit nécessairement avoir toute la circonférence de sa masse éternellement lumineuse, lorsqu'il ne peut y avoir pour chacune des planètes qu'un hémisphère éclairé , lequel est celui qui reçoit directement Pinfluence solaire.

La lumière et la chaleur que la masse énorme du soleil reçoit de l'influence planétaire, sont donc la somme de la chaleur et de la lumière que chacune des planètes fait dégager de l'atmosphère du soleil par la pression de sa masse sur

elle, et elles sont ainsi produites par la même cause qui eO' gendre la lumière et la chaleur des atmosphères planétaires.

La simplicité de ce mécanisme qui régit les mondes de Tinfini, est d'une richesse d'actions si imposante, que dans cette simplicité on retrouve le suhlime qui nous porte à de saintes extases. Ce mécanisme résout à lui seul toutes les difficultés astronomiques et les phénomènes atmosphériques; il donne satisfaction aux observations faites sur le soleil par Herschell, qui démontra matériellement, à l'aide de son puissant télescope, que le soleil n'est pas un globe en ignition miraculeusement continuelle, ainsi qu'on le croyait jusqu'alors.

Nous aurions cru notre tâche à demi remplie si nous n'eussions travaillé qu'au bien être matériel de l'humanité en cherchant les lois de la météorologie; mais nous , voulûmes aussi satisfaire à ses besoins intellectuels et moraux. Guidé par les conséquences de notre système, nous retrouvâmes dans le sein de la terre les pages mystérieuses de la sanglante histoire de notre monde, lesquelles doivent, en nous dévoilant d'importants mystères du ciel et de la terre, nous donner de grands enseignements.

D'après les conventions faites avec le capitaine du W.... d'influencer en rien le lecteur sur le prononcé du jugement qui doit décider entre les deux systèmes astronomiques, l'ancien et le nôtre, et désigner lequel est réellement le vrai en satisfaisant le plus aux exigences astronomiques et météorologiques, nous nous croyons engagé par la bonne foi de reprendre le cours des dialogues de notre discussion.

Comme ils durèrent plusieurs jours, nous les avons coupés, comme ils le furent en effet, aux époques de la journée où nous cessions de philosopher. On sait qu'à la mer le marin divise les vingt-quatre heures du jour par portions égales qu'il appelle quarts. Nous avons ici conservé cette expression de quart pour les divisions de nos dialogues, d'abord pour être le plus possible dans la vérité de la narration, et ensuite parce que nos discussions n'eurent toujours lieu que lorsque nous étions sur le pont, c'est-à-dire de quart en haut^ comme disent les marins pour signifier qu'ils sont de service.

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